Critique du film “Sacré Cœur”

« Sacré Cœur » : un film charismatique qui malheureusement trahit son sujet

Le film Sacré Cœur, récemment diffusé dans divers réseaux catholiques, a suscité beaucoup d’enthousiasme. Il a été réalisé, semble‑t‑il, avec ferveur, sincérité et générosité. Steven Gunnell a témoigné, dans plusieurs entretiens, que l’idée première du projet lui était venue en imaginant des affiches du Sacré-Cœur présentes partout dans Paris : cette vision d’un Christ, cœur ouvert, rayonnant sur la cité moderne, l’avait profondément touché. Et en vérité, il y a là quelque chose de beau : quel catholique ne désirerait pas voir l’image du Cœur de notre Seigneur Jésus-Christ retrouver une visibilité publique, après des décennies d’effacement et de honte imposée ?

Cette initiative, sincère et fervente dans son intention, a suscité une vive émotion dans le monde catholique. Elle a également eu le mérite involontaire de démasquer l’adversaire, car la réaction fut immédiate, brutale et révélatrice. L’hostilité institutionnelle, l’agressivité médiatique, l’indignation factice et convenue ont montré une fois de plus le deux-poids deux-mesures d’une laïcité devenue dogme idéologique : permissive et complaisante envers l’islam ou les transgressions culturelles les plus provocatrices, mais implacablement hostile dès qu’il s’agit du Christ.

Cette réaction largement disproportionnée devrait faire réfléchir. Elle prouve que l’ennemi du Christ n’a ni disparu ni désarmé ; sa haine demeure, vive, structurée, militante. Elle montre aussi, de manière plus douloureuse encore, l’absence quasi totale de soutien épiscopal, silence pesant qui devrait être pour Sabrina et Steven Gunnell — et pour ceux qui découvrent leur foi à travers ce film — une interrogation salutaire : que se passe‑t‑il dans l’Église depuis le Concile, pour que l’image du Sacré-Cœur, jadis étendard national, devienne aujourd’hui un sujet de malaise dans le clergé alors même que l’engouement populaire est totale ?

Cependant, le constat s’impose également, et il serait malhonnête de l’ignorer : à la vision du film, on perçoit que le sujet du Sacré-Cœur n’est pas traité dans sa profondeur doctrinale. Les dimensions essentielles — la réparation, les Douze Promesses, les quatre demandes, la dévotion des premiers vendredis du mois, le rôle de sainte Marguerite‑Marie, la consécration des familles et des nations — sont à peine effleurées, voire totalement absentes. Le film malgré un bel effort artistique et certains témoignages touchants, présente une approche sensible, émotionnelle, presque affective, mais non théologique. Il parle d’un sentiment religieux, mais pas du culte véritable dû au Cœur de Notre Rédempteur.

Nous ne pouvons que féliciter et encourager les cinéastes qui choisissent de mettre en lumière la foi catholique, au prix de grands risques personnels et professionnels. Notre rôle, en proposant une analyse de ce film, reste modeste et confortable — comme toute critique — mais elle se veut néanmoins fraternelle, respectueuse et constructive

Il ne s’agit pas d’accuser Steven Gunnel et sa femme, dont la bonne volonté est manifeste ; il s’agit de constater un manque de formation, et de souhaiter que cette première étape ne demeure pas une fin, mais un commencement. Si cette controverse, et la violence qu’elle a révélée, pouvait conduire ces réalisateurs — et beaucoup d’autres — à approfondir la doctrine du Sacré-Cœur dans son expression authentique, si elle pouvait les amener à redécouvrir la messe et la Foi de toujours ; alors cette œuvre, malgré ses limites, n’aurait pas été vaine.

Car à la vision du film, on pourrait croire que le règne du Sacré-Cœur est déjà advenu, que la victoire est acquise, et qu’il ne resterait plus qu’à s’en réjouir paisiblement. Mais la réalité est toute autre : nous ne vivons pas sous le règne du Sacré-Cœur. Ce Divin Cœur est au contraire ignoré, méprisé, caricaturé. Il est évacué de la sphère publique, marginalisé dans l’église conciliaire elle-même, et remplacé par des cultes païens, clownesques ou des religions démoniaques. Et la sortie de ce film a révélé une chose essentielle : le Sacré-Cœur dérange. Il est un étendard de vérité dans un monde d’apostasie.

Or ce règne du Christ ne pourra se réaliser pleinement que lorsque ses ennemis auront été démasqués, dénoncés et écartés de leurs positions d’influence. Cela exige de connaître ces ennemis, de les discerner, de savoir où ils se trouvent. Car si, dans un premier temps, l’opposition au Sacré-Cœur s’est exprimée principalement dans l’ordre politique — au sein de l’État, et à travers les hésitations ou les infidélités de nos souverains — il faut rappeler un fait souvent oublié : cent ans jour pour jour après les révélations faites à sainte Marguerite‑Marie (1689), survient la Révolution française (1789). Or les demandes du Christ étaient claires : consacrer la France à son Sacré-Cœur et en faire l’étendard public de la nation. Les rois, successivement, ne répondirent pas. L’avertissement céleste ne fut pas accueilli, et l’ordre chrétien fut balayé.

La Révolution marqua ainsi non seulement la chute d’un régime politique, mais surtout le refus public du règne du Christ. Elle posa les fondations d’une société où Dieu n’a plus de droit, et où la foi doit être confinée à la sphère privée. Ce refus a façonné l’âme française jusqu’à aujourd’hui.

Or, depuis le Concile Vatican II, un phénomène plus grave encore s’est manifesté : c’est au sein même de ce qui se présente comme l’Église que le Sacré-Cœur semble avoir été chassé. La réforme liturgique, la redéfinition de la mission ecclésiale, l’abandon de la royauté sociale du Christ, et la promotion d’une religion horizontale et consensuelle ont contribué à désacraliser la foi.

De nombreux auteurs — prêtres, historiens, théologiens — ont mis en lumière le rôle déterminant de courants libéraux, progressistes et maçonniques dans ce processus d’auto‑laïcisation. Nous avons vu s’imposer depuis une Église conciliaire, où l’accommodement avec le monde prime sur la fidélité doctrinale, où l’on se soucie davantage du dialogue que de la vérité, où le culte du sentiment remplace la confession du Christ Roi.

Ainsi, après l’État et la société, c’est l’institution ecclésiale elle-même qui, dans ses structures visibles, semble avoir renoncé au règne du Sacré-Cœur. Et c’est précisément pour cela qu’il nous revient, aujourd’hui, de le redécouvrir, de l’annoncer, et de lui rendre la place qui lui revient : car le Sacré-Cœur ne règne vraiment que là où il est reconnu comme Roi.

Voici donc quelques éléments que nos zélés cinéastes pourraient étudier avant de sortir le tome 2 du film (auquel nous souhaitons le même succès tapageur) :

Ainsi que l’émission d’Adrien Abauzit sur le sujet, qui se veut ferme mais charitable.

Critique du film

1. Une dévotion réduite à l’émotion religieuse

Le cœur du message transmis est celui d’une religion qui console, qui réconforte, qui apaise les blessures intérieures. Plusieurs intervenants du film expliquent avoir rencontré le Sacré-Cœur dans des périodes de fragilité psychologique, et y avoir trouvé un mieux-être. Cette perspective n’est pas fausse en soi — Dieu console — mais elle devient trompeuse lorsqu’elle en vient à remplacer l’objet premier de la dévotion.

Car la dévotion au Sacré-Cœur n’est pas un remède émotionnel.
Elle est un acte de réparation dû à Notre-Seigneur pour les offenses que les péchés des hommes LUI infligent. Or, cette dimension centrale est totalement absente du film.

2. L’oubli des Douze Promesses et des Premiers Vendredis

Le film ne mentionne pas les Douze Promesses faites par le Christ à sainte Marguerite‑Marie.
Il ne mentionne pas non plus la pratique pourtant décisive des neuf premiers vendredis du mois, à laquelle est attachée la grâce de la pénitence finale.

