Le Magistère ordinaire universel en question
A) Textes du magistère

Voici un texte de Pie IX qui illustre bien la question présente : « Comme tous les fauteurs d’hérésie et de schisme, ils se vantent faussement d’avoir conservé l’ancienne foi catholique, alors qu’ils renversent le principal fondement même de la foi et de la doctrine catholique. Ils reconnaissent bien dans l’Ecriture et la Tradition la source de la Révélation divine ; mais ils refusent d’écouter le MAGISTÈRE TOUJOURS VIVANT DE L’EGLISE (1), bien que ressortant clairement de l’Ecriture et de la Tradition, et institué par Dieu comme gardien perpétuel de l’exposition et de l’explication infaillibles des dogmes transmis par ces deux sources. Par suite, avec leur science fausse et bornée, indépendamment et même à l’encontre de l’autorité de ce magistère divinement institué, ils s’établissent eux-mêmes juges des dogmes contenus dans ces sources de la Révélation.
Car font-ils autre chose, lorsqu’à propos d’un dogme de foi défini par Nous, avec l’approbation du saint Concile, ils nient que ce soit une Vérité révélée par Dieu et exigeant un assentiment de foi catholique, tout simplement parce qu’à leur avis ce dogme ne se trouve pas dans l’Ecriture et la Tradition ? Comme s’il n’y avait pas un ordre dans la foi, institué par notre Rédempteur dans son Eglise et toujours conservé, selon lequel la définition même d’un dogme doit être tenue à elle seule pour une démonstration suffisante, très sûre et adaptée à tous les fidèles, que la doctrine définie est contenue dans le double dépôt de la révélation, écrit et oral. C’est d’ailleurs pourquoi de telles définitions dogmatiques ont toujours été et sont nécessairement une règle immuable pour la foi comme pour la théologie catholique, à laquelle revient la très noble mission de montrer comment la doctrine, au sens même de la définition, est contenue dans le dépôt révélé». Lettre Inter gravissimas, du 28/10/1870, à l’assemblée épiscopale de Fulda.
Vatican I, Constitution De Fide catholica : « On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et que l’Eglise propose à croire comme divinement révélé, SOIT PAR UN JUGEMENT SOLENNEL, SOIT PAR LE MAGISTÈRE ORDINAIRE ET UNIVERSEL. »
A propos du magistère ordinaire, le pape Pie IX écrivait à l’archevêque de Munich en 1863 : « Car même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se donner par un acte de foi divine, il ne faudrait cependant pas la limiter à ce qui est défini par les décrets exprès des conciles œcuméniques ou des pontifes romains de ce siège apostolique, mais il faudrait aussi l’étendre aux vérités transmises comme divinement révélées par le magistère ordinaire de toute l’église dispersée sur la terre. »
Pie IX, Vix dum a nobis, 7/3/1874 :
“ …le Créateur et Rédempteur du genre humain a certainement fondé l’Eglise comme son royaume visible sur la terre, et il l’a dotée non seulement du don surnaturel d’un enseignement infaillible pour la propagation de la sainte doctrine, d’un sacerdoce saint pour le culte divin et la sanctification des âmes au moyen du Saint Sacrifice et des sacrements ; mais il lui a encore donné en propre pleine puissance de faire des lois, de juger et d’exercer un salutaire pouvoir coercitif pour toutes choses en rapport avec la fin véritable du royaume de Dieu sur la terre.
Léon XIII, Satis Cognitum, 29/06/1896 :
“ Jésus-Christ a institué dans l’Eglise un magistère vivant, authentique et de plus perpétuel, qu’il a investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles, et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres” .
“ Toutes les fois que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l’Auteur de l’erreur des hommes” . Ensuite, il ajoute, citant Richard de Saint-Victor : “ Seigneur, si nous sommes dans l’erreur, c’est vous-même qui nous avez trompés” .
B) Mgr d’Avanzo au Concile Vatican I, au nom de la Députation de la Foi
Tous ces textes du magistère sont très clairs pour nous faire comprendre que le magistère ordinaire universel possède la même valeur souveraine que les définitions solennelles et il émane de la même autorité : le pape seul ou le pape et les évêques unis avec lui.
