Le mariage Josephite : une vocation aussi méconnue qu’héroïque

Lorsque l’on parle du mariage Catholique, on pense naturellement à la famille, à l’éducation des enfants, à la fidélité des époux et au soutien mutuel jusqu’à la mort. Tout cela est juste, puisque le mariage est une institution Divine, voulue par Dieu dès la création du monde et élevée par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la dignité de sacrement.

Mais il existe une réalité beaucoup plus méconnue, dont parlent pourtant l’Écriture Sainte, les Pères de l’Église, les théologiens et plusieurs Papes. Certains époux, après avoir contracté un mariage valide, choisissent librement et d’un commun accord de renoncer définitivement à l’usage du mariage afin de vivre dans une continence parfaite pour l’amour de Dieu.

Lorsqu’il correspond à une véritable vocation commune des époux, ce choix ne constitue nullement un mépris du mariage, de la famille ou de la fécondité, mais un sacrifice librement consenti et offert à Dieu. Certains époux peuvent ainsi se sentir appelés à demeurer dans une chasteté parfaite, dans un esprit de pénitence et de réparation : pour leurs propres fautes, pour les offenses continuelles faites au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais aussi pour les besoins de l’Église et la sanctification des familles Catholiques.

Leur renoncement peut alors devenir une véritable offrande : tandis que d’autres époux accomplissent leur vocation en accueillant et en élevant Chrétiennement les enfants que Dieu leur confie, eux choisissent d’offrir leur continence afin d’implorer sur ces familles d’abondantes grâces, particulièrement celles nécessaires à l’éducation Catholique et à la sanctification de leurs enfants.
Leur sacrifice, caché aux yeux du monde, prend ainsi place dans la Communion des Saints, où les mérites, les prières et les sacrifices des uns peuvent contribuer au bien spirituel des autres.

Cette vocation, parfois appelée mariage Joséphite, demeure aujourd’hui presque inconnue, alors qu’elle constitue l’une des plus belles manifestations de la puissance de la grâce : un mariage véritable dans lequel l’amour des époux, loin de disparaître, se transforme librement en une offrande commune à Dieu.

I. Le mariage est une institution Divine

Avant de comprendre la grandeur de cette vocation particulière, il faut d’abord rappeler la dignité et la Sainteté du mariage lui-même. Le mariage n’est pas une simple convention humaine, née des nécessités de la vie sociale : il a Dieu pour auteur. Dès l’origine, au paradis terrestre, Dieu unit l’homme et la femme et établit entre eux une communauté de vie stable et ordonnée.

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère ; il s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair. » Genèse II, 24

Notre-Seigneur Jésus-Christ confirme solennellement cette institution et en rappelle l’indissolubilité : « Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. » Matthieu XIX, 6

Et Notre-Seigneur ne se contente pas de confirmer l’institution naturelle du mariage. Entre baptisés, Il l’élève à la dignité de sacrement. L’union des époux Catholiques devient ainsi le signe sacré de l’union du Christ et de son Église. Saint Paul écrit : « Ce sacrement est grand ; je dis, dans le Christ et dans l’Église. » Éphésiens V, 32

Le mariage Catholique est donc une véritable vocation. Les époux ne sont pas seulement appelés à vivre ensemble, mais à s’aider mutuellement à parvenir au Ciel, à porter ensemble les devoirs de leur état et, lorsque Dieu leur accorde des enfants, à former leurs âmes pour Lui.

Le mariage possède plusieurs fins traditionnellement enseignées par l’Église :
– la procréation ;
– l’éducation Catholique des enfants ;
– l’aide mutuelle des époux dans les nécessités de la vie quotidienne et dans leur Sanctification
respective ;
– le remède à la concupiscence.

