Julius Évola entre fascisme et occultisme – Critique par “Vive le Roy.net”

Préalable sur la Tradition primordiale de René Guénon
L’an dernier, à notre congrès, parlant de René Guénon, je mettais l’accent sur la profonde différence qui sépare le concept guénonien de Tradition, entendue comme Tradition primordiale, de la Tradition catholique.
Un Centre primordial — ou Identité suprême — dont les hommes se seraient éloignés
La Tradition de Guénon est aprioriste, elle a des prétentions à l’universalité, elle est éternelle et immuable.
Elle se réfère aux conceptions indiennes antiques affirmant l’existence d’un Centre primordial, d’une Identité suprême, placée en dehors de tout espace-temps, avec des caractères de totalité, d’infinitude, d’absolu. D’elle, on ne peut rien dire, toute forme de connaissance, y compris indirecte, étant, de fait, exclue, et donc, en dernière analyse, son existence est illusoire.
Les hommes qui s’inspiraient de cette Tradition, prétend Guénon, sont tombés dans une espèce de dégénérescence, à cause d’une forme de chute originelle, qui les aurait progressivement éloignés du Centre primordial auquel, jusqu’à ce moment, ils avaient été reliés dans une union sublime.
Ce Centre, Guénon l’identifiait avec la demeure de la Tradition dite primordiale, dépôt de la sagesse métaphysique éternelle et sans tache. Un éloignement ultérieur et une diversification, consécutifs aux vicissitudes de la création (qu’il préfère appeler « manifestation »), auraient donné naissance aux formes variées des multiples religions, selon les sensibilités naturelles particulières des différents peuples, civilisations et époques, et aux révélations connexes qui s’y rapportent.
L’éloignement de l’homme de son Centre, jusqu’à presque perdre le contact avec lui, aurait culminé avec l’avènement de l’humanisme et de la Réforme, pour en arriver de nos jours à ce que la distance entre le Message primordial et ceux qui auraient dû le recevoir, fût devenue impossible à combler, suscitant un « royaume de la quantité » ou de la matière, en nette et inconciliable opposition avec celui de la « qualité » ou de l’esprit.
Une conception cyclique de l’histoire alternant éloignement et rapprochement du Centre primordial
Guénon assimile l’authentique déchéance du monde moderne à l’âge noir (Kali-Yuga), caractérisé par un inévitable entraînement vers le collapsus final qui constitue la fin même du cycle — conformément à l’optique orientale de l’histoire, conçue non pas comme un flux linéaire d’événements régis par une main providentielle, mais comme un éternel retour le long d’un parcours circulaire qui se répéterait indéfiniment, serait-ce même sous différentes formes.
Ce serait le dernier acte de la « catharsis » [libération], laquelle est nécessaire pour introduire, selon le dogme initiatique, l’humanité dans le nouvel âge d’or.
L’initiation comme chemin de retour et de fusion au Centre primordial, à la divinité
Dans cette perspective, depuis les sommets ésotériques qu’il a atteints, Guénon indique comme unique voie de salut un chemin à rebours jusqu’au Centre primordial perdu, chemin dans lequel le haut initié peut se reconnaître grâce à des techniques ésotériques opportunes.
À cet effet, il encourage l’intuition purement intellectuelle comme moyen électif de connaissance et d’ascèse, tout le long d’un parcours de contemplation fait pour transformer la personne, en lui donnant accès à de nouvelles évidences1.
Évidences confortées par la disparition progressive de toute distinction entre sujet et objet, entre connaître et être, jusqu’à parvenir à l’unique réalité qui éclaire et comprend tout. Là, tout deviendrait unité ; chaque dualisme, chaque opposition serait aplanie, dissoute : en un mot, l’initié, arrivé au terme de son pèlerinage, se confondrait avec la divinité elle-même, serait la divinité même2.
La Tradition primordiale, avec son caractère méta-historique et son opposition au monde moderne, serait ainsi le levain d’une civilisation rigoureusement hiérarchique dirigée par les initiés, dans laquelle chaque activité serait tournée vers le transcendant. Un heureux mariage, pourrions-nous dire, entre des principes sacrés et une élite pour les appliquer, afin de combattre le mal, identifié tout simplement avec tout ce qui contribue à pervertir la dite Tradition.
Une Tradition catholique linéaire et jalonnée par les trois révélations du Créateur
Bien différente est, au contraire, la Tradition catholique, qui rapporte comment Dieu a voulu se manifester aux hommes à travers une série de révélations directes.
– Tout commença par la révélation primitive et la connaissance de Dieu qu’eurent nos premiers parents et les saints patriarches. Révélation reçue et, pendant des millénaires, transmise oralement, jusqu’au moment où elle parvint à l’écrivain sacré, qui la fixa fidèlement dans l’Écriture.
– À cette première révélation s’ajouta une seconde, par l’intermédiaire surtout de Moïse, des saints prophètes et de David, Révélation que la Synagogue recueillera dans l’ancien Testament.
