La Contrition Parfaite, Clé d’Or du Paradis

En ces temps où nous sommes, malheureusement, privés du bienfait de la Confession, il peut être utile de se rappeler ce qu’est la Contrition parfaite.
La plaquette qui suit a reçu l’Imprimatur du Vicaire Général J.CHANSON le 15 Avril 1950
Préface
Ce petit livre, tant par l’importance souveraine de la matière qu’il traite (matière bien peu connue, hélas ! de la plupart des chrétiens) que par l’abondance de la doctrine et l’intérêt de ses applications pratiques, vaut de longs ouvrages.
« Le grand moyen du salut », tel est le titre que saint Alphonse de Liguori donna à un opuscule, sorti avec beaucoup d’autres de sa plume, sur l’oraison. Et, si grande était sa confiance dans l’efficacité et la puissance de la prière pour assurer le salut des âmes, qu’il aurait voulu, disait-il, voir dans toutes les mains son petit livre. De l’exercice de l’amour de Dieu et de la contrition parfaite, nous pouvons dire avec tout autant de vérité, qu’ils sont « le grand moyen de salut », car entre un acte de charité ou de contrition parfaite et l’acquisition de la vie éternelle, le rapport est plus intime et plus étroit encore qu’entre la prière et le salut.
Aussi, désirerai-je voir cet opuscule, comme saint Alphonse, le sien, dans toutes les mains, persuadé que sa lecture attentive et la mise à exécution de ses enseignements ouvriraient les portes du ciel à une multitude d’âmes exposées, sans lui, à une éternelle damnation, et accroîtraient d’une façon merveilleuse, la grâce de Dieu dans celles qui sont fidèles à leur baptême.
Tout chrétien devrait être solidement instruit de l’importance capitale de l’acte de contrition parfaite et de charité à cause des services incalculables qu’une telle connaissance peut nous rendre à l’heure de notre mort et nous permettre de rendre aux mourants au chevet desquels la Providence pourrait nous amener. Personne, même en bonne santé, ne devrait oublier cette vérité ; mais il est par-dessus tout désirable que tous la possèdent profondément gravée dans leur cœur pour les heures de maladie et les périls de la mort.
Plaise donc à Dieu que cette brochure se répande le plus possible. Nul doute que sa lecture ne soit accompagnée d’abondantes bénédictions.
P. Augustin LEHMKUL. S.J.
INTRODUCTION
À la vue du petit livre, LA CLÉ D’OR DU PARADIS, vous éprouverez, je le soupçonne, cher lecteur, la curiosité de voir si le contenu répond à l’étiquette. Peut-être vous inspirera-t-il quelque méfiance et vous demanderez-vous avec inquiétude si vous n’avez pas affaire à une de ces prétendues recettes merveilleuses et infaillibles, production d’une littérature mercantile.
Eh bien ! non, cher lecteur, c’est une clé légitime et solide, et, certes, facile à manier : c’est la contrition parfaite. Elle peut vous ouvrir le ciel chaque jour, à chaque instant, si vous avez eu le malheur de vous le fermer par le péché mortel, et surtout si, à l’heure de la mort, vous n’avez pas à côté de vous le prêtre, le dispensateur de la miséricorde divine. La contrition parfaite sera la dernière clé qui, avec la grâce de Dieu, vous ouvrira le ciel. Mais il faut pour cela que vous ayez pris l’habitude de la manier pendant votre vie. Combien d’âmes, grâce à la contrition parfaite, ont le ciel assuré qui sans cela auraient été irrémédiablement perdues !
« Si je pouvais parcourir la campagne en prêchant la parole divine, disait le docte et pieux Cardinal Franzelin, le sujet favori de mes prédications serait la contrition parfaite. »
I – Qu’est-ce que la contrition parfaite ?
La contrition est une douleur de l’âme et une détestation des péchés commis. Elle doit être accompagnée du bon propos, c’est-à-dire d’une résolution ferme de s’en corriger et de ne plus pécher.
Pour que la contrition soit réelle, il faut qu’elle soit intérieure, qu’elle vienne du fond du cœur ; ce ne doit donc pas être une simple formule prononcée sans réflexion. Il n’est pas non plus nécessaire de la manifester par des soupirs, des larmes, etc. ; tout ceci peut être un signe, mais non l’essence de la contrition. Celle-ci réside dans l’âme et dans la volonté décidée de fuir le péché et de retourner à Dieu.
