Charité chrétienne et immigration – Contre-révolution en marche

« Ces gens-là sont venus des pays d’hérésie, des juiveries vivantes, de lieux pires encore, des cavernes et des tours maudites où le nom de Jésus-Christ n’est pas connu. Les uns n’ont pas reçu le baptême, les autres l’ont gratté de leur front. Renégats ou étrangers, ils n’ont ni ma foi, ni ma prière, ni mes souvenirs, ni mes attentes. Mon âme n’espère pas avec eux, leurs cœurs ne battent pas avec mon cœur : en quoi sont-ils donc mes concitoyens ? » [1]

 Louis Veuillot.

Aujourd’hui, les catholiques de France ne doivent plus se laisser séduire par une conception utopiste de l’immigration. La réalité nous oblige malheureusement à admettre que l’étranger n’est pas toujours à l’image du bon Samaritain dont nous parle le Christ dans le dixième chapitre de l’Évangile selon saint Luc. [2] On l’a vu notamment avec ce qu’il s’est passé en 2021 à Saint-Laurent-Sur-Sèvre – en Vendée – lorsqu’un migrant d’origine Rwandaise a décidé d’assassiner Monsieur Olivier Maire après avoir brûlé la cathédrale de Nantes en 2020 [3] ; ou lorsqu’un clandestin Pakistanais avait trouvé judicieux de vandaliser la basilique Saint-Denis en 2019. [4] Bien entendu, le but ici n’est pas de démontrer que chaque étranger cacherait en lui un potentiel criminel, ou au contraire que tous les immigrés seraient une chance pour la France.

Il s’agit simplement d’exposer un point de vue catholique sur la question de l’immigration. Le catéchisme de Saint Pie X nous enseigne effectivement que le fait de donner un logement aux étrangers fait partie des sept œuvres de miséricorde corporelle. [5] Mais la charité chrétienne nous oblige-t-elle à accueillir également des étrangers qui cherchent à détruire notre religion ? Telle est la question cruciale à laquelle nous allons devoir répondre…  

Notons d’abord que, dans la parabole du jugement dernier, le Christ a dit : « Venez, les bénis de mon Père ; possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde : car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais sans asile, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi. […] En vérité, je vous le dis : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25 ; 34-40).

Saint Jérôme commentera ce célèbre passage de l’Évangile en écrivant ceci : « Nous étions libres d’entendre de tous les pauvres ce que le Christ avait dit : qu’il avait été rassasié en eux, abreuvé en eux [Matthieu 25 ; 35] ; mais ce qu’il dit ici : “Tant que vous avez agi ainsi à l’égard de mes frères, etc.,” [Matthieu 25 ; 40], ne me paraît pas concerner tous les pauvres indistinctement, mais [seulement] les pauvres d’esprit dont il avait ainsi parlé en étendant la main vers eux [et en disant] : “Mes frères sont ceux qui font la volonté de mon Père céleste.” [Matthieu 12 ; 50]. » [6]

En effet, lorsqu’un jour quelqu’un interpela Notre Seigneur en lui disant : « Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous cherchent », celui-ci répondit alors : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Et étendant la main vers ses disciples, Il dit : Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère. » (Matthieu 12 ; 46-50).

De là, nous savons que le devoir d’hospitalité doit être prioritairement accordé aux personnes qui nous sont unies par le lien de la foi. [7]

« C’est pourquoi, tant que nous en avons le temps » – enseignait Saint Paul – « faisons du bien à tous, et principalement à ceux qui sont de la famille de la foi » (Galates 6 ; 10) ; car « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et surtout de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. » (1 Timothée 5 ; 8).

C’est sans doute la raison pour laquelle l’Église exhortât les évêques d’Albanie à conseiller à leurs fidèles qui ont abandonné l’islam d’émigrer dans des pays catholiques afin d’échapper à la persécution.

Benoît XIV : « Enfin, conseillez vivement à ceux qui se sont convertis du mahométisme ou aux enfants de ces convertis, s’ils manquent de confiance dans leur constance dans la foi, craignant d’être punis par leurs gouvernements, s’ils abandonnent leur nom turc, d’émigrer secrètement de ces territoires et de venir se réfugier en terre chrétienne. Là, ils ne manqueront ni de l’aide de Dieu qui donne la nourriture à toute chair, ni de la charité des fidèles, surtout si leurs évêques leur fournissent des lettres de recommandation. » [8]

Ceci dit, l’ordre de la charité nous impose tout de même de privilégier nos concitoyens par rapport aux étrangers.

Pie XII : « Et il n’est pas à craindre que la conscience de la fraternité universelle, inculquée par la doctrine chrétienne, et le sentiment qu’elle inspire, soient en opposition avec l’amour que chacun porte aux traditions et aux gloires de sa propre patrie, et empêchent d’en promouvoir la prospérité et les intérêts légitimes ; car cette même doctrine enseigne que dans l’exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte [Luc 19 ; 41-44]. Mais le légitime et juste amour de chacun envers sa propre patrie ne doit pas faire fermer les yeux sur l’universalité de la charité chrétienne, qui enseigne à considérer aussi les autres et leur prospérité dans la lumière pacifiante de l’amour. » [9]

D’autre part, le Christ a également déclaré : « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. » (Matthieu 12 ; 30).