– La dernière Révélation, couronnement des précédentes, est celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui met le sceau définitif à la série des révélations de Dieu à l’humanité, avec la mort du dernier apôtre et l’achèvement du nouveau Testament, désormais complet.
La Tradition apostolique sera la garante de l’authenticité de ces trois Révélations, dont elle explique le sens et qu’elle transmet de façon exacte et véridique tout au long des siècles. Les spéculations théologiques, au cours des âges, en cherchant à interpréter l’Écriture et la Tradition orale, en ont tiré de nouveaux éléments, que le magistère de l’Église a été chargé d’ajouter au trésor du depositum fidei.
La Tradition primordiale mythologique s’oppose à la Tradition chrétienne historique
Laquelle des deux traditions, nous demandions-nous l’an passé, est-elle la vraie ?
La réponse était toutefois simple : si la Tradition primordiale de Guénon était, en effet, la vraie, alors qu’elle s’oppose aux Écritures, nous devrions en conclure que Dieu aurait menti, et que, à cause de cela, il ne serait pas cet Être parfait auquel, seul, par définition, revient la vérité absolue. Il lui manquerait, par conséquent, selon la fameuse preuve ontologique de saint Anselme d’Aoste3, d’exister. Rappelons enfin ceci :
– tandis que, pour le catholique, la lettre et les préceptes de l’Écriture sont réels, comme fut réelle la présence de Dieu quand il les inspira à l’écrivain sacré,
– pour l’homme de la Tradition primordiale, la réalité par excellence est la mythologie, attestée dans toutes les civilisations et chez tous les peuples, et le contenu même de la Genèse ne saurait l’obliger sinon comme un récit fabuleux et légendaire des origines.
Julius Évola : du rejet du dualisme chrétien Bien/Mal à l’adoption de la triade hégélienne thèse-synthèse-antithèse
Nous avons voulu très brièvement synthétiser la doctrine de Guénon pour introduire un autre personnage, que l’on rencontre aujourd’hui spécialement chez les jeunes qui fréquentent les milieux de la droite, celle qui s’insère magnifiquement dans la triade hégélienne thèse-synthèse-antithèse, c’est-à-dire : conservation-médiation-progrès. Ces phases, en effet, dans le domaine politique et, plus spécifiquement, dans le domaine des partis, s’identifient avec droite-centre-gauche.
La droite, justement, représente le conservatisme, une composante qui est donc indispensable au processus dialectique, processus qui fonde toutes les démocraties occidentales actuelles ; et pas seulement les démocraties occidentales : il est arrivé, en effet, à un certain Joseph Staline, petit père d’une foule immense en marche vers le soleil radieux de l’avenir, de se trouver, après quelques décennies à peine, relégué par un Gorbatchev parmi les nationalistes et les conservateurs « de droite ».
Les résultats de ce jeu sont sous les yeux de chacun : la logique, reflet du Logos, qui fonda l’Occident, est désormais jetée à la mer. Alors que la société était solidement assise sur les notions de vrai et de faux, de bien et de mal, nous voyons, dans la démocratie, toute situation rendue précaire, toute vérité provisoire, prise dans le flux continuel et artificiel de cet absurde processus triadique.
Le personnage annoncé est Julius Évola, un penseur italien qui, à un certain moment de sa vie, rencontra justement Guénon. De cette rencontre, jaillit le trait d’union qui manquait à Évola pour conférer à sa doctrine l’aspect d’un corpus organique, c’est-à-dire l’insertion dans le grand fleuve de la Tradition primordiale. Il nous faut introduire d’abord la définition de la Tradition telle que la comprend Évola :
La Tradition, dit Évola, est un ordre hiérarchique et qualitatif centré sur une spiritualité transcendante et sur une élite de représentants qualifiés et légitimes4.
Quand Évola rencontra Guénon, en 1928, il avait 30 ans et Guénon 42. Guénon lui avait été présenté par un haut initié, Arthur Reghini, martiniste et 33e degré de la maçonnerie de Rite Écossais, avec lequel Évola avait fondé un groupe qu’ils avaient appelé du nom mystérieux de Ur. Guénon était aussi un 33e degré — et plus que cela — depuis déjà 17 ans. Évola, en revanche, avait fait un parcours singulier sur lequel il est opportun de s’arrêter afin de mieux situer le personnage et sa doctrine.
Genèse des doctrines évoliennes de l’homme supérieur et de l’idéalisme magique
Un jeune aristocrate peu fortuné, mais aux centres d’intérêts multiples
Giulio Cesare Andrea (Julius) Évola naquit à Rome le 19 mai 1898, dans une famille catholique d’aristocratie déchue, qui avait de lointaines ascendances espagnoles. Quant au titre de baron dont il se décorait, il y avait effectivement droit, même si sa situation économique n’y correspondait pas, comme semble l’indiquer le travail de sa mère qui était employée au bureau technique des Postes de Rome5.
