LA GRANDE MANŒUVRE : LES ORIGINES . I ère partie : L’Ecole des Roches

Dans la manœuvre de récupération des mécontents de Vatican II dans une voie de garage, Jean Arfel, dit Madiran, joue un rôle capital et essentiel, mais il n’est pas le seul. Il y a autour de lui des collaborateurs et des amis. Il y a surtout deux maîtres : les frères Charlier, dont le “cardinal” Hoyos a fait l’éloge dans son homélie, lors de la messe de clôture du dernier pèlerinage du Centre Charlier, à Chartres. Pensez-vous qu’un Hoyos quelconque aurait pu parler dans les mêmes termes d’un cardinal Pie ou d’un Mgr Delassus ? Il y a là un détail qu’il nous faut creuser pour avoir une réponse à la question qui nous occupe : quel lien, quel rapport entretiennent les Charlier, Arfel, Hoyos, Dom Gérard, Bernard Anthony, et bien d’autres ?

La réponse est : l’école des Roches et son esprit œcuménique.

De grands noms catholiques y sont passés

Lorsque vous apprenez qu’à l’Ecole des Roches sont passés Jean Arfel, comme professeur, André Charlier, comme directeur, Jean-Marie Paupert, comme professeur de philosophie ( !), Georges de Nantes, comme professeur de philosophie, et comme élèves : Gérard Calvet, le fils du roi Bao Daï, Henri Brincard (aujourd’hui “évêque” du Puy), les deux fils de Robert Hersant, Laurent Hallier (le frère de Jean-Edern, l’écrivain), Louis Pauwels (feu le directeur du Figaro Magazine), Bernard Anthony, et j’en oublie certainement, vous comprenez que cette école a exercé une influence sur une certaine élite. Maintenant, reste à déterminer de quelle nature fut cette influence, et c’est l’histoire de l’Ecole qui va nous la faire découvrir.

Abbé Georges de Nantes
Jean Madiran avec Radzinger

Le fondateur : disciple de l’abbé de Tourville et de Frédéric le Play

Le fondateur : Edmond Demolins fut disciple de l’abbé de Tourville et Frédéric Le Play (catholiques libéraux de l’école de sociologie catholique, voir abbé Barbier Histoire du catholicisme libéral et social t. 4, p. 467). Demolins adhère à la Science sociale de Le Play. Le Play parcourut l’Europe pour observer la famille ouvrière. Il divisa les peuples en deux groupes distincts : les peuples communautaires (régime tribal, patriarcal, familial) et les peuples particularistes qui forment des individus et laissent le champ libre à l’initiative individuelle. La science sociale pose comme principe que les particularistes sont supérieurs aux communautaires. Or, les peuples catholiques latins sont communautaires par essence et les peuples protestants sont particularistes. Donc les peuples protestants sont supérieurs aux peuples catholiques. D’ailleurs Demolins écrit en 1897 un livre intitulé : A quoi tient la supériorité des anglo-saxons ? Les thèses de Demolins défendues dans ce livre ne sont ni plus ni moins que celles de l’abbé de Tourville, dont le catholicisme avait tendance à se protestantiser. La doctrine essentielle est celle du “self-help”, de l’initiative privée qui peut seule assurer le salut des nations comme des individus ; il faut donc la faire passer dans l’éducation et à cette fin Demolins se tournera vers les écoles nouvelles (new schools) adeptes de la nouvelle éducation :
– respect de la personnalité et de la liberté de l’enfant ;
– désintéressement des parents qui élèvent leur fils pour le bonheur du fils et non pour la gloire de son père ;
– regard tendu vers l’avenir et non vers le passé ;
– devoir de ne pas dédaigner les métiers manuels qui font partie de la culture générale ;
– trouver dès que possible un métier qui assure leur avenir.

Demolins ouvre l’école en 1898

En septembre 1898, Demolins passe ses vacances à la Guichardière, propriété normande à trois kilomètres de Verneuil-sur-Avre. Il entre en possession du château des Roches, puis écrit son livre L’éducation nouvelle paru chez Didot la même année : « Ce que ni l’Université ni les grands corps religieux enseignants, ni les hommes publics ne peuvent faire immédiatement, l’initiative privée de simples particuliers, de simples pères de famille peuvent l’entreprendre. L’initiative individuelle est cent fois plus forte, plus souple, plus alerte… parce qu’elle n’est pas dominée, réglementée par une hiérarchie compliquée, au sommet de laquelle se trouvent des vieillards, vénérables sans doute, mais obstinément tournés vers le passé, n’ayant plus d’ailleurs ni la force de corps, ni l’élasticité d’esprit nécessaires pour devenir des hommes nouveaux prêts à des choses nouvelles. » L’éducation nouvelle., p.39. « Au pauvre “pion” si peu respecté souvent et dont le rôle, malgré toute sa bonne volonté, est forcément modeste, Demolins oppose le “capitaine” des écoles nouvelles, élu par les élèves de l’Ecole (démocratie oblige ! NDR) ayant une responsabilité effective dans la marche de l’Ecole et participant à l’autorité des supérieurs. Demolins, comme Bertier, son successeur, se disent très proches de Maria Montessori. Tous ces détails sont très importants car ils manifes9 tent l’état d’esprit d’hommes qui ont eu une influence sur le premier mouvement scout en France, les Éclaireurs de France (E.d.F.).