La première de ces fins manifeste particulièrement la grandeur de la mission confiée aux époux : en donnant la vie et en élevant chrétiennement leurs enfants, ils coopèrent à l’œuvre créatrice de Dieu et travaillent à peupler non seulement la terre, mais aussi le Ciel. Leur responsabilité ne s’arrête donc pas aux besoins matériels de leurs enfants : ils doivent leur transmettre la Foi, leur apprendre à aimer Dieu, à pratiquer la vertu et à rechercher leur Salut éternel. Mais le mariage est également une communauté de vie et de Sanctification. Dans les joies comme dans les épreuves, les époux doivent se soutenir, se corriger avec charité, se pardonner et porter ensemble leur croix. Les sacrifices quotidiens de la vie conjugale et familiale, lorsqu’ils sont acceptés par amour de Dieu, deviennent autant d’occasions de pratiquer la patience, la fidélité, le dévouement et la charité.

Le Pape Pie XI rappelle dans Casti Connubii toute la dignité du mariage Catholique et insiste notamment sur sa finalité première, qui concerne la génération et l’éducation chrétienne des enfants.

L’Église n’a donc jamais méprisé le mariage. Bien au contraire, elle l’a entouré de bénédictions, protégé par ses lois et défendu contre tout ce qui pourrait porter atteinte à son unité, à sa fécondité ou à son indissolubilité.

Le mariage Catholique est ainsi une véritable voie de Sainteté. Les époux sont appelés à sanctifier leur foyer, à s’aider mutuellement à demeurer fidèles à Dieu et à faire de leur famille une petite société Catholique dans laquelle Notre-Seigneur règne véritablement.

C’est précisément parce que le mariage est déjà une réalité sainte et élevée que l’on peut comprendre toute la singularité d’époux qui, d’un commun accord et pour un motif surnaturel, choisissent au sein même de leur mariage une voie de continence parfaite.

II. La supériorité de la virginité consacrée

Si le mariage est Saint, alors pourquoi l’Église enseigne-t-elle depuis toujours que la virginité consacrée lui est supérieure ?
Parce que Notre-Seigneur lui-même l’a enseigné. Après avoir parlé du mariage, le Christ ajoute : « Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. » Matthieu XIX, 12

Notre-Seigneur désigne ici ceux qui renoncent volontairement au mariage et à l’usage légitime de la sexualité pour le Royaume des Cieux. Ce renoncement n’est donc pas fondé sur un mépris du mariage, mais sur le désir de se donner plus entièrement à Dieu. C’est précisément parce que le mariage est un bien véritable que son sacrifice volontaire peut constituer une offrande
particulièrement précieuse.

Saint Paul développe cette doctrine :

« Celui qui n’est pas marié a souci des choses du Seigneur, des moyens de plaire à Dieu ; mais celui qui est marié a souci des choses du monde, des moyens de plaire à sa femme. » I Corinthiens VII, 32-33

L’Apôtre ne condamne évidemment pas les devoirs conjugaux : servir son époux ou son épouse, élever ses enfants et pourvoir aux nécessités de sa famille sont des devoirs Saints. Mais le mariage impose nécessairement des responsabilités temporelles qui partagent l’attention de l’homme. Celui qui renonce au mariage pour Dieu peut, en principe, disposer d’une plus grande liberté pour la prière, l’apostolat et le service Divin.

Saint Paul conclut ainsi : « Celui qui donne sa fille en mariage fait bien ; mais celui qui ne la donne pas fait mieux. »
I Corinthiens VII, 38

Il existe donc bien, dans l’enseignement apostolique, une hiérarchie objective des états de vie : le mariage est bon et Saint, mais la virginité ou le célibat volontairement embrassé pour Dieu constitue un état plus parfait en raison du renoncement qu’il comporte et de l’union plus exclusive au Seigneur qu’il permet.

Le Concile de Trente définira solennellement cette Vérité : « Si quelqu’un dit que l’état du mariage doit être préféré à celui de la virginité ou du célibat (…), qu’il soit anathème. » Concile de Trente, Session XXIV, canon 10

Il convient toutefois de bien comprendre cette supériorité. Elle concerne l’état de vie considéré en lui-même et non nécessairement la Sainteté personnelle de celui qui le choisit. Une mère de famille héroïquement fidèle à ses devoirs peut être beaucoup plus Sainte qu’une personne consacrée qui répond médiocrement à sa vocation.