Mgr d’Avanzo intervint au Concile Vatican I au nom de la Députation de la Foi pour préciser ce que le concile entendait par magistère ordinaire : « Permettez-moi de rappeler comment l’infaillibilité s’exerce dans l’Eglise. (…) Il y a donc un double mode d’infaillibilité dans l’Eglise ; le premier est exercé par le magistère ordinaire de l’Eglise. C’est pourquoi, de même que l’Esprit Saint, l’esprit de vérité, demeure dans l’Eglise tous les jours, de même tous les jours l’Eglise enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la révélation mais non définies, soit enfin qui sont cru implicitement : toutes ces vérités, l’Eglise les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. Tous, et le pape et les évêques sont infaillibles dans ce magistère ordinaire, de l’infaillibilité même de l’Eglise : ils diffèrent seulement en ceci que les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, par qui ils sont confirmés ; le pape, lui, n’a besoin que de l’assistance du Saint Esprit à lui promise ; et ainsi il enseigne et n’est pas enseigné, il confirme et n’est pas confirmé. Quelle est la part des fidèles dans cette affaire ? Le même Esprit Saint qui assiste le pape et les évêques enseignant par le charisme d’infaillibilité, donne aux fidèles la grâce de la foi par laquelle ils croient au magistère de l’Eglise. Sur quoi il ne sera pas hors de propos d’observer que le magistère des évêques dépasse en dignité et majesté les fidèles autant qu’un maître infaillible divinement institué est reconnu briller au-dessus de ses disciples.
Même avec l’existence de ce magistère ordinaire, il arrive parfois soit que les vérités enseignées par ce magistère ordinaire et déjà définies soient combattues par un retour de l’hérésie, soit que des vérités non encore définies, mais tenues implicitement ou explicitement, doivent être définies ; et alors se présente l’occasion d’une définition dogmatique, dont il est question à présent. »
C) Court résumé du théologien Vacant
Les gallicans, adversaires de l’infaillibilité papale, ont toujours défendu l’infaillibilité de l’Eglise dispersée. Le corps des évêques dispersés uni au pape ne peut tomber dans l’erreur, il jouit de la pleine autorité doctrinale infaillible, car il participe de l’infaillibilité papale. Le pape et les évêques en pleine communion avec lui ont reçu la mission de communiquer la Vie surnaturelle à toute l’Eglise militante ; ils sont le sel de la terre où ils empêchent cette vie de se corrompre. C’est donc bien l’exercice de la juridiction papale et épiscopale qui garde et entretient la Vie surnaturelle dans l’Eglise militante et visible. Cette juridiction consiste dans l’enseignement infaillible du magistère ordinaire et extraordinaire, par le maintien des lois divines et ecclésiastiques (Droit canon, tribunaux, Congrégations romaines) et par le culte liturgique sous toutes ses formes. Le pouvoir de juridiction des évêques et du pape constitue l’âme qui vivifie le corps social de l’Eglise.
Le magistère ordinaire universel, quoique tout entier sous l’influence et le gouvernement des pasteurs, est formé des voix harmonieuses de tous les catholiques de la terre : fidèles et évêques unis au pape. Lorsque l’on parle de l’enseignement infaillible des évêques dispersés, il ne s’agit pas de l’enseignement particulier d’un évêque pris isolément qui émet une opinion, mais de l’accord unanime de l’ensemble des évêques sur une question de Foi ou de mœurs.
Les définitions solennelles du magistère extraordinaire ont pour but de déterminer précisément un point de la doctrine catholique controversée ou nié par des hérésies. Pour le magistère ordinaire, quotidien, les choses sont plus complexes et l’Eglise enseignante utilise le langage humain pour exprimer les vérités de foi. Ce langage varie avec les peuples et les cultures. C’est tout l’art du missionnaire de traduire le catéchisme dans la langue du pays où il se trouve. Il est donc de la première importance que le langage utilisé soit vrai, réaliste, en parfaite conformité avec la création. Le missionnaire ne peut pas utiliser les philosophies orientales pour expliquer la doctrine catholique, car ces philosophies sont des erreurs grossières comme la théorie de la réincarnation. De même, en occident, les évêques ne peuvent pas utiliser la philosophie moderne, fausse depuis son principe idéaliste chez Descartes, pour exprimer la foi. C’est pourquoi le pape Léon XIII a déclaré saint Thomas docteur commun de l’Eglise.