Évola suivit des études de technologie et de mathématiques jusqu’à l’achèvement d’un cycle de cours en ingénierie, sans d’ailleurs en obtenir le diplôme, « par mépris du titre », dit-il6.
Parallèlement, grandissait en lui un intérêt bien plus grand pour la philosophie et pour l’art, ce qui le conduisit, vers 1915, à entreprendre une activité de peintre et poète. Il fréquenta des futuristes comme Marinetti, l’auteur du Manifeste de la littérature futuriste, et Depero, expert en art pictural d’avant-garde, mais développa bien vite ses propres formes figuratives inspirées de l’ésotérisme.
La Grande guerre voit mûrir chez Évola l’ambition de l’homme supérieur
En 1917, il fut admis comme élève officier artilleur, puis envoyé sur le haut plateau d’Asiago, où cependant il ne participa à aucun fait d’armes important.
De cette période date sa rencontre avec Giuseppe Bottai, dont il partagea l’existence militaire. Il s’arrangea pour tisser avec lui des liens de collaboration, qui devaient ensuite se révéler précieux lorsque Bottai devint un hiérarque fasciste, pour le tirer d’embarras dans ses rapports parfois orageux avec le régime7.
Sa position sur la guerre était favorable à la Triple Alliance, conformément à la position idéologique qu’il était en train de mûrir, qui voyait dans le monde germanique et dans l’esprit prussien la survie de ces vertus héroïques et guerrières, jadis apanage de la latinité, typiques de l’homme supérieur et, à cause de cela, en nette antithèse avec les idéologies nationalistes et démocratiques de l’époque. Le Dictionnaire biographique des Italiens raconte que…
… ce fut précisément durant la période de la guerre que, dans un moment de tension autodestructrice, tenté de « rompre et de dépasser la réalité des sens », il fit pour la première fois usage de stupéfiants, usage qu’il continua jusqu’en 19258…
Enclin à l’action et à l’affirmation, Évola avait toujours montré une intolérance marquée pour la vie commune, vie qu’il estimait banale et indigne d’être vécue. Pensée qu’on trouve déjà chez Nietzsche quand, à la médiocre et mesquine société bourgeoise de l’époque, il opposait un individu, le surhomme, personnage qui « est, à soi–même, sa propre loi9 ». Évola resta conquis par de telles idées et son activité ne consistera au fond qu’à les regrouper pour tenter de les réaliser pratiquement.
L’après-guerre et la séduction des doctrines orientales qui divinisent l’homme
La guerre finie, en 1920, Évola prend ses distances avec le futurisme nationaliste et adhère au dadaïsme10 de Tristan Tzara, pseudonyme du juif roumain Samy Rosenstock, qui, surtout en France, sous l’enseigne de ce mouvement artistico-littéraire, mena bataille contre le langage et la logique avec un certain bruit. C’est de cette période que date une copieuse production de tableaux d’Évola qui le porta à organiser d’importantes expositions personnelles à Rome, Berlin et Paris.
On arrive ainsi vers 1923, quand Évola décide de mettre un terme à son expérience artistique et poétique, pour se consacrer entièrement à l’étude des doctrines orientales, particulièrement du taoïsme et du tantra. Il approfondit la connaissance de la philosophie athée bouddhiste, et s’allume en lui le désir d’accéder à ce qu’on appelle les « états supérieurs de l’être ». Les sources vers lesquelles Évola se tourne sont les mêmes que celles de Guénon : les livres du Veda, les Upanishad, où …
… l’homme est considéré comme Dieu lui-même, même si c’est dans un état d’inconscience et d’étourdissement11 …
En chemin vers l’idéalisme
La prétendue phase philosophique et spéculative d’Évola12 prend alors son départ ; elle se poursuivra grosso modo jusqu’au moment de sa rencontre avec René Guénon, et sera à l’origine, sinon de toutes ses principales œuvres, du moins des idées qui les fondent. C’est aussi la période la plus intéressante pour les considérations que nous entendons développer dans cette étude, étant donné que l’étape suivante, la phase politique, ne consistera qu’en une application et un effort de diffusion, surtout parmi les non initiés, des idées précédemment mûries.
Vers 1925, Évola a désormais défini et développé ses positions philosophiques sur l’idéalisme, positions qu’il résume dans deux livres : Idéalisme magique et L’Homme comme puissance.
L’impasse de la philosophie idéaliste : son principe du Moi-absolu nie l’expérience du Moi-empirique
Nous devons ici marquer une pause.
Le principe idéaliste fondamental affirme que toute réalité (= non Moi) est une représentation que se fait le Moi ; c’est comme si l’on disait qu’un objet, même s’il est aussi massif qu’une montagne, n’existe que dans la mesure où je le perçois (voir l’esse est percipi de Berkeley, pour qui toutes les propriétés des corps ne seraient que des idées de notre esprit13). En dehors de cette perception, je ne puis rien dire sur la montagne, je ne sais même pas si elle existe, donc la montagne est posée, « créée » par le Moi, autrement dit c’est la puissance du Moi qui fait, oui, qui fait que la montagne existe (le pensant coïncide avec le pensé).
