Comment il faut étudier les épîtres de saint Paul

Comment il faut étudier la Sainte Écriture, particulièrement les épîtres de saint Paul, par l’abbé Jean-Baptiste Aubry, docteur en théologie
Bien cher ami,
Vous voulez que je vous dise comment, selon moi, il faudrait s’y prendre pour étudier les Épîtres de saint Paul. Je suis toujours épouvanté en face de pareilles questions ; mais, enfin, je ne puis vous refuser quelques mots. Par exemple, je vous en préviens, je vais écrire à l’aventure des choses que j’ai depuis longtemps dans l’âme, pas dans la tête seulement.
Saint Paul ! L’étudier avec sa tête toute seule, ce serait faire comme certaines gens de notre connaissance, incapables de comprendre quel lien étroit existe entre la doctrine et la piété ! Pourtant il en est un, et le voici – Fides est salutis initium, fundamentum et radix omnis justificationis (concile de Trente). Là-dessus je vous souhaite bonne année et je commence par une histoire.
Il y a cinq ans, je passe mes vacances à Guiscard. Je devais à la rentrée, expliquer saint Paul pour la première fois. Je sentais que c’était formidable, et je me mis, en vacances, à préparer mon cours avec le peu de livres que je trouvais là-bas. Ma manie, avant d’entamer une étude, est de chercher l’idée-mère, le fond et le sommet, le principe générateur, le point d’orientation. Me voilà donc à chercher. J’avais bien entendu dire qu’on avait fait une théologie de saint Paul, en arrachant, à la trame vivante de ses Épîtres, les diverses notions dogmatiques se rapportant aux diverses parties de la théologie positive. N’enseigne-t-on pas – même en bon lieu – que saint Paul a écrit sans ordre, sans méthode suivie, comme les idées se présentaient, selon le besoin et l’inspiration du moment, au jour le jour, sans avoir prétendu composer un tout coordonné ? A l’étudiant de redresser et de remettre sur la voie le génie de saint Paul, en refaisant l’ordre, rétablissant les liaisons, suppléant au défaut de transitions et d’enchaînements. Je le déclare, cette appréciation me révoltait jusqu’à fond de cale, et, pour être bref, me semblait parole de gredin.
J’ai dans l’idée que, quand Dieu parle, Il sait, non seulement ce qu’il faut dire, mais comment, sous quelle forme, et dans quel ordre il est mieux de le dire ; que l’Écriture, étant l’exposé des pensées divines, pourrait bien être un livre aussi beau que les autres, même au simple point de vue artistique de la forme, de l’exposition, de la trame, de la marche, et de l’enchaînement des détails. Elle pourrait bien être infaillible aussi et inspirée au point de vue scientifique, quand il plaît à Dieu de toucher des questions de sciences humaines, philosophie, histoire, etc. Les années ne m’ont pas enlevé cette idée-là ; je l’ai toujours, et la porterai probablement au Paradis, si j’ai la chance d’y aller.
C’est vous donner mon principe : respect absolu pour l’ordre d’exposition suivi par saint Paul, soit en grand, dans la disposition générale de ses traités ou de ses thèses, soit en petit, dans le menu de son explication et l’intérieur de chaque détail. S’il y a un mot dont je ne saisis par le rapport avec l’ensemble, une pensée dont je ne vois pas l’à-propos, un détail que je ne sais comment relier au contexte, je traiterai l’Esprit-Saint au moins avec autant de respect qu’un génie humain, je soupçonnerai à priori que ce n’est pas Lui qui a manqué de logique, mais moi qui manque de vue.
Il est admirable de voir comment l’expérience, et le compte qu’on se rend à posteriori du travail de saint Paul, confirment ce jugement porté à priori sur l’ordre des idées dans la parole de Dieu. J’en étais là à Guiscard, et, n’ayant pas en main la théologie de saint Paul, je me mis à étudier les Épîtres, en commençant par celle aux Romains, chapitre par chapitre, verset par verset, cherchant toujours l’idée dominante du chapitre, et son rôle comme détail, sa relation comme thèse secondaire ou argument, dans l’ensemble de l’Épître ; puis le partage du chapitre en deux ou trois ou quatre idées principales qui me montrassent la chaîne des pensées, et me servissent à établir mes groupes d’arguments ; ces groupes trouvés et dessinés, je revenais à la lecture attentive, mot par mot, et à la méditation de chaque phrase, creusant chaque idée, ouvrant chaque parole, sondant tous ces petits mots qui renferment de si grandes choses, et qui sont des incarnations du Verbe, des Eucharisties – le mot n’est pas de moi
J’aurais dû vous dire qu’avant d’entrer dans une Épître, fidèle à ma méthode de synthétiser toujours, je cherchais l’idée unique que saint Paul avait dû poursuivre, pour en faire l’inspiratrice et comme la dominante de ses Épîtres ; saint Paul est trop grand pour n’être pas l’homme d’une idée. Cette idée générale, j’avoue qu’à Guiscard je ne l’avais pas trouvée ; je la soupçonnais seulement.
