Pour en finir avec Archidiacre

L’impasse de l’herméneutique de la continuité en 10 points

Un certain « Archidiacre », de son vrai nom Jérôme Ferrier, et son serviteur « semper papiste » / « catholique lorrain » / « quiche lorraine » se font connaître depuis des années sur internet comme les ennemis mortels du sédévacantisme ou du traditionalisme d’une manière générale, menant un apostolat très actif contre cette position, estimant être en possession d’une réfutation définitive du traditionalisme par la solution dite de « l’herméneutique de la continuité », qui consiste à interpréter Vatican II comme étant en parfaite continuité avec la Tradition catholique.

Cette position, qui semble procéder d’une bonne intention (sauvegarder la foi catholique et la fidélité à la hiérarchie ecclésiastique) et qui a malheureusement le pouvoir de séduire certains traditionalistes par l’apparence de sérieux qu’elle comporte et les questions graves qu’elle soulève (l’obéissance à l’Eglise, la possibilité d’errer dans son jugement privé, etc.), n’a en réalité qu’une apparence de sérieux et comporte de très graves problèmes à la fois internes (concernant ses postulats et sa logique) et externes (concernant son rapport avec la réalité qu’elle cherche à expliquer).

Cet article ne vise pas à être exhaustif dans l’exposition et la réfutation des problèmes posés par l’herméneutique de la continuité, ni à répondre aux objections qu’elle soulève contre le sédévacantisme (ce qui pourrait faire l’objet d’autres développements), mais à donner une liste de principes qui permettent déjà de comprendre que cette position est, en réalité, absolument insoutenable pour un catholique soucieux de la défense de la foi et de la fidélité à l’Eglise. Ses conséquences pratiques, qui sont de pousser les derniers catholiques sérieux à se soumettre aux modernistes qui détruisent l’Eglise et scandalisent les âmes depuis plus de 60 ans, sont spécialement désastreuses et méritent que cette position soit énergiquement combattue.

Partie I. Le principe fondamental de l’herméneutique de la continuité est vicié.

1) Interpréter le magistère est détruire la notion même de magistère.

L’Eglise a reçu de Jésus-Christ la charge d’interpréter infailliblement le dépôt de la Foi, en enseignant les fidèles avec clarté et certitude sur le contenu et la portée de ce dépôt. Les Saintes Ecritures sont, par nature, sujette à diverses interprétations, parfois une très grande latitude d’interprétation est permise aux catholiques sur des sujets qui n’ont pas fait l’objet de définitions magistérielles (par exemple, lorsqu’il s’agit d’interpréter les prophéties de l’Apocalypse). Mais le magistère est par nature une clarification du dépôt de la foi (Saintes Ecritures et Tradition), il est la règle prochaine de la foi, et ne peut en aucun cas faire l’objet d’une interprétation privée, sous peine de perdre toute sa valeur autoritative. La raison d’être du magistère est précisément de mettre fin aux interprétations privées, de donner aux fidèles une norme de pensée directive, claire et définitive, qui ne peut pas être interprétée mais doit simplement être reçue dans son sens premier et évident, comme étant l’enseignement de Dieu lui-même. Par conséquent, le premier et plus fondamental principe de « l’herméneutique de la continuité », qui consiste à dire que l’on doit « interpréter le magistère » dans un certain sens, est absolument faux, et mène en à l’absurdité et à la contradiction : car il peut y avoir autant de « bonnes interprétations du magistère » qu’il y aura « d’herméneutes de la continuité », si c’est un acte de jugement privé qui doit redonner au magistère son véritable sens.

2) Il est déjà un problème en soi que Vatican II soit si ambigu qu’il puisse être interprété de différentes manières.

La Sainte Église a condamné plusieurs propositions non pour leur contenu évident, mais simplement pour leur formulation dangereuse qui était de nature à encourager l’hérésie [1], faire déshonneur à certaines vérités révélées, ne pas suffisamment condamner certains erreurs, etc… les censures théologiques réservées à ces formulations sont : ambigüe (ambigua), captieuse (captiosa), malsonante (male sonans), offensive des oreilles pies (piarum aurium offensiva). Nous citons la Catholic Encyclopedia à l’article des censures théologiques :

Une proposition est ambiguë lorsqu’elle est formulée de manière à présenter deux ou plus interprétations possibles, l’une d’entre elles étant condamnables ; captieuse lorsque des termes acceptables sont utilisées pour exprimer une idée condamnable ; malsonnante lorsque des termes inconvenants sont utilisés pour exprimer des vérités par ailleurs acceptables ; offensive lorsque les expressions employées sont de nature à choquer le sens catholique et la délicatesse de la foi. (Catholic Encyclopedia)

Combien de propositions de Vatican II ne tombent pas au moins sous le coup de ces censures ? Si tel n’était pas le cas, comment se pourrait-il que la majorité des conciliaires aient une interprétation hérétique de Vatican II ? Il y a bien, à la racine, un problème grave de formulation dans la plupart des documents de Vatican II, et nous croyons qu’il serait une insulte à Dieu, et qu’il serait contraire à l’infaillibilité négative des actes de l’autorité ecclésiastique, de soutenir qu’il est possible que le magistère infaillible de la Sainte Eglise, guidée par le Saint-Esprit, puisse contenir des propositions par nature ambiguës, captieuses ou malsonnantes, de sorte qu’elles laisseraient la plupart des fidèles dans le danger immédiat d’une mauvaise interprétation.

