Des conseils que les parents laissaient autrefois dans leur Livre de Famille

Par Charles de Ribbe extrait du Le Livre de Famille

livre de famille

1- La religion

Dans l’incertitude où je suis , mes chers enfants, du moment où il plaira à Dieu de me retirer de ce monde, ne sachant pas si j’aurais le temps, avec le secours de sa grâce, de vous élever en sa crainte et en son amour, comme je le souhaite, et étant encore incertain si, quand cela serait, je me trouverai en état de vous parler avant ma mort, je prends le parti d’y suppléer, en vous disant ce qu’il me semble que je vous dirais en ce dernier moment.

Recevez ces sentiments comme ceux d’un père qui vous aime tendrement ; regardez ce qu’il y aura de bon comme venant de Dieu, seul auteur de tout bien ; reconnaissez dans ce qu’il y aura de mauvais la corruption du cœur humain, qui se mêle dans tout, et prenez-en occasion de prier Dieu pour moi.

La première recommandation que j’ai à vous adresser est d’être fidèles à notre sainte religion catholique, de l’aimer, de la pratiquer, comme l’ont fait vos pères, et de ne pas laisser un jour de votre vie sans penser à la grande affaire de votre salut.Croyez-moi ; c’est ce qu’il y a de plus solide et de plus nécessaire au monde, et c’est la meilleure satisfaction que je puisse recevoir de vous.

Vous en ferez un jour l’expérience par vous-mêmes ; les principes de notre foi ne sont pas moins utiles pour la vie présente que pour la vie future. Soyez de bons chrétiens, songez à quoi vous oblige cette qualité : et vous mériterez la grâce que Dieu fasse de vous de véritables gens de bien, ayant une conduite qui réponde à l’éducation que nous avons tâché de vous donner ; et vous serez aussi heureux qu’il est possible de l’être ici-bas.

Lorsque vous entrerez dans le monde, vous ne trouverez que trop de gens qui se font un faux point d’honneur de douter de tout, et qui blasphèment ce qu’ils ignorent. Ne vous laissez pas ébranler par leurs railleries, ni séduire par leurs systèmes ; vous perdriez le repos de votre âme, vous vivriez sans espérance, et vous mourriez sans consolation.

Pour vous préserver d’un tel malheur, mes enfants, commencez par bien vous remplir des vérités de la religion ; apprenez à connaître tout ce qu’il y a en elle de noble et de beau ; faites-vous des principes sur chacune d’elles, traduisez-les en règles de conduite, rapportez à cette étude toutes les autres, et attachez-vous à des pratiques solides sans lesquelles votre foi ne tarderait pas à s’affaiblir. Vous serez obligés de vous instruire sur bien des choses qui, pour l’ordinaire et à moins d’une grande attention sur soi, dissipent l’esprit ou le dessèchent. Vos maîtres vous enseigneront les sciences humaines ; appliquez-vous-y ; mais n’oubliez pas que Jésus-Christ, dans lequel est le fondement de notre foi, est aussi l’unique objet qui mérite notre amour.

Aimez-Le donc par-dessus tout, comme votre divin Chef, et prenez plaisir à Le servir de tout votre cœur. Que la crainte de Dieu ne cesse d’être devant vos yeux ; que ses commandements et ceux de la Sainte Église soient la règle de votre esprit et de vos actions. C’est de Lui que nous tenons l’être ; Lui seul peut faire prospérer nos entreprises. S’Il vous donne cette prospérité, remerciez-Le humblement, en sorte que vous ne soyez pas pires par orgueil. S’Il vous envoie l’adversité, recevez-la avec patience, comme une expiation de vos fautes, et regardez-Le comme un père qui ne vous manquera pas dans vos besoins.


Dès que vous serez accoutumés à cette douce façon de vivre, vous serez contents, et tous vos alentours le seront avec vous. Est-il rien de meilleur que d’avoir la paix en soi et dans sa maison ? Plus tard, vous aussi, vous deviendrez chefs de famille ; et vous ressentirez l’impression de tendresse que la Providence a mise dans les entrailles des pères et des mères. Alors vous reconnaîtrez pleinement ce que nous devons à Dieu, et aussi vous comprendrez combien il nous est nécessaire pour nous aider à remplir les devoirs de notre état, qui sans lui sont des choix bien difficiles à porter. Ces devoirs consistent à veiller sans cesse sur ceux qui sont sous notre charge, afin de les tenir sous l’ordre de Dieu, à avoir soin de nos affaires, à nous en instruire par toute sorte de moyens, pour pourvoir à nos besoins, à ceux de notre famille et des pauvres, et nous mettre en état de rendre un jour bon compte de notre administration temporelle, aussi bien que de la spirituelle.

Vous ne serez bien avec Dieu, et vous ne serez bons chrétiens, qu’en restant fidèles aux pratiques que nous vous avons enseignées et dont nous avons de notre mieux donné l’exemple dès le berceau. Au sortir du lit, ne manquez jamais de vous mettre à genoux, et commencez par offrir votre journée à Dieu : c’est ainsi qu’on attire ses bénédictions et ses grâces sur soi, sur ses études et ses travaux, et qu’on se rend digne de sa miséricorde, sans laquelle l’homme est plus malheureux que la bête.

