À quoi sert le pape ? – Mgr Gaume

AVANT-PROPOS de la 2 ème édition (1861) :
La Révolution ne se lasse pas d’attaquer l’Eglise. Nous ne devons pas nous lasser de la défendre. Elle ne se contente pas de reproduire le lendemain ses attaques de la veille : chaque jour elle en invente de nouvelles ou rajeunit les anciennes. A mesure que le dénouement approche, la lutte se simplifie. D’heure en heure, le Saint-Père devient le point de mire de plus en plus marqué de la Révolution.
Il y a quelques jours, M.E. de Girardin prétendait, dans l’introduction à une nouvelle brochure contre le Saint-Siège, que sans le Pape et surtout sans le Pape-Roi, le monde ne cesserait pas d’être chrétien ; par conséquent, qu’il ne serait ni moins civilisé, ni moins heureux qu’avec le Pape. C’est demander en d’autres termes à quoi sert le Pape et provoquer la réponse : que l’Europe est désormais assez forte et la civilisation assez avancée pour se passer du Pape.
Si on veut y regarder de près, on trouvera la même erreur au fond de toutes les brochures, discours, articles de journaux révolutionnaires et même des conversations dans un certain monde. Une opinion très publique se forme dans ce sens. Les honnêtes gens eux-mêmes s’y laissent prendre : c’est au point que la séduction des esprits est devenue le grand péril de la situation.
L’attaque appelait la défense. L’attaque est directe, la défense doit l’être. L’attaque est d’hier : la défense ne doit pas se faire attendre.
De là les pages qu’on va lire.
I – À quoi sert le Pape?
Non, ce n’est pas un rêve. Après dix-huit cents ans de christianisme, en plein dix-neuvième siècle, siècle, dit-on, de progrès et de lumières, dans les assemblées législatives, dans les salons, dans les cafés, dans les ateliers, dans l’intimité du foyer domestique, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, des millions de créatures baptisées en sont venues à demander, avec une assurance qui désole : A quoi sert le Pape, le Pape-Roi surtout ?
Formulée en termes plus ou moins semblables, que signifie, demandons-nous à notre tour, une pareille question ? Elle signifie que la notion de la Papauté, telle que le Fils de Dieu Lui-même l’a établie, s’altère d’une manière effrayante. Elle signifie que le principe, fondement de l’Église, passe de l’état de doctrine à l’état de problème. Elle signifie que le pouvoir, conservateur des sociétés civilisées, tombe au milieu, sinon d’une hostilité, du moins d’une indifférence, devenue contagieuse même parmi les chrétiens.
Quant à ce qu’on appelle le monde, la chute du trône de saint Pierre l’émeut moins qu’une suspension de payement, moins qu’une baisse à la Bourse. Là, pas une crainte de plus, pas un bal de moins.
Au milieu de ce déraillement général, un mot seulement sur le Pape-Pontife et sur le Pape-Roi.
Et pourquoi ce mot ? Pour empêcher la catastrophe ? Il n’est plus temps à l’heure qu’il est, la vieille Europe peut se comparer à un navire démâté, poussé par l’ouragan et prêt à sauter la grande cataracte du Niagara.
Pourquoi donc ce mot ? Pour deux raisons qui ne manquent pas de gravité. La première, afin de résumer brièvement tout ce qui a été dit de la question pontificale, de manière à fournir aux âmes droites, pour les jours du danger, une arme facile et sûre contre les sophismes révolutionnaires. La seconde, afin de jeter un dernier rayon de lumière sur l’abîme sans fond, où va descendre l’Europe sans Pape.
II – À quoi sert le Pape ?
Il faudrait plutôt demander à quoi le Pape ne sert pas. A quoi sert la tête sur les épaules de l’homme ?… Eh bien ! ce que la tête est au corps, le pape l’est à l’Église. Sans tête, point de corps ; sans Pape, point d’Eglise ; sans Église, point de christianisme.
Voyons ; vous tous, gens lettrés et illettrés, hommes et femmes, qui discutez la question romaine avec plus de légèreté, et peut-être moins de science, que vous ne feriez une question de théâtre ou de mode ; qui, dans votre impatience de la voir finir, trouvez le Pape lent à céder : comprenez-vous la portée de votre langage ?