3) L’existence même de l’herméneutique de la continuité est une preuve que Vatican II pose problème.

Il n’a jamais existé dans l’histoire de l’Eglise une position théologique affirmant qu’il était nécessaire d’interpréter le nouveau magistère en continuité avec l’ancien magistère, car il a toujours été absolument évident, de par la nature même du magistère, que les nouveaux enseignements magistériels étaient en continuité avec les anciens. Les protestants ont prétendu que l’Eglise s’était éloignée de son ancien enseignement, mais ils l’ont fait en rejetant la notion même de magistère, sans s’appuyer sur du magistère plus ancien (en faisant l’affirmation purement gratuite que l’Eglise apostolique partageait leurs croyances, et en interprétant de manière partiale certains Pères de l’Eglise). La nouveauté introduite par Vatican II est, au moins, la perte de cette claire évidence de la continuité avec le magistère antérieur [2].

Partie II. L’état d’esprit fondamental de cette position est fidéiste.

4) La raison humaine peut parvenir à la certitude de certaines vérités sans avoir besoin d’une autorité.

Un des postulats non formulés et implicites de la position d’Archidiacre est que la raison humaine, qui pousse la plupart des personnes ayant étudié Vatican II (progressistes, indifférents ou conservateurs/traditionnalistes) à conclure que sa doctrine s’éloigne très distinctement de la doctrine enseignée auparavant par l’Eglise catholique (sur des sujets tels que la liberté religieuse, l’œcuménisme ou le judaïsme), que cette raison humaine est si faible et corrompue qu’elle est généralement incapable d’accéder à la vérité, surtout en matière religieuse, de sorte qu’il est en pratique nécessaire que l’esprit humain se repose sur une autorité pour parvenir à des conclusions certaines. Ainsi, les archidiacriens passeront leur temps à exhorter à la soumission et l’obéissance à ce qui est perçu comme « l’autorité », tout raisonnement subsidiaire n’étant qu’un accessoire visant à justifier et donner un aspect crédible à cette autorité.

Il devrait être inutile de représenter à quel point cette attitude est contraire à toute la Tradition catholique et au magistère même de la Sainte Eglise, qui a plusieurs fois jeté l’anathème sur ceux qui niaient que l’on puisse accéder à certaines vérités religieuses par le simple raisonnement, spécialement contre la doctrine agnostique (au sens étymologique de « l’impossibilité de connaître ») des modernistes, et qui a loué la doctrine intellectualiste de Saint Thomas d’Aquin (qui a une grande confiance dans la capacité de la raison humaine à atteindre le réel) chaque fois qu’il était possible de le faire. La manière catholique de procéder face à l’erreur n’est pas premièrement d’exhorter à la soumission et à l’abandon du raisonnement, mais plutôt d’exposer la crédibilité intrinsèque des doctrines catholiques (et pas seulement la crédibilité de l’autorité ecclésiastique), de réfuter les erreurs dans leurs fondements logiques – c’est ainsi que l’on voit les papes du XVIe siècle envoyer d’abord des théologiens controverser contre Luther et les autres réformateurs, avant que le Concile de Trente ne définisse ses célèbres anathèmes.

Le procédé des herméneutes est inverse : ils commencent par jeter des anathèmes et appeler à la soumission à l’Eglise, puis à justifier après coup par quelques raisonnements hasardeux, qui sont en réalité plus des hypothèses que des affirmations sur le véritable sens de Vatican II, la crédibilité intrinsèque des doctrines enseignées. L’essentiel des arguments des « herméneutes » archidiacriens consistent à établir que Vatican II est l’autorité et donc qu’il faut s’y soumettre, au lieu d’établir que le contenu intelligible de Vatican II est positivement défendable (il est en effet beaucoup plus difficile de manœuvrer sur ce second terrain et d’impressionner le public que sur le premier). Il y a, à la racine de leur démarche et dans le fond de leur argumentation, cette idée que la raison humaine n’est pas fiable et qu’il faut nécessairement la plier à une autorité. Nous notons que ce sont presque toujours des profils scrupuleux qui sont sensibles à leurs arguments, précisément parce que le scrupule est une incapacité à utiliser correctement la raison pour déterminer ce qui est bien ou mal, déterminer le vrai et le faux dans un certain domaine, et que le seul remède aux scrupules est l’humble soumission à un directeur spirituel. Encore faut-il que ces âmes sachent déterminer suffisamment quel genre de directeur et quel genre d’autorité sont susceptibles de prendre véritablement soin de leur âme.

5) Il n’est pas pieux d’interpréter pieusement des actions qui sont évidemment mauvaises.