Les idéologues des nouvelles méthodes pédagogiques

Georges BERTIER (co-fondateur des Éclaireurs de France en 1911, totem scout : le Vieux Loup des Roches), successeur de Demolins à la direction de l’Ecole, expose la doctrine et les maîtres de Demolins dans son livre L’Ecole des Roches, Cerf, 1935 : « Victor de Feltre (1378-1446) ; Vivès (1492-1540) ; Rabelais et Montaigne ; Comenius (1592-1671) ; Locke (avec son livre écrit en 1693 Quelques pensées sur l’éducation. Locke rejette particulièrement tous châtiments corporels). Arrêtons nous à Comenius car il est des maîtres à penser de l’U.N.E.S.C.O. au XX è siècle. Jan Amos Kominsky (Comenius) est Rose-Croix, il se fait l’apôtre d’un mondialisme politico-religieux en prônant la réconciliation des Églises sous le signe d’un christianisme tolérant. L’UNESCO voit en lui “un des premiers propagateurs des idées dont s’est inspiré l’UNESCO depuis sa fondation” (1). L’œuvre pédagogique de Comenius, contenue essentiellement dans la Didactica magna (1633-1638) est inséparable du reste de son système essentiellement gnostique. Son héritage spirituel est arrivé jusqu’à nous par l’intermédiaire de Pestalozzi (1746-1827) et Montessori (1870-1972). Maria Montessori fut la fondatrice de la méthode didactique qui porte son nom et qui fut propagée par la Société Théosophique de H.P. Blavatsky, à laquelle elle appartenait. Lisez à ce sujet tout le chapitre V du livre d’Epiphanius Maçonnerie et sectes secrètes, Publications du Courrier de Rome (en vente à Chiré). Un autre maître de l’Ecole des Roches est J.J. Rousseau ! Bertier se dédouane auprès des parents trop intransigeants qui pourraient trouver à y redire : « Si certaines affirmations de Rousseau sont inacceptables pour un chrétien (l’auteur se garde bien de préciser lesquelles) n’oublions pas d’autre part que bien des mouvements de l’éducation ont été faussés par le courant janséniste, si éloigné lui aussi de la véritable tradition chrétienne.” Entre deux courants si éloignés de la véritable tradition chrétienne, Bertier ne choisit pas saint Thomas ou saint Jean Bosco, mais l’horrible dégénéré, Jean-Jacques Rousseau, le père du libéralisme et de la Révolution (2) . Bertier se justifie encore : « Les affirmations de l’Émile, tout excessives et volontairement outrées qu’elles soient, nous ont amenés pourtant, assez souvent (! ), à des conclusions heureuses » op. cit., p. 29. « Les idées de Rousseau furent appliquées d’abord en Allemagne en 1774, deux ans après la parution de L’Émile par le Groupe des Philanthropes dont le programme est : “Former des Européens, des citoyens du monde, et les préparer à une existence aussi utile et aussi heureuse que possible. » op. cit. p. 31.

Une méthodologie révolutionnaire en pratique

Après les maîtres, il y a la pratique, spécialement en matière religieuse. Demolins et Bertier vont mettre en application les principes de Comenius sur le christianisme tolérant en établissant une double aumônerie : une catholique et une protestante. Le 2 mai 1909, Mgr Meunier, évêque d’Evreux (!) venait bénir solennellement la chapelle catholique, due au talent de Maurice Storez. La chapelle protestante date de 1910. « L’éducation nouvelle fait appel à la liberté de l’enfant et lui laisse la plus large part dans la conquête de sa foi comme dans sa vie religieuse (liberté religieuse pratiquée dès le plus jeune âge, quel scandale pour ces âmes d’enfants ! ndr) Qu’il soit catholique ou protestant, le Rocheux (l’élève de l’Ecole des Roches) doit, dans toutes ses démarches religieuses, avoir et donner l’impression d’une spontanéité totale. Edmond Demolins en juxtaposant les deux religions chrétiennes, a pensé que l’Ecole devait être, en ce domaine comme dans tous les autres, une sorte de microcosme et que son élève devait, dès le jeune âge, avoir assez de caractère pour maintenir intactes ses convictions en face des convictions différentes et assez de douceur pour les affirmer sans heurter ni blesser (les libéraux sont toujours des utopistes et des rêveurs, ndr) » op. cit., p. 290. C’est ainsi que l’œcuménisme très distingué et “châââritable” était pratiqué tous les jours. C’est le même esprit “neutre” en matière de religion, que l’on retrouvera chez les scouts. Ce n’est pas pour rien que les Roches fut la première école en France à créer une troupe scoute, en avril 1911. La date est à retenir, car les scouts de l’époque n’avaient encore subi aucune modification dans le sens catholique.