Vous ne craignez pas d’appeler la Papauté une vieille institution, dont le monde peut désormais se passer, et fanatiques ceux qui la défendent. Sans grande peine vous prenez votre parti de la chute du trône pontifical. A vos yeux, elle ne sera qu’un dérangement accidentel dans l’équilibre de l’Europe, une secousse incapable de compromettre vos intérêts, tout au plus une simple avarie, réparable à peu de frais. Avez-vous bien réfléchi ?
Lisez l’histoire. Sans Pape, vous aurez le monde tel qu’il était avant le Pape. Sous une forme ou sous une autre, l’esclavage pour base, Néron pour roi, Satan pour dieu. Libre à vous de nier. Les faits sont des faits. Il n’y a ni lumières, ni civilisation, ni littérature, ni journalisme, ni prétentions qui y fassent : entre l’homme et le paganisme avec ses hontes et ses crimes, l’histoire n’a jamais connu, elle ne connaît encore qu’une barrière : c’est le Pape. Avec lui disparaît ce qui seul empêche les crimes païens et les hontes païennes : l’Eglise et le christianisme.
Regardez la mappemonde. Sans Pape, vous aurez le monde tel qu’il est encore en Chine, au Tibet, dans l’Océanie : dégradation morale, ignorance, anthropophagie, superstitions sanglantes. Dans une question où il n’y a que deux termes, vainement on en cherche un troisième. Entre le christianisme et le satanisme, pas de milieu. L’homme est né pour adorer. Quiconque n’adore pas le Vrai Dieu, adore le faux. Quiconque n’adore pas le Dieu Très-Haut, adore le dieu très-bas. Quiconque n’adore pas le Dieu Esprit, adore le dieu matière, le dieu métal, le dieu chair, le dieu ventre, comme dit saint Paul, quorum Deus venter..
Interrogez vos souvenirs. Sans Pape, vous aurez le monde tel qu’il était redevenu en France, à l’époque de 1795 : Robespierre à la Convention, Fouquier-Tinville au palais de justice ; Simon avec son instrument sur la place de la Révolution, Carrier à Nantes, Vénus à Notre-Dame, la Bastille partout. Malgré tous les certificats de probité, d’honneur et de philanthropie que nous aimons à délivrer à notre temps, il ne faut jurer de rien, excepté d’une chose : sans Pape, point de christianisme. Et, sans christianisme, tout ce qui s’est vu avant le christianisme, tout ce qui se voit encore en dehors du christianisme, peut se revoir.
« Il n’y a pas de crime, a dit un grand génie, commis par un autre homme ou par un peuple, qui ne puisse être commis par un autre homme ou par un autre peuple, s’il n’est aidé du Dieu qui a fait les hommes et les peuples (1) ».
A empêcher le retour d’un pareil revenant, voilà d’abord à quoi sert le Pape.

II – À quoi sert le Pape ?
A quoi sert le soleil dans la nature ?… Eh bien ! ce que le soleil est à la nature, le Pape l’est au monde civilisé. Ici, une négation très accentuée sort de vos lèvres. De la main, vous montrez l’Angleterre, la Russie, les États-Unis (aujourd’hui désunis), les autres peuples séparés de l’Eglise et vous triomphez. Pauvre triomphe ! Votre objection est plus qu’un non-sens, c’est une grossière erreur. La vérité est que les nations hérétiques et schismatiques, sans aucune exception, vivent du Pape, ne vivent que du Pape. Si vous leur tâtez le pouls, vous trouverez que chaque pulsation normale est catholique.
Qu’est-ce, à votre avis, qui constitue leur existence comme nations chrétiennes ? Sans doute, l’élément chrétien. A qui sont-elles redevables de l’élément chrétien ? Au Pape, ne vous en déplaise, et au Pape seul. D’une part, c’est le Pape qui leur a envoyé les premiers apôtres du christianisme. D’autre part, tout ce que ces nations conservent de choses chrétiennes, même la Bible, elles le doivent à l’Église, par conséquent au Pape, sans lequel l’Eglise n’existerait pas, n’aurait jamais existé.
