Carême et Ramadan : pratiques similaires ou opposées ?

En France, les dépenses alimentaires des ménages musulmans augmentent d’environ 40 % pendant le mois du Ramadan.

“Si le ramadan présente quelques ressemblances superficielles avec le Carême, qui lui est historiquement antérieur de plus de deux siècles, il n’en serait cependant qu’une caricature s’il cherchait à l’imiter.

Contrairement au ramadan qui est une simple obligation rituelle prescrite dans le Coran, le Carême trouve sa richesse de sens dans l’histoire sainte, dans laquelle il s’inscrit : de même que le peuple hébreu, au sortir de l’Egypte, passe quarante années dans le désert – le temps que soit renouvelée la génération qui refusait d’abandonner le paganisme égyptien – avant de parvenir à la Terre promise, le peuple chrétien est appelé chaque année, durant les quarante jours du Carême, à se renouveler intérieurement en abandonnant ses mauvaises habitudes de péché pour vivre d’une manière plus sainte et agréable à Dieu.

Dans l’esprit de l’Eglise, le Carême est la préparation à la grande fête de Pâques : il est un temps de mortification – faire mourir le vieil homme – qui prépare le cœur de l’homme à renaître spirituellement avec le Christ, vainqueur du démon et du péché, à Pâques.

De là naissent les nombreuses différences entre le jeûne du musulman et la pénitence du catholique. Le ramadan est d’abord un événement communautaire, un marqueur d’appartenance sociale et religieuse, quand le Carême est avant tout un temps de conversion personnelle, même si le peuple catholique est appelé à le vivre ensemble au rythme de la liturgie. Le musulman qui fait le ramadan doit donc pouvoir être reconnu publiquement comme tel et connaît, en cas d’infraction à la règle et selon les circonstances, la pression sociale ou même une sanction.

Au contraire notre Carême commence avec ses mots de Notre Seigneur qui condamne toute attitude ostentatoire :

« Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage pour que ton jeûne ne soit pas vu des hommes, mais seulement de ton Père, présent dans le secret » (Mt 6, 17–18).

Comme marqueur social, le ramadan se focalise en conséquence sur certains actes extérieurs (manger, boire, fumer…) ; mais le Carême, dans la ligne de l’enseignement de Jésus-Christ, cherche surtout, à travers les observances extérieures du jeûne et l’abstinence, la guérison de l’âme. C’est pourquoi le Carême ne se limite pas aux jeûnes ; mais plus largement, il cherche à détruire le péché et toute affection désordonnée en nous. Le jeûne n’est d’ailleurs qu’une partie du traditionnel tryptique quadragésimal : prière-jeûne-aumône.

Le jeûne du ramadan est brutal et excessif (pas de nourriture ou de boisson, ni même d’eau, durant tout le jour ; mais durant la nuit, tout est permis) et par conséquent parfois imprudent, donnant lieu à des comportements agressifs et violents, ce qui est un fait de société avéré ; la pénitence du Carême, quant à elle, est modérée : abstinence de viande les vendredis ; jeûne (c’est-à-dire un seul repas par jour) mercredi des cendres et vendredi saint. Le reste est laissé à la liberté de chacun. Elle opère donc en douceur la transformation des cœurs et des mœurs.

Le ramadan n’est pas un temps de pénitence, mais d’obéissance à la loi du Coran : la rupture du jeûne, chaque soir, conduit d’ailleurs plutôt à des coutumes festives et conviviales, d’où l’expression « faire du ramdam » ; le Carême, lui, n’est couronné qu’au bout d’un temps long de 40 jours des joies pascales : il est un temps de pénitence et d’expiation pour les péchés que nous avons commis ; un temps de combat spirituel pour ôter du cœur les tendances mauvaises qui y règnent ; il est un temps de lutte et de larmes.

Ces nombreuses et profondes différences signalées suffisent à nous prémunir de toute confusion dommageable entre carême et ramadan, ainsi que de toute tentative d’imprimer à notre carême un esprit ramadanesque. Il faut, au contraire, faire preuve de discrétion, aux deux sens du terme, durant la sainte quarantaine. C’est dire, premièrement, qu’il faut veiller à ne pas gêner les autres, à ne pas s’imposer ou à ne pas en mettre plein la vue à ceux qui nous entourent. C’est dire, ensuite, qu’il faut – outre ce que la loi de l’Église impose désormais avec parcimonie – choisir librement et intelligemment les pénitences adaptées à nos possibilités et à nos besoins, en veillant surtout, à travers nos résolutions, à mortifier les mouvements désordonnés du cœur.

