La corédemption de Marie – c’est-à-dire la participation d’une manière unique et spéciale de la Très Sainte Vierge à la Rédemption de son Fils, Jésus-Christ – n’est pas un dogme de l’Église mais se trouve être une pieuse croyance répandue parmi les catholiques. Il est si évident à nombre d’entre eux, si ancien, qu’il aurait pu être défini comme dogme si un véritable Concile avait eu lieu au milieu du XXe siècle, à la place du conciliabule des méchants, qui en ont empêché la discussion. Il est vrai qu’il est combattu tant par les protestants que les modernistes, et avec Marie Corédemptrice tout rapprochement entre un semblant de catholicisme et un protestantisme niant les éminentes prérogatives de Marie aurait été impossible. Prions pour qu’un pape éclaire dans un avenir proche cette question qui touche à la gloire de Dieu et à la relation des hommes avec leur Mère du Ciel.
Pie VII
« Debout près de la croix de Jésus, avec une force incomparable et une constance invincible, elle offrait ses souffrances au Père éternel pour leur salut. » (Lettre apostolique Id officii debent, 9 janvier 1801)
Pie IX
Constitution apostolique Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854 – Définition du dogme de l’Immaculée Conception :
« Or, les Pères et les écrivains ecclésiastiques, nourris des paroles célestes, n’ont rien eu plus à cœur, dans les livres qu’ils ont écrits pour expliquer l’Ecriture, pour défendre les dogmes et instruire les fidèles, que de louer et d’exalter à l’envi, de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite sainteté de Marie, son excellente dignité, sa préservation de toute tache du péché et sa glorieuse victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C’est ce qu’ils ont fait en expliquant les paroles par lesquelles Dieu, annonçant dès les premiers jours du monde les remèdes préparés par sa miséricorde pour la régénération et le salut des hommes, confondit l’audace du serpent trompeur, et releva d’une façon si consolante l’espérance de notre race. Ils ont enseigné que par ce divin oracle : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne. » (Gen. III, 15.) Dieu avait clairement et ouvertement montré à l’avance le miséricordieux Rédempteur du genre humain, son Fils unique, Jésus-Christ, désigné sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et nettement exprimé l’inimitié de l’un et de l’autre contre le démon. En sorte que, comme le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, détruisit, en prenant la nature humaine, l’arrêt de condamnation qui était contre nous et l’attacha triomphalement à la croix ; ainsi la Très Sainte Vierge, unie étroitement, unie inséparablement avec lui, fut, par lui et avec lui, l’éternelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête). »
Bref Cum purgaturus aream, 25 août 1873 :
« A la très douloureuse mort du Christ, elle s’est unie si étroitement au sacrifice de son divin Fils, qu’elle a été appelée Vierge prêtre par les Pères de l’Église. »
Léon XIII
Encyclique Supremi apostolatus Officio, 1er septembre 1883 – Sur le culte marial et le saint rosaire :
« A cette fin, Nous estimons que rien ne saurait être plus efficace et plus sûr que de Nous rendre favorable, par la pratique religieuse de son culte, la sublime Mère de Dieu, la Vierge Marie, dépositaire souveraine de toute paix et dispensatrice de toute grâce, qui a été placée par son divin Fils au faîte de la gloire et de la puissance, afin d’aider du secours de sa protection les hommes s’acheminant, au milieu des fatigues et des dangers, vers la Cité Eternelle. […]
En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l’œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d’une telle faveur et d’une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n’ont pu et ne peuvent les obtenir. »
Encyclique Jucunda Semper Expectatione, 8 septembre 1894 – Sur le Rosaire de Marie :
« Les mystères douloureux ne parlent pas autrement. Dans le jardin de Gethsémani, où Jésus est effrayé et triste jusqu’à la mort, et dans le prétoire, où il est flagellé, couronné d’épines, condamné au supplice, Marie sans doute est absente, mais depuis longtemps elle a de tout cela la connaissance et la pensée. Car, lorsqu’elle s’offrit à Dieu comme sa servante pour être sa mère, et lorsqu’elle se consacra tout entière à lui dans le temple avec son Fils, par l’un et l’autre de ses actes elle devint l’associée de ce Fils dans la laborieuse expiation pour le genre humain ; et c’est pourquoi il n’est pas douteux qu’elle n’ait pris, en son âme, une très grande part aux amertumes, aux angoisses et aux tourments de son Fils. Du reste, c’est en sa présence et sous ses yeux que devait s’accomplir le divin sacrifice pour lequel elle avait généreusement nourri d’elle la victime. Ce qu’il y a à remarquer dans le dernier de ces mystères et ce qui est le plus touchant : auprès de la croix de Jésus se tenait debout Marie, sa mère, laquelle, émue pour nous d’une immense charité, afin de nous recevoir pour fils, offrit elle-même volontairement son Fils à la justice divine, mourant en son cœur avec lui, transpercée d’un glaive de douleur. […]
