Damien Tarel et son école d’arts martiaux médiévaux (Lame de Vérité)

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Catholique de France ?


Je me nomme Damien Tarel. Je suis un Drômois de 33 ans, connu pour avoir giflé un certain président d’une certaine république. Mais cela reste anecdotique. De formation, je viens du milieu des pompes funèbres, plus particulièrement en tant que thanatopracteur. Je suis croyant, et l’absence de la mort et du sacré dans notre société m’a poussé à m’y intéresser, notamment à travers les arts martiaux. J’en ai pratiqué plusieurs, occidentaux comme asiatiques, souvent armés et liés aux arts militaires. Cela fait plus de dix ans que je suis instructeur en arts martiaux médiévaux (combat à l’épée) dans le club que j’ai fondé à Saint-Vallier.

Quel a été votre parcours avant d’en arriver au combat médiéval ?


J’ai étudié pendant plus de huit ans le kendo, art du sabre japonais, où j’ai eu la chance de m’entraîner et de discuter philosophie du combat avec un champion européen. J’ai également pratiqué la naginata (lance japonaise), le tankendō (combat à la baïonnette, toujours utilisé dans l’armée), le kali-eskrima, le TIOR (technique d’intervention opérationnelle rapprochée) utilisé par l’armée française, devenu le C4, ainsi que quelques arts martiaux français comme la savate et l’escrime.

Comment avez-vous découvert cette discipline ?


J’ai toujours été fasciné par la confrontation armée, non seulement pour sa dimension technique, mais aussi pour sa portée historique et anthropologique. L’histoire de la guerre humaine, selon moi, commence véritablement avec l’apparition de l’épée — arme symbolique par excellence. C’est en explorant cette thématique que j’ai découvert l’existence des AMHE, une discipline alors encore émergente, structurée autour d’une fédération en formation. J’ai fondé mon propre club, et me suis aussitôt plongé dans l’étude des traités anciens, notamment sous la direction de maîtres tels que Gilles Martinez, doctorant en histoire et spécialiste du combat médiéval

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le combat historique, plutôt que dans des sports plus connus comme la boxe ou le MMA ?


Ce qui m’a attiré, c’est la gravité inhérente au combat armé. Là où les disciplines à mains nues relèvent d’un affrontement codifié, le maniement des armes implique, par essence, une potentialité létale.
Le combat en armes suppose un art guerrier — c’est-à-dire un art de tuer — même si, bien entendu, il ne s’agit pas d’ôter la vie, mais de maîtriser une forme radicale d’affrontement. L’homme, à la différence des animaux, n’est pas doté naturellement d’outils offensifs : pas de griffes, ni de crocs. Ce qui le distingue, c’est sa capacité à concevoir et manier des objets.


Quand on veut couper du bois, on utilise une hache. Quand on veut planter des clous, un marteau. Il ne nous viendrait pas à l’esprit d’utiliser nos mains nues pour ces tâches. Il en va de même pour le combat.
La guerre, chez l’homme, est donc toujours une guerre avec armes. C’est cette dimension anthropologique, cet usage fondamental de l’outil dans l’acte martial, qui m’a conduit vers le combat historique, plutôt que vers des sports de combat dépouillés de cette profondeur.

Depuis combien de temps pratiquez-vous le combat médiéval ?


Je pratique le combat médiéval depuis quatorze ans. Cette durée m’a permis de développer une approche approfondie, tant sur le plan technique qu’historique, en m’efforçant toujours de conjuguer rigueur martiale et fidélité aux sources.

Vous avez longtemps été engagé dans une association. Pourquoi avoir fondé votre propre école ?


Lorsque j’ai commencé, il n’existait aucune école structurée dans ma région ; la pratique était inexistante. J’ai donc tout créé à partir de rien. Très tôt, j’ai endossé le rôle d’instructeur pour initier une dynamique locale. J’ai élaboré une pratique conjuguant réalisme du combat — avec des affrontements intenses et des techniques martiales — et une approche sportive permettant une mise en œuvre sans danger grave.
Or, cette synthèse, je ne la retrouvais nulle part ailleurs dans ce domaine. J’ai donc fondé ma propre école pour bâtir un cadre d’enseignement à la fois exigeant, structuré et fidèle à ma vision du combat médiéval.