La juste compréhension de ce qu’est le carême, comparativement au ramadan, devrait également nous éviter de tomber dans la complaisance naïve ou benoîte de “ces gens d’Église” qui n’hésitent pas à souhaiter un béni ou saint ramadan. Que nombre de musulmans pratiquent le ramadan avec sincérité, et même avec le désir de s’améliorer et de se purifier, cela est bien possible. Mais que des “évêques”, des “prêtres” ou de simples baptisés appellent saint, ce qui est fait avec le rejet du Christ, Fils de Dieu, seul Sauveur et seul Saint, cela est contraire à l’amour de Jésus-Christ et des musulmans.

M. l’abbé Louis-Marie Berthe

Source : Apostol n° 194 – mars 2025

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One thought on “Carême et Ramadan : pratiques similaires ou opposées ?

  1. Bonjour, merci pour cet article fort à propos, étant donné la concomitance entre Carême et son ersatz
    mahométan cette année, comme l’année dernière.

    Il est écrit que les musulmans ne prennent “pas de nourriture ou de boisson, ni même d’eau, durant tout le jour” : pour mémoire, c’était la pratique des chrétiens des premiers siècles, qui en outre s’abstenaient pendant le Carême de tout produit animal (à la manière des végétaliens), sauf erreur de ma part, avant que l’Eglise assouplisse progressivement cette pratique.

    L’abstinence (et le jeûne) du vendredi n’est pas propre à Carême mais concerne tous les vendredis (et samedi) de l’année (sauf quelques exceptions éventuelles pour les fêtes bien sûr). Le jeûne n’est pas sensé se limiter au Mercredi des Cendres et au Vendredi Saint mais à tous les jours de semaine de Carême. Ce n’est pas pour être rigoriste mais attention à ne pas tout arrondir et affadir non plus, au risque de ne plus laisser grand chose…

    Cet article provient de la FSSPX, qui est tout de même habituellement ambiguë vis-à-vis des changements modernistes.

    Il ne faut pas non plus carricaturer le jeûne musulman, qui dans les faits n’est pas aussi “extrême” qu’on peut le penser. Ils n’ont pas la Grâce, ils cherchent assez logiquement leur récompense dans la chair : d’où les gâteau etc. Il y a aussi des tolérances discrètes et tous ne sont pas tenus de le pratiquer de manière rigoureuse.
    Attention à ne pas se faire une idée de l’islam avec les musulmans qu’on a en France, ce qui est peut-être un des pires aspects de cette religion…

    J’en profite pour faire remarquer que certains catholiques (spécialement parmi les identitaires) critiquent parfois l’islam dans ce qu’il a de chrétien à l’origine (ou d’emprunté au christianisme, même si c’est très déformé) et résultat ils critiquent le christianisme, ou pratiquent une religion en opposition à l’Islam, en prenant le contre-pied, ce qui est assez cocasse et c’est ironiquement donner beaucoup trop d’importance à cette hérésie.

    Par exemple j’ai entendu l’abbé (avec des guillemets le semble-t’il) Raffray se moquer des chrétiennes qui voulaient mettre le voile comme étant un signe de soumission aux codes imposés par les musulmans 🤦
    On est d’accord que le voile islamique est très différent dans son esprit du voile chrétien (le vêtement chrétien est sensé être le reflet de la modestie intérieure, tandis que le vêtement musulman est le rempart de l’intérieur, ce qui peut permettre par exemple de porter string, maquillage et parfum sous le niqab. Le voile féminin dans l’islam n’est pas le marqueur de la soumission de la femme comme dans le christianisme, mais au contraire l’instrument de son indépendance), mais malgré tout je voile (ou le couvre-chef) est tout de même un précepte éminemment chrétien (je ne vais pas vous citer Saint Paul)…

    Malgré toutes les critiques qu’on peut en faire, notamment sur le fond (je ne vous apprends rien mais il est toujours bon de rappeler que dogme central de l’islam est la négation de la TS Trinité et de l’Incarnation, le sacrifice de la Croix est nié comme le péché originel, ce qui signifie rejetter toute l’œvre de la Rédemption… Il y a par ailleurs une idolâtrie assez cocasse d’un faux prophète typiquement antéchrist, tout étant basé sur lui, un peu à la manière de Vatican II qui doit tout au conciliabule. C’est une secte typiquement noachique qui en réalité plaît très bien aux Juifs, avec lesquels elle partage un certain esprit légaliste, etc, etc), les sociétés musulmanes sont cependant plus proches de la société chrétienne qu’elles imitent plutôt que de la société athée issue de la République…

    Bon et saint Carême à tous, en udp

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