Quand la République chassait les saints : l’histoire oubliée des expulsions religieuses

Carte interactive sur la bataille des inventaires

Les expulsions des congrégations religieuses (1880–1925)
Dans la mémoire collective française, la IIIᵉ République reste souvent associée à l’enracinement de la démocratie, à l’école gratuite et à laïcité. Pourtant, cette République « des hussards noirs » fut aussi celle d’une persécution d’État contre l’Église catholique, particulièrement visible dans l’expulsion massive des congrégations religieuses. Entre 1880 et 1905, plus de 30 000 religieux furent contraints à l’exil, 10 000 écoles catholiques fermées, et des milliers de communautés dissoutes. Retour sur un épisode capital et méconnu de l’histoire contemporaine française : celui où les catholiques furent littéralement « hors la loi » dans leur propre pays.
I. Un conflit ancien ravivé par la République


L’hostilité envers les congrégations religieuses ne date pas de la Troisième République. Dès la Révolution française, celles-ci avaient été supprimées par les lois de 1790. Leur retour, au XIXe siècle, s’était accompagné d’un essor spectaculaire : en 1878, on comptait environ 30 000 religieux réguliers et 130 000 religieuses en France.
Mais pour les républicains anticléricaux, ces congrégations représentaient une menace : elles étaient perçues comme un pouvoir parallèle, ultramontain, et opposé à la modernité. Leur influence dans l’éducation, les hôpitaux, les œuvres sociales, et même l’armée, irritait profondément les promoteurs d’une République laïque, maçonnique et centralisée.
II. Les premières offensives (1880)
En mars 1880, Jules Ferry signe une série de décrets visant les congrégations non autorisées, à commencer par les jésuites. Plus de 5 000 religieux sont expulsés. Les scènes d’expulsions manu militari, souvent symboliques, marquent les esprits. C’est une déclaration de guerre contre « l’Église de France », et surtout contre son incarnation visible : les religieux.
III. L’arsenal législatif de la persécution (1901–1904)

► La loi de 1901 sur les associations
Elle impose aux congrégations religieuses de demander une autorisation parlementaire. Sur 2 500 demandes déposées, seules 53 sont acceptées. C’est une loi d’élimination administrative.
► La loi de 1904 interdit purement et simplement l’enseignement à toute congrégation religieuse.
C’est un coup mortel porté à des ordres majeurs : Frères des écoles chrétiennes, dominicains, chartreux, maristes, etc.
Conséquences concrètes :
- Plus de 30 000 religieux contraints à l’exil.
- 10 000 écoles congréganistes fermées.
- 60 congrégations interdites de fait.
- Des communautés dissoutes, leurs biens confisqués.
- Les officiers catholiques pratiquants pénalisés dans leur carrière.
Ces chiffres donnent la mesure de ce que Jean Sévillia appellera une « persécution légale ».
IV. Le « Grand Exil » des congrégations (1901–1905)
Expulsés de France, les religieux trouvent refuge en Belgique, Espagne, Italie, Canada, Suisse ou encore aux Pays-Bas. Ce phénomène est si massif qu’on parle du « Grand Exil ». La province de Namur, en Belgique, accueille à elle seule plus de 3 000 religieuses françaises. Certaines congrégations poursuivent leur mission depuis l’étranger, d’autres tombent dans la clandestinité en France.
Des exemples emblématiques :
- La Grande Chartreuse est évacuée en 1903 dans un climat dramatique (acte, initié par le franc-maçon Émile Combes).
- Les dominicains sont dispersés, beaucoup s’exilent.
- Les écoles des Frères des écoles chrétiennes ferment une à une, laissant un vide éducatif énorme, que l’État peine à combler.

V. Résistance et solidarité catholiques
Dans les campagnes, dans l’Ouest de la France, dans le Midi et en Bretagne, la population soutient les congrégations. On héberge les sœurs dans des granges, on cache les moines, on finance des écoles libres clandestines.
Cette résistance populaire permet à une partie du tissu catholique de survivre, parfois au prix de procès, d’amendes et de sanctions.
VI. Le drame des inventaires (1906) : une guerre de profanation

Parmi les épisodes les plus violents et humiliants de la politique anticléricale de la Troisième République, celui des inventaires de 1906 reste un moment particulièrement douloureux dans la mémoire catholique française. Préparé par la loi de séparation des Églises et de l’État votée en décembre 1905, ce processus visait à recenser les biens mobiliers et immobiliers des églises paroissiales pour en transférer la propriété à des associations cultuelles ou à l’État.
