Les Capucins de Morgon : entre fidélité apparente et ambiguïtés doctrinales
Depuis plusieurs années, le monastère des Capucins de Morgon occupe une place singulière dans le paysage catholique dit “traditionnel”. Issus de la réforme franciscaine la plus rigoureuse, ils ont conquis la sympathie de nombreux fidèles attachés à la liturgie tridentine, à la vie monastique austère et à une certaine rigueur doctrinale. Pourtant, leur position sur la crise actuelle de l’Église soulève de sérieuses interrogations. Leur refus du sedevacantisme, et les arguments avancés dans ce cadre, ont récemment été vivement critiqués par Adrien Abauzit, au nom de la cohérence doctrinale.
Une conférence polémique : « Pourquoi nous ne sommes pas sédévacantistes »
Dans une conférence diffusée récemment, les Capucins de Morgon ont exprimé leur refus du sedevacantisme, c’est-à-dire de la position selon laquelle les papes récents — en particulier depuis Vatican II — ne sont pas de véritables papes en raison de leur adhésion publique à des doctrines contraires à la foi catholique. Cette conférence visait à démontrer que l’Église peut, dans certaines circonstances, être entachée de graves erreurs sans que cela n’altère sa visibilité, sa hiérarchie ni sa légitimité magistérielle.
Cette position, déjà soutenue par la Fraternité Saint-Pie X, repose sur une distinction subtile — mais périlleuse — entre l’adhésion extérieure au pape et la non-obéissance à ses erreurs. Selon eux, il est possible d’être en “communion” avec un pape moderniste tout en rejetant ses enseignements déviants, au nom d’une interprétation souple du dogme de l’infaillibilité.
Les critiques d’Adrien Abauzit : une mise en cause frontale
L’intervention d’Adrien Abauzit oppose une critique structurée, vigoureuse et doctrinale à cette position. Selon lui, les Capucins de Morgon — en niant certains enseignements de l’Église sur l’infaillibilité pontificale, la nature du magistère, et les conditions d’appartenance à l’Église — tombent eux-mêmes dans l’erreur.
Trois points majeurs ressortent de cette analyse :
1. La négation de l’infaillibilité de l’Église dans sa discipline et ses canonisations
Les Capucins soutiennent que l’infaillibilité ne s’étend pas aux canonisations ni à certaines disciplines ecclésiastiques. Or plusieurs textes magistériels, tels qu’Octogesima fidei ou les bulles de canonisation de Pie XI et Pie XII, affirment que ces actes relèvent de l’infaillibilité ecclésiale, car ils engagent l’Église entière dans la vénération publique de personnes déclarées saints. Les nier reviendrait donc à contester un enseignement irréformable.
2. La confusion autour de l’hérésie notoire
Les Capucins soutiennent qu’un hérétique notoire ne peut être reconnu comme tel qu’après une décision explicite de l’autorité ecclésiastique. Or, le droit canon et la théologie classique admettent qu’un hérétique public, qui professe son erreur devant tous, est automatiquement déchu de sa dignité ecclésiastique. Saint Robert Bellarmin, le Code de 1917, ainsi que le chanoine Naz, précisent qu’un hérétique notoire “de fait” n’a pas besoin d’un jugement officiel pour être considéré comme séparé de l’Église. Selon cette logique, les pontifes modernistes, en enseignant publiquement des erreurs, ne peuvent pas être considérés comme chefs visibles de l’Église.
3. La contradiction pratique de la messe “una cum”
Les messes des Capucins sont célébrées “una cum” (en communion avec) le pape François. Or, selon l’explication liturgique classique (notamment celle du chanoine Le Courtier), cette mention dans le Canon de la Messe est un acte public de communion avec le pontife romain. Si ce dernier enseigne des hérésies, alors la célébration “una cum” devient une contradiction théologique, car elle affirme une communion avec celui qui est objectivement en rupture avec la foi.
Une position intenable ?