Comment à travers tous les langages de la terre, l’unité de doctrine peut-elle être conservée ? Elle peut être conservée uniquement par l’autorité unanime de l’épiscopat dispersé uni au pape. C’est un mystère de vie surnaturelle qui manifeste la présence vivifiante de l’Esprit Saint dans tous les membres de l’Eglise militante. Le magistère ordinaire, vivant de la Vie même du Saint-Esprit, va toujours rechercher l’expression la plus adéquate, la plus précise pour éviter toute ambiguïté face à l’hérésie. L’Eglise enseignante livrera des batailles à certains de ses fils rebelles pour un mot qui modifie l’expression de la Foi. En ce domaine, la Vie ou la mort éternelle se jouent sur un mot. Par exemple, le salut dépend du refus ou de l’acceptation des mots : consubstantiel, transsubstantiation, ou encore union hypostatique.
Le magistère ordinaire de l’Eglise s’exprime encore d’une manière infaillible, quoique implicite, par la discipline et le culte liturgique ainsi que par les lois qui conduisent les pasteurs et les fidèles. L’enseignement de la Foi, le culte divin, et les lois sont divers organes d’un même corps et ils se prêtent une aide mutuelle sous l’action du Pape et des évêques. Comme dans le corps humain, le sang, les muscles et les os se vivifient mutuellement, ainsi, dans l’Eglise, la doctrine de la Foi se garde grâce à la discipline et au culte divin sans lesquels la Révélation cesserait vite d’être prêchée, crue et respectée. Réciproquement, le Code de Droit Canon et la liturgie ont pour première règle la Révélation. Donc, pour sauvegarder l’infaillibilité du magistère, il faut que l’assistance du Saint-Esprit s’étende à la législation ecclésiastique. En conséquence, la doctrine chrétienne se manifeste par la discipline et la liturgie, en même temps que par les enseignements exprès de l’Eglise. Il faut bien que la direction donnée aux fidèles règle toute leur conduite conformément à la doctrine de Jésus-Christ. Toutes les fonctions de la Vie surnaturelle qui s’exercent dans le corps mystique de Jésus-Christ, sous l’action du gouvernement des pasteurs légitimes (c’est-à-dire unis au pape), deviennent donc des manifestations permanentes de la doctrine du Sauveur. Aussi l’Eglise est-elle sainte tout en étant composée d’hommes pécheurs. Cependant, ces pécheurs ne peuvent commander aux fidèles de commettre un seul péché, au nom de l’Eglise, dans un document officiel du magistère.
Tout ce qui vient d’être dit n’est qu’un résumé de l’enseignement du théologien Vacant (2) dans son ouvrage capital Études théologiques sur les Constitutions du Concile du Vatican, Delhomme et Briguet, Paris, 1895, p. 89 et sv.
D) Application à la situation d’aujourd’hui
Qu’en est-il du magistère ordinaire, aujourd’hui ? Étant admis que Wojtyla n’est pas le Vicaire du Christ, les évêques ne peuvent plus exercer ce magistère infailliblement. Qui plus est, Montini et Wojtyla sont des antichrists, des précurseurs de l’Antéchrist, ils ont donc profité d’être assis sur le siège de Pierre pour détruire tout ce qu’ils pouvaient dans l’enseignement, les lois, le culte et la discipline. Ils les ont remplacés par une autre loi (le nouveau Code), un autre culte (le NOM), un autre enseignement (Vatican II). Ils ont écarté des sièges épiscopaux tous ceux qui résistaient à la nouvelle religion antichristique de Montini (la religion de l’Homme, cf. Discours à l’ONU). Ceci est un fait que nous constatons, qui est sous nos yeux.