D’autre part, ces mêmes souvenirs donnent à notre supplication une ardeur et une force plus grandes ; car, chaque mystère qui passe apporte un nouvel argument de prière on ne peut plus puissant auprès de la Sainte Vierge. En effet, c’est auprès de vous que nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu : ne méprisez pas les malheureux fils d’Eve ! Nous vous implorons, médiatrice de notre salut, aussi puissante que clémente ; par la douceur des joies qui vous sont venues de votre Fils Jésus, par votre communion à ses ineffables douleurs, par l’éclat rejaillissant sur vous de sa gloire, nous vous supplions de toutes nos forces ; oh ! malgré notre indignité, écoutez-nous avec bienveillance et exaucez-nous. »
Encyclique Adjutricem populi christiani, 5 septembre 1895 – Sur le Rosaire de Marie et le le retour des dissidents séparés de l’Église :
« Il serait impossible de dire tout ce qu’Elle a ajouté d’étendue et d’efficacité à ces secours, lorsqu’Elle a été élevée, auprès de son Fils, à ce faîte de la gloire céleste qui convenait à sa dignité et à l’éclat de ses mérites. Car de là, selon les desseins de Dieu, Elle a commencé à veiller sur l’Église, à nous assister et à nous protéger comme une Mère, de sorte qu’après avoir été coopératrice de la Rédemption des hommes, Elle est devenue aussi, par le pouvoir presque immense qui lui a été accordé, la dispensatrice de la grâce qui découle de cette Rédemption pour tous les temps. »
Constitution apostolique Ubi primum, 2 octobre 1898 – Sur les règles, les droits et les privilèges de la Confrérie du Très Saint Rosaire :
« Aussitôt que, par un secret dessein de la divine Providence, Nous fûmes élevé sur la Chaire suprême de saint Pierre, voyant que, de jour en jour, des maux plus nombreux accablaient le monde, Nous avons considère comme une charge de Notre ministère apostolique de former des desseins de salut et d’étudier par quels meilleurs moyens Nous assurerions mieux la défense de l’Église et l’intégrité de là foi catholique. — Dans ces pensées, Notre esprit s’éleva naturellement vers la puissante Mère de Dieu qui fut elle-même sa coopérative dans la rédemption du genre humain, et qui fut toujours le refuge principal et souverain ries catholiques dans leurs difficiles épreuves. » (Constitution apostolique Ubi primum, 2 octobre 1898 – Sur les règles, les droits et les privilèges de la Confrérie du Très Saint Rosaire ; in : Lettres apostoliques de S.S. Léon XIII, encycliques, brefs, etc., A. Roger et F. Chernoviz, tome 5, page 136)
Encyclique Parta Humano Generi, 8 septembre 1901 – Consécration de l’église du Rosaire, à Lourdes :
« Certes, rien ne peut être plus efficace pour nous concilier la faveur de la Vierge Marie et nous mériter les grâces les plus salutaires, que d’entourer des plus grands honneurs possibles les mystères de Rédemption auxquels nous voyons qu’Elle n’a pas seulement assisté mais participé, et de dérouler devant tous les yeux la série de ces divines vérités proposées à notre méditation. »
Saint Pie X
Encyclique Ad diem illum, 2 février 1904 – Anniversaire de la définition de l’Immaculée Conception :
« Mais il n’est pas seulement à la louange de la Vierge qu’elle a fourni la matière de sa chair au Fils unique de Dieu, devant naître avec des membres humains (S. Bède le Vénérable., l. IV, in Luc. XI), et qu’elle a ainsi préparé une victime pour le salut des hommes ; sa mission fut encore de la garder, cette victime, de la nourrir et de la présenter au jour voulu, à l’autel.
Aussi, entre Marie et Jésus, perpétuelle société de vie et de souffrance, qui fait qu’on peut leur appliquer à égal titre cette parole du Prophète : Ma vie s’est consumée dans la douleur et mes années dans les gémissements (Ps. XXX, 11). Et quand vint pour Jésus l’heure suprême, on vit la Vierge debout auprès de la croix, saisie sans doute par l’horreur du spectacle, heureuse pourtant de ce que son Fils s’immolait pour le salut du genre humain, et, d’ailleurs, participant tellement à ses douleurs que de prendre sur elle les tourments qu’il endurait lui eût paru, si la chose eût été possible, infiniment préférable (S. Bonav., I Sent., d. 48, ad Litt., dub. 4).
La conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c’est que Marie mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l’humanité déchue (Eadmer, De Excellentia Virg. Mariæ, c. IX), et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang.
Certes, l’on ne peut dire que la dispensation de ces trésors ne soit un droit propre et particulier de Jésus-Christ, car ils sont le fruit exclusif de sa mort, et lui-même est, de par sa nature, le médiateur de Dieu et des hommes.
Toutefois, en raison de cette société de douleurs et d’angoisses, déjà mentionnée, entre la Mère et le Fils a été donné à cette auguste Vierge d’être auprès de son Fils unique la très puissante médiatrice et avocate du monde entier (Pie IX, in Bull. Ineffabilis).
La source est donc Jésus Christ : de la plénitude de qui nous avons tout reçu (Joan. I, 16) ; par qui tout le corps, lié et rendu compact moyennant les jointures de communication, prend les accroissements propres au corps et s’édifie dans la charité (Ephes. IV, 16). Mais Marie, comme le remarque justement saint Bernard, est l’aqueduc (Serm. de temp., in Nativ. B. V., » De Aquæductu « , n. 4) ; ou, si l’on veut, cette partie médiane qui a pour propre de rattacher le corps à la tête et de transmettre au corps les influences et efficacités de la tête, Nous voulons dire le cou. Oui, dit saint Bernardin de Sienne, elle est le cou de notre chef, moyennant lequel celui-ci communique à son corps mystique tous les dons spirituels (S. Bernardin de Sienne, Quadrag. de Evangelio æterno, Serm. X, a. III, c.3). Il s’en faut donc grandement, on le voit, que Nous attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, vertu qui est de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l’emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ et qu’elle a été associée par Jésus-Christ à l’œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces. Lui, Jésus, siège à la droite de la majesté divine dans la sublimité des cieux (Hebr. I, 3). Elle, Marie, se tient à la droite de son Fils ; refuge si assuré et secours si fidèle contre tous les dangers, que l’on n’a rien à craindre, à désespérer de rien sous sa conduite, sous ses auspices, sous son patronage, sous sa protection (Pie IX, in Bull. Ineffabilis). » (Encyclique Ad diem illum, 2 février 1904 – Anniversaire de la définition de l’Immaculée Conception)
Nous souhaitons revenir sur les mots :
« Néanmoins, parce que Marie l’emporte sur tous en sainteté et en union avec Jésus-Christ et qu’elle a été associée par Jésus-Christ à l’œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces »
La distinction entre de congruo et de condigno signifie la différence entre de convenance et en justice, aussi formulable en de fait et de droit, ou encore en charité et en justice.
Nous pensons que la bonne distinction est de convenance et en justice.
Dans le volume des Enseignements pontificaux de Solesmes, Notre-Dame (Desclée, 1958), on peut certes lire dans le résumé de l’enseignement des Papes à ce sujet :
« Marie est Corédemptrice. Marie a des liens avec la Rédemption : Elle la commence, Elle y coopère, Elle y prend réellement part, et Elle rachète le genre humain comme associée au Rédempteur, et donc comme Corédemptrice. […] Marie, par ses mérites, prend part à la Rédemption ; ils sont proportionnés à sa sainteté, à son union au Christ. Elle [nous] mérite de congruo (en charité) ce que le Christ [nous] a mérité de condigno (en justice). Elle complète la Passion du Christ plus que les autres chrétiens. Elle recueille l’héritage de labeur que Lui a légué son Fils. Le Christ en Croix confirme ce dessein de Dieu sur Marie. » (Enseignements pontificaux de Solesmes, Notre-Dame, Desclée, 1958, pp. 40-42)
Dans la même veine, le Bréviaire de la fête de Marie Reine, du 31 mai, l’Église cite, et donc garantie infailliblement la vérité doctrinale, de ce passage de saint Bonaventure de Bagnorea (1221-1274), Cardinal franciscain, le Docteur séraphique, disciple d’Alexandre de Halès à la célèbre université de Paris, parlant de la distinction entre la royauté de Jésus et celle de Marie, que nous pensons être pertinemment transposable à la distinction entre les manières dont ils causent notre rédemption :
« La bienheureuse Vierge Marie est mère du souverain Roi parce qu’elle l’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. Voici, dit-il, que tu vas concevoir et enfanter un fils. Et plus loin : Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin. C’est comme s’il disait expressément : Voici que tu vas concevoir et enfanter pour fils le Roi qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait tu régneras comme Mère du Roi, et comme Reine tu siégeras sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal. Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu celui qui porte inscrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs, aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.