Gardez un grand respect pour le saint jour du dimanche ; il nous est donné pour nous occuper des deux grands bienfaits de Dieu envers les hommes, la créations et la rédemption. Soyez en état de fréquenter assidûment les sacrements. Pour le repos de votre conscience, choisissez un directeur sage et éclairé : ne prenez pas le premier venu ; traitez votre âme au moins comme votre corps ; car vous ne prendriez pas un médecin sans savoir s’il est habile. Lorsque vous aurez trouvé ce bon médecin spirituel, placez-vous sous sa conduite, et ne perdez pas de vue les salutaires avis que vous recevrez.

Contractez et ayez l’habitude de ne pas passer un jour sans lire quelque chose du Nouveau Testament ; si le chapitre est trop long, bornez-vous à la moitié ; faites de même pour L’Imitation de Jésus-Christ et les Vies des Saints. Quand vous serez chefs de maison, établissez chez vous la coutume de faire la prière du soir en commun ; examinez votre journée, voyez en quoi vous avez manqué à Dieu, et souvenez-vous de vous en corriger.

Après la pratique du premier et du plus grand des commandements, celui d’aimer Dieu, je vous demande, mes enfants, celui du second, l’amour du prochain et la charité envers les pauvres ; car, sachez-le de moi, elle vous profitera beaucoup pour l’âme et pour le corps ; non seulement vous n’en serez pas appauvris, mais vous en recevrez la récompense dans ce monde-ci même. Les familles chrétiennes ont eu de tout temps là-dessus des règles que vous aurez à suivre. C’est aux charités faites par leurs parents que les enfants ont toujours particulièrement attribué les grâces dont leurs maisons se trouvaient comblées et les biens dont ils jouissaient.


Ces biens ne sont pas pour nous seuls ; nous sommes comptables envers Dieu de l’usaage que nous en faisons. Rien n’est plus important pour vous que d’avoir des principes solides sur l’étendue de ce point de morale. La charité doit s’exercer selon notre état ; mais ne vous y trompez pas, on s’illusionne facilement là-dessus, on se crée souvent des nécessités imaginaires, et l’on croit que l’on peut employer son bien selon son caprice, puisqu’on en est le maître. Ne vous laissez pas tromper par ces fausses maximes ; réglez-vous à faire une dépense honnête, mais modeste et sage. Ne pensez pas qu’il soit permis à un chrétien de s’accorder toutes les petites commodités, que l’on recherche si fort à présent dans le monde. Cette attention que l’on a sans cesse à éviter toute incommodité, toute peine, si légère qu’elle soit, rend l’esprit non moins que le corps mou et languissant. Donnez tout ce que vous retrancherez de vos dépenses superflues, et craignez plutôt sur cet article d’être au-dessous de votre devoir que d’aller au-delà. Consultez des gens éclairés des gens éclairés et pleins de l’Evangile, pour proportionner vos aumônes avec vos revenus ; faites-le avec ordre.

Si vous avez des parents pauvres, leurs besoins doivent être préférés. Puis viennent vos serviteurs, les familles de votre paroisse, de vos terres, etc. Que votre cœur et votre bourse soient ouverts aux indigents ; que vos conseils, vos lumières, votre crédit s’emploient à leur venir en aide, selon les différents genres de misère. Mais souvenez-vous que leurs corps ne sont pas les seuls, et que vous devrez, autant que vous le pourrez, faire servir votre charité au salut de leurs âmes, procurer surtout dans les campagnes de bons livres et de solides instructions, afin d’attirer sur vous et sur ceux qui dépendront de vous les grâces du Ciel.

2- Les parents

Dieu gouverne le monde par le ministère de ses créatures, donne aux parents, s’ils s’en rendent dignes, les lumières nécessaires pour l’éducation de leurs enfants.Il faut suivre cet ordre. Après Dieu, ce que vous devez préférablement respecter, craindre et aimer, ce sont ceux qu’il vous a donnés pour père et mère ; et c’est à nous à ne nous conduire que par Lui, et malheur à nous si nous avons d’autres vues !
Évitez avec attention les défauts où tombent trop de jeunes gens qui se croient maîtres d’eux-mêmes et hors de toute dépendance, dès que leurs études sont finies. Éloignez-vous de cette conduite, conservez toujours pour nous le respect et la confiance que vous nous devez ; regardez-nous comme vos meilleurs amis. Nous serons en toute occasion les plus véritables, les plus désintéressés et les plus tendres que vous puissiez avoir. Ne faites jamais de projets, de parties, de liaisons, ni de connaissances que vous craigniez que nous ne sachions. (…)

Aimez-nous, et vous trouverez plaisir d’être avec nous ; pour nous, votre mère et moi, nous ne manquerons aucune occasion de vous prouver combien nous vous aimons. Soyez à notre bons et affectueux. Vous ne le serez jamais autant que nous le serons pour vous ; car c’est une des lois établies par la Providence que l’affection descende des parents aux enfants, avec l’autorité et l’esprit de conseil. Nous ne vous demanderons jamais rien de contraire à vos intérêts, pas plus qu’à la Loi de Dieu. (…) Affermissez-vous dans ces principes, et vous mériterez par là les bénédictions d’en-haut.
Dans toutes les circonstances de la vie, voulez-vous prendre le meilleur parti ? Demandez-vous à vous-mêmes ce que vous conseilleriez à vos fils, à vos filles, en pareille occasion, et faites-le hardiment. (…)

Charles de Ribbe Le Livre de Famille, aux éditions L’Honnête Homme.

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