Là-dessus je commençai, et me fis une ébauche de commentaire de l’Épître aux Romains. Le travail fini, j’avais découvert bien des choses qui me ravissaient, mais je n’avais pas trouvé le soleil, et je n’étais pas content, irrequietum est cor nostrum donec requiescat in te. Revenu à Beauvais, j’ouvre quelques commentaires de saint Paul, j’arrive à celui de saint Thomas ; prenez-le, suivez-moi le livre en main, et préparez votre âme, si vous en avez une : je veux, avec vingt lignes de saint Thomas, la régaler, et lui ouvrir tout saint Paul ; ainsi préparez-vous à une extase, vos beaux yeux vont pleurer.

Une historiette encore. Je vantais quotidiennement ce commentaire de saint Thomas aux élèves, et je les tançais, il fallait voir ! de ne pas s’enthousiasmer davantage pour un livre formant comme la transition entre le Verbe de Dieu qui révèle et le verbe de l’homme qui contemple, un livre inférieur à l’inspiration divine, si l’on veut, mais supérieur au génie humain. – Ne vous récriez pas, la théologie en général, et l’interprétation. de l’Écriture en particulier, n’est-ce pas l’union hypostatique du génie humain à la pensée divine, l’un contemplant, l’autre contemplée ? – Un jour, un bon élève – un disciple – m’interpelle en classe :
« Monsieur, si quelqu’un prétendait que le commentaire de saint Thomas sur saint Paul contient plus de doctrine que de piété ?
– Je dirais que c’est un malheureux ! Ne pas voir, ne pas sentir dans ce livre, les trésors de doctrine qu’il renferme, c’est n’avoir pas le sens, pas la première notion juste ni de la piété, ni de la doctrine».
L’élève insista ; il m’étala son objection à plusieurs reprises : moi, je déchargeai sur elle toute ma fureur, montrant aux séminaristes que cette parole :
Beaucoup de doctrine et peu de piété, mieux vaut la piété que la doctrine, exprime une erreur subversive de l’esprit chrétien, antisacerdotale, qu’elle a produit l’affadissement de la piété ; que les grands théologiens sont les grands Saints, et réciproquement… Ah ! j’étais content de faire, pour la centième fois, ma déclaration de principes !
§
Vous avez donc en main le commentaire de saint Thomas. Ouvrez à la première page, c’est le prologue. Vers la fin du prologue, trouvez le petit alinéa qui commence par ces mots : Est enim hæc doctrina tota de gratia Christi. Je le dictais aux élèves avant d’entamer saint Paul ; lisez-le posément, attentivement, à genoux, avec l’âme ; buvez-le, copiez-le, et je n’ai plus besoin de vous rien dire. Voyons, êtes-vous en extase ? Je ne lis jamais ce passage sans attendrissement et sans enthousiasme. En tête de chaque Épître, saint Thomas a mis un court prologue où la même idée est répétée avec un peu plus de développement, indiquant son application spéciale dans l’Épître en question. Quand je trouvai cela, je ressentis cette émotion profonde que vous font éprouver certaines découvertes dans l’Écriture et la théologie, un avant-goût de la vision intuitive : Esto nobis prægustatum… Credo videre bona Domini.
C’était l’idée générale que je cherchais ; et notez comme elle est féconde en théologie, et en piété, comme elle justifie adéquatement l’ordre de saint Paul : ordre général dans la disposition de ses traités, dans l’arrangement de ses thèses, ordre des détails dans la marche intime de son exposition ; comme elle est antique, aussi fondamentale que le christianisme, – immense incarnation de la grâce; – comme elle est actuelle contre le naturalisme qui nous empeste, et ces infiltrations de rationalisme et d’hérésie pénétrant dans les intelligences chrétiennes par toutes les fissures qu’on a faites à la doctrine, en rognant, rognant, rognant le plus possible le surnaturel.