L’analyse d’Abauzit va plus loin : selon lui, les Capucins, tout en refusant le modernisme, coopèrent avec ses institutions. En reconnaissant les sacrements conférés sous juridiction romaine, en continuant de prêter une obéissance partielle aux autorités modernistes, ils entretiennent une ambiguïté qui risque de semer la confusion chez les fidèles. Cette position médiane, entre fidélité à la tradition et reconnaissance partielle du nouveau magistère, est qualifiée de compromission doctrinale.
Il dénonce également une inversion des rapports dans l’Église : ce ne sont plus les papes qui confirment les évêques dans la foi, mais les religieux traditionnels qui “corrigent” Rome tout en affirmant leur soumission apparente. Ce renversement heurte la nature même de l’Église hiérarchique telle que définie par Vatican I.
Une faute d’autorité ou une erreur doctrinale ?
Il ne s’agit pas ici de mettre en procès les intentions des Capucins de Morgon. Leur zèle, leur discipline, leur témoignage de vie sont réels et méritent considération. Mais en matière de foi, l’erreur objective n’est pas compensée par la bonne volonté subjective. Si leur position revient à rejeter certains dogmes définis (comme l’infaillibilité du magistère ordinaire), alors elle les place en situation de rupture doctrinale, même si celle-ci se veut fidèle.
Conclusion : clarifier pour édifier
Dans la crise profonde que traverse l’Église, il ne suffit pas d’être “traditionaliste” ou de célébrer la messe tridentine. Il faut aussi adhérer pleinement, et sans réserve, à toute la doctrine catholique, y compris dans ses exigences les plus dérangeantes. Le sedevacantisme, bien qu’extrême dans son constat, a le mérite de poser des questions que d’autres refusent d’affronter.
Face à la confusion, il est urgent de rappeler que la vérité ne se divise pas, qu’elle ne souffre pas l’ambiguïté, et que toute compromission avec l’erreur finit par affaiblir la foi. Les Capucins de Morgon, comme d’autres communautés, sont appelés à choisir entre une fidélité totale à l’Église de toujours — y compris dans ses conséquences les plus lourdes — ou une fidélité partielle qui, malgré les apparences, risque d’être un leurre.
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Ils sont ordonnés par la FSSPX…..
Heureusement 😅
Qu’en cette année du huicentième anniversaire de la mort de Saint François d’Assise le 4 octobre prochain toute la maison franciscaine du Ciel intercède pour que quelques capucins aient la même Foi que le Père Eugène et fasse le mur du couvent comme lui pour rejoindre les chapelles catholiques et fonder un nouveau couvent vraiment catholique ils trouveront certainement des fidèles tertiaires qui les aideront je suis bien agée mais je prie pour vivre ce nouveau départ ….
Hélas, vous avez raison sur bien des points. J’ai pu m’en rendre compte personnellement en parlant avec l’ex-abbé de Caqueray, en lisant ses textes visant à prouver que l’église de Vatican 2 ne pouvait déclarer les sacres schismatiques encore moins les excommunier. Surtout, je me suis rendu compte qu’il était complétement imbu de la théologie FSSPX. Du reste, la seule objection pointant la contradiction qu’il y a en désobéissant au Pontife tout en prétendant le reconnaître me valut ipso facto l’étiquetage de “sédévac”, ce qui n’est pas le cas. Enfin, ce qui est vrai aussi, c’est que les capucins avec qui j’ai parlé affirment que les sacrements de l’église de Vatican 2 sont tous valides, oui tous valident. Ils recommandent cependant de privilégier, si possible, leurs sacrements, ceux de la FSSPX, ceux de la FSSP, ceux du Christ-Roi, puis en dernier les autres.
Quel chaos! Je n’y comprends plus rien. Dans ce cas, il vaudrait mieux tout de suite se rallier à l’église officielle et reconnaître que tout cela n’est qu’une question de folklore liturgique et accessoirement une querelle de personnes.
Triste!