C’est pourquoi Saint Jean – « un des disciples de Jésus, que Jésus aimait » (Jean 13 ; 23) proclamait la chose suivante : « Quiconque se retire et ne demeure point dans la doctrine du Christ ne possède point Dieu ; quiconque demeure dans sa doctrine, celui-là possède le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, ne lui dites pas même SALUT. Car celui qui lui dit SALUT communique à ses œuvres mauvaises. » (2 Jean 1 ; 9-11).

Pie XI commentera ces paroles en déclarant : « Personne sans doute n’ignore que Saint Jean lui-même, l’Apôtre de la charité, que l’on a vu dans son Évangile, dévoiler les secrets du Cœur Sacré de Jésus, et qui ne cessait d’inculquer dans l’esprit de ses fidèles le précepte nouveau : “Aimez-vous les uns les autres”, interdisait de façon absolue tout rapport avec ceux qui ne professaient pas la doctrine du Christ entière et pure. » [10]

Saint Paul, l’Apôtre des Gentils, enseignait également sur ce sujet : « Évite un homme hérétique, après un premier et un second avertissement. Sachant qu’un tel homme est perverti et qu’il pèche, étant condamné par son propre jugement. » (Tite 3 ; 10-11). Ou encore : « Mais je vous ai écrit de n’avoir point de commerce avec celui qui, portant le nom de frère, est fornicateur, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou ivrogne, ou ravisseur du bien d’autrui, et même de ne pas manger avec un tel homme. » (1 Corinthiens 5 ; 11).

En conséquence, il nous paraît évident que les personnes qui disent que les catholiques doivent accueillir tous les étrangers sans aucune exception – y compris ceux qui sont le plus hostiles à leur religion – ont manifestement falsifié le véritable sens des paroles du Christ.

Cependant, même si l’Église considère le racisme comme une erreur, [11] Elle enseigne néanmoins à ses fidèles que non seulement l’amour de sa race est une vertu qui peut conduire jusqu’à l’héroïsme, [12] mais aussi que la constitution d’une communauté ethnique est une preuve de fidélité envers la patrie. [13]  En réalité, il n’existe pas de contradiction entre l’amour de sa patrie [14] et la doctrine catholique. [15] Dans son magistère, l’Église autorise l’expulsion des hérétiques, [16] et rappelle également – pour que la domination des nations soit respectée – que l’hospitalité doit être accordée à des étrangers nécessiteux et honnêtes. [17] De plus, par le passé, l’Église s’est clairement opposée à ce que des étrangers non-catholiques puissent bénéficier du droit à la liberté de culte. [18] Au fond, entre le nationalisme et l’internationalisme, le catholicisme constitue un juste milieu, une troisième voie.

Pie XI : « Mais en ce qui concerne les relations entre les nations, deux courants distincts ont jailli d’une même source : d’un côté, le nationalisme, voire l’impérialisme économique ; de l’autre, non moins funeste et exécrable, l’internationalisme monétaire, ou l’impérialisme international, pour qui la patrie est là où l’on se trouve bien. » [19]

Ceci posé, pour savoir quel comportement les chrétiens doivent adopter à l’égard des étrangers nécessiteux et honnêtes, il suffit de prendre exemple sur Notre Seigneur Jésus-Christ.

Examinons comment Notre Sauveur a traité la femme Chananéenne : « Jésus étant parti de là, se retira du côté de Tyr et de Sidon. Et voici qu’une femme chananéenne, sortie de ces contrées, s’écria, lui disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi ; ma fille est cruellement tourmentée par le démon. Jésus ne lui répondit pas un mot. Et ses disciples s’approchant de lui le priaient, disant : Renvoyez-la, car elle crie derrière nous. Mais Jésus répondant, dit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Elle, cependant, vint et l’adora, disant : Seigneur, secourez-moi ! Jésus répliquant, dit : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. Mais elle repartit : Il est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors reprenant la parole, Jésus lui dit : Ô femme, grande est votre foi ; qu’il vous soit fait comme vous désirez. Et sa fille fut guérie dès cette heure-là. » (Matthieu 15 ; 21-28).

Ici, nous voyons clairement que Notre Sauveur cherchait à éprouver la foi de cette femme avant de lui venir en aide.

Saint Jean Chrysostome écrira à ce propos : « C’est pour cela que le Christ se faisait attendre ; il savait qu’elle parlerait ainsi, et il ne pouvait pas laisser cacher la si grande vertu de cette femme : “Alors Jésus, répondant, lui dit : Ô femme, votre foi est grande ; qu’il vous soit fait ainsi que vous le voulez.” [Matthieu 15 ; 28]. C’est comme s’il disait : “Votre foi méritait d’entendre des paroles qui vous accorderaient encore davantage.” » [20]

De plus, ces quelques versets nous rappellent un autre passage de l’Évangile dans lequel Jésus déclare ceci : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et que, se tournant, ils ne vous déchirent. » (Matthieu 7 ; 6).

