Carlo Acutis : une canonisation fondée sur une supercherie ?

La canonisation de Carlo Acutis, célébrée le 7 septembre 2025 par Prévost dit Léon XIV, soulève de sérieuses interrogations. Derrière l’image officielle d’un adolescent à la sainteté exemplaire, plusieurs témoignages de ses proches révèlent une réalité sensiblement différente. Une controverse qui dépasse le simple cas individuel et interroge les critères de sainteté de l’église conciliaire.

Mort d’une leucémie en 2006, à seulement quinze ans, Carlo Acutis est devenu l’une des principales figures religieuses promues par le Vatican depuis quelques années. Présenté comme un adolescent exceptionnellement pieux, passionné par l’Eucharistie et utilisant l’informatique au service de l’évangélisation, il incarnerait une nouvelle forme de sainteté adaptée à la jeunesse contemporaine. Pourtant, une enquête du vidéaste athée Absinners, suivie d’une controverse avec l’apologète catholique conciliaire Matthieu Lavagna, met en lumière plusieurs contradictions entre ce portrait officiel et les témoignages de personnes ayant réellement connu l’adolescent. Au-delà des outrances antireligieuses de cette enquête, les éléments qu’elle rassemble méritent d’être examinés. Car la question n’est pas de condamner rétrospectivement un garçon mort prématurément, mais de comprendre sur quels fondements un adolescent à la vie apparemment ordinaire a pu être élevé au rang de modèle universel de sainteté.

Un portrait très éloigné de l’hagiographie officielle

Les témoignages rapportés de ses anciens camarades décrivent un adolescent amateur de jeux vidéo, notamment Halo, de la série Les Simpson, dont il partageait des épisodes avec ses amis, et de comédies parfois particulièrement vulgaires, comme SexTrip. Une anecdote rapportée par Federico Oldani évoque également son exclusion d’un cours après un fou rire provoqué par une plaisanterie obscène. Aucun de ces comportements ne constitue, à lui seul, une preuve d’absence de sainteté. Leur accumulation interroge néanmoins la représentation d’un adolescent dont toute l’existence aurait été exceptionnellement orientée vers Dieu.

Plus troublant encore, selon les témoignages cités dans l’enquête, certains de ses proches n’avaient pas conscience de l’importance que la religion aurait occupée dans sa vie. Federico Oldani a notamment expliqué son malaise devant la transformation d’un groupe Facebook consacré à la mémoire de son ami en un espace de dévotion présentant un Carlo qu’il ne reconnaissait plus. Son ancien professeur Fabrizio Zappa aurait lui-même exprimé sa surprise en apprenant que son élève était destiné aux honneurs des autels. Ces témoignages ne donnent certes pas accès à toute la vie intérieure du jeune homme, mais ils invitent à s’interroger sur l’écart entre sa réputation posthume et le souvenir conservé par une partie de son entourage.

La controverse touche également l’une des principales réalisations attribuées à Carlo Acutis : l’exposition internationale consacrée aux miracles eucharistiques. L’enquête conteste le récit selon lequel l’adolescent en aurait été le véritable concepteur, en mettant notamment en avant le travail de Sergio Meloni. L’étendue exacte des contributions respectives demeure à établir à partir des documents originaux, mais cette contestation est essentielle puisqu’elle concerne une œuvre constamment invoquée pour illustrer le zèle apostolique de Carlo. Des photographies retouchées, utilisées dans certaines représentations dévotionnelles, participeraient également à la construction d’une image idéalisée. Enfin, la famille de Carlo Acutis n’est pas étrangère à cette mascarade : à la tête d’une fortune considérable acquise notamment dans le secteur des assurances, elle a activement soutenu et financé la promotion de sa cause de canonisation, soulevant de sérieuses interrogations sur l’influence de ses moyens financiers et de ses réseaux dans cette affaire.

Où sont les preuves de l’héroïcité des vertus ?

Quels faits positifs permettent d’établir que Carlo Acutis a effectivement pratiqué les vertus chrétiennes à un degré héroïque ? La sainteté ne consiste pas simplement à n’avoir commis aucune faute grave connue. Elle implique un degré éminent de charité, de prudence, de tempérance, de justice et de force, sous l’action de la grâce. Or, répondre successivement que les loisirs, les plaisanteries, les films ou les témoignages déconcertants de l’entourage ne sont pas incompatibles avec cette héroïcité ne revient nullement à la démontrer. La défense de Matthieu Lavagna repose ainsi largement sur l’insuffisance supposée des objections, sans apporter, dans les passages examinés, une démonstration positive d’une vie héroïquement vertueuse.