Mais sous couvert d’administration neutre, ce qui s’ensuivit fut une profanation systématique des lieux de culte, une humiliation publique des fidèles, et un affront direct à la foi catholique.
► Le cadre légal : loi de 1905 et décret du 29 décembre
La loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 affirmait que “la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte”. Cette rupture juridique majeure obligeait toutes les communautés religieuses à créer des associations cultuelles pour pouvoir conserver l’usage des églises.
Un décret du 29 décembre 1905 ordonnait des inventaires minutieux dans chaque lieu de culte — catholique, protestant, juif. Mais en pratique, seuls les édifices catholiques furent visés avec un zèle particulier. Il s’agissait de lister tous les objets de valeur, ostensoirs, ciboires, calices, reliquaires, statues, tableaux, mobiliers, etc. — y compris les objets liturgiques sacrés — pour les inscrire dans les registres de l’État.
► L’exécution brutale et sacrilège
Ces inventaires furent menés par des fonctionnaires, souvent escortés de gendarmes ou de soldats, parfois armés de haches ou de barres de fer pour forcer les portes des sacristies et des tabernacles. Des scènes de violence eurent lieu dans toute la France.
- À Boeschepe (Nord), des fidèles s’interposèrent. Un gendarme abattit un paroissien.
- À Montregard (Haute-Loire), les habitants barricadent l’église. L’armée enfonce les portes à coups de bélier.
- À Lourdes, des processions et des veillées se forment en continu pour empêcher les agents d’entrer.
- À Paris, des curés sont arrêtés pour avoir refusé l’accès aux agents de l’État dans le sanctuaire.
Des milliers de catholiques, souvent des paysans, des femmes, des enfants, se dressèrent pacifiquement — parfois avec leurs corps — entre les fonctionnaires et les objets consacrés. On recense des blessés, des arrestations, des peines de prison, pour avoir simplement voulu défendre un tabernacle ou une custode.
► Une profanation spirituelle
Pour les catholiques, ces inventaires n’étaient pas de simples opérations administratives. Ils étaient vécus comme une profanation liturgique : l’intrusion de l’État impie dans un lieu sacré, la violation du sanctuaire, la manipulation d’objets consacrés par des mains non consacrées. Le peuple croyant en fut profondément blessé, et nombre de prêtres en furent bouleversés à vie.
« Vous ne faites pas l’inventaire d’un édifice, vous violez une église ! » — Un maire démissionnaire en 1906
Le contraste était frappant : alors que l’on respectait les loges maçonniques comme des lieux privés inviolables, on violait les tabernacles à coups de hache.

► Une résistance héroïque… mais désarmée
Malgré l’ampleur de la protestation populaire (plus de 600 incidents graves dans tout le pays), l’appareil d’État poursuivit ses opérations avec froideur. Aucun recul, aucune compassion, aucune reconnaissance des objections religieuses.
L’Église, quant à elle, restait désarmée : les évêques, les curés, les fidèles appelèrent au calme, refusant la violence, et transformant ces épreuves en occasions de réparation spirituelle. Beaucoup organisèrent des heures saintes, des processions, des communions réparatrices.
VII. Bataille ou querelle ? Le glissement sémantique d’une violence oubliée
Un autre aspect révélateur de la mémoire falsifiée de cette époque réside dans l’évolution du vocabulaire historique employé pour désigner les événements de 1906. Tandis que la presse catholique et les témoins contemporains parlent à juste titre de « guerre des inventaires », l’historiographie républicaine moderne préfère le terme plus feutré de « querelle des inventaires ».
► Une guerre symbolique, spirituelle, parfois physique
À l’époque des faits, les observateurs ne s’y trompent pas : les inventaires sont perçus comme une véritable agression contre l’Église. Il y a des morts, des blessés, des arrestations, des barricades, des églises forcées par la troupe. Le climat est insurrectionnel dans plusieurs départements. Les prêtres parlent de « persécution », les fidèles de « profanation ».
► Une édulcoration postérieure
Avec le temps, les manuels scolaires et les ouvrages officiels ont remplacé cette appellation par celle de « querelle des inventaires ». Ce mot, apparemment neutre, laisse entendre un désaccord d’opinion, un débat, un affrontement rhétorique.
Ce changement n’est pas anodin. Il vise à désamorcer la gravité des faits, à faire passer les catholiques pour des excités irréalistes, et à transformer une violence d’État en simple friction administrative. Parler de « querelle », c’est minimiser la brutalité des procédures, nier la souffrance du peuple fidèle, et effacer les morts.
