Faut-il suivre l’enseignement non infaillible de l’Église ?
L’autorité du magistère et l’obéissance des fidèles
Dans l’Église catholique, tout enseignement n’est pas défini de manière infaillible. Pourtant, l’obéissance au magistère ne se limite pas uniquement aux définitions dogmatiques. Quelle est alors l’attitude correcte du fidèle catholique face aux enseignements non infaillibles ? Cette question est essentielle, surtout en temps de crise, où des voix divergentes tentent de justifier un rejet partiel ou total du magistère, sous prétexte qu’il ne s’agirait pas d’actes revêtus du sceau de l’infaillibilité.
L’enseignement non infaillible de l’Église fait partie du magistère authentique, qui exige des fidèles un assentiment religieux, tant extérieur qu’intérieur. Loin d’être optionnelle, cette soumission est une nécessité morale, car le Christ Lui-même a confié à l’Église la mission d’enseigner. Nous verrons donc en quoi cet enseignement oblige la conscience des fidèles, tout en apportant des nuances sur la possibilité d’erreurs limitées dans le magistère non infaillible.
1. Magistère infaillible et magistère non infaillible : une distinction essentielle
A. Qu’est-ce que le magistère infaillible ?
L’infaillibilité est une grâce divine assurant que l’Église ne peut errer lorsqu’elle enseigne définitivement une vérité révélée. Cet enseignement peut être promulgué :
- Par le pape seul, lorsqu’il définit un dogme ex cathedra (ex. : l’Immaculée Conception en 1854).
- Par un concile œcuménique en union avec le pape (ex. : le Concile de Trente, Vatican I).
- Par le magistère ordinaire universel, c’est-à-dire lorsque tous les évêques enseignent unanimement une vérité comme révélée et exigent son adhésion.
Dans ces cas, l’erreur est impossible, car ces enseignements sont garantis par l’assistance divine.
B. Qu’est-ce que le magistère non infaillible ?
L’Église enseigne également des vérités qui ne sont pas nécessairement définies infailliblement, mais qui appartiennent à la doctrine catholique officielle. Cela inclut :
- Les encycliques, les exhortations apostoliques, les lettres pontificales.
- Les décisions doctrinales des congrégations romaines, approuvées par le pape.
- Les enseignements des évêques unis au pape, mais n’engageant pas l’infaillibilité.
Cet enseignement, bien que non infaillible, demeure autoritaire et oblige les fidèles à lui donner leur assentiment religieux. Il est appelé magistère simplement authentique.
2. Une obligation morale : pourquoi suivre l’enseignement non infaillible ?
A. L’Église ne peut pas être une source d’erreur doctrinale
L’idée selon laquelle l’enseignement non infaillible pourrait contenir des erreurs graves ou des hérésies est contraire à la nature même de l’Église. Le Christ a promis :
“Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.” (Matthieu 16, 18).
Si l’Église pouvait enseigner officiellement l’erreur à l’échelle universelle, elle cesserait d’être la colonne et le fondement de la vérité (1 Timothée 3, 15). Toute doctrine promulguée par le pape et les évêques unis à lui, même non infaillible, reste au minimum sûre et conforme à la foi.
Le cardinal Franzelin, grand théologien du XIXe siècle, parle de “sécurité infaillible” pour le magistère simplement authentique :
“L’Église ne peut jamais enseigner universellement une doctrine qui mettrait en danger la foi.”
Ainsi, un catholique ne peut pas rejeter cet enseignement sans risquer de tomber dans l’erreur et le péché.
B. Une obligation confirmée par les papes
Plusieurs papes ont rappelé que l’adhésion à l’enseignement non infaillible est un devoir moral.
- Pie IX (1863, lettre Tuas libenter) : “Les catholiques ne doivent pas seulement adhérer aux dogmes définis, mais aussi aux doctrines tenues comme certaines par l’Église.”
- Léon XIII (Immortale Dei) : “Les catholiques doivent adhérer à tout ce que le pape enseigne, même lorsqu’il ne s’agit pas de définitions dogmatiques.”
- Pie XII (Humani generis) : “Les encycliques papales requièrent l’assentiment des fidèles, car elles relèvent du magistère ordinaire.”
Cette soumission ne se limite donc pas aux définitions infaillibles, mais s’étend à tout l’enseignement de l’Église, pourvu qu’il ne contredise pas une vérité révélée et définie.
3. Peut-il y avoir une erreur dans le magistère non infaillible ?
Si le magistère infaillible exclut toute possibilité d’erreur, le magistère non infaillible n’est pas absolument garanti contre des imprécisions ou des erreurs limitées. Cependant, plusieurs règles permettent de dissiper les doutes.
A. Une erreur grave est impossible
L’enseignement non infaillible peut comporter des éléments accidentels (exemples historiques, raisonnements philosophiques discutables), mais il ne peut jamais enseigner une hérésie ou une doctrine contraire à la foi.
Saint Robert Bellarmin et le cardinal Franzelin affirment que :
“Même lorsqu’un pape ou un concile enseigne sans infaillibilité, l’erreur doctrinale grave est exclue, car l’Église est protégée par l’Esprit Saint.”
Exemple concret : Les encycliques sociales de Léon XIII contiennent des analyses économiques parfois discutables, mais leur enseignement moral reste sûr et contraignant.
B. Peut-on suspendre son assentiment ?
Dans de rares cas, un théologien bien formé peut suspendre temporairement son assentiment sur un point précis, en attendant une clarification du magistère. Cependant :
- Cette suspension doit être faite avec prudence et humilité.
- Elle ne doit jamais conduire à une opposition publique ou à un rejet systématique.
- Elle ne concerne jamais les vérités déjà définies par le magistère infaillible.
Le fidèle ordinaire, quant à lui, doit toujours privilégier la confiance en l’Église plutôt que ses propres raisonnements.
Conclusion : un catholique doit suivre le magistère authentique
Loin d’être une option, l’adhésion au magistère non infaillible est une nécessité pour tout catholique. Rejeter cet enseignement sous prétexte qu’il n’est pas infaillible conduit à une attitude protestante de jugement individuel.
L’enseignement non infaillible :
✔ Ne peut jamais contenir d’erreurs doctrinales graves.
✔ Bénéficie de l’assistance du Saint-Esprit.
✔ Est nécessaire à la formation d’une foi sûre et orthodoxe.
Ainsi, l’attitude catholique est d’obéir humblement et avec confiance à l’Église, sachant que Dieu ne permettrait jamais que son magistère universel conduise les âmes à l’erreur. C’est le meilleur rempart contre l’hérésie et l’égarement spirituel.
La question est épineuse de nos jours, car sans Pape depuis 67 ans il n’y a plus personne de véritablement infaillible me semble-t-il. Il faut s’accrocher à ce qui a déjà été défini et vivre un peu en “apnée” en attendant un Pape…