Il suit de là que nul protestant, nul schismatique, ne peut faire un acte quelconque de vie chrétienne, un acte de foi à l’Écriture, sans en faire un à la nécessité et à l’infaillibilité du Pape. Tout homme qui dit : je crois à la Bible, mais je ne crois pas au Pape, ne sait ce qu’il dit. Il se ment à lui-même et vit d’inconséquence. Le jour où il n’en vivra plus, il sera athée ou catholique. En attendant, il ne vit pas, il végète 2 . Ainsi, le protestant peut nier la personnalité du Pape, mais, bon gré, mal gré, il est forcé d’admettre le principe du Pape. Il y a mieux. Cette nécessité du Pape, pour rester chrétien, est tellement implacable, que nul n’est aussi papiste que le protestant. Le catholique ne reconnaît qu’un seul Pape, évêque de Rome, depuis dix-huit siècles. Le protestant ne se contente pas de si peu. Il a autant de papes qu’il a de ministres, de rois ou de reines ; autant qu’il a lui-même, dans le cours d’une journée, d’affirmations religieuses. Il a toujours un pape avec lui ; il est même son Pape.
Si la quantité est à l’avantage du protestant, la qualité est en faveur du catholique. Le Pape catholique ne varie jamais. L’essence des papes protestants est de varier toujours. Jamais ils ne sont d’accord entre eux ni avec eux-mêmes. En voulez-vous la preuve ? Regardez les myriades de sectes dans lesquelles ils ont morcelé le dogme chrétien. C’est au point que tout ce qui reste aujourd’hui de croyances communes, parmi les protestants, pourrait, dit un de leurs ministres, s’écrire sur l’ongle du pouce.
Par sa nature, ce principe de division tend au morcellement infini. Qui l’empêche d’y arriver ? C’est encore le Pape. Pourquoi ? Parce que le Pape est une affirmation, et tant qu’une affirmation existe, la négation ne peut être complète.
Tenez ceci pour certain : sans l’action indirecte du vrai Pape sur les pays protestants, c’est-à-dire sans l’influence permanente de l’affirmation catholique dans le monde baptisé, il y a longtemps que les derniers vestiges de vérité chrétienne, et avec eux les derniers éléments de civilisation, auraient disparu des nations hétérodoxes.
Il est donc vrai : ce que le soleil est à la nature, le Pape l’est au monde chrétien. Comme le soleil seul, même lorsqu’il descend au-dessous de l’horizon, conserve longtemps encore la lumière au monde physique; ainsi le Pape seul, Vicaire immortel de Celui qui éclaire tout homme venant sur la terre, conserve le christianisme dans toutes les parties, catholiques ou non, du monde civilisé. N’est-ce rien ?
IV – À quoi sert le Pape ?
A quoi sert la clef de voûte dans un édifice ?… Eh bien ! le Pape est la clef de voûte de l’édifice social, qui ne peut subsister sans dignité, sans liberté, sans sécurité, sans propriété.
En conservant le christianisme, le Pape conserve la dignité humaine. Savoir résister jusqu’au sang plutôt que de plier devant l’erreur ou l’injustice, voilà ce qui constitue la dignité de l’homme. Cette dignité, à laquelle les sociétés doivent leurs appuis, et l’humanité ses gloires, repose essentiellement sur le Pape. Comment ? Parce que le sacrifice, même de la vie, à la vérité et à la justice, implique la connaissance certaine, la conviction invincible de la vérité et de la justice.
Une pareille certitude exige deux conditions : l’infaillibilité et la liberté de la parole, organe de la vérité et de la justice. Or, sans Pape, point d’infaillibilité, et sans Pape indépendant, point de liberté de parole, de liberté telle qu’il la faut, manifeste et reconnue, pour commander la foi.
A la place, qu’aurez-vous ? Aujourd’hui l’incertitude du vrai et l’incertitude du droit. Demain, une de ces grandes déchirures qu’on appelle schisme. Avec le schisme un lugubre cortège de divisions, de haines, de prévarications, de perturbations religieuses et sociales, la ruine de la foi et le débordement des mœurs. Pour prêtres : des fonctionnaires avilis ; popes ignorants, comme en Russie ; clergymen mariés, comme en Angleterre. Pour Eglise : une femme de ménage, condamnée aux plus bas offices, et dévorant, sans mot dire, tous les rebuts du mépris, toutes les hontes de la servitude.
Qu’aurez-vous encore ? Le fait à la place du droit. L’infaillibilité usurpée à la place de l’infaillibilité légitime. Les rois seront papes. Au lieu du symbole catholique vous aurez des credo de fabrique humaine, signés Élisabeth ou Nicolas. Devant ces chiffons de papier, sortis du cabinet d’un despote ou du boudoir d’une courtisane, vous devrez vous prosterner. Sous peine de mort, vous devrez les baiser comme l’Évangile, et, en les baisant, abdiquer toute dignité morale.