La perfection Catholique réside avant tout dans la charité et dans l’accomplissement fidèle de la volonté de Dieu. La virginité consacrée offre objectivement des moyens plus directs pour tendre à cette perfection, puisqu’elle détache davantage l’âme des sollicitudes terrestres ; mais ces moyens ne portent leurs fruits que s’ils sont accompagnés d’une véritable vie intérieure, d’humilité, de sacrifice et de charité.

Ainsi, l’Église n’oppose jamais le mariage et la virginité comme si l’un était mauvais et l’autre bon. Elle distingue plutôt un bien d’un bien plus excellent. Le mariage sanctifie l’amour conjugal et ordonne les époux à la fondation d’une famille Catholique ; la virginité consacrée renonce volontairement à ce grand bien afin de manifester, dès cette vie, que Dieu seul peut combler
définitivement le cœur humain.

C’est pourquoi ce renoncement, lorsqu’il répond véritablement à l’appel de Dieu, constitue une offrande plus parfaite : non parce que le mariage serait indigne, mais précisément parce que l’on sacrifie un bien véritable et légitime pour appartenir plus exclusivement à Notre-Seigneur.

III. Le mariage Josephite

C’est précisément ici qu’apparaît cette vocation exceptionnelle, que la tradition spirituelle désigne sous le nom de mariage Josephite, en référence à la Très Sainte Vierge Marie et à Saint Joseph, qui vécurent une véritable union conjugale dans une parfaite virginité. Loin de diminuer la dignité du mariage, cette forme de vie en manifeste au contraire toute la profondeur surnaturelle, en montrant que l’union des époux est avant tout une communion des âmes ordonnée à Dieu.

Deux époux validement mariés peuvent, d’un commun accord, librement et pour un motif surnaturel, choisir de renoncer définitivement à l’usage de leur droit conjugal afin de vivre dans une continence parfaite. Une telle décision ne peut jamais être imposée par l’un des conjoints ; elle exige le consentement libre, éclairé et persévérant de chacun, ainsi qu’une réelle maturité spirituelle. L’Église a toujours considéré cette résolution comme licite et même particulièrement méritoire
lorsqu’elle procède d’un authentique désir de se consacrer plus entièrement à Dieu.

En faisant ce choix, les époux ne cessent nullement d’être mari et femme. Leur mariage demeure pleinement valide et le lien sacramentel reste absolument intact jusqu’à la mort de l’un des conjoints. Ils continuent à former une seule famille, à partager le même foyer, les joies et les épreuves de l’existence, les responsabilités domestiques ainsi que toutes les obligations inhérentes à leur état de vie.

Ils restent donc tenus à tous les devoirs essentiels du mariage :
– à une fidélité absolue et exclusive ;
– à une charité conjugale toujours plus profonde ;
– au soutien mutuel dans les difficultés de la vie ;
– à la prière commune et à l’encouragement réciproque dans la recherche de la sainteté ;
– aux devoirs propres à leur état, tant matériels que spirituels.

La seule réalité à laquelle ils renoncent volontairement est l’usage des droits conjugaux. Cette renonciation ne constitue pas un mépris de la sexualité ni du mariage ; elle est au contraire une offrande libre et généreuse faite à Dieu, semblable aux autres renoncements évangéliques entrepris par amour du Royaume des Cieux. Les époux ne rejettent pas un bien ; ils y renoncent afin de
poursuivre un bien supérieur, selon l’enseignement constant de l’Église sur l’excellence de la virginité consacrée.

Ainsi vécu, le mariage Josephite devient un témoignage particulièrement lumineux de la primauté de la vie spirituelle. Il rappelle que la fin ultime du mariage Catholique n’est pas seulement le bonheur terrestre des époux, mais leur sanctification mutuelle et leur union parfaite avec Dieu. La communion des corps laisse alors toute sa place à une communion des cœurs et des âmes, nourrie
par la grâce sacramentelle, la prière, les sacrifices quotidiens et une charité toujours plus pure.

Par cette offrande silencieuse, les époux deviennent un signe vivant de la destinée éternelle de l’homme. Ils anticipent, d’une certaine manière, la vie du Ciel, où, selon la parole de Notre-Seigneur, « Les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le Ciel. » (Matthieu XXII, 30), mais où tous vivront uniquement de l’amour parfait de Dieu. Leur mariage apparaît alors comme une image particulièrement éloquente de l’union des âmes avec leur Créateur, où la charité surnaturelle devient le principe et le sommet de toute leur vie commune.