Qu’est-ce qui distingue votre méthode d’enseignement ?


Ma méthode repose sur un traité médiéval authentique, fondé sur de véritables techniques conçues pour la guerre et la défense personnelle. Ce ne sont donc pas des mouvements pensés pour un affrontement sportif, mais pour une situation où l’intégrité physique est réellement en jeu. L’originalité de ma démarche tient dans la capacité à rendre ces techniques applicables en combat dynamique, tout en conservant leur potentiel létal. C’est un équilibre rare : la plupart des approches tombent soit dans une absence de confrontation réaliste, soit dans une dérive sportive où l’efficacité martiale s’efface au profit du point. Mon objectif est de préserver l’intensité du combat réel, tout en transmettant une gestuelle historiquement fondée et potentiellement mortelle.

Comment percevez-vous la violence dans notre société, et en quoi le combat médiéval permet-il de la canaliser ?


La violence, dans notre société, est profondément mal perçue. Elle est rejetée, bannie du discours public, jusqu’à ce qu’elle resurgisse de manière brutale et incontrôlée. Elle revient alors non sous une forme maîtrisée, mais par acmé, dans des manifestations barbares et aveugles. Or, la violence en soi n’est pas un mal : elle est fondamentalement neutre. C’est un outil. Comme tout outil, elle peut être utilisée de manière intelligente, voire saine. Le combat médiéval permet précisément de réintroduire cette réalité dans un cadre structurant. Il ne s’agit pas de cultiver la violence pour elle-même, mais de l’assumer, de l’encadrer, de l’apprivoiser.


Cela permet de s’y préparer, de ne pas en être victime — ni de la violence extérieure, ni de sa propre violence intérieure. C’est une manière de restaurer un rapport équilibré à notre agressivité naturelle, en l’intégrant plutôt qu’en la refoulant. En cela, cette discipline offre un véritable travail de fond : corporel, mental et moral.

Pourquoi pensez-vous que cette discipline est particulièrement bénéfique pour les enfants ?


Former les jeunes dès le plus jeune âge me paraît non seulement utile, mais indispensable. Le combat médiéval, lorsqu’il est bien encadré, les confronte à la réalité de l’existence : l’effort, la résilience, la maîtrise de soi. Il les forme physiquement, mentalement, mais aussi moralement.
La pratique s’accompagne d’un cadre éthique inspiré de l’esprit chevaleresque : codes de conduite, respect mutuel, rituels d’engagement…


Tout cela offre à l’enfant une structure claire, valorisante et rassurante. On y retrouve les premiers jalons d’un rite de passage, permettant à l’enfant de quitter peu à peu l’enfance par une activité ludique, pour se préparer à entrer dans l’âge adulte, celui de la responsabilité et de l’honneur.

Vous proposez des cours “père-enfant” : pouvez-vous nous en dire plus ?


Les formats de cours mêlant adultes et enfants, notamment les séances “père-enfant”, présentent une valeur pédagogique remarquable. Ils permettent aux plus jeunes de se projeter sur une figure d’idéal, de suivre un exemple concret, incarné, et non abstrait. L’adulte devient à la fois modèle et partenaire d’apprentissage. Dans le cadre du combat, l’enfant est ainsi constamment confronté à un adversaire plus fort, plus stable, plus expérimenté. Cela l’incite à se dépasser, à persévérer, à progresser sans relâche.
Cette configuration favorise une émulation saine, un respect mutuel, et renforce le lien intergénérationnel autour d’une pratique noble et exigeante.

En quoi le combat médiéval est-il, selon vous, une alternative française et historique aux sports de combat modernes ?


Je dirais que le combat médiéval est une alternative pertinente, car la chevalerie et le maniement de l’épée occupent une place toute particulière dans l’histoire française et occidentale. L’épée, par son symbolisme, est l’arme emblématique de notre civilisation. Elle demeure un symbole dans l’armée et représente la guerre en Occident depuis l’âge du bronze. Aujourd’hui, les agressions armées se multiplient, et même un combattant professionnel de MMA peut être démuni face à une lame.