Ainsi avilie dans ce qu’elle a de plus noble, que devient l’humanité ? Ce qu’elle était avant le Pape. Qu’était-elle alors ? Un païen l’a dit : c’était un bétail exposé sur un champ de foire, et toujours prêt à s’adjuger au plus offrant : Urbem venalem et mature perituram si emptorem invenerit.
Que devient la société ? Ce qu’elle est partout sans le Pape : un vaste bazar où tout se vend, parce que tout s’achète, liberté, honneur, conscience.
Que deviennent les hommes les plus fiers ? Ce qu’ils furent dans la Rome des Césars : valets à tout faire, avocats à tout dire, excepté la vérité, prêteurs de tous les serments, courtisans également sincères de Vitellius et d’Othion, sénat auguste délibérant avec gravité sur la sauce du turbot qui doit nourrir leur maître. Conserver la dignité humaine : voilà de plus à quoi sert le Pape.
(…)
(1) Nullum est peccatum quod fecit homo quod non possit facere alter homo, nisi juvetur a Deo a quo factus est homo. (S.Aug., Solilog.)
(2) Cela est également vrai des peuples, et vrai sous tous les rapports. Témoins, entre autres, les trois grandes lèpres des pays protestants : le Rationalisme, le Divorce et le Paupérisme.

A voir aussi : Portrait des grands français : Mgr Jean Joseph Gaume
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Le Pape est le successeur de saint Pierre .
Jésus demande :
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
« …Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église… »
(Paul s’exprime)
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
(Pierre, répond)
Le successeur de Pierre répond à Jésus.
” « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
(C’est le Père de Jésus qui révèle à Pierre : que Jésus est le « Christ, Fils du Dieu vivant »)
Le Père de Jésus révèle au successeur de Pierre : que Jésus est le « Christ, Fils du Dieu vivant »
Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre,
et sur cette pierre
je bâtirai mon Église ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
(C’est Jésus qui bâtit son Église sur Pierre)
C’est Jésus qui bâtit son Église sur le successeur de Pierre…
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »”
(Jésus donne mission à Pierre : lier et délier)
Jésus donne mission au successeur de Pierre : lier et délier.
– Le Pape répond à Jésus,
– le Pape accueille et exprime ce que le Père lui révèle,
– Le Pape reçoit sa mission de Jésus.
” À quoi sert le Pape ? “…. :
– le Pape lie et délie sur la terre .
…. Et Jésus ressuscité demande par 3 fois au Pape s’il L’aime…
Et si le pape affirme son amour pour Lui…
– le Pape devient le berger des agneaux de Jésus,
– le Pape devient le pasteur des brebis de Jésus,
– le Pape devient le berger des brebis de Jésus,
– le Pape suit Jésus….
L’Eglise peut survivre sans Pape, tant qu’il y a des évêques, mais elle ne peut guère faire mieux que survivre en attendant d’avoir un Pape, on le voit tous les jours…
A ce propos, je profite de cet espace pour poser une question certes délicate mais qui m’apparaît importante : nous avons en France depuis quelques années un évêque sedevacantiste janséniste. Je ne sais pas trop ce qu’il est devenu mais quand je l’ai connu c’était une caricature de jansénisme, et à ma connaissance personne ne l’a ouvertement contredit.
Est-ce qu’il y a des articles sur le sujet?
J’ai l’impression que le jansénisme n’est pas tout à fait mort et que sans aller jusqu’à le professer son esprit contamine (peu ou prou) nos milieux… L’antimodernisme est un terreau favorable pour ce genre de travers qui est un profond repoussoir et un poison pour la charité (ainsi que pour l’espérance), et dont les ravages se font sentir spécialement dans l’éducation.
L’Église , c’est nous, corps du Christ, nous pourrions « survivre » et encore ?!… mais pas Vivre …mais pas vivre de Dieu ! Car le Seigneur dans sa grande bonté souhaite avoir besoin de saint Pierre, de son successeur, de vous et moi et de chacun d’entre nous, plongés dans sa Miséricorde, recevant tout de Lui.