► Résultat : un fossé durable
Les inventaires de 1906 laissèrent une blessure durable dans la conscience catholique. Ils symbolisèrent l’hostilité fondamentale de la République laïque contre l’Église. Même ceux qui acceptaient la République sur le plan politique comprirent alors qu’elle ne tolérait l’Église qu’à la condition qu’elle se taise, s’humilie et s’efface.
C’est aussi à ce moment que s’imposa dans de nombreux esprits la nécessité d’un repli identitaire catholique, centré sur la liturgie, les sacrements, la prière, la résistance passive. Cette stratégie allait porter des fruits inattendus au XXe siècle.
« L’inventaire des églises fut, dans les campagnes, le baptême de la contre-révolution silencieuse. » — Abbé Lemius, 1910
VIII. La guerre de 14–18 : l’heure de la réhabilitation morale



Le front va tout changer.
- 30 000 prêtres, religieux et séminaristes sont mobilisés.
- Les congrégations féminines soignent les blessés, tiennent les hôpitaux de campagne.
- Plus de 5 000 prêtres meurent au combat.
Le clergé, autrefois accusé d’antipatriotisme, devient une figure du sacrifice. Le président Poincaré rend hommage à l’Église pour sa contribution. L’anticléricalisme est temporairement mis en sommeil.
« Nous sommes unis à la Patrie dans la douleur comme dans l’espérance. » — Cardinal Amette, archevêque de Paris (1915)
IX. L’ingratitude républicaine : quand la persécution reprend après l’union sacrée
La Première Guerre mondiale avait vu naître une fragile trêve entre l’État républicain et l’Église. Devant l’urgence nationale, les républicains anticléricaux avaient mis de côté, temporairement, leur hostilité pour mobiliser toutes les forces morales du pays — y compris celles de l’Église.
► Prêtres-soldats, religieux-infirmiers : les catholiques au service de la France
- Plus de 30 000 prêtres, religieux et séminaristes sont envoyés au front.
- De nombreuses congrégations féminines assurent le fonctionnement des hôpitaux de guerre.
- Les écoles chrétiennes sont utilisées comme cantonnements ou hôpitaux.
- Les curés de campagne sont sollicités pour prêcher l’engagement patriotique, pour la défense de la patrie occupée… par un gouvernement pourtant dirigé par des anticléricaux notoires.
Le paradoxe est cruel : l’État, qui avait persécuté les catholiques jusque dans leurs monastères, en appelle à eux pour sauver la République. On mobilise les fils de l’Église pour servir une nation qui les a humiliés, réduits au silence ou à l’exil.
► Un soutien moral inestimable
Les évêques, en grande majorité, appellent à la mobilisation. La République, qui avait voulu les réduire au silence, utilise désormais leur autorité pour légitimer la guerre. Les curés lisent les ordres du jour, bénissent les soldats, écrivent aux familles, organisent des prières pour les morts, réconfortent les blessés.
De nombreux soldats écrivent du front :
“C’est le prêtre qui m’a redonné la foi dans la tranchée.”
► Une reconnaissance éphémère… suivie d’un retour de bâton
À l’armistice, de nombreux catholiques espèrent un retour à une politique de réconciliation durable. Mais dès les années 1920, les vieilles haines resurgissent. Le Cartel des gauches (1924) reprend le flambeau de la persécution anticléricale :
- Suppression de l’ambassade auprès du Vatican.
- Réactivation de la législation anti-congréganiste : surveillance, refus d’autorisations, refus de réouvertures d’écoles.
- Mesures fiscales discriminatoires contre les associations diocésaines.
- Propagande scolaire renforcée contre “les superstitions religieuses”.
Les prêtres rentrés du front sont désormais à nouveau surveillés par les préfets. Les religieux revenus d’exil sont à nouveau menacés d’expulsion.
► Exemples concrets de persécutions après la grande guerre :
- Le père Gratry, ancien aumônier militaire décoré, se voit refuser l’autorisation d’ouvrir une école catholique à Lyon.
- Le chanoine Daniel, blessé en 1916 à Verdun, est convoqué en 1925 pour s’expliquer sur des prêches jugés “politiques” par la préfecture de la Marne.
- À Brest, les Petites Sœurs des Pauvres, revenues de Belgique, voient leur hospice inspecté et menacé de fermeture pour non-conformité laïque.
- En Haute-Loire, des curés décorés de la Légion d’honneur sont fichés comme “cléricaux militants” et exclus des subventions municipales.
