Les chatiments de l’Esprit Saint : l’exemple des schismatiques – Mgr Gaume

Dès les premiers siècles, les Grecs , poussés par l’Esprit mauvais, n’avaient cessé d’attaquer la troisième personne de la Sainte-Trinité. Macédonius, Photius, Michel Cérulaire, sont les coupables pères d’une longue postérité d’insulteurs. l’Église latine, alarmée sur le sort de sa sœur, ne néglige rien pour la ramener à l’unité

Treize fois les Grecs signent solennellement le symbole catholique, et treize fois ils violent la foi jurée. En 1439, à peine de retour en Orient, après le concile de Florence, ils se moquent de leur signature, et reprennent le cours de leurs blasphèmes contre le Saint-Esprit.


Ce dernier crime comble la mesure, et le nouveau déicide sera puni comme le premier. Ici commence,
entre la ruine de Jérusalem et le sac de Constantinople, le terrible rapprochement qui n’a point
échappé aux observateurs chrétiens.

« Pour trouver, disent-ils avec raison, quelque chose de semblable à la ruine de Constantinople par Mahomet, il faut remonter à la ruine de Jérusalem par Titus. Afin que les Grecs sachent bien que la cause de leur désastre fut leur révolte obstinée contre le Saint-Esprit, c’est aux fêtes mêmes de la Pentecôte que leur capitale fut prise, leur empereur tué, leur empire anéanti.»


Peu d’années avant la ruine de Jérusalem, Jésus, fils d’Ananus, se met tout à coup à crier dans le
temple :

« Voix de l’Orient, voix de l’Occident; voix des quatre vents ; voix contre les nouveaux époux et contre les nouvelles épouses, voix contre tout le peuple! »

Puis, courant nuit et jour les places et les rues de la ville, il pousse incessamment le même cri, ajoutant d’une voix plus lugubre :

« Malheur à la ville! malheur au peuple! malheur au temple! »


Enfin, comme il faisait le tour des remparts de la ville assiégée, il s’écrie :

« Malheur à moi! » Au même instant une pierre, lancée par une machine, l’étend roide mort.


Pour les Juifs, la voix de la justice venait de succéder à l’appel de la miséricorde. Il en fut de même
pour les Grecs. Environ deux ans(l) avant la prise de Gonstantinople, le pape Nicolas V, après avoir
épuisé tons les moyens de persuasion, les menace de la ruine prochaine de leur empire.

« Nous supportons encore, leur écrit-il, vos retards en considération de Jésus-Christ, pontife éternel, qui laissa subsister le figuier stérile jusqu’à la troisième année, quoique le jardinier se préparât à le couper, puisqu’il ne portait pas de fruits.

Nous avons attendu pendant trois ans, pour voir, si à la voix du divin Sauveur, vous ne reviendriez pas de votre schisme. Eh bien! si notre attente a été vaine,

« vous serez abattus, afin que vous n’occupiez plus inutilement la terre. »


Avec ces lettres prophétiques, le Vicaire de Jésus-Christ fait partir un légat pour l’Orient. Ce dernier
messager de la miséricorde fut le grand et saint cardinal Isidore, archevêque de Kief, grec d’origine et
célèbre parmi les Grecs eux-mêmes, à cause du talent qu’il avait déployé au concile de Florence.

A tous, les points de vue, il était l’homme le plus capable de ramener les schismatiques à l’unité.
Les Juifs ne tiennent aucun compte des prédictions du fils d’Ananus ; ils le frappent même et l’in-
jurient. Au lieu d’écouter cette voix inspirée , ils aiment mieux suivre les faux prophètes qui les pous-
sent à la guerre contre les Romains, en leur promettant le secours du Ciel.


Les Grecs méprisent les avertissements du Souverain Pontife, tournent le dos à son envoyé, et plus
que jamais se montrent hostiles à l’union. Courant en foule au monastère, où réside le trop fameux
George Scholarius, ils lui demandent ce qu’ils ont à faire. Sans daigner sortir de sa cellule, le moine
orgueilleux répond par un billet d’anathème contre les Latins, et attache ce billet à sa porte où tous le
lisent comme un oracle.