Marie est la Reine la plus illustre par sa gloire, ce que signifie bien le Prophète dans le psaume qui concerne spécialement le Christ et la Vierge Marie, où l’on dit d’abord au sujet du Christ : Ton trône, ô Dieu, dans les siècles des siècles, et un peu plus loin au sujet de la Vierge : La reine s’est tenue à ta droite, c’est-à-dire à la place d’honneur, ce qui s’applique à sa gloire spirituelle. Puis : dans son vêtement d’or, qui représente le vêtement de l’immortalité glorieuse, qui fut attribuée à la Vierge dans son Assomption. Car on ne peut accepter que ce vêtement dont le Christ fut couvert, et qui en outre fut parfaitement sanctifié ici-bas par le Verbe incarné, devienne la pâture des vers. De même qu’il a convenu au Christ de donner à sa Mère la grâce en plénitude dans sa conception, ainsi a-t-il convenu qu’il attribuât la plénitude de gloire en l’Assomption de cette Mère. Et c’est pourquoi il faut affirmer que la Vierge, glorieuse dans son âme et dans son corps, trône auprès de son Fils. » (Sermo de Regia dignitate B.V.M. ; dans le bréviaire romain, 7è et 8è leçons, au IIIè nocturnes de la fête de Marie-Reine au 31 mai)
Décrets du Saint-Office approuvés par saint Pie X
Durant le pontificat de ce glorieux Pape, le Saint-Office émit deux décret approuvés par lui, consacrant l’usage du terme de « corédemptrice ». Le premier date du 27 mars 1913, approuvé par saint Pie X le 26 juin, et déclare « Parmi les vierges, il y en a dont le pieux amour pour la Sainte Vierge les ravit tellement, qu’elles ne mentionnent jamais Jésus sans le nom glorieux de leur Mère, notre corédemptrice, la Bienheureuse Marie » et loue cette habitude (AAS, tome 5 [année 1913], page 364). Le second accorde une indulgence pour la récitation de l’oraison dans laquelle Marie est appelée « corédemptrice du genre humain », le 22 janvier 1914 (AAS, tome 6 [année 1914], pages 108-109).
Benoît XV
Lettre apostolique Inter sodalicia, 22 mars 1918 – Concession d’indulgences à l’association de Notre-Dame de la Bonne Mort, fondée par les prêtres de Sainte-Marie de Tinchebray :
« Les docteurs de l’Église rapportent communément que si la sainte Vierge Marie, qui parut absente de toute la vie publique de Jésus-Christ, se trouva soudain présente à la mort de son fils crucifié, ce ne fut pas sans un dessein divin. En s’associant à la Passion et à la mort de son Fils, elle a souffert comme à en mourir. Elle a renoncé aux droits de sa Mère sur son Fils pour procurer le salut de l’humanité, et pour apaiser la justice divine ; autant qu’elle le pouvait, elle a immolé son Fils, de telle façon qu’on peut dire avec raison qu’avec lui elle a racheté le genre humain. Et, pour cette raison, toutes les sortes de grâces que nous puisons dans le trésor de la rédemption viennent à nous, pour ainsi dire, des mains de la Vierge douloureuse. » (AAS, tome X [année 1918], page 182)
Homélie à l’occasion des canonisation de saint Gabriel de la Vierge douloureuse (de l’Addolorata) et de sainte Marguerite Marie ALACOQUE, 13 mai 1920 :
« Les souffrances de Jésus ne peuvent être séparées des peines de Marie. Tout comme le premier Adam eut une femme comme complice dans sa rébellion contre Dieu, le nouvel Adam voulait qu’une femme partage son œuvre en rouvrant les portes du ciel aux hommes. De la croix, il s’adressa à sa Mère douloureuse en tant que femme et la proclama la Nouvelle Ève, la Mère de tous les hommes pour qui il est mort afin qu’ils aient la vie » (AAS, tome XII [année 1920], page 224)
Pie XI
Lettre apostolique Explorata res, 2 février 1923 – Concession d’indulgences à l’association de Notre-Dame de la Bonne Mort, fondée par les prêtres de Sainte-Marie de Tinchebray :
Dans cette Lettre, Pie XI livre cette belle louange à la Mère du ciel :
« Celui-là n’encourra pas la mort éternelle, qui jouira surtout à son dernier moment de l’assistance de la Très Sainte Vierge. Cette opinion des docteurs de l’Eglise, confirmée par le sentiment du peuple chrétien et par une longue expérience, s’appuie surtout sur ce fait que la Vierge douloureuse fut associée à Jésus-Christ dans l’œuvre de la Rédemption, et, ayant été établie comme Mère des hommes, qu’elle, leur ayant été recommandée comme un témoignage de la charité divine, embrasse ses enfants et les protège avec le plus grand amour. » (AAS, tome XV [année 1923], pages 104-105)
Encyclique Miserentissimus Redemptor du 8 mai 1928 sur notre devoir de réparation envers le Sacré-Coeur de Jésus :