Ces faits montrent que l’appareil républicain ne distingue pas le héros du citoyen suspect dès lors qu’il est catholique. La reconnaissance de guerre n’efface pas l’idéologie.
X. Une leçon pour aujourd’hui : la fidélité à Dieu plutôt qu’aux idoles politiques
L’expulsion des congrégations religieuses entre 1880 et 1925 fut une politique de persécution systématique, sous prétexte de laïcité. Présentée comme une modernisation, elle fut en réalité une guerre culturelle, qui a bouleversé le tissu éducatif, religieux et social de la France.
Cette page d’histoire, presque oubliée aujourd’hui, mérite pourtant d’être enseignée, rappelée et méditée. Elle ne relève pas d’un passé révolu : elle résonne encore dans notre actualité, à une époque où le mot « laïcité » sert à nouveau d’instrument pour surveiller, marginaliser, voire criminaliser la foi chrétienne.
Pour les catholiques, cette mémoire est capitale. Il ne faut jamais oublier que les concessions faites à l’idéologie républicaine n’ont jamais protégé l’Église — au contraire, elles ont permis sa mise au pas. L’histoire a prouvé que la République, née dans la haine de Dieu et la négation de l’ordre chrétien, est fondamentalement incompatible avec la royauté sociale du Christ.
Comme le rappelait Monseigneur Gaume :
« La Révolution, au point de vue chrétien, n’est autre chose que la guerre contre Dieu, entreprise par l’orgueil de l’homme. » (Mgr Gaume, La Révolution, t. I, 1856)
De 1789 à 1925, de la Terreur aux expulsions, en passant par les lois scolaires antichrétiennes, le projet reste le même : déraciner la France catholique et effacer jusqu’au souvenir de sa vocation divine.
Les catholiques doivent en tirer une leçon claire : on ne pactise pas avec la Révolution. On ne compose pas avec la Gueuse. Ils doivent désormais refuser, non seulement les lois républicaines qui violent la loi divine, mais aussi le principe même du vote républicain, qui cautionne un régime fondé sur l’apostasie.
Résister, ce n’est pas se plaindre : c’est se souvenir, se tenir debout, transmettre la mémoire des saints persécutés, des religieux exilés, des fidèles combatifs. C’est préparer la renaissance de la France, non pas sous le signe de la neutralité mensongère, mais sous la bannière du Christ-Roi.
Chiffres clefs de la bataille des inventaires d’après le livre de m.l’Abbé Paul Sutter – L’antifrance à l’œuvre ou ce que la loge nous réserve
Le contexte est celui d’une intense “guerre religieuse” en France, où le “cléricalisme” est désigné comme l’ennemi. Le régime de Combes (à partir de 1902) est qualifié de “régime abject”, une époque où “quelques milliers de franc-maçons et de juifs tyrannisaient 38 millions de Français”. Le régime d’Herriot (à partir de 1924) est décrit comme un “nouveau régime abject”, avec 242 francs-maçons à la Chambre des députés et 12 ministres sur 13 francs-maçons.
1. Mesures législatives et administratives clés de la persécution
- Dès 1881, des mesures sont prises contre les Congrégations, avec le début de l’expulsion des sœurs des hôpitaux et la fermeture des petits séminaires.
- En 1882 (2 novembre), le crucifix est supprimé dans les écoles primaires. Les emblèmes chrétiens disparaissent également des tribunaux.
- En 1883, toute subvention aux fabriques d’églises est interdite.
- En 1886 (4 juin), le traitement des vicaires est supprimé et les congréganistes sont interdits d’enseigner dans les écoles de l’État.
- En 1893, les traitements de 1 217 ecclésiastiques sont supprimés.
- En septembre 1895, le Grand Orient de France déclare : « Nous, Francs-maçons, ferons sombrer le catholicisme à tout jamais ».
- La loi sur les associations de 1901 est votée, spécifiquement dirigée contre les congrégations.
- Le 1er avril 1904 (Vendredi Saint), les crucifix sont enlevés des tribunaux.
- Le 21 mai 1904, l’ambassadeur de France auprès du Vatican est rappelé.
- La loi de séparation de l’Église et de l’État est votée le 3 juillet 1905.
- Le 1er janvier 1906, tous les aumôniers militaires sont supprimés.
- Le 5 janvier 1907, l’inscription « Dieu protège la France » est abolie sur les pièces d’or et d’argent.
- Le 6 février 1907, tous les aumôniers sur les navires de guerre sont supprimés.
- La loi du 13 avril 1908 est votée, concernant le “vol des fonds des fondations”.