Déménagement dans les Pyrénées

Au cours de la seconde guerre mondiale, l’Ecole des Roches se replia à Maslacq, dans les Pyrénées. Louis Garrone (frère du cardinal) succéda à Bertier à la direction de l’Ecole. André Charlier, entré à Verneuil comme simple professeur de lettres, en 1924, devint directeur à son tour en 1940. Louis Fontaine écrit dans La Mémoire du Scoutisme : « Fidèle aux principes des écoles nouvelles auxquels il avait entièrement adhéré, André Charlier maintint, tant à Maslacq qu’à Clères (à partir de 1950), les grands axes édictés par Demolins : autodiscipline prise en main par les “capitaines”, cadre naturel, sports et libre discussion favorisant la formation du caractère. » Il conserva surtout la pratique des deux chapelles. A l’intérieur même de l’Ecole, la religion catholique et la secte protestante avaient leurs aumôniers. Charlier n’a jamais rien trouvé à redire, cela faisait partie des principes du fondateur…

Exemple d’hétérodoxie

Jean-Marie Paupert évoque ses souvenirs de l’époque dans son livre Les chrétiens de la déchirure chez Robert Laffont : «C’était le bon temps de l’auberge espagnole œcuménique. Une auberge où il faisait bon vivre et rêver (toujours le libéral rêveur, ndr)». Dans les années cinquante, l’aumônier “catholique” était monsieur l’abbé Chauvy, homme très distingué et lettré qui savait parler dans les salons. Il associait avec un art oratoire consommé Lamennais et Maurras. Paupert avoue qu’il faisait des sermons pas très catholiques. Un jour que madame Paupert, pourtant progressiste et de famille socialiste, lui opposait l’Évangile, l’aumônier s’emporta : « Les Évangiles, hurla-t-il un jour, qu’avez-vous à m’assommer, madame, avec les Évangiles ? Les Évangiles, qu’est-ce que c’est ? Quelques grossiers libelles de propagande, composés par des meneurs incultes !» op. cit, p. 105.

Les deux aumôniers, catholique et protestant, résidaient à demeure toute l’année, pleinement intégrés à la famille du collège. Le pasteur était aussi professeur, mais pas le prêtre catholique. Et J.M. Paupert de conclure : «Sachant tout cela, alors peut-être certains comprendront-ils, plus nombreux, ce qu’il y avait au fond de libéral dans la manière, l’esprit et la direction d’André Charlier. » op. cit., p. 109.

Une pépinière de libéraux…

C’est le moins que l’on puisse dire et cela explique le libéralisme de Jean Arfel, dit Madiran, de B. Anthony, de Dom Gérard et de leurs disciples du Centre Charlier et du MJCF (dont les Lettres aux Capitaines de Charlier constituent le manuel du parfait animateur). J’irai plus loin en affirmant que l’Ecole des Roches depuis Demolins jusqu’à aujourd’hui tombe sous la condamnation du Pape Pie XI dans son encyclique Divini illius Magistri : « La fréquentation des écoles non catholiques, ou neutres ou mixtes (celles à savoir qui s’ouvrent indifféremment aux catholiques et non-catholiques, sans distinction), doit être interdite aux enfants catholiques … Il ne peut donc même être question d’admettre pour les catholiques cette école mixte (plus déplorable encore si elle est unique et obligatoire pour tous), où l’instruction religieuse étant donnée à part aux élèves catholiques, ceux-ci reçoivent tous les autres enseignements de maîtres non catholiques, en commun avec les élèves non catholiques. » 1929. C’est clair. Qu’on n’attende rien de bon de toute cette élite libérale qui fut formée dans une école de religion mixte condamnée par l’Eglise, même si elle fut tolérée par l’évêque du lieu. Il faut assainir les fondements d’une contre-réforme 11 de tout ce passé œcuménique, libéral, théosophe. Écarter les hommes issus de l’Ecole des Roches est un premier devoir, car un libéral ne se convertit jamais. Un communiste peut se convertir ; un anarchiste peut se convertir ; un libéral, jamais.

La Fronde de David (in La Tour de David n° 09)

1) Pages choisies publiées par l’UNESCO, édition Bemporad-Marzocco, Florence, 1960.
2) Lire le remarquable ouvrage de Luce Quenette Étude sociale JJ Rousseau et le modernisme pédagogique, La Lettre de la Péraudière, Hors série n°4, La Péraudière 69770 Montrottier .


AJOUTEZ VOTRE COURRIEL POUR RECEVOIR NOS ACTUALITÉS

Catholiques de France

Ce site a pour ambition de défendre le magistère et la Foi Catholique dans son intégralité et sans concession, dans un esprit de foi et de charité. Notre devise : Pour sauver la France éternelle conservons la Foi de nos pères.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *