Grégoire VII et l’Islam

Dans l’article intitulé « Saint Grégoire VII, lettre au roi de Mauritanie, 1077 », l’apologète conciliaire « Archidiacre » utilise un passage d’une lettre au roi musulman de Mauritanie Anzir afin de légitimer l’hérésie de Lumen Gentium, selon laquelle musulmans et chrétiens adoreraient le même Dieu. Même si la lettre en question n’est pas dotée du charisme d’infaillibilité (ce qui devrait normalement clore le débat), nous devons, pour la mémoire de ce Saint Pape, remettre les choses à l’endroit.

Voici le passage en question:

Nous devons plus particulièrement que les autres peuples pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous, qui, sous des formes différentes, adorons le même Dieu unique, et qui chaque jour louons et vénérons en lui le créateur des siècles et le maître du monde.

Or, si l’on lit le texte latin de la lettre, le Pape Grégoire VII ne dit pas « adorons le même Dieu unique » mais « qui unum Deum, licet diverso modo, credimur et confitemur, qui eum creatorem huius mundi quotidie laudamus et veneramur » ce qui se traduit en français par « adorons un Dieu » (unique) et non pas le même, le Pape aurait dans ce cas écrit « qui eumdem Deum » (le même Dieu).

« Archidiacre » aurait réfuté cet argument dans sa vidéo YouTube « Vatican II : Les Musulmans croient-ils au même Dieu ? »

Il y dit à 5’30 que plusieurs historiens vont dans le sens de sa traduction dont un du XIXe siècle. Il prétend que « unum Deum credimus » pourrait parfaitement signifier « le même Dieu » et cela se justifierait par le contexte et l’utilisation par Saint Optat de la même expression, pour faire comprendre que les donatistes adoraient le même Dieu.

Mis à part le fait que les donatistes n’avaient rien à voir avec les musulmans, et qu’ils avaient à peu de choses près la même christologie et triadologie que les chrétiens catholiques, ceci est un pur sophisme : ce n’est pas parce qu’un saint utilise, pour une hérésie différente, la même expression au IVe siècle que celle-ci doit avoir le même sens chez Saint Grégoire ! Nous pourrions dans ce cas-là déclarer que le fait que les Pères du Concile de Constantinople écrivent dans le symbole « Credimus in unum Deum » pour « Nous croyons en un seul Dieu » prouve que Saint Grégoire utilise l’expression dans un sens monothéiste, ce qui serait absurde.

De plus, lorsqu’ « Archidiacre » utilise des historiens comme argument d’autorité, nous pourrions lui rétorquer que cela ne fait pas l’unanimité chez ceux-ci, comme le montre cette note de S. Lancel et M. Mattei (respectivement historien et latiniste) :

Nous ignorons quelle suite eut cette lettre de Grégoire VII, remarquable à bien des égards. On notera d’abord le soin mis par le pape à s’en tenir à des propos de type monothéiste, acceptables pour un tenant d’une autre religion monothéiste. Les quelques textes scripturaires invoqués – des Évangiles et de l’Apôtre – n’ont rien qui puisse choquer En-Naçir, auquel le dernier nom cité, celui d’Abraham, ne pouvait qu’être agréable.

Enfin, quand « Archidiacre » parle du contexte, a-t-il à l’esprit que si le Pape écrit cela, c’est parce que le roi musulman a une attitude magnanime avec les chrétiens (il libère des esclaves chrétiens, promet d’en libérer d’autres, et demande au Pape de donner un Évêque aux chrétiens de son territoire), et ne va donc pas critiquer sa religion, par prudence ? Cette lettre étant écrite 6 ans après la bataille de Manzikert qui voit les Seljoukides s’engouffrer dans l’Anatolie Byzantine, « Archidiacre » a-t-il également à l’esprit que le Saint Pape voulait organiser une croisade contre la secte musulmane ?

Dans une lettre du 7 décembre 1074 le pape se dit prêt à prendre la tête d’une armée au secours de Constantinople. Il a lancé un appel en ce sens et beaucoup ont répondu : « déjà plus de 50 000 hommes font leurs préparatifs », dit-il, désireux, si le pape les conduit, d’aller « en armes contre les ennemis de Dieu et de parvenir jusqu’au tombeau du Seigneur ».

Alain Demurger, La papauté entre croisade et guerre sainte (fin XIe – début XIIIe siècle) d’après Jean Flori, médiéviste de renom

Nous voyons donc que le contexte penche au contraire vers une traduction orthodoxe de la lettre, c’est-à-dire que les musulmans adorent comme nous un Dieu unique.

Pour plus d’informations sur l’hérésie de Lumen Gentium : [Novus Ordo] Les hérésies de Nostra Aetate et Lumen Gentium sur l’Islam

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François Lefebvre

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