Les 12 promesses sont pourtant le cœur vivant de la dévotion. Les ignorer, c’est passer à côté de ce qui change une vie chrétienne, et, souvent, ce qui peut sauver une âme à l’heure de la mort.

3. Une confusion assumée entre Tradition et Renouveau charismatique

Les réalisateurs affirment par exemple vouloir rassembler « tradition et renouveau charismatique » et voient dans cette convergence un horizon souhaitable .

Cette perspective n’est pas neutre : le charismatisme contemporain provient directement du pentecôtisme protestant. Il repose sur une théologie émotionnelle, subjective, centrée sur l’expérience intérieure, parfois sur des phénomènes physiques ou psychologiques considérés comme des « signes de l’Esprit ». Il utilise surtout un “nouveau sacrement” appelé “le baptême de l’esprit”, qui n’ai rien de moins qu’un appel démoniaque qui vise à pouvoir “parler en langue” sous l’impulsion de ce nouvelle esprit démoniaque.

4. L’absence du sens de réparation

La véritable dévotion au Sacré-Cœur repose sur une certitude :
nos péchés ont crucifié Jésus-Christ. Et parce qu’Il est infiniment aimable, nous Lui devons un amour réparateur, expiateur, concret.

Comme l’enseignait Pie XI dans Miserentissimus Redemptor, l’âme unie au Sacré-Cœur fait réparation, non seulement pour ses propres fautes, mais pour celles du monde.

Dans le film, cette vérité est remplacée par l’idée vague qu’« aimer plus » ou « transmettre plus d’amour » suffirait à réparer le mal. Cette formulation sentimentale finit par nier le caractère dramatique du péché.
Elle efface le combat spirituel. Elle oublie la croix.

5. Un film qui n’enseigne pas : il émeut, mais n’oriente pas

On sort du visionnage « touché », peut-être même attendri, mais pas instruit, pas guidé, pas appelé à changer de vie.

Or, la dévotion au Sacré‑Cœur est une école de :

  • pénitence,
  • fidélité,
  • lutte contre le péché,
  • amour réparateur,
  • consécration du foyer,
  • engagement public du règne du Christ.

Rien de cela n’apparaît clairement. Le film reste sur le terrain du ressenti, et non sur celui du salut.

Revenir aux sources, non à l’émotion religieuse

L’intention du film n’était sans doute pas de trahir la dévotion au Sacré-Cœur.
Mais, en choisissant la voie du sentiment plutôt que celle de la vérité, il contribue à la confusion spirituelle déjà très répandue aujourd’hui.

Si nous voulons retrouver la fécondité de cette dévotion, il faut revenir à Mgr de Ségur :

  • et à la pratique simple, exigeante et sûre des 9 Premiers Vendredis du mois.

Non pas seulement « sentir l’amour de Dieu », mais aimer Dieu “en esprit et en vérité”. Non pas « s’émouvoir », mais réparer. Non pas se construire une chaleur intérieure, mais rendre à Jésus-Christ ce qui lui est dû : un cœur fidèle, offert, et combattant.

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2 thoughts on “Critique du film “Sacré Cœur”

  1. “Conciliabule” Vatican II ne serait-il pas plus juste?

    Les conciliabuliaires n’ont pas toujours tort sur tout: Dieu est amour, et l’amour est bien un sentiment. Du moins il y a forcément un sentiment au départ, même s’il doit être soutenu par la raison. Condamner le sentiment, surtout quand il s’agit du Sacré-Cœur, n’est-ce pas se couper une aile?

  2. Non c’est faux, Dieu n’est pas “Amour” dans le sens de la passion humaine, mais Dieu est charité, dans le sens surnaturel. Et la vertue théologale de charité s’obtient par le baptême, s’augmente par la sainte communion, se perd par le péché mortel, et se retrouve par la confession.

    Les moderniste sont dans le sentimentalisme complet et confondent toujours l’amour humain (la passion) avec la 3ème vertue théologale de charité.

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