2. Expulsions, saisies et spoliations massives
- Inventaires Sanglants : Le 2 février 1906, les “inventaires sanglants” débutent à travers la France entière.
- Expulsion des Jésuites et autres congrégations non reconnues : Le 31 août 1880.
- Expulsion des Chartreux (1903) : Ils sont expulsés de leur couvent, la Grande Chartreuse, qui occupait entre 400 et 500 personnes et dont la valeur de rapport avait été évaluée à 7 millions de francs. Les frais de séquestre s’élevèrent à plus de 168 000 frs, et les avocats prélevèrent 47 310 frs. Les Chartreux furent autorisés à repasser la frontière après la Première Guerre mondiale, bien que beaucoup soient morts au champ d’honneur.
- Expulsion des Sœurs Congréganistes (1903-1904) :
- Toutes les sœurs congréganistes des hôpitaux militaires sont expulsées à partir du 15 novembre 1903. À Toulon, l’État ne s’acquittait de ses obligations qu’à hauteur d’un franc par jour et par tête pour les sœurs de charité.
- Tous les congréganistes des écoles privées sont expulsés le 23 février 1904.
- En juillet 1924, les Clarisses d’Alençon sont les premières victimes à être exilées sous le régime Herriot.
- Expulsion des Capucins (Paris, 3 novembre 1906) : Les Pères Capucins de la rue de la Santé sont expulsés.
- Expulsion du Cardinal Richard (Paris, 15 décembre 1906) : L’archevêque de Paris, octogénaire malade, est expulsé de son palais épiscopal. Ce jour-là, plus de 20 000 personnes étaient assemblées pour l’accompagner, et des hommes de la haute société traînèrent sa voiture.
- Biens Confisqués : Au 20 décembre 1906, 58 palais épiscopaux, 55 grands et 49 petits séminaires étaient déjà entre les mains du gouvernement.
- Fonds des Fondations : La loi du 13 avril 1908 permit la confiscation de 470 millions de francs provenant de fondations pour les morts, qualifiée de “vol”.
- Disparition des Fonds : Le “fameux milliard de la Congrégation” disparaît dans les poches des liquidateurs et autres “voleurs privilégiés”.
- En deux ans, l’Église de France fut “presque totalement dévalisée”.
- Reconversion des biens d’Église :
- À Tours : L’ancienne chapelle des sœurs de N-D. du Refuge est transformée en temple maçonnique. Le palais épiscopal est devenu un musée, le grand séminaire une école de garçons, le petit séminaire une école de filles (sa chapelle étant transformée en salle de gymnastique). La chapelle des Jésuites est devenue une salle de fêtes. Le presbytère de la cathédrale est devenu un asile d’aliénés et celui de Notre-Dame une cuisine populaire.
- À Toulouse : Les églises de couvents sont transformées en garages, salles de danse, cinémas, casernes ou asiles d’aliénés.
- L’église Ste-Geneviève de Paris est transformée en temple (Panthéon) pour les maîtres-valets de la maçonnerie le 20 mai 1885. En juin 1908, les cendres du romancier pornographique Zola y sont transférées.
3. Violences et morts directement liées aux persécutions
- Hazebrouck : Lors d’une intervention, des gendarmes tirent sur la foule, blessant grièvement plusieurs personnes. Le boucher Elle Qhysel, âgé de trente ans et père de quatre enfants, est mortellement atteint d’une balle, tirée, croit-on, par le fils du percepteur. Le percepteur eut la poitrine écrasée et le pied traversé d’une balle.
- Montregard (Haute-Loire) : Pendant un inventaire, un gendarme tire sur la foule, touchant André Régis, cultivateur, qui succombe deux jours après. Un autre cultivateur, Dereymond, a la mâchoire fracassée.
- Dunières (Haute-Loire) : Un forçat, utilisé pour forcer le portail d’une église, frappe son camarade à la tête avec une hache, lui fendant le crâne. Le camarade succombe quelques jours après à l’hôpital du Puy.
- Paris (Sainte-Clotilde) : La lutte fut l’une des plus vives, entraînant plus de 300 blessés et prisonniers. Des coups de sabres furent portés sur les manifestants, et beaucoup furent transportés à l’hôpital.
- Soldats morts pour la Patrie (Première Guerre Mondiale) : Parmi les religieux proscrits qui revinrent défendre la patrie, 2 640 d’entre eux sont morts au champ d’honneur.
- Bilan global de la Première Guerre Mondiale pour la France : 10 départements dévastés, 400 milliards de dettes et 1 380 000 de ses meilleurs enfants tués.