Alors certains objecteront, comme monsieur l’abbé Laisney (lettre du 4 décembre 1995 au Père Vinson) : « L’Eglise est une société visible jusqu’à la fin du monde. Elle possédera donc toujours sa structure, telle que le Christ l’a établie. L’indéfectibilité de l’Eglise, telle que le Christ l’a fondée, jusqu’à la fin du monde, est de foi catholique (Zubizareta, p. 330). Or, l’Eglise, par l’institution même du Christ, possède une hiérarchie dans laquelle le pape a une place irremplaçable. Donc, l’Eglise fondée par le Christ aura toujours un pape, ou au moins sera “en train d’en avoir” : après la mort d’un pape, le clergé de Rome est conscient de son devoir d’élire un successeur. Nier cela, c’est nier l’indéfectibilité de l’Eglise. » Dom Gréa parle de visibilité de l’Eglise à propos du pape : « Où est l’Eglise ? Là où est le pape. Comme le pape est le représentant du Christ, nécessairement visible, et ainsi lui-même la Tête visible de l’Eglise, il est, par-là même, fondement et principe de l’unité visible de l’Eglise. Or, ceci est tellement nécessaire que si un “catholique” n’était pas en communion visible avec ce principe visible de l’unité qu’est le Vicaire du Christ régnant, il n’appartiendrait pas à l’unique, visible et seule vraie Eglise du Christ. » L’Eglise et sa divine constitution, Castermann, 1965, p. 110 et sv. L’objection est de taille et mérite la plus grande attention.
E) Pères, Docteurs, antilibéraux

Pour y répondre, il faut nous placer de suite dans la bonne perspective. L’Eglise est une réalité à la fois humaine et surnaturelle, elle est le Corps mystique du Christ, dont il est la Tête et dont nous sommes les membres. La vie du corps mystique suivra les mêmes étapes et les mêmes épreuves que le corps physique du Christ. C’est ce qu’explique Dom Gaspar Lefebvre dans le Missel quotidien pour les fidèles, 1922, p. 997 : « Depuis les fêtes de la Pentecôte où elle prit naissance, l’Eglise reproduit au cours des siècles toute la vie du Christ, dont elle est le corps mystique. Jésus, dès son enfance, est persécuté et doit fuir en Égypte, tandis qu’on massacre les saints Innocents. L’Eglise, durant quatre siècles, subit les plus violentes persécutions et doit se cacher dans les catacombes. Jésus adolescent se retire à Nazareth et passe les plus longues années de sa vie dans le recueillement et la prière. Et l’Eglise, à partir de Constantin, connaît une ère de paix. Partout surgissent des cathédrales et des abbayes où résonne la louange divine, et où les évêques et abbés, prêtres et religieux s’opposent, par l’étude et un zèle infatigable, à l’envahissement de l’hérésie. Jésus …commence à trente ans sa vie d’apostolat. Et l’Eglise, à partir du XVI è siècle doit résister aux assauts du paganisme renaissant et répandre dans les parties du globe récemment découvertes l’Évangile du Christ. Et de son sein surgissent sans cesse des milices nouvelles de missionnaires qu’elle envoie dans le monde entier. Enfin, Jésus termine sa vie par le sacrifice du Golgotha bientôt suivi du triomphe de sa résurrection. Et l’Eglise, à la fin des temps, comme son divin chef sur la Croix, paraîtra vaincue, mais ce sera elle qui remportera la victoire ».
« Le corps du Christ qui est l’Eglise, à l’instar du corps humain, fut d’abord jeune, et voilà qu’à la fin du monde il aura une apparence de caducité. » dit saint Augustin in Ps 26.
« Comme Notre-Seigneur, l’Eglise devra connaître la Passion et la Mort dans ses éléments humains, pour ressusciter ensuite plus glorieuse que jamais. Quels sont ces éléments humains ? C’est la célébration du Sacrifice perpétuel de la Messe, c’est l’exercice du pouvoir des clés, c’est la fidélité des Nations à la Foi catholique romaine. Tous ces éléments essentiels à l’Eglise vont subir la Passion et la Mort. Comme pour Notre-Seigneur cela a été annoncé par les prophètes mais les catholiques ne l’ont pas compris. Ils n’ont pas compris qu’il fallait que l’Eglise souffrît sa Passion pour entrer dans la gloire. Ainsi, le prophète Daniel a annoncé la cessation du sacrifice perpétuel : ch. 8, v. 13 ; ch. 9, v. 27 ; ch. 11, v. 31 ; ch. 12, v. 11.