« Misérables citoyens, disait-il, pourquoi vous égarez-vous? En renonçant à
la religion de vos pères, vous embrassez l’impiété, et vous subissez le joug de la servitude. Au lieu de compter sur les Francs, mettez votre confiance en Dieu. Seigneur, je jure que je suis innocent de ce crime. »


Les paroles de cet homme, tenu pour un prophète, changent la haine contre les Latins en fanatisme po-
pulaire. Les rues de Constantinople retentissent de ces cris :

« Loin de nous les Azyjnites; nous n’avons que faire du secours des Latins »!

Plutôt voir dans Constantinople le turban de Mahomet, que le chapeau d Isidore! N’était-ce pas le cri des Juifs alors qu’ils disaient: Otez-le, ôtez-le! nous ne voulons pas qu’il règne sur nous!

Comme les Juifs, les Grecs comptent sur un prodige pour les sauver. Chaque soir on les voit s’assembler dans les carrefours ; et là ils appellent la Vierge à leur aide en buvant à la santé de son image, et en chargeant les Occidentaux d’imprécations.


Cependant Titus, prince étranger de pays et de religion, vient assiéger Jérusalem à la tête de son
peuple, et l’apparition terrible des aigles romaines devant Jérusalem est l’abomination de la désolation
dans la terre sainte. De la part des Romains, des prodiges d’activité pour élever leurs lignes de convallation et enfermer comme dans un cercle de fer, ou mieux dans un vivant tombeau, Jérusalem et
ses habitants. De la part des Juifs, le vertige de l’orgueil et la fureur de la guerre civile.

Pressés par les ennemis du dehors, ils se divisent en factions qui se déchirent et qui font de Jérusalem l’image de l’enfer. Mahomet II, prince étranger de pays et de religion, paraît sous les murs de Constantinople à la tête de son peuple.

Ce peuple d’infidèles se composait de trois cent mille soldats, accompagnés d’une flotte de
quatre cents navires ; et la formidable apparition du croissant devant Constantinople, c’était l’abomination
de la désolation dans une terre chrétienne.

Cependant Mahomet, brûlant du désir de vaincre, forme ses campements, dresse ses machines et dispose ses bouches à feu. Bientôt maîtres de toutes les approches, les assiégeants battent de plus près les murailles, comblent les fossés, ouvrent des brèches et se préparent à l’assaut.


Au lieu de s’unir, les Grecs, comme les Juifs, se divisent de plus en plus. Ceux qui paraissent accepter le dogme catholique touchant le Saint-Esprit, sont regardés comme des impies. La grande église
de Sainte-Sophie, qui était pour Constantinople, ce que le temple était pour Jérusalem, ayant servi de réunion aux catholiques, « n’est plus pour les schismatiques qu’un temple païen, une retraite de démons,
on n’y laisse ni cierge ni lampes. Ce n’est plus qu’une affreuse obscurité et une triste solitude, funeste image delà désolation, où nos crimes allaient la réduire dans peu de jours. »

Tel est l’aveuglement de leur haine ou l’excès.de leur lâcheté, qu’une ville de trois cent mille âmes ne trouve pour la défendre que sept mille citoyens et deux mille étrangers. Gomme les sicaires de Jérusalem, cette petite troupe fait des prodiges de valeur.

Mais ses efforts ne font qu’irriter Mahomet, comme ceux des Juifs n’avaient servi qu’à exaspérer Titus. Le port de Gonstantinople était fermé par une forte chaîne qui rendait inutile la flotte ottomane. Mahomet conçoit le prodigieux dessein de faire descendre ses vaisseaux dans le port, en les attirant au-dessus d’un promontoire et les faisant glisser sur des madriers enduits de suif, jusqu’au pied des remparts de Gonstantinople.

Le travail s’acctfmplit pendant la nuit, et aux premiers rayons du jour les Grecs stupéfaits, voient la flotte ennemie dans leur port. Après de furieux combats, Titus s’empare de la première et de la seconde enceinte de Jérusalem ; puis, de la troisième et de la citadelle Antonia, reliée au temple par un portique.

Ne pouvant encore forcer les factieux, il abandonne la ville au pillage. Ses soldats y commettent toutes les horreurs ; le temple est réduit en cendres; pas une pierre ne reste sur pierre,et la charrue passe sur le sol de la ville déicide.