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17 thoughts on “Le mariage Josephite : une vocation aussi méconnue qu’héroïque”

  1. Franchement, ce serait plus simple dans ce cas de ne pas se marier !
    La fin première du mariage est la procréation et l’éducation des enfants. Marie et Joseph sont un cas unique, pour une raison précise.
    Et quant au mérite, je pense que les époux qui travaillent jour et nuit à éduquer chrétiennement des enfants dans le monde actuel, sont autrement plus méritant que les planqués que vous décrivez !

    1. Parfaitement d’accord! Auparavant c’était considéré comme une bénédiction d’avoir des enfants et s’en priver était était un vrai sacrifice. Aujourd’hui c’est tout le contraire! Et il est difficile de ne pas être contaminé par l’ambiance profondément anti enfants et anti famille de la société. Ne pas avoir d’enfants est aller totalement dans le sens du monde.

    2. PS: en plus c’est une arnaque parce que le côté charnel quand on a des enfants est souvent minimal (grossesses, fatigues, etc), ça ne fait pas une grande différence. Le plus difficile c’est les enfants, pas la chasteté. Surtout que les persécutions sont actuellement spécialement dirigées contre les enfants et les familles, pas contre les gens seuls ou les couples sans enfants. Ceux qui n’ont pas d’enfants n’ont même pas le problème de la retraite, autrefois prise en charge par les enfants: elle sera payée par les enfants des autres – s’il y en a!

  2. Il convient de ne pas confondre les vocations ni de les opposer artificiellement.
    Personne ne conteste que la procréation et l’éducation des enfants constituent la fin première du mariage, ni le mérite des parents qui accomplissent courageusement leurs devoirs. Mais cela n’autorise nullement à dénigrer une vocation particulière reconnue par la Sainte Église Catholique.
    Le mariage Josephite repose sur une continence librement consentie par les deux époux, en vue d’une consécration plus entière à Dieu. Il ne s’agit ni d’un refus égoïste des enfants, ni d’une facilité, encore moins d’une prétendue « arnaque ».
    Qualifier ces époux de « planqués » révèle une méconnaissance du sujet et constitue un jugement injuste sur leur vocation.
    Défendre la famille Catholique ne nécessite pas de mépriser ceux qui empruntent une autre voie de sanctification. Gardons-nous de mesurer le mérite des âmes selon nos propres critères. Dieu seul connaît les sacrifices de chacun et la charité avec laquelle ils sont accomplis.
    Ad Jesum per Mariam

    1. Objectivement, il est autrement plus héroïque d’éduquer des enfants que de ne pas en avoir.
      Marie et Joseph sont un cas unique, pour un motif unique.
      Si les gens souhaitent vivre comme frère et soeur, autant qu’ils ne se marient pas.

      1. Joseph et Marie se sont bien mariés pour avoir un Enfant! Pour donner une famille normale à l’enfant Jésus. Ils ne se sont pas mariés pour ne pas avoir d’enfant.

        1. Saint Joseph était père adoptif, et non pas père, au sens ordinaire du terme.
          Le mariage de la Sainte Vierge et de Saint Joseph visait à protéger la réputation de la Sainte Vierge et à permettre l’Incarnation. En cela, ce mariage est absolument unique sur Terre.
          Faire la promotion du mariage joséphique aujourd’hui n’a pas de sens. C’est conclure un contrat avec un objet bien précis, tout en étant décidé à ne pas mettre en œuvre ce contrat. Alors, autant rester célibataire et se sanctifier dans cette voie (si telle est la volonté de Dieu).

          1. Oui c’est sûr que c’est un cas unique lié au mystère de l’Incarnation…

            Quitte à prendre un cas unique et providentiel pour modèle, pourquoi ne pas légitimer la “vocation” de femme soldate “johannite” comme sainte Jeanne d’Arc, ou encore la vocation d’abandon d’enfants johannite, comme sainte Jeanne de Chantal?