Ainsi, la théologie de saint Paul, comme toute théologie en général, n’est qu’un vaste traité de la grâce sous toutes ses formes ; et la théologie de saint Paul, ce sont ses Épîtres, prises telles qu’elles sont, sans rien changer à l’ordre dans lequel l’Église – qui a ses raisons, elle aussi – les a rangées au Canon des Écritures, respectant tout dans le texte, même ce que plusieurs traitent d’incorrections, inversions, lacunes, obscurités, défaut d’ordre ; les misérables ! Les Épîtres de saint Paul sont une encyclopédie du surnaturel envisagé dans toutes ses applications ; on les voit se dérouler dans l’ordre même sous lequel Dieu les conçoit et les réalise, car l’ordre de saint Paul n’est pas un plan ingénieux, imaginé après coup par des hommes, c’est le plan divin raconté par le Saint-Esprit, Vos docebit omnia, ou encore par Celui qui, ayant assisté et participé à la conception de ce plan, est venu le raconter en même temps que le réaliser.
Vous avez saisi l’idée de saint Paul et la marche générale du développement qu’il lui donnera ; maintenant, empoignez-moi le livre des Épîtres. Ayez près de vous une Bible en un volume, pour consulter à tout instant, car, à tout instant, et en trois coups de pinceau, saint Paul esquisse une théorie, résume tout un passage de l’Ancien ou du Nouveau Testament, un ensemble d’idées plus développées ailleurs, et que son génie embrasse d’un coup d’œil et condense en quelques mots puissants. Ouvrez devant vous le commentaire de saint Thomas d’un côté, celui de Cornélius de la Pierre de l’autre ; ces deux suffisent. Un mot sur chacun d’eux.
Cornélius a mis vingt ans pour faire ce seul commentaire de saint Paul, et il n’a pas perdu son temps, car son travail est admirable, admirable ! Mettez cinquante fois à la file le mot admirable pour avoir ma pensée. Il est supérieur en un sens à celui de saint Thomas, qui, à son tour, lui est supérieur en un autre sens. Je m’explique : Cornélius ne donne pas le lien, la synthèse, la suite des pensées, l’idée principale et la suite des grandes thèses ; il se borne à suivre pas à pas le texte, fouillant chaque phrase et chaque mot, vous faisant part de tout ce qu’il découvre dans sa contemplation. Son explication est ainsi à chaque instant interrompue, ou plutôt, à chaque verset il vous donne un travail complet en soi que vous pouvez détacher du tout. Son explication est parfaite, que peut-on dire de mieux ? Il vous livre la doctrine et la piété de saint Paul, qui, lui au moins, avait peut-être de l’une et de l’autre. Ce n’est pas une dissertation, c’est une méditation substantielle, d’une richesse incroyable, dans laquelle est englobé tout ce que l’intelligence humaine a pensé en méditant sur le dogme, et a pu atteindre en voyageant dans les profondeurs de cet abîme de la parole de Dieu.
(…)
J.-B. AUBRY. IMPRIMATUR, Cameraci, decimo decembris die 1900, EM. LOBBEDEY, S. T. D, VICARIUS GENERALIS
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Bonjour Monsieur
Je suis résident en Nouvelle Calédonie et je voudrais obtenir le montant des frais pour les TOM.
Merci pour votre réponse
À Bientôt
Chez les juifs ,les prêtres au service du temple ont progressivement abandonné l’instruction du public pour se tourner exclusivement vers l’adoration au tabernacle (qui pourtant depuis quelques centaines d’années ne contenait plus l’arche d’alliance perdue au cours d’une bataille)
Ils furent remplacés dans leur instruction de la LOI par les scribes qui étaient des laïcs et qui de ce fait ont fait une instruction déviée de la loi (“Malheur à vous scribes et pharisiens qui filtrez le moucheron et avalez le chameau” disait Jésus
Or il s’est en esprit passé la même chose dans l’Eglise depuis près de 200 ans ,les prêtres ont progressivement substitué l’enseignement l’OBEISSANCE aux commandements de Dieu et aux enseignements du Christ pour les remplacer par l’enseignement de l’ADORATION , mettant ainsi en arrière plan les 10 commandements et les vertus que nous devons pratiquer au quotidien .
Un an avant d’instituer l’eucharistie ( “faites ceci en mémoire de moi) ,Jésus avait envoyé ses disciples ENSEIGNER toutes les nations en leur demandant de les baptiser et de leur transmettre tout ce qu’Il leur avait appris
Qu’es ce que Jésus avait appris à ses disciples ?
A avoir de la charité ,de l’humilité ,aimer son prochain ,prendre soins des petits ,des malheureux ,ne pas tuer ,ne pas voler ,ne pas mentir ,ne pas commettre l’adultère ,ne pas avoir de jalousie ,ne pas aimer l’argent etc etc