L’évêque Hilaire face à l’empereur Constance

Le Docteur de l’Église et évêque de Poitiers saint Hilaire invective l’empereur Constance, apostat de la foi qui est passé à l’arianisme. L’évêque de Poitiers s’opposant de front à son pouvoir tyrannique, en guerre contre l’Église, se voit exilé par l’empereur en Phrygie, d’où il écrit son « Contre Constance », une diatribe foudroyante contre la persécution impériale.
« Le temps de parler est venu ; car le temps de se taire est passé. Il nous faut attendre le Christ ; car le règne de l’Antéchrist a commencé. Que les pasteurs poussent des cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. Donnons nos vies pour nos brebis ; car les voleurs sont entrés, et le a lion furieux tourne autour de nous. Allons au-devant du martyre ; car l’ange de Satan est transformé en ange de lumière.
« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne m’avez-vous pas fait naître, et remplir mon ministère au temps des Néron et des Décius ? Plein du feu de l’Esprit-Saint, je n’eusse pas craint le chevalet, au souvenir d’Isaïe scié en deux ; le feu ne m’eût pas épouvanté, à la pensée des Enfants Hébreux chantant au milieu des flammes ; ni la croix, ni le brisement des membres ne m’eussent effrayé, en me rappelant le larron transféré dans le Paradis après un semblable supplice ; les abîmes de la mer, la fureur des vagues n’eussent point affaibli mon courage ; car l’exemple de Jonas et de Paul aurait été là pour m’apprendre que vos fidèles peuvent vivre sous les flots.
« Contre vos ennemis avoués, j’aurais combattu avec bonheur ; car je n’aurais pas eu de doute qu’ils ne fussent de vrais persécuteurs, ceux qui m’auraient voulu contraindre par les supplices, le fer et le feu, à renier votre Nom ; pour vous rendre témoignage, notre mort seule aurait suffi. Nous eussions combattu ouvertement et avec confiance contre ceux qui vous renient, contre des bourreaux, contre des meurtriers ; et nos peuples, avertis par la publicité de la persécution, nous eussent suivis comme leurs chefs, dans le sacrifice qui vous rend témoignage.
« Mais aujourd’hui nous avons à combattre contre un persécuteur déguisé, contre un ennemi qui nous flatte, contre Constance l’Antéchrist, qui a pour nous, non des coups, mais des caresses ; qui ne proscrit pas ses victimes pour leur donner la vie véritable, mais les comble de richesses pour leur donner la mort ; qui ne leur octroie pas la liberté des cachots, mais leur donne une servitude d’honneurs dans ses palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tête avec le glaive, mais tue l’âme avec son or ; qui ne publie pas d’édits pour condamner au feu, mais allume, pour chacun, le feu de l’enfer. Il ne dispute pas, dans la crainte d’être vaincu ; mais il flatte pour dominer ; il confesse le Christ, pour le renier ; il procure une fausse unité, afin qu’il n’y ait pas de paix ; il sévit contre certaines erreurs, pour mieux détruire la doctrine du Christ ; il honore les Évêques, afin qu’ils cessent d’être Évêques ; il bâtit des églises, tout en ruinant la foi.
« Qu’on cesse de m’accuser de médisance, de calomnie ; le devoir des ministres de la vérité est de ne dire que des choses véritables. Si nous disons des choses fausses, nous consentons à ce que nos paroles soient réputées infâmes ; mais si nous faisons voir que tout ce que nous disons est manifeste, nous n’avons pas dépassé la liberté et la modestie des Apôtres, nous qui n’accusons qu’après un long silence.
« Je te dis hautement, Constance, ce que j’aurais dit à Néron, ce que Décius et Maximien auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu sévis contre l’Église, tu persécutes les saints, tu hais les prédicateurs du Christ, tu enlèves la religion ; tu es un tyran, sinon dans les choses humaines, du moins dans les choses divines. Voilà ce que j’aurais dit en commun, à toi et à eux ; maintenant, écoute ce qui t’est propre. Sous le masque d’un chrétien, tu es un nouvel ennemi du Christ ; précurseur de l’Antéchrist, tu opères déjà ses odieux mystères. Vivant contre la foi, tu t’ingères à en dresser des formules ; tu distribues les évêchés à tes créatures ; tu remplaces les bons par des méchants. Par un nouveau triomphe de la politique, tu trouves le moyen de persécuter sans faire de martyrs.
« Combien plus nous fûmes redevables à votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par vous, nous avons vaincu le diable. La piété a recueilli en tous lieux le sang des martyrs ; et leurs ossements vénérés rendent témoignage de toutes parts. Mais toi, plus cruel que tous les tyrans, tu nous attaques avec un plus grand péril pour nous, et tu nous laisses moins d’espoir pour le pardon. A ceux qui auraient eu le malheur d’être faibles, il ne reste même pas l’excuse de pouvoir montrer à l’éternel Juge la trace des tortures et les cicatrices de leurs corps déchirés, pour se faire pardonner la faiblesse, en considération de la nécessité. O le plus scélérat des hommes ! tu tempères les maux de la persécution de telle sorte que tu enlèves l’indulgence à la faute, et le martyre à la confession.
« Nous te reconnaissons sous tes vêtements de brebis, loup ravissant ! Avec l’or de l’État, tu décores le sanctuaire de Dieu ; tu lui offres ce que tu enlèves aux temples des Gentils, ce que tu extorques par tes édits et tes exactions. Tu reçois les Évêques par le même baiser dont le Christ a été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bénédiction, et tu foules aux pieds la foi ; tu fais remise des impôts aux clercs, pour en faire des chrétiens renégats ; tu relâches de tes droits, dans le but de faire perdre à Dieu les siens. »

AJOUTEZ VOTRE COURRIEL POUR RECEVOIR NOS ACTUALITÉS