Il s’ensuit que, pour l’idéalisme, aucune réalité ne se détermine sans le Moi et le monde devient une représentation de soi-même ; il s’ensuit aussi que si le Moi détermine la réalité, il est transcendant par rapport à elle. On peut alors aussi, en renforçant ce concept, en arriver à l’affirmation qu’il existe un Moi absolu, unique, puissant, absolument libre, « au-dessus » de la pensée humaine, qu’on ne peut concevoir.
Mais mon expérience (ce qu’on appelle la « conscience empirique ») me démontre toutefois qu’il existe un monde différent de moi et qui n’est pas le Moi que j’ai postulé pour déterminer le monde.
Pour les idéalistes, Dieu ne peut pas être transcendant, c’est-à-dire distinct du sujet pensant, parce qu’en dehors de celui-ci, il n’y a rien. Il n’y a donc rien d’autre que le Moi absolu, selon une conception clairement solipsiste14 et immanentiste.
L’idéalisme magique d’Évola lève l’impasse idéaliste grâce à l’initiation
Jusque-là, Évola présente beaucoup d’affinités avec cet idéalisme dont l’étendard fut porté par des célébrités comme Fichte, Schelling, Hegel, Nietzsche, mais aussi Benedetto Croce et Giovanni Gentile ; il hérite spécialement de Nietzsche, tout en puisant également à l’actualisme15 contemporain de Gentile.
Il en surmonte pourtant l’impasse en forçant le postulat du Moi jusque dans ses conséquences extrêmes.
La « conscience empirique », dit Évola, impose sans contredit des limites, mais la contradiction entre elle et le Moi absolu est seulement apparente, c’est une illusion qu’il ne nous est pas donné de franchir. C’est comme si l’on disait que le principe de contradiction auquel on revient continuellement doit être forcé, parce qu’il résulte de l’étroitesse de l’esprit humain accoutumé à agir seulement sur une base logique d’affirmation et de négation et, par suite, incapable de concevoir d’autres dimensions, celles-ci irrationnelles.
La solution consiste donc à combler cette distance entre le Moi absolu et le moi empirique limité par la réalité externe, de façon à surmonter la « privation » que le moi empirique représenterait pour le Moi absolu.
Plus explicitement : Comme le raisonnement logique mène à l’impasse du principe de non-contradiction qui lie et conditionne le moi empirique, et comme le Moi absolu doit de toute façon exister, il faut le rejoindre, c’est-à-dire rejoindre son propre Moi profond, lucide, authentiquement réel, par un autre chemin, chemin qu’Évola identifie avec l’initiation.
Se justifie, dans une telle voie, le recours à des techniques magiques capables de mettre l’initié « au-delà » de la condition humaine commune, en situation d’accéder à sa propre profondeur. D’où l’appellation d’« idéalisme magique » donnée à ce courant de pensée dont Évola est devenu le champion — terme déjà adopté, du reste, plus d’un siècle auparavant, par le poète romantique allemand Novalis, avec le sens de domination de l’esprit sur le corps et sur le monde extérieur.
Guénon et Évola : deux doctrines voisines mais divergentes
Évola ambitionne de s’élever par la magie pour plier le monde à sa volonté comme Dieu
L’entreprise d’Évola est donc une « élévation », une transformation interne de la personne au moyen de la magie initiatique : est mage, en effet, celui qui connaît les techniques pour acquérir le pouvoir — caractéristique du divin — de plier le monde à sa volonté jusqu’à s’établir comme son principe. Se rendre maître de cette puissance, de cette volonté, devient dès lors le centre de toute la construction philosophique d’Évola.
Par cette voie, Évola estime avoir dépassé les limites du nihilisme16 de Nietzsche dans lequel il regrettait l’absence d’un principe transcendant de référence, d’un principe métaphysique indispensable pour inciter à se libérer de la réalité.
La Tradition primordiale de Guénon permet à Évola de tout reconstruire en faisant table rase du passé
On comprend facilement comment, sur ce point, la rencontre avec Guénon allait apporter la solution. C’est, en effet, dans la Tradition primordiale de Guénon qu’Évola, vers 1928-1929, réussit à dégager le fondement culturel d’une reconstruction de la civilisation humaine sur de nouvelles bases — encore que très anciennes — comme il le reconnaît lui-même :
L’œuvre de Guénon m’aida à réunir tout l’univers de mes idées selon un plan plus adéquat17.
En effet, le jeune Évola, jusqu’en 1928, tenait en substance les positions progressistes et évolutionnistes conformes à l’idéalisme auquel il adhérait, lequel est dominé par l’idée que la modernité est le sommet d’une civilisation bimillénaire et par le principe dialectique qui veut que chaque nouvelle phase de l’histoire complète la précédente.
Les approches guénonienne et évolienne : similitudes et divergences
La rencontre avec Guénon provoqua un bouleversement dans ces opinions : pour la première fois, en 1929, Évola se déclara ouvertement antiprogressiste et, de manière générale, antimoderne.
Évola, du moins dans un premier temps, s’accorda avec Guénon pour dire que l’Occident avait perdu la Tradition primordiale originelle et ne pouvait plus se tourner que vers l’Orient, mais, très vite, il renversa sa position et se mit au contraire à introduire dans toute son œuvre l’idée qu’il existe une Tradition primordiale occidentale originale.
– Tandis que le parcours tracé par Guénon pour remonter vers le Centre primordial, vers les prétendus « états multiples de l’être », transitait, rappelons-le, par l’initiation sacerdotale et la doctrine de l’inexprimable,
– la voie choisie par Évola pour résoudre la question centrale de sa philosophie, c’est-à-dire l’aboutissement au « Moi absolu », s’enracine essentiellement dans la réalisation initiatique atteinte par n’importe quelle action humaine supérieure — encore que cela n’exclut pas a priori des opérations de type contemplatif — que ce soit l’ascèse guerrière, l’action héroïque ou, même, un usage « magique » de la sexualité.
Le livre-manifeste de la doctrine évolienne est lui-même emblématique de cette différence de points de vue :
– alors que Guénon intitule son ouvrage : La Crise du monde moderne,
– Évola aborde le même thème de façon plus « dynamique », et le titre du livre qu’il destine aux élites qui, à son point de vue, doivent guider les sociétés humaines, devient : Révolte contre le monde moderne.
L’opposition avec Guénon, en dernière analyse, se concentre sur la conception de la puissance, opposition qui, progressivement, s’érigera en barrière infranchissable à l’encontre de la métaphysique guénonienne.
– Celle-ci, en effet, est fondée sur les doctrines orientales qui reposent sur la négation de l’action, chez qui tout ce qui est changement et agitation prend une connotation négative.
– Pour Évola, au contraire, l’action et la réalité concrète constituent l’essence même de sa doctrine.
L’initiation chez Évola
Les deux livres qui éclairent la pensée évolienne sur l’initiation
Pour tenter de saisir l’essence de la « réalisation » initiatique, qu’il faut interpréter comme une transformation interne de l’individu pour accéder aux « états supérieurs de l’être », la lecture de livres comme Le Mystère du Graal ou La Tradition hermétique d’Évola est très profitable et éclairante.
Il s’agit de deux versions du même thème, qui se complètent et s’éclairent mutuellement, et sont plus immédiatement abordables que des œuvres similaires, par exempleL’homme et son devenir selon le Vêdânta18 de René Guénon (1926), qui est de lecture et de compréhension difficiles à cause des fréquentes allusions aux concepts initiatiques nébuleux et rebutants des doctrines hindoues. Ces aspects ne posaient, au demeurant, aucune difficulté à Évola et il y fait d’ailleurs constamment référence dans l’élaboration de sa Tradition hermétique, publiée en 1931.
La Tradition hermétique ou science secrète apte à conférer un pouvoir surnaturel
Dès les premières pages de cette œuvre, Évola se réfère à « un enseignement secret, de nature sapientiale et en même temps pratique, opérationnelle », à une « science réelle », avec une « signification concrète et ontologique, apte à conférer éventuellement certains pouvoirs surnaturels », à « une science sacrée », désignée généralement par le terme de Ars Regia, en filiation directe et légitime de la Tradition primordiale19.
Pratiquée par les anciens alchimistes jusqu’au Moyen Âge, l’Ars Regia se cachait sous de multiples appellations et de fumeuses allusions à des connaissances astrologiques et aux éléments chimiques, recourant à un symbolisme qui, au regard méfiant de l’Église et des non-initiés, la faisaient paraître plutôt comme une science expérimentale, succédané grossier de la chimie moderne, que comme une praxis initiatique :
Étrangère à l’esprit chrétien, la doctrine hermétique, justement grâce au caractère impénétrable de son travestissement métallurgique, a pu se perpétuer dans les périodes historiques dominées par l’islamisme et le catholicisme, […] sans subir, en chemin, de déformations importantes20.
L’initiation pour réaliser le « Grand Œuvre » maçonnique passe par la séparation âme/corps
Le parcours initiatique qui devra conduire au Grand Œuvre, à la Construction du Temple, allégories qui, toutes deux, décrivent le fait d’atteindre un état ontologique supérieur, passerait donc d’abord, selon Évola, par une séparation tourmentée, mais réelle du corps « d’avec l’âme » (phase qui correspond à ce que l’on appelle Arte spagirica, l’art « séparatoire » des textes maçonniques), durant laquelle la constance de l’initié serait mise à dure épreuve par l’effort de maintenir éveillée la conscience…
… en fortifiant son esprit contre tous les dangers de l’hallucination et de l’épouvante21.
