La femme catholique socle de la civilisation chrétienne (par Mgr Delassus)

A l’autorité du père, doit se joindre la sainteté de la mère. Heureux l’homme à qui Dieu a donné une sainte mère à dit Lamartine. Il fut de ceux qui eurent ce bonheur, et il ne se lassa jamais de revenir sur la dette de reconnaissance, qu’il lui devait, « d’avoir épié jour à jour la pensée de cet enfant pour la tourner vers Dieu, comme on épie le ruisseau à sa source pour le diriger vers la prairie où l’on veut faire refleurir l’herbe nouvelle »


Combien d’autres mères ont imprimé profondément, dans l’âme de leurs enfants, le respect, le culte, l’adoration de Dieu, dont elles étaient, pour eux, par la pureté de leur vie, la vivante image!

« La mienne, dit encore le poète, avait la piété d’un ange. La beauté de ses traits et la sainteté de ses pensées luttaient ensemble pour s’accomplir l’une par l’autre. »


Mère, la femme chrétienne sanctifie l’homme enfant; fille, elle édifie l’homme père; soeur, elle améliore l’homme frère; épouse, elle sanctifie l’homme époux.

« Je veux faire de mon fils un saint »

disait la mère de saint Athanase.


« Merci mille fois, mon Dieu! de nous avoir donné pour mère une sainte »

s’écriaient à la mort de sainte Emélie, ses deux fils, saint Basile et saint Grégoire de Nazianze.

« O mon Dieu! je dois tout à ma mère! »

disait saint Augustin.

Dans sa reconnaissance de l’avoir si profondément imprégné de la doctrine du Christ, saint Grégoire-le-Grand fit peindre sa mère, Sylvie, à côté de lui, vêtue d’une robe blanche, avec la mitre des docteurs, étendant deux doigts de la main droite, comme pour bénir et tenant de la main gauche le livre des saints Evangiles sous les yeux de son fils.

Qui nous a donné saint Bernard, qui l’a fait si pur, si fort, si embrasé d’amour pour Dieu? Sa mère, Aleth.

Plus près de nous, Napoléon Ier a dit :

« L’avenir d’un enfant est l’œuvre de sa mère ».

Et Daniel Lesueur :

« Lorsqu’on est quelqu’un, il est très rare qu’on ne le doive pas à sa mère».

« Oh! mon père et ma mère qui avez vécu si modestement,c’est à vous que je dois tout! Tes enthousiasmes, ma vaillante mère, tu les as fais passer en moi. Si j’ai toujours associé la grandeur de la science à la grandeur de la pairie, c’est que j’étais imprégné des sentiments (pic tu m’avais inspiré. »

à dit Pasteur .

A quelques uns qui le félicitaient d’avoir eu de bonne heure le gout de la piété, le saint curé d’Ars, dit :

« Après Dieu, c’est l’ouvrage de ma mère . »


Presque tous les saints ont fait remonter les origines de leur sainteté à leur mère. Elles ont vu dans leur enfant, selon la belle pensée de Lamartine :


Un serviteur de plus pour servir le Grand-Maître.
Un œil, une raison de plus, pour le connaître,
Une langue de plus dans le chœur infini,
Par qui, de siècle en siècle, il doit être bénit!


On peut ajouter : Les grands hommes eux aussi ont été faits par leur mère.
L’évêque Caslulf, dans une lettre à Charlemagne, lui rappelle le souvenir de sa mère, Berthe, et lui dit :

« O roi, si Dieu tout-puissant vous a élevé en honneur et en gloire au dessus de vos contemporains et de tous vos prédécesseurs, vous le devez surtout aux vertus de votre mère »


« C’est sur les genoux de la mère, a dit J. de Maistre, que se forme ce qu’il y a de plus excellent dans le monde ».


Elle est au foyer ce flambeau resplendissant dont parle l’Évangile, répandant sur tous la lumière de la foi et les feux de la charité divine.
A elle de faire vivre dans la famille la pensée de la souveraineté de Dieu, notre premier principe et notre dernière fin; celle de l’amour et de la reconnaissance que nous devons avoir pour son infinie bonté, la crainte de sa justice, l’esprit de religion qui nous unit à lui, la loi des chastes mœurs, de l’honnêteté des actes et de la sincérité des paroles, celle du dévouement et du support mutuel, celle du travail et de la tempérance.