Savoir manier une épée, c’est comme savoir utiliser un outil pour sa fonction. Le combat médiéval permet un entraînement à pleine puissance, en toute sécurité, grâce à un équipement adapté. Ne pas savoir manier l’épée, c’est ignorer un aspect fondamental de la défense. Le combat médiéval constitue, à mes yeux, une alternative profondément légitime aux sports de combat modernes, tant sur le plan historique que culturel. La chevalerie, et plus largement le maniement de l’épée, occupent une place centrale dans notre mémoire collective. L’épée est bien plus qu’un instrument de guerre : elle incarne l’autorité, l’honneur, la justice — et demeure présente dans les emblèmes militaires et les rites symboliques. Là où les arts martiaux venus d’ailleurs offrent souvent des référents culturels étrangers, le combat médiéval permet de renouer avec notre propre matrice identitaire. Il s’agit d’un art enraciné, occidental, qui puise dans notre histoire et dans les valeurs fondatrices de notre civilisation. Par ailleurs, dans un monde de plus en plus instable, il faut rappeler une évidence : l’efficacité réelle d’un art martial ne peut être négligée. Grâce à un équipement moderne, cette pratique permet une préparation sérieuse, sans danger grave. Elle offre un entraînement lucide à l’usage des armes, dans un cadre sûr, tout en réveillant une tradition trop longtemps oubliée.

Vous lancez aujourd’hui une plateforme en ligne via Patreon. Quel est l’objectif de ce projet ?


Depuis plusieurs années, lors d’événements auxquels j’ai été invité, une question revenait souvent :
« Comment apprendre le combat médiéval tel que vous le transmettez à Saint-Vallier ? »
De nombreux pratiquants, parfois très éloignés géographiquement, m’ont fait part de leur difficulté à accéder à un enseignement structuré, martial, cohérent. Certains souhaitaient créer leur propre club, d’autres approfondir leur pratique à distance. J’ai donc décidé de répondre à cette demande concrète en lançant une plateforme en ligne. Ce projet me permet de rendre accessible un contenu fidèle à l’esprit que je développe dans mon école. Il s’agit non seulement d’un outil de formation, mais d’un levier de diffusion d’une pratique que je considère comme essentielle, voire vitale, dans le contexte actuel.
La plateforme s’adresse à ceux qui recherchent un art martial enraciné, exigeant, mais adapté à notre époque.

Quels types de contenus proposez-vous aux abonnés ?


La plateforme propose une grande variété de contenus, conçus pour accompagner aussi bien les débutants que les pratiquants expérimentés. On y trouve : des tutoriels techniques (maniement des armes, déplacements, postures, etc.) ; des extraits filmés de cours réels ; des conseils pratiques sur l’équipement, son entretien, son acquisition ; des éléments pour fonder sa propre structure (démarches administratives, pédagogie, etc.).

    Un abonnement « augmenté » donnera accès à un coaching personnalisé, avec échanges directs et suivi individuel. Je proposerai aussi des routines d’entraînement courtes — cinq à dix minutes par jour — pour entretenir son corps, améliorer sa coordination, ou simplement reprendre contact avec l’effort physique.
    Une dimension audio enrichira le tout : podcasts réguliers, discussions philosophiques autour de l’art martial, de la spiritualité ou du dépassement de soi.


    Ce projet n’est pas une simple vitrine de cours en ligne. Il s’inscrit dans une logique de préceptorat : un lien vivant entre maître et élève, une transmission continue. Je suis entouré d’une équipe solide et compétente : sportifs aguerris, anciens militaires, doctorants en histoire, membres de groupes de reconstitution — chacun apporte sa pierre. Qu’il s’agisse de stratégie, de nutrition, de physiologie ou de sources historiques, tout est mis à disposition pour accompagner ceux qui souhaitent vraiment approfondir leur cheminement.

    Souhaitez-vous former des maîtres d’armes ou développer des structures en France ?

    C’est une demande qui m’a été adressée à de nombreuses reprises. Beaucoup s’intéressent à cette méthode — à la fois pour sa cohérence technique et pour la philosophie qui l’anime. Mais je ne peux être partout. Et quelques stages ponctuels ne suffisent pas à assurer une transmission sérieuse. Mon objectif est donc de proposer un parcours structuré pour ceux qui souhaitent aller plus loin — sans forcément devenir maîtres d’armes, mais au moins instructeurs formés à cette approche. Des vidéos approfondies, un suivi en ligne, une méthode claire : tout est mis en œuvre pour que chacun puisse intégrer les fondements de cet art, et, s’il le souhaite, créer sa propre structure locale. C’est une manière de transmettre une tradition martiale vivante, sans dilution ni compromis.