Le regard et l’attention doivent être appliqués
– à « se rendre maîtres absolus de l’enveloppe animale »,
– à alimenter un sentiment continuel de supériorité absolue sur la matière, de façon à « […] délivrer la volonté de quelque dépendance que ce soit et l’habituer à dominer », avec une tension inflexible, en vue d’obtenir une domination mentale absolue, imperturbable.
Il faut étendre cette domination, par un désir constant, non plus seulement au corps lui-même, mais aussi à ses passions et affections, à l’égard desquelles l’initié doit parvenir à entretenir une suprême indifférence22. On constate là l’étroite ressemblance avec l’ascèse bouddhiste qui conduit à l’état « nirvanique » (nirvâna = extinction de l’agitation), suprême séparation de toute réalité matérielle.
L’initié en transe, aidé par une mystérieuse « Lumière », accède à la connaissance divine enfouie en lui
Dans un état extatique semblable aux transes — état auquel l’initié accéderait grâce à un exercice assidu, en s’exposant à des risques psychophysiques sérieux (état qu’on peut presque décrire comme un songe magique, où la conscience resterait en situation de veille, ancrée dans l’exaltation absolue de sa volonté, comme en « maîtrise d’extase active ») — dans cet état donc, à un certain moment, une mystérieuse « manifestation de la lumière » viendrait aider l’initié.
C’est le stade du « dépassement du sommeil », typique « de l’art royal des héros » : Est héros celui qui a dépassé la mors triumphalis spirituelle et qui est, à cause de cela, digne de rétablir le temps de l’âge d’or. Ce sont les alchimistes qui …
… ont libéré le plomb de ses « lèpres », [l’ont délivré] de ses imperfections et obscurités, le transmutant en or et réalisant, par cette voie, « le Mystère de la Pierre » ; [expressions symboliques où] l’or et […] la « pierre de fondation » sont autant de renvois à la Tradition royale primordiale23.
Dans cette phase de « réveil » intérieur, de redécouverte et de remontée à la surface de la déité cachée dans les profondeurs de lui-même, l’initié est ravi par le « chant des oiseaux », la langue des êtres de l’air — non terrestres — qui symbolise le domaine supérieur des dieux et des anges, langue qui lui donne accès à la compréhension du langage secret de la nature et des relations mystérieuses qui soutiendraient la trame de l’univers24.
Il ne peut nous échapper à quel point Évola fait référence à des auteurs qui identifient, dans le langage alchimique chiffré, la « Lumière » qui se manifeste à l’improviste à l’adepte pour lui rendre évidente la suprême essence de l’initiation — Lumière appelée aussi « Or » ou « Soleil », symboles qui renvoient tous deux à la Tradition primordiale — avec « l’esprit occulte du monde25 ».
« Celui qui a déjà un fil d’Ariane assuré peut s’aventurer de lui-même » (dans de telles interprétations), ajoute Évola. Pour le catholique qui n’a pas oublié les paroles de saint Jean sur l’esprit du monde, ce fil ne devrait certes pas faire défaut.
Solve, interprétation maçonnique de la passion et de la mort du Christ
La logique conduit à des conclusions qui ne doivent donc pas surprendre : en lisant, en effet, le parcours initiatique décrit par Évola, et résumé ici à grands traits vraiment sommaires, on discerne facilement un aspect parodique de la passion, de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur.
Passion et mort sont représentées par la peine de l’initié qui, à l’aide des arts magiques, doit se détacher de sa matérialité corporelle et de toute affection mondaine. C’est la phase nécessaire du solve [de la dissolution] de tous les aspects de sa vie précédente d’être humain « commun », dans l’attente fidéiste d’une « résurrection » en un être supérieur, de nature tout à fait différente et supérieure à celle du commun des mortels.
Ce moment, que les initiés marquent par la présence emblématique du sang et de l’eau26, devra conduire l’adepte à « arracher l’épée du rocher », c’est-à-dire à libérer un pouvoir d’ordre supérieur (la sagesse ésotérique) que la matérialité, figurée par la pierre, tient caché en elle-même, et la porter à la lumière du soleil, à l’imitation des aventures d’Arthur, le roi-guerrier de la Table Ronde qui, sous la conduite de Merlin, le mage — personnification du côté transcendant de soi-même —, réussit dans l’entreprise d’acquérir une connaissance et un pouvoir supranaturels.
La mort initiatique, suivie de la « descente aux enfers », est assimilée au « principe horizontal », symbole de la cessation de toute matérialité, en attendant de retrouver la dimension « verticale ».
Coagula, interprétation rosicrucienne de la résurrection et de l’ascension du Christ
En un sens transcendant, c’est la phase suivante du coagula, caractérisée par la résurrection spirituelle et l’« ascension » au ciel. Les deux moments se réintègrent pour former la croix avec, cependant, une rose au centre, symbole de résurrection et d’éveil à l’immortalité atteinte27. Ainsi donc, la « réalisation » [initiatique], la palingénésie [régénération] libératoire, avec sa phase de « manifestation de la Lumière » serait à ce point totale, libérant tout son potentiel de « caractère de réalité » absolu28.