Cette difficulté révèle une évolution plus profonde dans la manière dont la sainteté est présentée depuis Vatican II. La figure de Carlo Acutis semble avoir été construite autour de sa proximité avec la jeunesse contemporaine : il jouait aux jeux vidéo, utilisait Internet, fréquentait ses camarades et partageait leurs divertissements. Autrement dit, son exemplarité est souvent recherchée dans sa ressemblance avec les adolescents de son époque plutôt que dans ce qui aurait manifesté chez lui une élévation exceptionnelle au-dessus des habitudes du monde. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que la sainteté exige nécessairement une existence monastique ou l’absence de tout divertissement. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a elle-même montré que l’héroïcité des vertus pouvait se manifester dans une vie extérieurement ordinaire. Mais son exemple démontre précisément que cette simplicité apparente doit recouvrir une extraordinaire profondeur de vie surnaturelle, établie par des témoignages et des faits, et non simplement présumée.

Le miracle retenu pour la béatification de Carlo Acutis soulève des objections tout aussi sérieuses. En 2013, le jeune Brésilien Matheus Vianna, souffrant de graves troubles digestifs attribués à une malformation du pancréas, aurait été miraculeusement guéri après avoir embrassé une relique de l’adolescent. Pourtant, le décret officiel publié dans les Acta Apostolicae Sedis en 2021 ne fournit ni les examens médicaux initiaux ni les éléments permettant de vérifier publiquement la fiabilité du diagnostic. Or, une enquête approfondie relève plusieurs explications naturelles possibles, notamment une erreur diagnostique, un syndrome de la pince mésentérique ou une allergie aux protéines du lait de vache, susceptible de disparaître spontanément chez le jeune enfant. Ces hypothèses ne constituent pas un diagnostic rétrospectif certain, mais suffisent à montrer les limites d’une démonstration reposant sur les seules données rendues publiques. Plus grave encore, cette prétendue guérison survint au cours d’une cérémonie où le prêtre Marcelo Tenório organisait la vénération d’une relique de Carlo Acutis, alors même que celui-ci n’était pas encore béatifié, en contradiction apparente avec le canon 1187, qui interdit le culte public des personnes non reconnues comme saints ou bienheureux. Dans ces conditions, les fondements médicaux et canoniques de ce « miracle » appellent de sérieuses réserves, loin de la certitude surnaturelle proclamée par les autorités romaines.

Une canonisation qui met en cause l’autorité des occupants du Saint-Siège

Un adolescent dont aucune vertu héroïque n’a été démontrée de manière publiquement convaincante vient d’être élevé aux honneurs des autels par les autorités conciliaires. Les témoignages de ceux qui ont connu Carlo Acutis révèlent un jeune garçon somme toute ordinaire, dont les comportements et les divertissements ne témoignent pas de cette perfection chrétienne exceptionnelle que suppose la sainteté. Les principales réalisations apostoliques qui lui sont attribuées font elles-mêmes l’objet de contestations, tandis que le miracle retenu pour sa béatification soulève de sérieuses objections médicales et canoniques. Or, la sainteté ne se présume pas : elle doit être positivement établie par la pratique héroïque des vertus chrétiennes. Il ne suffit donc pas, comme le fait Matthieu Lavagna, de soutenir que les comportements rapportés ne sont pas absolument incompatibles avec la sainteté. Encore faut-il démontrer que cette sainteté a réellement existé. C’est précisément cette démonstration qui fait défaut dans les arguments avancés pour défendre la canonisation de Carlo Acutis.

Les conséquences doctrinales d’une telle affaire sont considérables. Selon l’enseignement traditionnel des théologiens catholiques, les canonisations sont infaillibles, car l’Église ne peut se tromper lorsqu’elle impose à l’ensemble des fidèles la vénération d’un saint. Un véritable souverain pontife ne saurait donc proposer au culte universel une personne qui ne jouirait pas de la gloire céleste : ce serait admettre que l’Église puisse égarer les fidèles dans l’exercice même de son autorité. Le raisonnement est dès lors rigoureux : si une canonisation définitive est erronée, celui qui l’a prononcée ne peut avoir exercé l’autorité infaillible du véritable successeur de Pierre.

L’affaire Carlo Acutis constitue ainsi, pour les catholiques, un nouvel élément à charge contre les prétentions des autorités romaines issues de Vatican II. Elle illustre une conception de la sainteté dont les exigences paraissent désormais subordonnées à la nécessité de proposer au monde contemporain des figures religieuses accessibles et médiatiquement séduisantes. Mais l’Église catholique n’a pas reçu de Notre-Seigneur la mission de fabriquer des modèles adaptés aux goûts de chaque époque : elle doit reconnaître et proposer à la vénération des fidèles ceux dont la vie manifeste véritablement l’action héroïque de la grâce.

À l’appel de Machabée, prions pour le repos de l’âme de ce malheureux adolescent, que les autorités conciliaires ont élevé aux honneurs des autels malgré lui. Car si Carlo Acutis a fait son salut et se trouve encore au purgatoire, il a besoin des suffrages des fidèles, tandis que ceux qui le vénèrent comme un saint sollicitent son intercession au lieu de prier pour lui. Faisons donc preuve d’une véritable charité chrétienne à son égard, en priant pour le repos de son âme et sa délivrance des peines du purgatoire.

Pour en savoir plus : vidéos sources

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