4. Conséquences et impact sur la société
- L’école laïque française est décrite comme la “plus médiocre de toute l’Europe”, produisant 48% d’illettrés et 90% de jeunes gens à qui tout sentiment religieux est étranger.
- En vingt ans, au moins 100 églises sont signalées comme devant tomber en ruines et être fermées, faute de ressources pour leur entretien.
- Des paroisses sans curé et des villages sans enfants sont signalés dans l’Yonne, la Gironde, le Lot-et-Garonne, la Nièvre ou le Vaucluse, conséquence de la vie religieuse disparue et de la “vertu civique” évanouie.
5. Faits marquants de la résistance Catholique
- Barricades : À Nantes, des barricades sont élevées dans les rues dès le 14 juin 1903 pour protéger les églises. À Tourcoing (Notre-Dame), les barricades intérieures étaient reliées par du fil de fer chargé à l’électricité pour électrocuter les assaillants.
- Défense Active :
- Le 20 février 1906, 600 hommes s’enferment dans Notre-Dame des Victoires à Paris pour la défendre.
- À St-Michel de Chaillot (Alpes), le 8 mars 1906, 1 400 catholiques sont massés dans l’église et sur la place pour s’opposer à l’inventaire. L’opération fut suspendue en raison de la chute du ministère Combes.
- Certains officiers, comme le Capitaine Magniez (Novembre 1906), le Commandant Héry, et les Capitaines Cléret-Langavant et Spinel (St-Servan), refusent d’exécuter l’ordre de forcer les portes d’églises, brisant leur carrière plutôt que de se soumettre à un “rôle indigne de valet de bourreau”. Le Capitaine Magniez fut incarcéré et révoqué sans pension.
- À Saint-Pierre du Gros-Caillou (Paris), les pompiers inondent l’église par les fenêtres pour faciliter l’accès, mais les catholiques continuent de résister.
- Des incidents de résistance physique sont rapportés, comme à St-Corgon (Morbihan) où “trois gaillards se lancent sur les gendarmes”, en roulant deux à terre, ou à Vazeilles (Haute-Loire) où des paysans armés barricadent le chemin de l’église avec d’énormes troncs d’arbres.
- À Montjoie (Ariège), le curé est protégé par deux ours géants, intimidant les agents du fisc.
- À Larochemillay (Nièvre), les jeunes filles “cernèrent le sous-préfet et surent bien l’empêcher de procéder à l’inventaire”.
- Contre-Offensive : À Nancy, une foule déborde dans une rue adjacente et prend la direction de la loge maçonnique St-Jean de Jérusalem. La porte de la loge en chêne massif cède, et tout est mis en miettes à l’intérieur.
- Résistance en Alsace-Lorraine (1924-1925) :
- 50 000 catholiques organisent un cortège monstre et un meeting de protestation à Strasbourg contre les mesures du gouvernement Herriot.
- Des listes de protestation pour le maintien des écoles confessionnelles sont signées par 165 421 hommes et 208 194 femmes.
- Le 16 mars 1925, une grève des écoliers catholiques est décrétée par Mgr. Ruch, évêque de Strasbourg, durant 3 jours pour Colmar et 1 jour pour le reste de l’Alsace. La participation des grévistes est de 60 à 75% dans les villes et de 90 à 100% à la campagne.
- À Grafenstaden, un cortège de plus de 2000 personnes se dirige vers la demeure du maire qui avait demandé le retrait de 5 sœurs d’école.
- À Brinkheim, l’évêque Mgr. Ruch décrète que tout père et mère de famille catholique envoyant leurs enfants à l’école publique athée ne pourront recevoir l’absolution ni être admis à la Sainte Table, ce qui force le gouvernement à éloigner l’instituteur athée.
- Actes de défi individuels :
- Le général Maximilien Récamier, 70 ans, commandeur de la Légion d’honneur, s’est opposé aux agents à St-Thomas d’Aquin à Paris et a été arrêté, puis condamné à six semaines de prison avec sursis et 300 frs d’amende.
- Le curé de St-Germain des Prés de Paris, M. Sara, a persisté à dire la messe malgré l’interdiction, déclarant qu’il “continuerait d’agir ainsi tous les matins”.
- À Noyers (Yonne), un “Suisse d’église” (sacristain) a été condamné pour “délit de procession” en portant son pantalon d’uniforme de l’église pour aller et revenir de l’office.
- À Larochemillay (Nièvre), les jeunes filles ont encerclé le sous-préfet pour l’empêcher d’inventorier.