Les conséquences sont alors des plus importantes.
Les pouvoirs acquis par l’initié lors de l’illumination
Et d’abord, l’homme régénéré dans le Grand Œuvre, l’Adepte « réuni à la Lumière », appelé encore « Or blanc » ou « Pierre blanche » ou « Soufre » ou « le Vivant », serait soustrait à sa nature d’homme mortel, se déplaçant dans une nouvelle condition d’existence, dans des dimensions qui ne sont plus limitées par les liens naturels, absolument étranger à la « foule de ceux qui ne sont pas initiés », qu’il voit, de l’empyrée où il se meut, « s’écraser et se pousser dans la boue et dans les ténèbres29 ». L’homme « différencié » — autre locution pour désigner cette figure supérieure — est placé désormais sous l’emprise d’« influences spirituelles » qui impliquent non seulement « l’acquisition d’une gnose », « mais aussi d’un pouvoir » [en italique dans l’original].
Ces influences expliquent une action, qui …
… si elle n’est pas toujours apparente, outrepasse pourtant de façon incommensurable tout ce qui est au pouvoir de l’homme30.
Celui qui est « rené » n’est plus « touché par la mort » ; le corps est transmuté en « corps glorieux » où « Esprit et Corps sont devenus une seule chose ».
La transformation a un caractère permanent ; le corps est devenu un tout avec la « force de vie » qui le soutient, c’est pourquoi … …
il est naturel que bien peu puissent être frappés de la destruction et périr avec leur corps31.
Quand il lui plaît de mourir — de sortir de la condition humaine [à nouveau la parodie du Seigneur Jésus], il choisit une personne capable de lui succéder, c’est-à-dire d’assumer la fonction, qui de cette façon se poursuit inchangée32.
« L’illumination et l’exaltation de toutes les facultés humaines33 » font en sorte que L’Ars Regia34 n’a plus de secrets dans ses mains, et qu’il peut en user pour exercer la domination qui lui revient sur la foule immense des non-initiés :
… Il prend soin seulement à ce que certaines choses arrivent [en italique dans l’original] : il place exactement les moyens et les conditions, il agit et c’est tout35.
Il s’agit donc d’une « science prophétique » qui s’explique …
… par le statut d’un Moi uni à certaines puissances déterminant les événements du monde extérieur36.
Puissances auxquelles il a été permis de régner sur la terre et que saint Jean, dans sa première Épître, détermine avec une clarté parfaite.
La magie et ses effets
La question de la réalité des pouvoirs de l’initié pratiquant la magie
On ne peut, parvenu à ce point, éluder l’objection : la magie peut-elle vraiment donner des pouvoirs réels, ou bien ne se réduit-elle pas, plutôt, à un fouillis de suggestions, voire à de véritables charlataneries, ou encore, n’est-elle pas le fruit d’imaginations ardentes ou malades ?
Qu’on nous permette cette argumentation :
– il est établi qu’aujourd’hui les maçonneries de haut degré, les cénacles occultes les plus élevés, les sociétés supérieures très fermées, qui se meuvent dans de suprêmes concentrations de pouvoir, dont les organismes internationaux comme l’O.N.U. sont l’expression37, sont, en fait, les véritables régisseurs des peuples et exercent leur volonté selon des plans de moins en moins cohérents.
– Or le nombre des régisseurs est très réduit : il en découle que c’est seulement du très grand pouvoir qui leur est conféré, que peut venir l’indispensable et totale obéissance du groupe de direction bien plus nombreux qui occupe les niveaux exécutifs inférieurs. Pouvoir qui, de par sa nature, ne peut aucunement émaner du peuple, contrairement à ce que proclame l’illusoire dogme laïciste et démocratique. Alors, d’où vient-il ?
Seul un petit nombre est habilité à dominer par la magie des forces inconnues et dangereuses
Nous cédons la parole au savant ésotériste René Guénon, dont l’autorité en la matière est hors de question, de même que la connaissance intime et directe de ces arcanes :
La magie est proprement une science expérimentale. […] Si la magie a été considérée plus ou moins comme une « science occulte », réservée à une minorité, c’est à cause des graves dangers qu’elle présente. De ce point de vue, il y a une différence entre ceux qui, s’entourant de toutes les précautions nécessaires, provoquent consciemment des phénomènes dont ils ont étudié les lois, et ceux qui, au contraire, totalement ignorants de ces lois, se mettent à la merci de forces inconnues38.
Dangers ébauchés — comme on l’a vu — également par Évola, qui n’est certes pas du tout un naïf en la matière :
Nous croyons — dit Évola — qu’on ne peut pas enquêter sérieusement sur l’histoire des sociétés secrètes des siècles derniers, y compris la maçonnerie, si l’on ne pense pas à la possibilité que des forces obscures, à un certain moment, ont agi sur des personnalités qui s’étaient aventurées dans le suprasensible, sans avoir la qualification requise pour être vraiment des « illuminés » et donc pour prévenir les pièges propres à un tel pouvoir39.