            Je me demandais où est “l’héroïsme” spécifique à ce choix de vie, sachant qu’on résiste à des “tentations” qu’on s’est soi-même imposées, et pour lesquelles si on “succombe” il n’y a aucun conséquence négative, si ce n’est de réaliser la fin première et la raison d’être de la vocation dans laquelle on s’est engagés de fait par le mariage?
            S’exposer à des tentations inutiles n’est-ce pas tenter Dieu?
            Et en l’occurrence s’agit-il vraiment de tentations? Ce seraient des tentations pour des concubins, des fiancés, mais pour des gens mariés?

            N’est-ce pas réunir ce que Dieu a séparé (réunir la vie consacrée et la vie familiale, ou réunir les deux sexes pour une vie religieuse) et séparer ce qui Dieu a uni (séparer les époux dans le cadre du mariage, et séparer les enfants du mariage)?

            Bien sûr, toute vie a ses croix, je n’en doute pas, et je ne juge pas les gens dans cette situation, qui ont certainement de bonnes raisons, mais c’est le fait de présenter ce choix exceptionnel comme un modèle et une “vocation” que j’ai du mal à comprendre, ainsi que le présenter comme un remède au monde moderne.

            En plus il n’est jamais trop tard pour choisir la vie religieuse d’un commun accord! Surtout s’il n’y a pas encore d’enfants (ou lorsqu’ils sont grands).

            Et même sans entrer dans les ordres, n’y a t-il pas d’autres solutions, comme par exemple la colocation avec des personnes du même sexe? Même la vie seule n’est pas très compliquée de nos jours, matériellement et socialement parlant, même si c’est plus difficile spirituellement.

            Comment appeler la sous-catégorie de mariage qui sous-tend la volonté d’accueillir les enfants ET la volonté de pureté des mœurs vers laquelle le chrétien doit tendre? Le mariage “joachimite”, ou “tobique”, ou “louisique” etc?

          2. J’ajouterais que toute action faite en état de grâce est méritoire pour le Ciel, même la plus triviale. A plus forte raison celles qui sont constitutives de notre devoir d’état, et pour lesquelles on a reçu des grâces. Certes il se glisse toujours de la concupiscence, évidemment, comme dans toute action humaine. Mais le devoir conjugal n’est pas intrinsèquement mauvais, c’est même l’action la plus grande qu’un être humain puisse accomplir à part célébrer la messe pour un prêtre. Certes, la corruption du meilleur donne le pire, d’où les désordres abyssaux engendrés par la luxure, mais sous-entendre que le mariage abstinent serait mieux ou plus pur que le mariage “fécond”, c’est un parti pris que je n’avais pas vu. La vie consacrée est supérieure et plus pure, ça oui, mais à l’intérieur du cadre du mariage peut-on dire que celui qui n’accomplit pas sa fin première est plus pur que celui qui l’accomplit?

            Quand au fait d’avoir plus de temps et de sérénité pour se consacrer à la prière, on en revient à la question: pourquoi donc ne pas choisir la vie religieuse? Consacrer trop de temps à la prière au détriment de son devoir d’état peut constituer un péché.

          3. N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme et qu’il dit: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.

        2. Il n’y a pas d’onglet “répondre” sous votre précédant message. Je réponds donc sous celui-ci.
          Je crains qu’à la base de tout ceci, il y ait surtout une mauvaise compréhension de ce qu’est le mariage et de sa sainteté. Peut-être aussi que le jansénisme a encore des conséquences funestes. Certains croient que la réponse au libéralisme est de prendre son contre pied mot à mot.

    2. Bonjour Eric, je n’avais pas vu votre message. Oui c’est certainement très bien dans certains cas exceptionnels, mais pas pour en faire une règle. Ça reste dans un cadre privé. Même avec des enfants d’ailleurs les periodes d’abstinence représentent une part importante de la vie conjugale. C’est présenté comme un remède au monde moderne, ce qui laisse perplexe…

  3. De tels époux « renoncent » à certaines fins secondaires, mais ils évitent soigneusement les charges écrasantes de la fin première, tout en se targuant de vertu. Ils se marient pour n’atteindre aucune des fins du mariage. Pas logique. Il faudrait cesser d’appeler mariage ce qui n’en est pas. Comment l’auteur de cet article observe-t-il donc le 4e commandement ? Quel respect a-t-il pour ses propres parents ? Eut-il été judicieux que ses parents s’abstinssent ?