    Quel est votre message à ceux qui hésitent à se lancer ?

    Il est temps de cesser d’hésiter. L’indécision est une forme de faiblesse, et notre époque n’a plus le luxe d’attendre. Notre pays est traversé par des tensions profondes. Peut-être serait-il temps de réapprendre à manier l’épée — à défaut de rester soumis à ceux qui manient déjà le sabre ou le couteau. Autrefois, les jeunes étaient formés à la dureté du monde dès l’enfance. Aujourd’hui, même les adultes ne savent plus ce qu’est véritablement la violence : ni comment l’affronter, ni comment y résister Le vide, tant mental que physique, est abyssal. Il faut le combler sans délai, ou bien le réel s’en chargera — avec la brutalité que l’on sait. On n’a pas besoin de grand-chose pour commencer : un manche à balai, un tronc d’arbre ou un partenaire volontaire suffisent pour s’initier. Ce qui compte, c’est de se mettre en mouvement, d’apprendre à frapper, à se déplacer, à ressentir. Le combat est la finalité, non la posture. Aujourd’hui, beaucoup fréquentent les salles de musculation pour exhiber des abdominaux — mais la forme sans le fond est vide de sens. L’efficacité doit précéder l’esthétique. Soyez beaux parce que vous êtes forts, et non forts pour paraître beaux. La beauté véritable est la conséquence d’un engagement intérieur — non un but en soi.

    Quelle place voyez-vous pour le combat médiéval dans la société actuelle ?

    Je suis convaincu que les arts martiaux traditionnels ont toute leur légitimité dans le monde moderne. Leur force réside dans leur intemporalité. Contrairement aux disciplines calibrées pour la performance ou le spectacle, les arts traditionnels s’ancrent dans une réalité brute : celle de la violence vécue, telle qu’elle fut affrontée par nos ancêtres. Le succès du MMA le montre bien : en supprimant certaines règles, il a ravivé des techniques oubliées issues du jūdō, du jūjutsu, du pancrace antique ou des anciennes formes de boxe. En revenant à une forme plus authentique de confrontation, il a paradoxalement rouvert la porte aux arts du passé. Dès que l’on s’approche du réel, on redécouvre l’héritage de ceux qui nous ont précédés. Les arts martiaux traditionnels armés, même s’ils ne seront jamais mis en avant dans les médias, retrouveront leur place. Car si les institutions ne les promeuvent pas, le réel, lui, s’en chargera. Et mieux vaut être prêt.

    Un mot de conclusion : quel est votre rêve pour l’avenir de “Lame de Vérité” ?

    Si l’on me permet de rêver, dans un monde où tout serait encore possible, je souhaiterais voir émerger une méthode nationale de combat armé — structurée, enracinée, cohérente. Faute de proposition dans ce sens, je propose la mienne. Mon ambition est de faire de Lame de Vérité non seulement une école, mais une voie : un corps de principes, un outil de formation, une discipline à la fois physique, mentale et spirituelle. Je rêve d’un renouveau de la chevalerie, modernisée, portée par une vision archéo-futuriste au sens de Guillaume Faye : une réactivation des formes archaïques dans ce qu’elles ont de plus élevé, pour préparer les corps et les esprits aux incertitudes de demain. L’avenir exigera des hommes debout, enracinés, capables de porter l’épée — au propre comme au figuré. Je crois que cette méthode se diffusera naturellement. Elle ne sera peut-être jamais un phénomène de masse, mais elle touchera un noyau dur, fidèle, exigeant, qui en témoignera par l’exemple. Car rien ne parle mieux de l’efficacité d’un art que l’expérience vécue.

    Enfin, je tiens à rappeler que le nom même de Lame de Vérité est un aphorisme. Ce double sens exprime l’essence de cette école : une voie martiale, certes, mais aussi un chemin de clarté intérieure, d’engagement du verbe et de l’esprit.

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