Outre cela, la contrition doit être universelle, c’est-à-dire qu’elle doit s’étendre à tous les péchés commis, à tous les péchés mortels du moins. Enfin elle doit être surnaturelle et non pas purement naturelle, car celle-ci ne sert de rien ; c’est pourquoi la contrition, comme tout autre bien, doit venir de Dieu et de sa grâce. Seule, la grâce de Dieu peut la faire naître en nous ; mais pourvu que nous la lui demandions, pourvu que nous ayons bonne volonté, un repentir sincère et surnaturel, Dieu nous accorde toujours la grâce nécessaire.
Si notre repentir est fondé sur un motif d’intérêt ou de raison purement naturel (par exemple les maux temporels, la honte, la maladie) nous n’aurons qu’une contrition naturelle et sans mérite ; mais, s’il est fondé sur quelque vérité de la foi (comme l’enfer, le purgatoire, le ciel, Dieu, etc.) alors nous avons vraiment une contrition surnaturelle.
Cette contrition surnaturelle peut être, à son tour, parfaite ou imparfaite ; et nous voici amenés à notre sujet de la « contrition parfaite ».

Que sera donc la contrition parfaite ?
En deux mots, la contrition parfaite est la contrition fondée sur un motif d’amour, et l’imparfaite est celle qui est fondée sur un motif de crainte de Dieu.
La contrition parfaite est celle qui découle de l’amour parfait de Dieu ; or, notre amour de Dieu est parfait si nous l’aimons parce qu’il est infiniment parfait, infiniment beau, infiniment bon (amour de bienveillance) ou parce qu’il nous a témoigné son amour d’une manière si admirable (amour de reconnaissance). Notre amour de Dieu est imparfait si nous l’aimons parce que nous attendons quelque chose de Lui.
Ainsi, dans l’amour imparfait, nous pensons surtout aux bienfaits reçus et, dans l’amour parfait, nous pensons surtout à la bonté de Celui qui répand ces bienfaits. L’amour imparfait nous fait aimer de préférence le bienfait même, tandis que l’amour parfait nous fait aimer l’auteur de ces bienfaits, et cela moins pour ses dons que pour l’amour et la bonté que ces dons manifestent.
De l’amour découle la contrition. Par conséquent, notre contrition sera parfaite si nous nous repentons de nos péchés pour l’amour parfait de Dieu, soit de bienveillance, soit de reconnaissance. Elle sera imparfaite, si nous nous repentons de nos fautes par crainte de Dieu, soit parce que le péché nous a fait perdre la récompense qui nous était promise : le ciel ; soit parce que nous avons mérité le châtiment imposé aux pécheurs : l’enfer ou le purgatoire.
Dans la contrition imparfaite, nous pensons surtout à nous-mêmes et aux maux que nous vaut le péché, selon la lumière de la foi. Dans la contrition parfaite, nous pensons surtout à Dieu, à sa grandeur, à sa beauté, à son amour, à sa bonté ; nous considérons que le péché l’offense et qu’il a été cause de tant de souffrances endurées pour nous racheter. Nous ne voulons pas seulement notre bien, mais celui de Dieu.
Un exemple nous le fera mieux saisir. Lorsque Saint Pierre eut renié le Sauveur, « il sortit et pleura amèrement ». Pourquoi pleura-t-il ? Était-ce pour la honte qu’il allait éprouver devant les autres apôtres ? En ce cas, c’eût été une douleur purement naturelle et sans mérite. Est-ce parce que son divin maître va peut-être le dépouiller de sa dignité d’apôtre et de pasteur suprême ou le chasser de son royaume ? La contrition en ce cas serait bonne, mais imparfaite. Mais non, il se repent, il pleure, parce qu’il a offensé son Maître bien-aimé, si bon, si saint, si digne d’amour. Il pleure parce qu’il a répondu à cet immense amour par une noire ingratitude : et c’est là la contrition parfaite.
Or, n’avez-vous pas, vous aussi, cher lecteur, le même motif que Saint Pierre pour détester vos péchés, par amour, par amour parfait et par reconnaissance ?
Sans aucun doute. Les bienfaits de Dieu sont plus nombreux que les cheveux de votre tête et chacun d’eux devrait vous faire répéter avec Saint Jean : « Aimons Dieu puisqu’il nous a aimés le premier. » (Saint Jean, Ière ép. Ch.4, v.14.)
Et comment vous a-t-il aimés ?