« A Nos vœux et à Nos efforts, que Marie la Vierge très bienveillante et la Mère de Dieu daigne sourire, elle qui nous donna Jésus notre Rédempteur, qui l’éleva, qui l’offrit comme victime au pied de la croix, et qui, par sa mystérieuse union avec le Christ et par une grâce particulière reçue de lui, fut aussi Réparatrice et est pieusement appelée de ce nom. Plein de confiance en son intercession auprès du Christ qui, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, a voulu cependant s’associer sa Mère comme avocate des pécheurs et comme dispensatrice et médiatrice de ses grâces, Nous vous accordons du fond du cœur, comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, à vous, Vénérables Frères, ainsi qu’à tous les fidèles confiés à vos soins, la Bénédiction Apostolique. »
Message aux pèlerins de Vicenza, 30 novembre 1933 :
« Le Rédempteur se devait, par la force des choses, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de corédemptrice. Elle nous a donné le Sauveur. Elle l’a conduit à son œuvre de rédemption jusqu’à la croix. Elle a partagé avec lui les souffrances de l’agonie et de la mort en laquelle Jésus consommait le rachat de tous les hommes. C’est précisément au pied de la croix, durant les derniers moments de sa vie, que le Rédempteur l’a proclamée notre Mère, et la mère de tous : “Voici ton fils”, lui disait-il, en parlant de Saint Jean qui nous représentait tous. Et nous-mêmes nous étions tous en cet apôtre pour recueillir ces autres paroles du Sauveur : “Voici ta Mère”. » (Osservatore Romano, 1er décembre 1933)
A l’occasion Triduum, lors la clôture de l’Année Sainte pour le Jubilé de la Rédemption à Lourdes (1935). La nomination du Cardinal PACELLI comme Légat et les propos de ce dernier. Nomination élogieuse du Cardinal Eugenio PACELLI (futur Pie XII) comme son Légat pour la célébration de ce Triduum :
« Par la présente Lettre, Notre cher Fils, Nous vous choisissons donc et proclamons comme Notre légat, avec mission de présider les solennités du Triduum de Lourdes, comme si Nous le faisions en personne, en Notre propre nom et avec Notre autorité.
Nous avons d’ailleurs la certitude que, en raison du zèle et de la délicatesse qui caractérisent votre piété et votre culte envers la divine Mère, en raison de l’autorité dont vous jouissez auprès du Saint-Siège, du prestige de votre pourpre cardinalice, en raison des qualités remarquables et spéciales qui distinguent aux yeux de tous votre intelligence et votre éloquence, tout comme dans votre récente ambassade à Buenos-Ayres, dont les triomphes
eucharistiques remplissent encore le monde entier, vous servirez, au cours de ce saint pèlerinage de pénitence, d’exemple et d’édification à tous. » (Lettre Anno sancto ad exitum, 12 avril 1935, à S. Em. le cardinal Eugène Pacelli, cardinal-prêtre de la Sainte Église Romaine, du titre des Saints-Jean-et-Paul, secrétaire d’État, le nommant légat pour présider les solennités du Triduum de Lourdes, à la clôture de l’Année Sainte, Actes de S. S. Pie XI, Maison de la Bonne Presse, tome 12 (Années 1934-1935), page 263)
Sa péroraison du discours que prononça en français, le 28 avril 1935 lors de la clôture du jubilé de la Rédemption :
Les lignes qui suivent ne relèvent pas du Magistère de l’Église en tant que tel, mais agissant ès qualité de Nonce a latere, on peut dire que c’est la voix du Saint Siège et non des propos personnels qui ont été tenus dans ce discours du Cardinal PACELLI. De plus, le verbatim de ce discours fut publié dans les Discorsi e Radio-messagi (volume IV p. 439), ainsi que dans les Prières de Sa Sainteté Pie XII (Desclée & cie 1958), avant la mort de Pie XII puisque publié au printemps, avec l’imprimatur de l’abbé de Solesmes le 10 février 1958 :
« O Vierge immaculée, très clémente et très puissante, vous êtes notre Mère. De votre trône de Reine du Ciel, vous avez daigné venir parmi nous en ce coin fortuné de la terre de France ; et, à l’égal de la réalité de la foi, invisible au monde, mais non à l’innocente enfant choisie par vous comme confidente et collaboratrice des merveilles de votre amour pour nous, vous avez fait de cette roche de Massabielle une nouvelle montagne de la gloire de Dieu au milieu des ténèbres de l’incrédulité et du péché, un phare lumineux d’espérance pour le salut des peuples. Mais cette montagne et cette grotte bienheureuse évoquent en nous le souvenir d’une autre montagne et d’une autre grotte, le Golgotha et le Sépulcre, où votre douleur et vos larmes de Mère, à l’heure la plus terrible et la plus divine de la Rédemption, s’unissaient à la suprême torture, à la mort et à la sépulture de votre Fils crucifié, Rédempteur du monde.