En étudiant ce texte, Saint Jean Chrysostome formula l’exégèse suivante : « Je pense que l’on peut entendre par les chiens les Gentils impurs, sous tous rapports, quant à la vie et quant à la foi, et par les porcs, les hérétiques qui invoquent le nom du Seigneur. Or, il ne faut pas donner les choses saintes aux chiens, car le baptême et les autres sacrements ne doivent être administrés qu’à ceux qui ont la foi. De même, les perles ou les mystères de la vérité ne doivent être présentés qu’à ceux qui les désirent et qui vivent d’une manière conforme à la raison. Si vous les présentez aux porcs, c’est-à-dire à ceux qui sont appesantis sous le poids d’une vie obscure, ils n’en comprendront pas le prix, mais les confondront avec les fables profanes et les fouleront aux pieds par l’indignité de leur vie. » [21]

En effet, dans l’Ancien Testament, les païens étaient désignés comme des chiens à cause de la corruption de leurs mœurs : « Et ces chiens d’une impudence extrême n’ont pas connu le rassasiement » (Isaïe 56 ; 11).

Ce n’est donc pas un hasard si le Christ utilise également cette expression. Cela montre en même temps l’immense charité dont Il a fait preuve en guérissant miraculeusement la fille d’une femme étrangère à sa race.

Saint Alphonse de Liguori : « Il arrive quelquefois que, dans nos prières, il nous semble que le Seigneur ne veuille pas nous prêter l’oreille ; malgré cela, continuons toujours de prier et d’espérer ; disons alors avec Job : Eliam si occident me, in ipso sperabo : (Job 13 ; 13) Mon Dieu ! quand même vous me chasseriez de votre présence, je ne cesserai point de vous prier ni d’espérer en votre miséricorde. En agissant ainsi, nous obtiendrons du Seigneur tout ce que nous voudrons, comme la Chananéenne. Cette femme, étrangère et païenne, vint supplier le divin Rédempteur d’avoir pitié d’elle et de délivrer sa fille qui était possédée du démon : Miserere mei, Domine, Fili David : filia mea male a dœmonio vexatur (Matthieu 15 ; 22). Le Seigneur répondit qu’il n’avait pas été envoyé pour les Gentils, mais pour les Juifs. Elle ne se rebuta point, et continuant à prier avec confiance : Seigneur ! s’écriait-elle, vous pouvez me consoler, consolez-moi : Domine, adjuva me. Jésus répliqua : Il ne convient pas de jeter aux chiens le pain des enfants : Non est bonum sumere panem filiorum, et mittere canibus. Cela est vrai, Seigneur ! reprit la pauvre mère ; cependant on ne refuse pas aux petits chiens les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres : Et catelli edunt de micis. Alors le Sauveur, touché de sa grande confiance, la loua hautement, et lui accorda la grâce qu’elle demandait : Ô mulier ! magna est fides tua : fiat tibi sicut vis. » [22]

Toutefois, il n’est pas interdit à un chrétien de chasser un étranger si jamais son comportement devient répréhensible.

Saint Benoît : « Si un moine étranger, arrivant de contrées lointaines, veut habiter comme hôte au monastère et s’il s’accommode des conditions de vie qu’il y trouve sans troubler le monastère par ses exigences mais en se contentant simplement de ce qu’il trouve, il sera reçu aussi longtemps qu’il le désire. […] Si, par la suite, il voulait fixer sa stabilité, on ne repoussera pas un tel vouloir, d’autant que, pendant son séjour comme hôte, on a pu juger sa vie. Si, au contraire, au cours de son séjour, on l’a trouvé exigeant et dépravé, non seulement il ne doit pas être incorporé au monastère, mais encore on lui dira poliment de s’en aller, pour que les autres ne soient pas contaminés par sa misère. Dans le cas où il n’est pas tel qu’on doive le chasser, s’il le demande, on le recevra comme membre de la communauté et on l’encouragera même à rester, pour que les autres soient édifiés par son exemple et parce qu’en tout lieu on sert un seul Seigneur et on combat pour un même roi. » [23]

Bien plus, un chef d’État a même le devoir de purger sa terre des mauvaises personnes qui cherchent à corrompre la foi et les mœurs de son peuple.

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2 thoughts on “Charité chrétienne et immigration – Contre-révolution en marche

  1. Oui enfin bon, c’est aux gouvernements qu’il faut dire tout ça… Pour nous, on doit être charitable envers ceux que la Providence nous envoie. Quand à ne fréquenter aucun infidèle, il faut contextualiser: on ne fréquenterait, hélas, plus personne ! Pour ce qui est du conseil de rejoindre les pays catholiques, ce serait très bien s’il s’en trouvait ! Or, de nos jours, il n’en est plus, et ceux qui le furent jadis sont devenus les pires, et je conseillerais plutôt de les fuir!

    1. Je dirais qu’il faut s’efforcer de voir dans tout le monde un potentiel chrétien. Dieu seul sait ce qu’il en sera…

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