Dom Guéranger commenta dans son Explication de la Sainte Messe : « C’est là le commencement de ce qui arrivera lorsque le diable et ses suppôts, déchaînés par toute la terre, y mettront le trouble et la désolation, ainsi que Daniel nous en avertit. A force d’empêcher les ordinations et faire mourir les prêtres, le diable empêchera enfin la célébration du grand sacrifice, alors viendront les jours de malheur… et telle sera l’œuvre de l’antéchrist qui prendra tous les moyens pour empêcher la célébration de la Sainte Messe, afin que ce contrepoids soit abattu, et que Dieu mette fin à toutes choses, n’ayant plus de raison de les faire subsister. »
Ce que Dom Guéranger n’avait pas prévu, c’est que le diable réussirait à mettre un de ses suppôts sur le Siège de Pierre et en changeant les rites de la messe et de l’ordination épiscopale et sacerdotale, il rendrait les sacrements de ces faux ministres invalides.
Quant au pouvoir des clés, qui est le pouvoir de juridiction dans l’Eglise, le prophète Daniel avait dit : « Quand sera accomplie la dispersion de la main du peuple saint, cela sera consommé. » XII , 7. Le peuple saint signifie l’Eglise. “Cela” se rapporte à la grande tribulation, le mystère d’iniquité. “La main du peuple” signifie le pouvoir, la puissance des chefs qui dirigent par leur main tenant un sceptre ou une crosse. On pourrait traduire la phrase de Daniel ainsi : « Quand sera accomplie la dispersion de la puissance ou du pouvoir des chefs de l’Eglise militante, le mystère d’iniquité aura éclaté ouvertement.. »
Dom Delatte, dans son commentaire de II Thess. écrit au XX è siècle : « Oui, il y a une force sociale qui limite le mal et l’empêche d’aboutir au désordre et au néant, il existe une armature stable, des lignes hiérarchiques qui contiennent et réduisent l’effort du méchant. L’expression réelle de cette force sociale et cette énergie de l’ordre était alors donnée dans l’Empire romain avec la paix qui portait son nom : Pax Romana. La paix du monde était assurée par l’Empire Romain, et l’ordre par lui maintenu… L’Eglise avait aussi recueilli la force sociale en se glissant dans l’Empire Romain comme dans son moule matériel ; par l’exercice de son autorité. Elle conserva les cadres de l’Empire Romain, et transmit les conditions de l’ordre et de la vie aux sociétés nationales nouvelles dont Elle fit l’éducation. Par la main de l’Eglise fut créée la civilisation européenne, qui se répandit dans tout le monde habité : son influence et son action, aussi longtemps qu’Elle fut obéie, maintint l’ordre dans l’homme, l’ordre dans la famille, l’ordre dans la société nationale, l’ordre dans la société internationale… Il est évident à tous les yeux que le jour où cette puissance d’ordre et de paix, qui des mains de Rome païenne a passé à la Rome chrétienne, après avoir été lentement minée par les légistes, secouée par la Réforme et la Révolution, aura été définitivement ruinée par l’assaut de tous les éléments du mal déchaînés, les routes seront ouvertes et les issues libres pour le mal. Rien ne les retiendra plus…ce sera le règne de l’égoïsme forcené, d’une forme de barbarie non plus naïve mais savante, sur laquelle nul évangile n’aura de prise. Le frein aura été brisé : rien n’empêchera plus l’avènement de l’ennemi du Christ. »
Saint Thomas d’Aquin le disait déjà au XIII è siècle, dans son commentaire de la II e Thessaloniciens :
« Traduction de saint Paul : Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit : car ce jour ne viendra point que la révolte et l’apostasie (discessio) ne soit arrivée auparavant et qu’on ait vu paraître cet homme de péché, qui doit périr misérablement, cet ennemi de Dieu, qui s’élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu. » II Thess. II , 3.