« Je t’ai aimé, dit-Il lui-même, d’un amour éternel, j’ai eu pitié de toi et je t’ai attiré à moi. » (Jérém., 31, 3.)
« D’un amour éternel je t’ai aimé. »
De toute éternité, avant même qu’il n’y eût rien de vous sur la terre, il jeta sur vous ce regard d’amour qui pénètre tout, il vous prépara une âme et un corps, le ciel et la terre, avec toute la tendresse d’une mère qui se prépare à faire fête à l’enfant qui va venir au monde. C’est Dieu qui vous a donné la vie et la santé ; c’est Lui qui vous donne chaque jour les biens naturels.
Cette pensée suffirait aux païens eux-mêmes pour le porter à la connaissance et à l’amour parfait de Dieu. À plus forte raison doit-elle vous y porter, vous chrétiens, qui possédez un autre témoignage d’amour et de bonté : l’amour et la bonté surnaturelle de Dieu pour vous, « car, dit-il, j’ai eu pitié de toi ». Vous étiez condamné comme tous les hommes par suite du péché originel : Dieu a envoyé son Fils unique qui s’est fait notre Sauveur et vous a racheté de son sang en mourant sur la croix.
C’est à vous qu’Il pensait avec amour dans son agonie, au Jardin des Oliviers, lorsqu’Il répandait son sang sous les fouets et les épines, lorsqu’Il suivait en traînant sa Croix, le long et pénible chemin du calvaire ; lorsque, cloué sur la croix, Il expirait au milieu d’affreux tourments, c’est à vous qu’Il pensait avec un tendre amour, comme si vous eussiez été seul au monde. Que conclure de là ? « Aimons Dieu puisqu’Il nous a aimés le premier ».
En outre, Dieu vous a attiré à Lui par le Baptême, qui est la première et la principale grâce de la vie, et par l’Église, au sein de laquelle vous fûtes alors incorporé. Combien d’hommes n’ont pu atteindre la vraie foi qu’à force de travail et de souffrances ! Mais vous, Dieu vous l’a donnée dès le berceau par pur amour ; Il vous a attiré à Lui, Il vous attire tous les jours par les sacrements et les grâces sans nombre, intérieurs et extérieurs dont Il vous comble ; vous êtes comme submergé dans un océan, l’océan de la bonté et de l’amour divin, et Il veut encore couronner toutes ses grâces en vous plaçant près de Lui au ciel et en vous rendant éternellement heureux. Que Lui donnerez-vous pour tant d’amour ? N’est-il pas vrai qu’il faut répondre à ses avances ? Aimons donc notre Dieu puisqu’Il nous a aimés le premier.
Venons au fait : Comment avez vous répondu à l’amour d’un Dieu si aimable et si bon ? Sans doute par votre ingratitude et par vos péchés. Mais vous repentez-vous de cette ingratitude ? Ah ! sans doute, et vous brûlez du désir de le réparer par un amour sans bornes. Eh bien ! s’il en est ainsi, vous avez en ce moment la contrition parfaite, celle qui est fondée sur l’amour de Dieu et que l’on appelle contrition d’amour ou de charité.
Mais dans la contrition de charité elle-même, il y a un degré, encore plus élevé, qui consiste à aimer Dieu purement, parce qu’Il est infiniment glorieux, infiniment parfait et digne d’être aimé, abstraction faite de sa miséricorde envers nous. Faisons une comparaison. Il y a au firmament nombre d’étoiles si éloignées de nous que nous ne pouvons les apercevoir, et pourtant, elles sont toutes aussi grandes et aussi brillantes que le soleil, qui nous communique si libéralement la chaleur et la vie. De même, supposé que l’homme n’ait jamais joui de cet astre éternel qui est l’amour de Dieu, supposé que Dieu n’ait créé ni le monde ni aucune créature : Il n’en serait ni moins grand ni moins beau, ni moins glorieux, ni moins digne d’être aimé ; car Il est en Lui-même et pour Lui-même le bien le plus grand, le plus parfait, et le plus aimable.
Tel est le sens de ces mots de la formule : je me repens…parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable et que le péché vous déplaît. Réfléchissez un instant et contemplez l’amour de Dieu, contemplez-le surtout dans les amères souffrances du Sauveur ; à cette lumière, vous le comprendrez aisément et il vous transpercera le cœur.
Voilà le moyen pratique d’arriver à la contrition parfaite.
II- Comment obtient-on la contrition parfaite ?
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