Et il poursuit :
En considérant. « l’efficacité de direction » de l’organisation [de la maçonnerie moderne], surgit la sensation précise d’avoir en face de soi […] une force obscure. Dès lors, il est bien possible que ses rites soient moins inoffensifs qu’on ne le croit [NB : c’est nous qui soulignons], car, en de nombreux cas, sans que ceux qui y participent s’en rendent compte, ils établissent justement le contact avec cette force, insaisissable pour la conscience ordinaire40.
C’est pourquoi, observe Guénon :
D’autre part, il est nécessaire de noter que ceux qui ont une connaissance complète et profonde de ces choses, s’abstiennent toujours rigoureusement des pratiques de magie, à part quelques cas tout à fait exceptionnels, dans lesquels, du reste, ils agissent de façon totalement différente du mage ordinaire […] qui ne connaît pas toujours les véritables raisons de tout ce qu’il fait.
Distinguer la magie qui exploite les forces naturelles de la magie sacrée destinée à asservir le divin
Guénon fait une autre distinction entre la magie, qui exploite les seules forces naturelles, et la théurgie [la magie sacrée appliquée à asservir le divin à sa propre volonté] dont les effets, …
… même quand ils ressemblent à ceux de la magie, en diffèrent totalement en ce qui concerne la cause ; et c’est précisément la cause — et non le phénomène produit par elle — qui est, dans ce cas, d’ordre transcendant.
À ce propos, il recourt à une analogie avec la doctrine catholique, et c’est peut-être la seule fois dans toute son œuvre :
Il y a des phénomènes, extérieurement semblables en tout, qui ont été constatés chez des saints et chez des sorciers41 ; or il est évident que c’est seulement dans le premier cas que peut leur être attribué un caractère « miraculeux » et proprement « surnaturel » ; dans le second cas, ils peuvent tout au plus être « préternaturels42 ». Donc, si les phénomènes sont les mêmes, la différence ne résidera pas dans leur nature mais uniquement dans leur cause43.
Il y a une façon d’agir, conclut Guénon …
… dont le principe consiste à condenser en soi les influences [« errantes », selon la définition qu’il leur donne, dues à des êtres non humains de « l’état subtil »], de façon à pouvoir s’en servir à volonté, et à avoir ainsi à disposition une possibilité permanente de produire des phénomènes déterminés44.
Si nous devons donc en croire Guénon, il faut admettre l’existence d’un rapport de cause à effet entre pratiques magiques et pouvoirs quasi illimités conférés au mage. C’est ainsi qu’acquièrent une valeur également probante des déclarations comme celle trouvée dans un livre de Jaime Ayala Ponce, 33e degré du Rite écossais, membre du Conseil suprême du Mexique :
Il est vraiment nécessaire de se rendre compte que les sciences occultes ne sont pas imaginaires comme les décrivent les encyclopédies ordinaires. Elles sont réellement et absolument vraies et valides, surtout, extrêmement inquiétantes et dangereuses entre les mains de ceux qui ne savent pas en faire un bon usage. Elles enseignent à utiliser les secrets de la nature pour développer les facultés latentes de l’homme, ce qui le place dans un injuste avantage par rapport à d’autres plus ignorants sur la question. […] Si l’occultiste, au lieu de mettre au service de l’humanité ses connaissances, sa force de volonté et ses pouvoirs mentaux, avec humilité et abnégation, les utilise au contraire pour son profit particulier et égoïste, il se transforme en un ennemi terrible du genre humain, car les connaissances et les pouvoirs acquis le placent bien au-dessus d’une personne quelconque de la vie ordinaire. Quiconque entend entrer dans l’occultisme sans une profonde connaissance de la raison philosophique des pouvoirs en question, est semblable à un missile à tête nucléaire lancé sans cible fixe bien déterminée. Qu’on se rappelle Hitler et la Seconde Guerre mondiale45 !
Exemples de pouvoirs acquis par la magie selon Évola
Mais, en somme, quels seraient ces pouvoirs ? D’après Évola, ils seraient les suivants :
– lecture de la pensée ;
– capacité « d’éveiller en d’autres êtres des pensées, images ou schémas d’actes déterminés (« commandements mentaux ») » ;
– « projeter en d’autres êtres non seulement des images, mais aussi des émotions et des états affectifs en général » ;
– possibilité de maîtriser une « forme » ou un « corps subtil » séparé du corps physique par des phénomènes de bilocation ;
– possibilité de revêtir des formes corporelles différentes ;
– possibilité de se porter instantanément en un point quelconque de l’espace ;
– invisibilité ; pouvoir sur les forces de la nature46.
Voilà, discrètement révélé, le motif pour lequel les principales « corporations » américaines estiment devoir investir, sur les dix prochaines années, des montants de l’ordre de quatre milliards de dollars par an pour des consultations New Age, en vue d’« élever la conscience » de leurs dirigeants au moyen de pratiques magiques47.
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