Saint Thomas : « le mot discessio qui peut vouloir signifier l’apostasie générale de la foi, sera dans le futur de telle sorte que la foi aura été reçue par le monde entier. Ou bien, discessio signifie le rejet de l’Empire Romain, auquel le monde entier sera soumis. En effet, saint Augustin dit que ce que le prophète Daniel symbolise dans la statue ( II , 31), où sont nommés les quatre royaumes, était le signe de la venue du Christ, parce que l’Empire Romain fut affermi afin de protéger de son pouvoir la prédication de la foi dans le monde entier. Mais comment se fait-il que les nations aient déjà rejeté l’Empire Romain et que pourtant l’Antéchrist ne soit pas venu ?
Il faut dire que l’Empire Romain n’a pas cessé, mais a été transformé d’un Empire temporel en un Empire spirituel, comme le dit le Pape saint Léon dans son sermon sur les Apôtres. Et c’est pourquoi on doit comprendre le rejet de l’Empire romain spirituel, c’est-à-dire le rejet de la foi catholique de l’Eglise Romaine. Le signe que le Christ était venu consistait dans la domination universelle de l’Empire Romain, a contrario, le signe de la venue de l’Antéchrist est le rejet de l’Empire romain spirituel, c’est-à-dire de l’Eglise romaine.
Saint Paul « Il s’assoira dans le temple de Dieu… »
Saint Thomas : « Certains disent que le temple de Jérusalem ne sera jamais reconstruit, mais que sa ruine demeurera jusqu’à la fin du monde. Ainsi pensent quelques juifs. C’est pourquoi il faut entendre par l’expression temple de Dieu l’Eglise, parce que beaucoup de mem7 bres de l’Eglise le recevront (templo Dei, id est IN ECCLESIA, quia multi de Ecclesia eum recipient). Selon saint Augustin, il s’assoira dans le temple de Dieu, c’est-à-dire qu’il en sera le chef et qu’il la dominera (principetur et dominetur) »
Saint Jérôme, au Livre IV du commentaire du ch. 24 de St Matthieu dit : «L’abomination de la désolation peut être comprise comme la perversion de tous les dogmes que nous verrons lorsqu’il (l’Antéchrist) se tiendra dans le lieu saint, c’est-à-dire dans l’Eglise… » Office de matines du XXIV è dimanche après la Pentecôte.
Saint Augustin, Cité de Dieu Livre XX, ch. 19 : « les mauvais et les hypocrites sont dans l’Eglise jusqu’à ce qu’ils parviennent à un nombre assez élevé pour former un grand peuple à l’Antéchrist : c’est là le mystère d’iniquité, parce qu’il est caché. L’Apôtre semble donc exhorter les fidèles à persévérer tenacement dans la foi qu’ils tiennent jusqu’à ce que sorte du milieu de l’Eglise le mystère d’iniquité qui, pour l’instant, est caché».
De même saint Grégoire le Grand écrit dans ses Morales sur Job : « dans l’ultime persécution de la sainte Eglise, quand surgira la tête des impies à laquelle il sera permis d’user de toutes ses forces, alors le cœur de chacun révélera ce qu’il est, et tout ce qui est caché apparaîtra au grand jour. Ceux qui, à présent, sont pieux de bouche et impies de cœur, se laisseront aller à une malice publique et perdront l’apparence de la lumière de la Foi qu’ils exhibaient. »
L’abbé Arminjon, dont le livre Fin du monde présent et mystère de la vie future a fait les délices de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, à tel point qu’elle désirait souffrir les tourments des derniers chrétiens, a écrit ceci à la fin du XIX è siècle : « Au moment où la tempête sera plus violente, où l’Eglise sera sans pilote, où le sacrifice non sanglant aura cessé en tout lieu, où tout semblera humainement désespéré, on verra surgir deux témoins : Elie et Hénoch». Ce livre n’a pas été mis à l’Index, personne n’a accusé l’abbé Arminjon de ne pas croire dans l’indéfectibilité et la visibilité de l’Eglise. Pourtant il dit bien qu’à la fin, l’Eglise sera sans pilote, c’est-à-dire sans pape ! Ce qui concorde parfaitement avec le message de la Salette : « Rome perdra la Foi et deviendra le siège de l’Antéchrist. »
Tout concorde, l’ensemble de ces textes projette une vive lumière sur les événements que nous vivons. Relevons la tête, car notre délivrance approche. Nous attendons la vie du siècle à venir, la Vie éternelle. Notre-Seigneur terrassera l’Impie du souffle de sa bouche.