Ce jour là, dans ces ténèbres, ô Reine des martyrs, votre foi, votre espérance, votre amour demeurèrent fermes et dirigés vers le ciel comme vous demeuriez vous-même debout auprès de la Croix ; là vous avez été proclamée notre Mère par la divine parole de votre divin Fils et par le sang qui de ses plaies descendait sur vous, pour empourprer et consacrer votre amour pour nous. De ces ténèbres a surgi le soleil de ce jour où nous commémorons l’accomplissement de notre Rédemption.
Vous, notre Corédemptrice, vous, prémices de la grâce et de la Rédemption, ayez pitié de nous, vos pauvres fils. Donnez-nous le courage de votre foi, l’inébranlable fermeté de votre espérance, l’ardeur de votre amour pour Jésus, Fils du Père et votre Fils, notre Rédempteur et notre Frère ; intercédez pour nous auprès de Lui, apaisez sa justice ; obtenez-nous la lumière de la vérité, et que celle-ci parvienne aussi aux esprits aveuglés de ceux dont l’orgueil se dresse contre l’Eternel ; que les dévoyés et les fourvoyés retrouvent le droit chemin, et que par vous, Reine de la paix, victorieuse de toute erreur, l’Eglise poursuive librement sa tâche et répande par le monde les fruits divins de la Rédemption. Protégez le troupeau béni de votre Fils, et le Pasteur auguste qui le conduit dans les pâturages du salut et qui est en esprit présent parmi nous. Protégez cette nation si chère à votre coeur et tout le peuple chrétien accouru ici à vos pieds de toutes les parties du monde, ou qui du moins est tourné vers ce lieu par le désir et nous est uni par la prière.
Que par vous, ô Vierge immaculée, ô Mère du Rédempteur, notre espérance et notre salut, l’olivier de la concorde et de la paix refleurisse sur la terre, dans les coeurs la pureté, l’ardeur et la constance de la vertu et du sacrifice pour le bien ; et que par ses mérites le sang du Rédempteur nous ouvre les portes du ciel et nous plonge dans la joie de vous contempler, vous, ô Marie, et la Trinité bienheureuse, parmi les splendeurs des saints ! »
Message et bénédiction de Pie XI à la clôture du Jubilé de la Rédemption à Lourdes, 28 avril 1935 :
« Ô Mère de pitié et de miséricorde, qui assistiez votre doux Fils tandis qu’il accomplissait sur l’autel de la Croix la Rédemption du genre humain, vous notre corédemptrice et l’associée à ses douleurs ; vous qui, de votre Grotte sacrée, avez daigné bénir tant d’évêques et de prêtres de tout l’univers catholique renouvelant ici, durant ce Triduum si saint, le sacrifice de la Croix, pour commémorer avec gratitude vos bénignes et bienfaisantes apparitions, et pour offrir à Dieu des actions de grâce en cet heureux achèvement de l’Année sainte de la Rédemption, conservez en nous et accroissez chaque jour, nous vous en prions, les précieux fruits de la Rédemption et de votre Compassion. Vous qui êtes la Mère de tous, accordez-nous que, dans la pureté des mœurs, dans l’unité des esprits et la concorde des âmes, nous puissions enfin, la paix des peuples étant désormais assurée, jouir sans inquiétude des dons de la paix. Ainsi soit-il. » (Actes de S. S. Pie XI, Maison de la Bonne Presse, tome 12 (Années 1934-1935), pages 266 et 267 ; Osservatore Romano, 20-30 avril 1935)
Pie XII
Allocution à un pèlerinage de Gênes pour le 450è anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de la Garde, 21 avril 1940 :
« Jésus et Marie ne sont-ils pas les deux sublimes amours du peuple chrétien ? Ne sont-ils pas le nouvel Adam et la nouvelle Eve que l’arbre de la croix réunit dans la douleur et dans l’amour pour réparer la faute de nos parents dans l’Eden, l’un source, l’autre canal de grâce pour nous régénérer à la vie spirituelle et à la reconquête de la patrie céleste. »
Encyclique Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943 – Sur l’Eglise et la doctrine du Corps mystique du Christ :