    —–

    De même, apprenons un métier. Devenons par exemple artisan boulanger. Et ne faisons pas de pain. Ou créons des entreprises qui ne fasse aucun chiffre d’affaire. Quelle horreur, de l’argent !

    De même, insinuons des critiques contre le dernier pape en date (Pie XII). Après tout, il était seulement donné par la Providence. Demandons-en plutôt un qui soit à Notre goût.

    —–

    Au contraire, aujourd’hui l’héroïsme c’est d’avoir des enfants, et pas de vivre comme frère et sœur. Décidément, la « crise de l’Église » n’est pas près de se terminer, si ceux qui se disent catholiques sont les saboteurs de la société.

    Si par hasard, vous adhérez à la thèse de Cassiciacum, il y a un argument de taille contre les conclavistes qui est immédiat : il n’y a même pas matière de pape dans nos chapelles ! Cela ne risque d’ailleurs pas de changer avec l’aide considérable déployée pour les rares foyers chrétiens qui restent fidèles.

  4. ABH, tout à fait d’accord avec vous. J’ajoute qu’il serait opportun d’arrêter de faire l’éloge de Louis et Zélie Martin sur ce point. Zélie Martin – victime du jansénisme de l’époque dans certaines familles – s’est mariée à 27 ans en ne sachant même pas comment se transmettait la vie (!) (il y a un récit autobiographique qui confirme ceci). Pourtant, d’après le doit canonique, cette connaissance est présumée dès l’âge de la puberté. Ceci n’est pas du tout un exemple à suivre. Dans ce cas, un tel mariage est nul puisque l’époux ne peut donner son consentement à quelque chose qu’il n’a pas connaissance. Dans un tel cas, le consentement interne doit être renouvelé, après qu’une instruction ad hoc ait été donnée. Alors de grâce, ne présentez pas les époux Martin comme des exemples sur ce point.

  5. Merci beaucoup Madame pour votre message.

    Les époux Martin ont été logiquement rappelés à l’ordre, et la Saint Famille était une famille normale vue de l’extérieur. Quant à l’empereur Henri II et à sa sainte femme, à l’heure actuelle ils seraient une occasion de scandale. Les autres exemples sont soit des époux qui ont pris cette décision après le mariage, soit qui ont été contraints au mariage après s’être déjà consacré à Dieu, le mariage abstinent ayant permis de surmonter cette contradiction.

    Ce choix de vie est certainement très saint dans certains cas, car il y a toujours des exceptions, mais cet article présente ce phénomène confidentiel, circonstanciel, généralement secret, et nécessitant un discernement des plus délicats, comme un état de vie à part entière, alors qu’il n’est ni vraiment l’un ni vraiment l’autre, et sous-entend qu’il serait plus parfait et plus apte à la sanctification que le mariage qui accomplit sa finalité, telle que voulue par Dieu. Or on se sanctifie dans son devoir d’état, qui par défaut définit la volonté de Dieu pour nous.

    Dans l’encyclique Casti Connubii (« De l’Union Chaste ») SS Pie XI évoque l’abstinence conjugale comme étant certes permise dans le mariage, mais il nous rappelle que la fin première et la raison d’être du mariage est la génération et l’éducation des enfants, pour peupler la Terre et le Ciel (« croissez et multipliez-vous »), et qu’on ne peut pas considérer les enfants comme “une charge fastidieuse de la vie conjugale”.

    Il déconseille le mariage à ceux qu’on soupçonnerait être stériles car ils ne pourraient pas accomplir sa fin première. N’est-ce pas vrai à plus forte raison pour ceux qui ont résolu de refuser les enfants ?

    Ce choix de vie n’inverse-t-il pas les priorités du mariage ?

    Est-ce qu’on peut vraiment se marier avec l’intention dès le départ de ne pas réaliser la fin première et la raison d’être du mariage, pour laquelle le sacrement est fait et pour laquelle il donne toutes les grâces ? Pourquoi donc ne pas choisir la vie consacrée ? Achète-t-on un marteau quand on a besoin d’un tournevis ? Ou pour en jeter la tête et ne se servir que du manche ?