LA TOUR DE DAVID / N° 9 – Octobre 2001
1) Dire que le magistère est vivant, c’est dire qu’il s’exerce continuellement dans l’Eglise par la communication de la doctrine révélée. Ce magistère est vivant en tant qu’il s’oppose au magistère encore exercé actuellement dans l’Eglise par les hommes qui ont disparu, mais auxquels leurs ouvrages ont survécu. Les protestants admettent bien que le magistère des Apôtres s’exerce encore actuellement dans l’Eglise, mais seulement par l’influence de leurs écrits ; ils n’admettent donc qu’un magistère pour ainsi dire posthume, c’est-à-dire mort.
2) Lire du même auteur une courte étude magistrale intitulée Le Magistère ordinaire de l’Eglise et ses organes, 24 pages, et du Cardinal Journet le passage sur L’Apostolicité propriété et note de la véritable Eglise, extrait de L’Eglise du Verbe Incarné, 16 pages, disponibles à ACRF, BP 2, 44140 AIGREFEUILLE, les deux 25 frs franco.
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Lorsque vous dites : « les catholiques ne l’ont pas compris. Ils n’ont pas compris qu’il fallait que l’Eglise souffrît sa Passion pour entrer dans la gloire. »… s’il vous plaît soyons catholiques ensemble ! Et oui nous, corps du Christ, Église, nous souffrons notre passion ! …mais pas pour « entrer dans la gloire, » la gloire nous y entrons chaque fois que nous accomplissons la Volonté du Père… puisque notre Gloire c’est le Christ.
« Mes enfants, c’est la dernière heure et, comme vous l’avez appris, un anti-Christ, un adversaire du Christ, doit venir ; or, il y a dès maintenant beaucoup d’anti-Christs ; nous savons ainsi que c’est la dernière heure. Ils sont sortis de chez nous mais ils n’étaient pas des nôtres ; s’ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. Mais pas un d’entre eux n’est des nôtres, et cela devait être manifesté. » (1Jean2, 18-19)
« Jésus, s’adressant d’abord à ses disciples, se mit à dire :
« Méfiez-vous du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie.
Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu.
Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits.
Je vous le dis, à vous mes amis :
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus.
Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis : c’est celui-là que vous devez craindre. »(Luc 1b-5)
Aujourd’hui il est manifeste que beaucoup d’anti-Christs s’expriment et essaient de détruire l’Église… « tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus ». … Le Pape Jean-Paul II nous invite à une plus grande proximité avec Dieu… au cœur à cœur avec notre rédempteur … le Pape François nous invite à adresser une prière confiante à Dieu, à vivre la vie Évangélique …
– vous ne pouvez pas l’accuser de ne pas comprendre « qu’il fallait que l’Eglise souffrît sa Passion » puisqu’il vit et nous invite quotidiennement à laisser Jésus prendre toute la place dans notre propre existence afin de vivre avec Lui, d’aimer avec Lui –
Si nous, corps du Christ, nous souffrons en effet notre passion vous ne pouvez pas accuser celui qui disait il y a tout juste un an :
«…chercher la voix du Seigneur et Lui laisser l’initiative et la place…Non pas “que dois-je faire pour avoir en héritage ?” mais “que dois-je faire, Seigneur ?” le Seigneur est la fin de la demande, le véritable héritage, le bien suprême. Paul ne change pas de vie sur la base de ses objectifs, il ne devient pas meilleur parce qu’il réalise ses projets. Sa conversion naît d’un renversement existentiel, où la primauté n’appartient plus à sa bravoure face à la loi, mais à la docilité à l’égard de Dieu, dans une totale ouverture à ce qu’Il veut. Pas à sa bravoure mais à sa docilité : de la bravoure à la docilité. » (pape François 25 janvier 2024)