(…)

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One thought on “Pour en finir avec Archidiacre

  1. Pourquoi donc les opposants et les partisans de ce qu’ils appellent “l’herméneutique de la continuité” emploient-ils aussi souvent cette expression inexacte, alors que l’expression employée par Benoît XVI le 22 décembre 2025 est : “l’herméneutique du renouveau dans la continuité”, en l’occurrence “l’herméneutique du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise”, et non, remarquons-le au passage, l’herméneutique du renouveau dans la conservation de l’unique trésor : le dépôt de la foi ?

    En outre, une herméneutique du renouveau dans la continuité vraiment ambitieuse et curative devrait pouvoir consister à se réapproprier puis à réorienter les documents du Concile Vatican II à la lumière du Magistère pontifical antérieur à l’annonce du Concile par Jean XXIII, c’est-à-dire, essentiellement mais pas exclusivement, à la lumière des enseignements des papes anti-libéraux et anti-modernistes, de Pie VII à Pie XII inclus, mais il se trouve que le contenu des documents du Concile, ou les expressions, les omissions, le style et les thèmes de ces documents les plus “disruptifs”, se prête vraiment mal à une herméneutique qui serait préalable à ce réaiguillage, ou qui serait synonyme de réaiguillage doctrinal, liturgique et pastoral.

    Par ailleurs, les “continuistes” ne veulent pas comprendre, ou comprennent très bien mais ne veulent pas faire comprendre que le renouveau, bien plus que la continuité, était la priorité des priorités pour les philosophes et les théologiens catholiques qui, dès l’entre deux guerres mondiales, ont commencé à inspirer et à orienter l’évolution des mentalités qui a débouché sur le Concile Vatican II, et qui aurait certainement continué à prendre de l’ampleur, même si Jean XXIII n’avait pas annoncé puis convoqué le Concile, car Jean XXIII n’aurait certainement pas été un continuateur de la mise en oeuvre de l’encyclique de Pie XII sur, donc contre le néo-modernisme, à savoir l’encyclique Humani generis d’août 1950.

    A ce sujet, on ne peut que rappeler qu’à partir de 1945, tous les observateurs et les analystes du paysage intellectuel catholique commencent à être témoins du fait que le mouvement liturgique, le mouvement oecuménique, le renouveau biblique et le renouveau patristique sont de plus en plus propices à l’apparition d’une coloration dominante anti-thomiste ou d’une tonalité générale anti-tridentine.

    Sur le reste, vous avez dit l’essentiel ; si le Concile a besoin, à ce point-là, d’une herméneutique du renouveau dans la continuité, pour que ce renouveau dans la continuité puisse être davantage remarqué et approuvé par les catholiques, c’est que ce renouveau dans la continuité, tel qu’on le perçoit au contact des documents du Concile et de ce que les hommes d’Eglise en font depuis 1965, ne va pas du tout de soi.

    Pour bien comprendre ce dont il est question ici, le mieux est de préciser quelle est l’adresse postale de l’herméneutique du renouveau dans la continuité : en effet, ce n’est pas depuis 2005 mais, au moins, depuis 1985, que cette herméneutique est domiciliée à l’intérieur de “l’impasse Joseph Ratzinger”.

    C’est dès le milieu des années 1980, dans son livre Entretien sur la foi, que le futur Benoît XVI a commencé à mettre en avant des arguments constitutifs de son herméneutique du renouveau dans la continuité, mais cette mise en avant (destinée à faire rester les catholiques conservateurs ?) n’a absolument pas empêché Jean-Paul II et son futur successeur de continuer à faire prévaloir le renouveau, au détriment de la continuité, dans le cadre du dialogue interconfessionnel et surtout dans celui du dialogue interreligieux.

    A quoi servent les documents qui sont apparemment, notamment d’un point de vue “continuiste”, les plus propices, non seulement à une herméneutique du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise, mais aussi à une herméneutique du renouveau dans la conservation de l’unique trésor, le dépôt de la foi, à savoir le Catéchisme de l’Eglise catholique, Veritatis splendor, Dominus Iesus, le Compendium du Catéchisme, puisque même les auteurs de ces documents, par ailleurs importants et utiles, n’ont pas voulu les utiliser d’une manière contre-offensive contre la subordination du catholicisme à la postmodernité ?

    Sous cet angle-là, force est de constater que François, ni conciliaire au sens strict du terme, en ce qu’il prend appui sur la dynamique issue des acquis mentaux conciliaires bien plus qu’il ne cite les documents du Concile, ni conservateur, en morale et en religion, est bien plus cohérent que ses deux prédécesseurs.

    Et à la réflexion, on est en droit de se demander si ce n’est pas cela qui gêne le plus les continuistes wojtyliens et ratzingériens : ce ne sont pas uniquement les catholiques sédévacantistes et les catholiques traditionalistes qui n’en ont pas grand chose à faire de l’herméneutique du renouveau dans la continuité, mais c’est le pape François lui-même, son univers mental étant à grande distance de cette problématique.

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