« Puisse la Vierge, Mère de Dieu, Vénérables Frères, réaliser Nos vœux, qui sont assurément aussi les vôtres et nous obtenir à tous le véritable amour envers l’Eglise ! Puisse nous exaucer la Vierge Mère dont l’âme très sainte fut, plus que toutes les autres créatures de Dieu réunies, remplie du divin Esprit de Jésus-Christ ; elle qui accepta « à la place de la nature humaine tout entière » qu’« un mariage spirituel unît le Fils de Dieu et la nature humaine » [73]. Ce fut elle qui, par un enfantement admirable, donna le jour au Christ Notre-Seigneur, source de toute vie céleste et déjà revêtu en son sein virginal de la dignité de Chef de l’Eglise ; ce fut elle qui le présenta nouveau-né aux premiers d’entre les Juifs et les païens qui étaient venus l’adorer comme Prophète, Roi et Prêtre. En outre, son Fils unique, cédant à ses maternelles prières, à Cana de Galilée, opéra le miracle merveilleux par lequel « ses disciples crurent en lui » (Jean, ii, 11). Ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours très étroitement unie à son Fils, le présenta sur le Golgotha au Père éternel, en y joignant l’holocauste de ses droits et de son amour de mère, comme une nouvelle Eve, pour tous les fils d’Adam qui portent la souillure du péché originel ; ainsi Celle qui corporellement était la Mère de notre Chef devint spirituellement la Mère de tous ses membres, par un nouveau titre de souffrance et de gloire. Ce fut elle qui obtint par ses prières très puissantes que l’Esprit du divin Rédempteur, déjà donné sur la croix, fût communiqué le jour de la Pentecôte en dons miraculeux à l’Eglise qui venait de naître. Ce fut elle enfin, qui, en supportant ses immenses douleurs d’une âme pleine de force et de confiance, plus que tous les chrétiens, vraie Reine des martyrs, « compléta ce qui manquait aux souffrances du Christ… pour son Corps qui est l’Eglise » (Col., i, 24) ; elle qui entoura le Corps mystique du Christ, né du Cœur percé de notre Sauveur[74], de la même vigilance maternelle et du même amour empressé avec lesquels elle avait réchauffé et nourri de son lait l’Enfant Jésus de la crèche. »
Cette encyclique est infaillible car Pie XII y déclare :
« Ces fausses théories, qui s’opposent et se combattent, font que certains, frappés d’une crainte vaine, voient dans cette doctrine plus élevée un danger et s’en détournent avec effroi comme du fruit du Paradis terrestre, beau certes, mais défendu. Il n’en est rien: les mystères révélés par Dieu ne peuvent être causes de mort pour les hommes, et ils ne doivent pas non plus rester sans fruit comme un trésor enfoui dans un champ […]
Tout cela longuement pesé devant Dieu, pour que la beauté sans égale de l’Eglise brille d’un nouvel éclat, pour que la noblesse éminente et surnaturelle des fidèles unis à leur Chef dans le Corps du Christ, apparaisse avec plus de clarté, enfin pour barrer la route aux multiples erreurs en cette matière, Nous avons considéré comme un devoir de Notre charge pastorale d’exposer à tout le peuple chrétien, dans cette Lettre encyclique, la doctrine du Corps mystique de Jésus-Christ et de l’union, dans ce même Corps, des fidèles avec le divin Rédempteur; et de tirer en même temps de cette suave doctrine quelques enseignements, grâce auxquels une étude plus approfondie de ce mystère produira des fruits encore plus abondants de perfection et de sainteté. […]
Après avoir, Vénérables Frères, dans l’explication de ce mystère qui embrasse notre union mystérieuse avec le Christ, éclairé les esprits de la lumière de la vérité, comme Docteur de l’Eglise universelle, Nous croyons conforme à Notre charge pastorale de stimuler aussi les âmes à aimer ce Corps mystique d’une charité si ardente qu’elle se traduise non seulement en pensées et en paroles, mais aussi en œuvres. » (Encyclique Mystici corporis, 29 juin 1943 – Sur la doctrine du Corps mystique du Christ)
Radiomessage aux fidèles du Portugal a l’occasion du couronnement de Notre-Dame de Fatima, 13 mai 1946 :