- À Montjoie (Ariège), le curé a été protégé par deux ours géants. Mademoiselle de Tersac, à l’origine de cette défense, a été arrêtée et condamnée à 5 jours de prison.
- Le sacristain Pierre de Rouperroux (Orne) a refusé les clés de l’église avec un jeu de mots : “Je suis Pierre et Pierre ne vous donnera jamais les clés de cette église”.
- Le député M. de Baudry d’Asson (Vendée) s’est couché en travers de la porte de l’église de la Garnache.
- À Andrezé (Maine-et-Loire), des hommes ont menacé le percepteur qui avait nié l’existence de Dieu.
- Les agents du fisc ont parfois été confrontés à des ruses, comme à Moulon (Gironde) où le curé a ouvert la porte d’un coup de parapluie, ou à Pietrre-la-Treiche (Meurthe-et-Moselle) où le commissaire fut enfermé dans le baptistère.
- À Dunières (Haute-Loire), le commissaire a eu recours à deux forçats pour forcer une porte, entraînant la mort de l’un d’eux par la hache de son camarade.
- À Evron (Mayenne), la hache d’un cambrioleur a tracé la silhouette de Notre-Dame de l’Épine sur le portail de l’église lors de l’inventaire.
Dates clefs de la bataille des inventaires d’après le livre de m.l’Abbé Paul Sutter – L’antifrance à l’œuvre ou ce que la loge nous réserve
Contexte et Prélude à la Persécution (fin XIXe – début XXe siècle) :
- 31 mars 1879 : Le juif Léon Gambetta, fils d’un juif italien, est élu président de la Chambre. À l’instigation de Bismarck, il déclare la guerre à l’Église catholique et traditionnelle de France. Son cri de guerre est : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! ».
- 31 août 1880 : Expulsion des Jésuites et de toutes les congrégations non reconnues.
- 11 février 1881 : Début de l’expulsion des sœurs des hôpitaux et fermeture des petits séminaires. L’école primaire devient “neutre”.
- 2 novembre 1882 : Suppression du crucifix dans les écoles primaires de Paris et de province. Des agents du gouvernement arrachent crucifix, images et statues religieuses des murs des salles de classe.
- 1883 : Interdiction de toute subvention aux fabriques d’églises.
- 27 juillet 1884 : Le projet de loi du juif Naquet instituant le divorce est accepté.
- 20 mai 1885 : L’église Sainte-Geneviève de Paris est transformée en Panthéon.
- 4 juin 1886 : Suppression du traitement des vicaires. Défense aux congréganistes d’enseigner dans les écoles de l’État.
- 15 juillet 1889 : Introduction du service militaire pour les ecclésiastiques.
- 1893 : Suppression du traitement de 1 217 ecclésiastiques.
- Septembre 1895 : Le Grand Orient de France déclare : « Nous, Francs-maçons, ferons sombrer le catholicisme à tout jamais ».
- 1901 : La loi sur les associations est dirigée contre les congrégations. Viviani exprime le vœu « d’éteindre les lumières du ciel et d’abolir l’église entière ».
- 1902 : Des officiers refusent d’obéir lors de l’expulsion des religieux. Les évêques protestent contre la loi sur les associations.
- 1903 : Expulsion des Chartreux. Des débats d’une extrême violence ont lieu à la Chambre concernant la persécution religieuse. Combes devient président du ministère.
- 14 juin 1903 : Des barricades sont élevées dans les rues de Nantes pour protéger les églises.
- 15 novembre 1903 : L’ordre d’expulsion des Sœurs de charité parvient à Toulon pour l’hôpital militaire.
- 23 février 1904 : Expulsion de tous les congréganistes des écoles privées.
- 1er avril 1904 (Vendredi Saint) : Enlèvement des crucifix des tribunaux.
- 21 mai 1904 : L’ambassadeur de France auprès du Vatican est rappelé.
- 3 juillet 1905 : La Chambre vote la loi de séparation des Églises et de l’État.
La “Bataille des Inventaires” (1906) :
- 1er janvier 1906 : Suppression de tous les aumôniers militaires.
- 2 février 1906 : Début des inventaires sanglants à travers la France entière, marquant le début de la “bataille”.
- 17 février 1906 : Opérations d’inventaire à Notre-Dame de l’Épine (Évron, Mayenne).
- 19 février 1906 : Le Pape Pie X condamne la loi de séparation.
- 20 février 1906 : 600 hommes s’enferment dans Notre-Dame des Victoires à Paris pour la défendre contre les agents.