    Ce choix est présenté comme une victoire sur la chair et un renoncement aux plaisirs de la chair. Mais c’est aussi et surtout un renoncement aux enfants. N’est-ce pas d’une manière paradoxale placer les plaisirs de la chair au-dessus du devoir, de la génération d’enfants, en sacrifiant son devoir pour renoncer à la chair ? Et n’est-ce pas inutile, le devoir conjugal ne rompant pas la chasteté ? N’est-ce pas tout de même légèrement insultant envers le mariage et le devoir conjugal, qui ne rompt pas la chasteté et qui ne se réduit pas à son aspect purement charnel, en insinuant que le mariage dans sa finalité encouragerait à la débauche ?

    C’est également présenté comme un remède au monde moderne. Mais n’est-ce pas aller complètement dans le sens du monde, quand tout concourt à ne pas avoir d’enfants ?
    Dans le passé il n’y avait pas la pilule, et la stérilité était vue comme un malheur, c’était une grande pénitence de ne pas avoir d’enfants et cela ne donnait lieu à aucun sujet de scandale. A l’heure de la contraception généralisée (et de facto quasi obligatoire) et de l’avortement de masse, ce choix de vie peut même apparaître comme un sujet de scandale de facto.

    L’abbé de la Chanonie nous explique qu’il faut éviter les causes de scandale même par simple malentendu. Par exemple il ne monte jamais en voiture seul avec sa propre sœur pour ne pas donner l’impression que ce puisse être un scandale. Que dire des couples qui donnent l’apparence de vivre comme les mondains qui useraient du mariage tout en évitant soigneusement ses fruits?

    Aujourd’hui c’est le fait d’accepter les enfants qui heurte le monde et qui implique de devoir se justifier et de témoigner de sa foi en permanence.

    A l’heure où tout s’oppose à la génération d’enfants, ce genre de pratique en rajoute encore une couche. Il donne une nouvelle occasion de mépriser et marginaliser les enfants et les familles nombreuses.

  6. Je connais des personnes tellement obsédées par l’idée de se marier à tout prix qu’elles sont prêtes à tout pour y parvenir. Et plus l’âge avance, plus elles semblent résolues à se marier avec n’importe quelle personne, du moment qu’elle est catholique. Leur fin étant de se marier coûte que coûte pour vivre leur rêve de vocation dans le mariage.

    Il n’y a rien d’héroïque à vivre comme frère et sœur avec une personne pour qui le désir ne nous porte pas. Cela s’appelle de la cohabitation, rien de plus. Il n’y a donc rien de particulièrement vertueux dans ce cas de figure.

    Le vrai mérite, c’est de faire la volonté du Bon Dieu, et non de faire la nôtre pour cocher la case du mariage comme s’il s’agissait d’une fin en soi. Il n’y a rien de sanctifiant à vouloir imposer notre volonté et nos propres fins à celles de Dieu. Il faut savoir discerner entre nos désirs personnels et notre véritable vocation.

    Comme le dit Thomas, dans un tel cas, le mariage ne peut permettre d’atteindre aucune de ses fins naturelles.

    Tous les mariages n’ont pas vocation à donner des couronnes d’enfants, mais, dans tous les cas, c’est le Bon Dieu qui choisit lorsque l’on use du sacrement comme il se doit. Et dans ce contexte, qu’il s’agisse de porter la charge d’enfants ou de vivre la souffrance de ne pas en voir venir, on peut parler d’épreuves sanctifiantes, car on s’en remet non pas à notre volonté, mais à celle de Dieu.

    1. Le mariage est la voie normale, pour la majorité des hommes et des femmes. Mais il est vrai que la société et la fausse philosophie dénaturent les mentalités.
      Quant au nombre d’enfants, les époux doivent avoir tous les enfants qu’il leur est possible d’éduquer. Ainsi, certains époux pourront en avoir 2, d’autres 10. Les premiers ne sont pas moins méritants, ni moins vertueux que les seconds. Les époux ne procréent pas “au hasard” comme les animaux.

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