Deux jumeaux juifs découvrent le Christ : Joseph et Augustin LEMANN

Joseph et Augustin Lémann (1836 – 1915) (1836 – 1909)


Deux jumeaux juifs découvrent le Christ

Édouard et Achille Lémann (baptisés sous les prénoms Joseph et Augustin) étaient frères jumeaux. Orphelins très jeunes, ils furent élevés par leurs oncles et tantes dans une famille juive riche et aristocratique à Lyon. De leur propre initiative, ils furent baptisés dans l’Église catholique à l’âge de dix-huit ans, le 29 avril 1854.

Une indiscrétion révélatrice

Le mercredi 13 septembre 1854, une catholique, ayant vu les deux frères prier avec ferveur à Notre-Dame de Fourvière et y faire la communion, en parla par hasard à une de leurs tantes. Cette indiscrétion mit brusquement fin à leur paix en trahissant leur secret.

La tante prévint l’oncle tuteur, Moïse Levy, qui convoqua d’urgence pour le soir même toute la famille, le rabbin de la Synagogue et quelques notabilités de la communauté israélite de Lyon.

L’interrogatoire familial

Vers six heures du soir, le rabbin et toute la famille étaient réunis. Les deux frères, inconscients de ce qui se tramait, rentrèrent à leur domicile. Joseph arriva le premier. Son tuteur, qui se tenait à la porte, l’interrogea aussitôt :

« Édouard, est-ce vrai que tu es catholique ? »

Il répondit bravement :

« Oui, je le suis. »

Les deux frères furent introduits devant le conseil de famille. Ils ne cachèrent pas qu’ils avaient été baptisés par l’abbé Reuil et affirmèrent qu’ils avaient librement sollicité la grâce du baptême.

Un rabbin, des oncles et des menaces

Le rabbin tenta d’ébranler leur foi en les accusant d’avoir renié la religion de leurs Pères pour devenir disciples d’un « séducteur » condamné par le Sanhédrin. Les frères répondirent par une triple affirmation de leur foi : envers le Christ, envers sa Mère Immaculée, et envers l’Eucharistie.

Les cinq oncles prirent ensuite la relève, insistant sur la rupture familiale qu’implique leur conversion, rappelant les sacrifices consentis pour leur éducation. À leurs paroles s’ajoutaient les larmes et sanglots des tantes.

Malgré l’émotion, les frères restèrent inébranlables :

« Nous sommes chrétiens ! Nous resterons chrétiens ! »

Une tentative de violence

L’un des oncles s’empara alors de Joseph, le renversa au sol et tenta de l’étouffer en répétant :

« Renonce ! Renonce ! »

Pendant ce temps, un autre oncle, armé d’une barre de fer, retenait Augustin. Entendant son frère râler, Augustin se libéra d’une force surhumaine, ouvrit une fenêtre donnant sur la rue et cria :

« À l’assassin ! À l’assassin ! »

Alertés par les cris, des soldats situés à proximité intervinrent rapidement. Les frères expliquèrent au commissaire de police qu’ils avaient été attaqués pour leur foi. Celui-ci constata la véracité des faits et décida de les soustraire à leur famille pour les protéger.

Une conversion rendue publique

Le lendemain, les journaux de Lyon relataient l’incident, dévoilant au grand public la conversion des frères Lémann. La famille, discréditée, répandit des calomnies, accusant les frères d’avoir été manipulés par le clergé pour des raisons financières.

Indignés, Joseph et Augustin publièrent une lettre dans laquelle ils réfutèrent ces accusations et expliquèrent les véritables motifs de leur conversion, fruit d’une longue réflexion et d’un profond attrait pour la foi catholique.

Lettre des frères Lémann aux journaux

« Dans notre conversion, tout a été l’ouvrage de Dieu. Dès notre enfance, la vue des cérémonies catholiques nous impressionnait vivement, au point que nous éprouvions le regret de n’être point chrétiens. […] À mesure que nous avancions dans nos classes, nous saisissions plus vivement la fausse position qui nous était faite. […] Alors, nous nous dîmes : “Si le Messie est arrivé, c’est Jésus-Christ, et nous devons nous faire chrétiens. S’il n’est pas venu, nous ne devons pas même rester Juifs, car le temps de la promesse est passé et nos livres ont menti.” »

Une vocation sacerdotale

En 1860, les deux frères furent ordonnés prêtres. Augustin devint professeur à l’Université catholique de Lyon, tandis que Joseph rédigea plusieurs ouvrages historiques, dont L’Entrée des Israélites dans la société française.

Chaque année, le 13 septembre, ils revenaient symboliquement à l’endroit où leur foi avait été mise à l’épreuve, récitant publiquement un Credo en remerciement à Dieu pour leur conversion.

Héritage spirituel

L’histoire des frères Lémann témoigne d’un courage exemplaire et de la puissance de la foi. Leur conversion, leur fidélité au Christ et leur engagement sacerdotal sont une source d’inspiration pour tous ceux qui cherchent à suivre la vérité, malgré les pressions et les obstacles.

D’après l’ouvrage : Les frères Lémann, par P. Théotime de Saint Just (Paris, 1937).

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