- 8 mars 1906 : L’église principale de Saint-Michel de Chaillot (Alpes) doit être inventoriée, avec une forte résistance. La chute du ministère Combes survient à cet instant, ordonnant de surseoir à l’opération.
- 10 mars 1906 : Affrontements à Saint-Corgon (Morbihan) lors de l’arrivée du percepteur d’Allaire et de gendarmes.
- 31 mars 1906 : Une brutalité inhumaine est constatée lors des inventaires dans le Jura, notamment à Vadans.
- 19 juillet 1906 : Interdiction aux militaires de saluer les ecclésiastiques.
- 10 août 1906 : Encyclique de Pie X : Gravissimo officii munere.
- Novembre 1906 : Le Capitaine Magniez refuse de faire “crocheter” l’église de Saint-Jans-Cappel par sa troupe, ce qui lui vaut d’être arrêté et incarcéré, puis révoqué sans pension. Le commandant Héry et les capitaines Cléret-Langavant et Spinel refusent également d’exécuter l’ordre de forcer les portes de l’église de Saint-Servan.
- 3 novembre 1906 : Expulsion des Pères Capucins de la rue de la Santé à Paris.
- 11 décembre 1906 : Expulsion du plénipotentiaire de la Curie, Monseigneur Montagnini.
- 15 décembre 1906 : Le Cardinal Richard, archevêque de Paris, est expulsé de son palais épiscopal.
- 20 décembre 1906 : 58 palais épiscopaux, 55 grands et 49 petits séminaires sont déjà entre les mains du gouvernement.
Conséquences et Poursuite de la Laïcisation (post-1906) :
- 2 janvier 1907 : Nouvelle loi concernant la séparation de l’Église et de l’État.
- 5 janvier 1907 : Abolition de l’inscription : « Dieu protège la France » sur les pièces d’or et d’argent.
- 6 février 1907 : Suppression de tous les aumôniers sur les navires de guerre.
- Février 1907 : Le Saint-Père, Pie X, lance sa première encyclique contre les lois de séparation, les stigmatisant comme une injustice et leur contestant toute emprise sur la conscience des fidèles.
- 13 avril 1908 : Loi concernant le vol des fonds des fondations ; 470 millions de francs provenant de fondations pour les morts sont confisqués. L’Église de France est « presque totalement dévalisée » en deux ans.
- 4 juin 1908 : Transfert solennel des cendres du romancier Zola au Panthéon (ancienne église Sainte-Geneviève).
- Juillet 1913 : Violents débats à la Chambre pour obtenir une nouvelle loi scolaire antireligieuse.
- Janvier 1914 : Adoption de cette loi par la Chambre.
- 1914-1918 : Période de la Première Guerre mondiale, décrite comme un « désir unanime d’union sacrée » où la persécution religieuse s’atténue.
- Novembre 1914 : Le maréchal Joffre déclare à Thann que la France respectera les libertés, traditions et convictions de l’Alsace et de la Lorraine reconquises.
- 11 février 1915 : Le président de la République M. Poincaré confirme à Saint-Amarin les déclarations du maréchal Joffre.
- 16 novembre 1919 : Élections générales en faveur du bloc national, suivies de quatre années d’apaisement et de calme relatifs pour l’Église.
- 11 mai 1924 : Élections générales en faveur des radicaux-socialistes. Avec M. Herriot au pouvoir, le « régime abject » fait sa réapparition. Le gouvernement déclare la guerre à l’Église catholique en Alsace et en Lorraine.
- Juillet 1924 : Les Clarisses d’Alençon sont les premières victimes à être exilées sous le nouveau régime Herriot.
- 20 juillet 1924 : 50 000 catholiques d’Alsace organisent un cortège monstre et un meeting de protestation à Strasbourg contre les mesures du gouvernement Herriot.
- Août 1924 : Grand mouvement en Alsace-Lorraine pour le maintien des écoles confessionnelles, avec des listes de protestation signées par 165 421 hommes et 208 194 femmes.
- 15 février 1925 : Monseigneur Charles Ruch, Évêque de Strasbourg, écrit à l’Abbé Paul Sutter pour le remercier de son livre « L’Antifrance à l’œuvre ».
- 16 mars 1925 : Grève des écoliers catholiques décrétée par Monseigneur Ruch et le comité d’Action catholique : 3 jours pour Colmar et 1 jour pour le reste de l’Alsace, avec une participation massive malgré les pressions gouvernementales.
- 18 avril 1925 : Monseigneur Ruch publie une ordonnance interdisant aux catholiques d’envoyer leurs enfants à l’école publique de Brinkheim, qu’il juge dangereuse pour leur foi.
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