« Et le paradis vit qu’elle était réellement digne de recevoir honneur, gloire et empire, parce qu’elle était plus pleine de grâces, plus sainte, plus belle, plus sublime, incomparablement plus que les plus grands saints et les anges les plus sublimes, isolément ou réunis ; parce qu’elle était mystérieusement apparentée, dans l’ordre de l’union hypostatique, à toute la très sainte Trinité, à Celui qui, seul, est par essence la Majesté infinie, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, en qualité de Fille première-née du Père, de Mère parfaite du Verbe et d’Epouse préférée du Saint-Esprit ; parce qu’elle était Mère du divin Roi, de Celui à qui, dès le sein maternel, le Seigneur Dieu a donné le trône de David et la royauté éternelle dans la maison de Jacob (Lc 1,32-33) et qui, après avoir proclamé à son propre sujet que tout pouvoir lui avait été donné dans le ciel et sur la terre (Mt 28,18), lui, le Fils de Dieu, a fait rejaillir sur sa céleste Mère la gloire, la majesté, l’empire de sa royauté ; parce que, associée, comme Mère et Ministre, au Roi des martyrs, dans l’oeuvre ineffable de la Rédemption du genre humain, elle lui est également associée pour toujours, avec un pouvoir pour ainsi dire illimité, dans la distribution des grâces qui découlent de la Rédemption (Cf. Léon XIII, encycl. Adiutricem, du 5 septembre 1895 ; Acta, vol. XV, p. 303. ‘ Bréviaire romain, 2e ant. fin. de la bienheureuse Vierge Marie). » (AAS, tome XXXVIII [année 1946], p. 266)
Constitution Apostolique Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950 – Proclamation du dogme de l’Assomption :
« Il faut surtout se souvenir que, depuis le IIe siècle, les Saints Pères proposent la Vierge Marie comme une Eve nouvelle en face du nouvel Adam et, si elle lui est soumise, elle lui est étroitement unie dans cette lutte contre l’ennemi infernal, lutte qui devait, ainsi que l’annonçait le protévangile [44], aboutir à une complète victoire sur le péché et la mort, qui sont toujours liés l’un à l’autre dans les écrits de l’Apôtre des Nations [45]. C’est pourquoi, de même que la glorieuse Résurrection du Christ fut la partie essentielle de cette victoire et comme son suprême trophée, ainsi le combat commun de la Bienheureuse Vierge et de son Fils devait se terminer par la « glorification » de son corps virginal ; car, comme le dit ce même Apôtre, « lorsque ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : la mort a été engloutie dans sa victoire [46] ». » (Constitution Apostolique Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950 – Proclamation du dogme de l’Assomption, § 39)
Encyclique Ad cæli Reginam, 11 octobre 1954 – Fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine » :
« Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ ». [41] Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita ». [42] En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale ». [43]
De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, l’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.
Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père. »
Encyclique Haurietis Aquas In Gaudio, 15 mai 1956 – Sur le culte rendu au Sacré-Cœur de Jésus :
« Pour que des fruits plus abondants découlent dans la famille chrétienne et dans tout le genre humain du culte du Cœur très sacré de Jésus, les fidèles doivent veiller à l’associer étroitement au culte envers le Cœur immaculé de Marie. Puisque, de par la volonté de Dieu, la Bienheureuse Vierge Marie a été indissolublement unie au Christ dans l’œuvre de la Rédemption humaine, afin que notre salut vienne de l’amour de Jésus-Christ et de ses souffrances intimement unis à l’amour et aux douleurs de sa Mère, il convient parfaitement que le peuple chrétien qui a reçu la vie divine du Christ par Marie, après avoir rendu le culte qui lui est dû au Cœur très sacré de Jésus, rende aussi au Cœur très aimant de sa céleste Mère de semblables hommages de piété, d’amour, de gratitude et de réparation. C’est en parfait accord avec ce dessein très sage et très suave de la Providence divine que Nous avons, par un acte mémorable, solennellement consacré la sainte Église et le monde entier au Cœur immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie.
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