Que de familles sont ainsi arrivées par les femmes au plus haut degré de considération et de prospérité, et aussi que de familles déchues ont été relevées par elles!

Au XVIe siècle, Louis de Gonzague était à la veille de faire faillite; sa femme Henriette de Clèves prend le gouvernement du foyer domestique et rétablit l’ordre dans le ménage.

Une autre, Jeanne de Schomberg, sœur du second des maréchaux de ce nom, constatant la ruine de son mari :

« Je verrai moi-même, dit-elle, et examinerai toutes nos affaires avec soin, selon la capacité que Dieu me donnera pour cela, et avant d’y travailler, je ferai une petite élévation de mon cœur au Saint-Esprit pour lui demander le don de conseil et de force afin d’agir en tout avec prudence et fermeté ».

Sainte Jeanne de Chantal fut introduite par son mariage dans une maison fort embrouillée d’affaires. Elle commença, dès le lendemain même de ses noces, à réparer le mal. Elle s’accoutuma à se lever de grand matin; elle avait déjà mis ordre au ménage et envoyé ses gens au labour quand son mari se levait…

Toutes les conditions nous présentent des exemples semblables.

« Dans la famille ouvrière, dit M. Augustin Cochin, la figure dominante, c’est la femme, c’est la mère; tout dépend de sa vertu et finit par se modeler sur elle. Au mari, le travail et les gains du ménage; à la femme, les soins et la direction intérieure; le mari gagne, la femme épargne; le mari nourrit les enfants, la femme seule les élève; le mari est le chef de la famille, la femme en est le lien; le mari en est l’honneur, la femme la bénédiction ».


L’heureuse influence de la femme chrétienne s’étend bien au delà du foyer domestique.


« Dieu, dit M. le vicomte de Maumigny, a suscité chez nous ces nombreuses générations de pieuses femmes à qui nous devons notre caractère national, comme Rome doit le sien à ses grands pontifes. Il nous a donné les Clotilde et les Bathide, les Radegonde et les Blanche, les Isabelle et les Jeanne, et, dans ces derniers siècles, de pieuses reines dignes d’elles. Les bergères rivalisent avec les princesses. La vierge de Nanterre et celle de Vaucouleurs, Germaine de Pibrac et Benoîte du Laus, toute une légion de saintes femmes de toute condition et de tout rang, font pénétrer partout la douce influence de Marie, leur modèle.»

Aussi, pendant que le salut de l’Italie vient, avant tout, de ses grands Pontifes, il nous vient surtout de l’apostolat des femmes. Au dernier siècle (XVIIIe), rois et magistrats, savants et pontifes même, sommeillaient; mais les femmes restaient héroïquement fidèles.

Et quand les hommes disaient :  » Je ne connais pas cet homme, son royaume n’est pas de ce monde! » Les femmes suivaient sans bruit le Christ et son Vicaire jusque sur le Calvaire.

Nous devons à nos mères et à nos sœurs le fond d’honneur et de dévouement chevaleresque qui est la vie de la France. Nous leur devons
la foi catholique. Disciples de la Reine des apôtres et des martyrs, les femmes ont fait passer leur cœur dans le cœur de leurs fils. Les femmes en France sont l’âme de toutes les bonnes œuvres : du Denier de Saint-Pierre
comme de la Propagation de la Foi; et c’est le souffle de leur mère et de leurs sœurs qui portait à Rome les défenseurs du Saint-Siège.

Je connais plus d’un jeune homme qui serait dans les zouaves s’il eût suivi les secrets désirs de sa mère; je n’en connais pas un qu’une mère chrétienne ait arrêté. Le père pouvait faiblir, jamais la mère; jamais, ni avant, ni pendant, ni après. Un fils mutilé était son orgueil, et quand, devant le cadavre du martyr, Dieu disait au fond du cœur : Ton fils est avec moi, la reconnaissance étouffait sa douleur. Plus que le sang de son fils, elle aimait sa gloire. Marie, leur modèle, Marie avait appris à ces mères, comment on sacrifie un fils unique à Dieu et l’Église.

« Non », disait Pic IX au récit de ces immolations sublimes,

« la France, qui produit de telles saintes, ne périra pas! »

La première fois que l’héroïque veuve de Pimodan vit le Pape, elle ne lui dit pas : « Oh! Saint-Père, rendez-moi mon mari! » Elle lui dit: »Oh! dites-moi qu’il est au ciel! » Et quand Pie IX a répondu : « Je ne prie plus pour lui, » elle ne demanda plus rien; car elle a compris qu’elle est veuve d’un martyr, et cela suffit.

Les femmes sont l’âme de tout ce qui a remué la France et, par elle, le monde. A Castelfidardo, les zouaves combattaient sous les yeux de leurs mères, présentes à leur pensée, et sous les murs du sanctuaire où la Reine des martyrs engendra le Roi des martyrs. Tous, en marchant à l’ennemi, répétaient ce mot de l’un d’eux :

« Mon âme à Dieu, mon cœur à ma mère, mon corps à Lorette. »

A leurs mères, à Marie, qui les inspirait tous, revient l’honneur de la bataille. Comme jadis les chevaliers, comme plus tard les Vendéens, c’est sur les genoux de leurs mères qu’ils ont appris à mourir pour Dieu, l’Église et la patrie.

Dans une belle élude, publiée dans la Défense Sociale du 16 avril au 1er août 1903, sous ce titre : Le Progrès, M. Favière constate que la civilisation moderne se rattache par ses origines à l’antiquité helléno-latine.

« L’Evangile, dit-il, les différencie, mais il les unit à cause de leur affinité. Cette affinité vient de ce que la Grèce et Rome, contrairement à ce qui se passait en Orient, n’avaient pas exclu la femme de la vie sociale, de sorte que le génie féminin avait eu part dans le développement de leur civilisation, qui fut par là même plus apte que les civilisations de l’Orient, à recevoir la greffe évangélique. »


Les Germains, en s’établissant dans l’empire, y apportèrent le respect superstitieux qu’ils avaient pour la femme. L’Église purifia ce sentiment,
réserva à la pureté des mœurs le premier rang dans l’estime des hommes, et ouvrant ainsi sur le monde tous les trésors du cœur et de l’intelligence de la femme, doubla les ressources et le champ d’action du progrès.

« C’est de la femme, dit M. Favière, que les nations chrétiennes ont reçu le don de la piété, c’est d’elles qu’elles tiennent celle faculté des émotions communicatives qui ébranlent les foules, des réveils soudains et irrésistibles qui soulèvent parfois les peuples au-dessus d’eux-mêmes, de leurs intérêts mercantiles et de leur repos, pour les précipiter dans la voie des aventures sublimes qui sont les grandes étapes de l’Humanité.

Quel peuple le sait mieux que le nôtre? Ce n’est pas seulement par le cœur que la femme s’est associée à l’œuvre du progrès; ce n’est pas seulement par la chaleur et le mouvement qu’elle lui a communiqués, qu’elle a élevé la civilisation chrétienne au-dessus de ce que le monde avait vu; elle ne l’a pas moins bien servie par son intelligence.

L’intelligence prompte et instinctive de la femme a, sur le monde moral, des vues dont l’intelligence masculine n’égale pas la pénétration… Elle cultive dans la famille le sens du bien, elle y donne l’intelligence des vérités premières, elle les enseigne par ses actes, par ses jugements, par les manifestations de son estime et de son blâme ».


Il est bien peu d’hommes parmi nous, depuis deux siècles, qui, même sans le vouloir, ne se laissent enlacer par la Révolution. Les femmes, au contraire, ont l’instinct de la vérité comme de la charité. Toute apostasie, toute lâcheté, toute faiblesse d’esprit ou de cœur, trouve en elles d’inflexibles juges. Elles aiment l’Église et la Patrie, le Christ et sa Mère; elles les aiment plus qu’elles-mêmes, plus que les richesses, plus que leurs enfants. Nous le voyions, il y a un instant, à Mentana et à Castelfidardo.

Et cet amour leur tient lieu de science. Elles sont parmi nous le ferme appui de la société et de l’Église. La Révolution le sait bien. Elle sait le nombre de frères, de fils et de maris préservés, arrachés des sociétés secrètes par de simples ouvrières, par de simples paysannes. Sans cesse le révolutionnaire est harcelé par cette guerre féminine.

De là ses plaintes, ses complots pour pervertir le cœur de la femme.

(…)

Extrait de L’esprit familial de Mgr Delassus :

https://saint-remi.fr/fr/mariage-education/300-l-esprit-familial-dans-la-maison-dans-la-cite-et-dans-l-etat.html

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