Adam et l’ADN – Dominique Tassot

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Catholiques de France

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One thought on “Adam et l’ADN – Dominique Tassot

  1. Le cœur battant du catholicisme était dans les œuvres de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin. Jamais ceux-ci ne récusèrent les connaissances scientifiques de leur temps, mais au contraire en devancèrent les conclusions (s. Thomas d’Aquin par exemple envisagea que le système d’excentrépicycles imaginé par Ptolémée pour décrire les mouvements dits « planétaires » fussent de simples approximations d’une autre réalité).

    Ceux qui, au sein de l’Église, ne regardaient qu’avec méfiance la science étaient minoritaires. Ce furent Luther et Calvin qui s’opposèrent au progrès scientifique en invoquant la lettre des Écritures. Ce furent les calvinistes genévois qui voulurent figer la science (selon le successeur même de Calvin).

    Malade, l’Église tardive se montra sur les questions scientifiques plus frileuse que ne l’avait été celle sortant des catacombes ou celle des bâtisseurs de cathédrale, et pourtant elle n’atteignit pas cette forme de méfiance contre les progrès de la connaissances scientifiques, digne des grands fondateurs du protestantisme, qui semble se répandre librement aujourd’hui chez les traditionalistes (lato sensu), hélas.

    Monsieur Tassot, scientifique de profession, se fait un devoir de chercher à discréditer tout ce qui, dans le progrès scientifique, s’oppose à la lecture littérale de l’Ancien Testament. Une de ses têtes de Turc est donc Darwin, qu’il blâme pour avoir eu l’orgueil de chercher l’origine (des espèces). Et il rappelle que la durée qu’implique l’évolution d’une espèce à l’autre interdit en fait la vérification expérimentale. Certes. Mais une hypothèse est justifiée si elle rend compte de ce que l’on observe (ici, l’évolution révélée par les fossiles) et que son mécanisme est au moins vraisemblable (or, dans le cas de la sélection naturelle de Darwin, ce mécanisme, déjà évoqué par Aristote, est si évident qu’on pourrait lui reprocher d’être une constataion banale, mais aucunement de n’être qu’une supposition gratuite).

    Nombre de catholiques fervents semblent décidés à se faire les émules d’un littéralisme qui ne fut majoritaire pourtant que chez les protestants. Comme s’il leur fallait incarner la fameuse caricature, si contraire à la réalité, de l’obscurantiste catholique. Comme si le Vatican et les théologiens catholiques (d’avant Vatican II s’entend) n’étaient pas les exemples à suivre, eux qui refusèrent cetre démarche. Comme si Rome n’avait pas déclaré (avant Vatican II toujours) que l’évolution ne contrariait pas la foi catholique. Comme s’il leur était possible de vouloir être plus catholiques que les papes sans tomber dans l’abjuration. Comme s’il était plus grave d’être d’accord sur des faits matériels avec Charles Darwin que d’être d’accord sur une question morale avec le luciférien haineusement anticatholique Victor Hugo (l’ascendance simiesque supposée à l’homme par Darwin révulsait aussi ce calomniateur fanatique de la foi catholique).
    https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2011_num_109_4_8206_t1_0775_0000_2

    Trop souvent, nos contemporains se représentent l’époque où vécut cet ecclésiastique exigeant (1855-1929) comme un temps où foi et raison ne faisaient pas bon ménage, un temps où l’Église prenait ombrage des progrès réalisés dans les diverses sciences, et ce, alors même qu’on serait bien en peine de fournir une seule condamnation magistérielle de la doctrine qui est au centre des préoccupations d’Henry de Dorlodot : la théorie darwinienne de l’évolution.

    Mais comment ne pas s’apercevoir de l’inanité du préjugé courant, si l’on songe, par exemple, que l’Université alors très Catholique de Louvain avait choisi, sur l’avis de ses plus éminents théologiens, d’envoyer un admirateur de l’œuvre de Darwin à Cambridge pour célébrer, en 1909, le cinquantenaire de la publication de L’Origine des espèces ? Cet homme, ce fut de Dorlodot. Bien qu’une part de l’intelligentsia catholique, et notamment au sein de puissantes commissions romaines, défendît un fixisme de plus en plus malmené par le progrès des sciences naturelles, nombre d’ecclésiastiques avaient en effet adopté et promu les principes transformistes (même s’il ne s’agissait évidemment pas d’un transformisme absolu) dont l’œuvre de Darwin fut, à juste titre, considérée comme l’un des fers de lance.

    (…)

    Loin de voir, dans la théorie de l’évolution, un danger pour la foi catholique, de Dorlodot, comme d’ailleurs nombre de ses pairs, considérait — et à raison — que l’hypothèse transformiste ainsi accréditée jetait même sur la doctrine chrétienne une lumière bien plus vive que ne le faisait la théorie fixiste. Outre qu’elle se révélait de plus en plus décidément incompatible avec les faits observés par la science, cette dernière mettait en péril l’unité du genre humain. Mais que l’on y prenne garde : parler d’évolution dans le cadre d’un « naturalisme chrétien » (selon l’expression forgée par de Dorlodot) n’est évidemment pas une manière d’exclure Dieu, qui doit nécessairement intervenir, comme le pensait d’ailleurs Darwin lui-même, à l’origine de l’histoire biologique. Quant à l’homme, il est très raisonnable de se représenter son apparition au terme d’une évolution biologique et à la suite du passage d’un « seuil » (actualisation d’une virtualité latente ou accélération évolutive analogue à ce que la biologie peut observer par ailleurs, en particulier dans les phénomènes d’hétérochronie consécutifs à des mutations) qui consiste en cette animation surnaturelle qui fait de lui, à proprement parler, un homme. Le récit de la Genèse tire même le plus grand profit du progrès des sciences, qui permettent d’écarter avec une assurance toujours plus grande les interprétations erronées qui en faussent la compréhension. La démarche d’Henry de Dorlodot, comme d’ailleurs celle des anciens scolastiques lorsqu’ils s’appuyaient sur le meilleur de la science de leur temps pour scruter le dogme chrétien, est donc exactement à l’opposé de celle des « créationnistes », qui jugent de la validité des sciences à l’aune d’une interprétation étriquée et littérale du texte biblique.

    Il ne faut point être plus royaliste que le roi, disait Louis XVI. Et vouloir être plus catholique que les papes (d’avant Vatican II, répétons-le), ce ne serait pas être catholique.

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