Pierre Le Gouvello de Kériolet, le pénitent d’Auray : de bandit à saint

Né le 14 juillet 1602 à Auray, Pierre Le Gouvello de Kériolet grandit dans une famille noble et chrétienne. Mais dès son jeune âge, il s’éloigne de toute vie spirituelle : intelligent, impétueux, orgueilleux, livré à ses passions, il devient un jeune homme violent, libertin et même criminel.

Formé dans un collège de jésuites à Rennes, il y apprend à se battre et à dominer les autres par la force. Il fonde une bande, pille, escroque, provoque en duel. Il mène une vie de débauche, trahissant sa foi, ses engagements, sa famille. Un jour, il en vient même à tirer au mousquet contre le ciel en plein orage, blasphémant Dieu en plein désespoir.

Son âme se tord dans les ténèbres, mais la Providence divine ne l’abandonne pas.

À plusieurs reprises, Dieu lui envoie des avertissements puissants :

  • Il échappe miraculeusement à des brigands dans une forêt d’Allemagne.
  • Il sort indemne d’un coup d’arbalète en pleine tête.
  • Il est protégé alors que la foudre détruit son lit. Mais chaque fois, Kériolet retombe dans sa folie et son impiété.

Il ira jusqu’à invoquer les démons, participer à des messes noires, rechercher la magie noire… mais sans jamais obtenir ce qu’il cherche. Le diable lui-même semble se détourner de lui.

Alors, Dieu emploie une arme décisive : la Vierge Marie.

Une conversion saisissante à Loudun

Kériolet, attiré par une femme protestante, part à Loudun où se déroulent alors les terribles possessions démoniaques des Ursulines, causées par un prêtre impie, Urbain Grandier. Lors d’un exorcisme public, le démon reconnaît publiquement Pierre de Kériolet :

« Je croyais bien te porter en enfer… mais Marie t’a arraché de mes mains ! »

Le démon rappelle à Kériolet tous ses péchés, ses sacrilèges, ses promesses non tenues. Ce dévoilement provoque un choc de vérité et de contrition. Bouleversé, Kériolet s’effondre en larmes. Il confesse publiquement ses fautes, passe la nuit en prière, puis se convertit totalement.

C’est le début d’une vie nouvelle.

Pèlerin et pénitent jusqu’à la mort

Kériolet remplit son ancien vœu en pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, puis enchaîne les pénitences. Il vit dans la pauvreté volontaire, dort sur la paille, mendie, multiplie les pèlerinages : Sainte-Baume, Rome, Compostelle, Mont-Saint-Michel, Montserrat… Il donne son argent aux pauvres, répare ses fautes, évangélise.

Son château de Kerlois devient un refuge pour les pauvres et les malades. Il mène une vie austère, passant des heures en prière à genoux, souvent jusqu’à dix heures d’affilée.

Le prêtre de la miséricorde et de l’humilité

Kériolet est ordonné prêtre en 1637, à 35 ans. Il renonce aux bénéfices ecclésiastiques, ne cherche ni prestige ni position. Il célèbre la messe dans la chapelle de la Miséricorde, proche de son château, où il vivra désormais.

Il devient exorciste, et le démon, contraint par Dieu, l’instruit même parfois sur ses fautes passées, ses grâces reçues, et les pièges à venir. Ce paradoxe, déjà connu chez certains saints (saint François d’Assise, sainte Catherine de Sienne), montre que Dieu peut tout tirer du mal, même la conversion d’un criminel endurci.

Un cœur brûlant d’amour pour Marie et sainte Anne

Dès l’enfance, Pierre Le Gouvello récitait chaque jour un Je vous salue Marie. Ce fil fragile, qu’il ne cessa jamais vraiment de tenir, fut le filin de son salut, comme l’a reconnu le démon lui-même :

« Elle a mis le bras jusqu’au coude pour te retirer de la boue de l’enfer. »

Après sa conversion, Kériolet développa une immense dévotion à la Sainte Vierge et à sainte Anne, qu’il avait pourtant moquées toute sa jeunesse. Il contribua aux débuts du sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray, finança des messes perpétuelles pour ses parents, resta fidèle à la prière quotidienne, au chapelet, à la pénitence, jusqu’à sa mort.

Conclusion : un modèle pour notre temps

L’histoire de Pierre de Kériolet est l’une des plus bouleversantes histoires de conversion de toute l’histoire de France. Bandit, apostat, impie, sacrilège, ami des démons, il devient prêtre, exorciste, pénitent, et missionnaire de la miséricorde divine.

Il incarne à la fois la profondeur du péché et la puissance de la grâce. Il est le saint Augustin breton, un monument à la miséricorde de Dieu, un miroir du pouvoir de Marie.

« Si Dieu peut faire d’un démon un prêtre, que ne peut-il pas faire de nous, si nous nous laissons toucher ? »

Que l’exemple de Pierre Le Gouvello de Kériolet nous pousse à la confiance, à la conversion, à l’amour de la Sainte Vierge et de sainte Anne. Qu’il intercède pour nous, aujourd’hui encore.

Abbé Pierre Le Gouvello de Kériolet, priez pour les pécheurs, pour la Bretagne et pour la sainte Église !

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