« La gloire de l’homme c’est Dieu ; mais le propre de l’homme, c’est de recevoir l’œuvre de Dieu, toute sa sagesse et sa force. » … « … celui qui, sans orgueil ni prétention, garde la vérité quant aux choses créées, et quant au Créateur, Dieu, le maître de toutes les choses auxquelles il donne d’être, celui-là qui demeure dans son amour, dans la soumission et l’action de grâce, il recevra de Dieu une gloire plus grande et de devenir progressivement semblable à celui qui est mort pour nous. » (office des lectures ce jour 19/12/2024 – saint Irénée contre les hérésies ( II ème siècle) )
DE LA LETTRE À DIOGNÈTE (-413 — -323)
« Elle s’est manifestée, la bonté de Dieu notre Sauveur… »
« Aucun homme n’a vu Dieu ni ne l’a connu : c’est lui-même qui s’est manifesté. Et il s’est manifesté pour la foi, qui seule a reçu le privilège de voir Dieu. Car Dieu, Maître et Créateur de l’univers, qui a fait toutes choses et les a disposées avec ordre, s’est montré pour les hommes non seulement plein d’amour, mais plein de patience. Toujours il était ainsi, il l’est et le sera : secourable, bon, sans colère, véridique ; lui seul est bon. Ayant conçu un dessein d’une grandeur inexprimable, il ne l’a communiqué qu’à son Enfant.
Tandis qu’il maintenait son sage projet dans le mystère et le tenait en réserve, il semblait nous oublier et ne pas se soucier de nous. Mais quand il eut dévoilé par son Enfant bien-aimé, quand il eut manifesté ce qu’il avait préparé dès le commencement, il nous a tout offert à la fois : de jouir de ses bienfaits, de voir, de comprendre ; qui de nous aurait jamais pu s’y attendre ?
Dieu avait donc déjà tout disposé en lui-même avec son Enfant ; mais, jusqu’à ces derniers temps, il a toléré que nous nous laissions emporter à notre gré par des mouvements désordonnés, entraînés par les voluptés et les passions. Nullement parce qu’il se réjouissait de nos péchés ; il tolérait alors, sans l’approuver, ce règne de l’iniquité. Bien au contraire, il organisait pour maintenant le règne de la justice. Après avoir bien prouvé, dans cette première période, que nos propres œuvres nous rendaient indignes de la vie, il voulait que nous en devenions maintenant dignes par l’effet de sa bonté. Il voulait qu’après nous être montrés incapables d’accéder par nous-mêmes au royaume de Dieu, nous en devenions capables par sa puissance.
Lorsque notre perversité fut à son comble, et qu’il fut devenu pleinement manifeste que son salaire — le supplice et la mort — était imminent, c’est alors qu’arriva le temps que Dieu avait marqué pour faire connaître désormais sa bonté et sa puissance : quelle surabondance de l’amour de Dieu et de sa bonté pour les hommes ! Il ne nous a pas détestés, il ne nous a pas repoussés, il ne nous a pas tenu rancune ; au contraire, il a longtemps patienté, il nous a supportés. Dans sa pitié pour nous, il a pris en charge nos propres péchés, il a livré son propre Fils pour nous racheter : le saint pour les criminels, l’innocent pour les méchants, le juste pour les injustes, l’incorruptible pour les corrompus, l’immortel pour les mortels. Qu’est-ce qui aurait pu couvrir nos péchés, sinon sa justice ? Par qui pouvions-nous être rendus justes, criminels et impies que nous étions, sinon par le seul Fils de Dieu ?
Quel échange plein de douceur ! Quelle réalisation insondable ! Quels bienfaits inespérés ! Le crime du grand nombre est enseveli dans la justice d’un seul, et la justice d’un seul rend juste un grand nombre de criminels ! » (Office des lectures de ce jour 18/12/2024)
Il est encore temps de laisser le Seigneur se manifester à travers la voix du pape François… ne renonçons pas au combat spirituel qui, comme Jacob, s’impose à nous particulièrement dans ces temps où la justice de Dieu est à notre porte. Le Seigneur, par la voix du pape François, parle à notre cœur, le combat intérieur qui en résulte ne doit pas nous faire peur comme nous en a averti saint Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait ! »
(En 1978, dans la messe inaugurale de son pontificat, Jean Paul II donne la clé de lecture de son pontificat : l’espérance.» ( écrit véritablement 365 fois dans la Bible).)