Rapproché de Gonstantinople par terre et par mer, Mahomet annonce l’assaut général pour le 27 mai,
en allumant des feux dans tout son camp. L’attaque commence le 28 au matin. Comme celle de Jérusalem, elle se continue toute la journée et une partie de la nuit, avec un acharnement incroyable.

Enfin le 29 mai, seconde fête de la Pentecôte, 1453, à 1 heure après minuit, Constantinople tombe au pouvoir des Turcs.


Ainsi, pendant que l’Église latine, pieusement assemblée dans ses temples, célèbre avec allégresse
l’anniversaire solennel de la descente du Saint-Esprit sur le monde et proclame hautement sa procession
du Père et du Fils, les Grecs, qui la nient en blasphémant, sont écrasés sous les ruines de leur capi-
tale, et reçoivent sur leurs têtes orgueilleuses le joug de fer de la barbarie musulmane.


Il ressort de là que des deux plus effroyables catastrophes dont l’histoire fasse mention, la ruine de
Jérusalem et le sac de Gonstantinople, la première est la punition éclatante du crime commis contre la se-
conde personne de la sainte Trinité ; la seconde, le châtiment non mains éclatant d’un crime analogue, commis contre la troisième personne de la sainte Trinité.


Ce que les Romains Tirent à Jérusalem, est dépassé par ce que les Turcs firent à Constantinople. Comme
les Juifs, refoulés de toutes parts, s’étaient réfugiés dans le temple, les Grecs éperdus se réfugient dans
la grande église de Sainte-Sophie. Temple et église deviennent le théâtres d’horreurs telles, que l’histoire
ose à peine en retracer le souvenir. Ecoutons cependant un témoin oculaire.

C’est le cardinal Isidore lui-même, Grec de nation, qui va nous peindre la désolation de Constantinople ; comme un autre témoin oculaire, Josèphe, Juif de nation, a été choisi par la Providence, pour transmettre à la postérité la description du sac de .Jérusalem.


Voici quelques lignes de son récit :

« Mahomet, entouré de ses vizirs, étant entré dans Constantinople, deux soldats lui apportent la tête de l’empereur Constantin. Il la fait clouer sur le haut d’une colonne, où elle demeure jusqu’au soir. Puis, l’ayant fait écorcher et remplir de paille, il l’envoie, comme un trophée, aux princes des Turcs, en Perse et en Arabie. »


C’est ainsi qu’après les avoir montrés en spectacle aux Romains, le jour de son triomphe, Titus fit
égorger, dans la prison Mamertine, Simon de Gioras et Jean de Giscale, princes des Juifs.


« Après cet outrage au vaincu, Mahomet entre dans Sainte-Sophie et s’assied sur l’autel, comme
étant le Dieu du temple, à la place du Verbe incarné dont il se proclame ainsi l’adversaire. Déjà ses soldats ont égorgé pêle-mêle tout ce qui se trouvait dans le lieu saint. Ajoutant le sacrilège à la cruauté, ils couvrent de crachats, brisent, foulent aux pieds les images de Notre-Seigneur, de son auguste Mère, des saints et des martyrs. Ils déchirent les Évangiles et tous les livres de prières.. Affublés des ornements sacerdotaux, ils profanent de la manière la plus révoltante les vases sacrés, les reliques des saints, et tout ce qu’il y a de plus vénérable dans la religion. »


Comme dans le temple et dans Jérusalem, ainsi dans Sainte-Sophie et dans Constantinople, tout est
massacre et abomination. Onze cent mille Juifs périssent pendant le siège, les autres sont vendus comme
esclaves. Chargés de chaînes, employés aux travaux publics, réservés pour les combats de gladiateurs, ces
troupeaux de déicides portent, par toute la terre, le spectacle vivant de la désolation prédite; et, depuis
dix-huit siècles , toutes les générations voient ce cadavre de peuple, pendu au gibet delà justice divine.
Même spectacle à Constantinople.

Prêtres, religieux, religieuses, femmes, enfants, vieillards, tout ce qui survit, devenu la proie des vainqueurs, est entassé dans des parcs et vendu comme un bétail. On voit les princes, les barons, les grands seigneurs traînés la corde au cou, chassés à coups de fouet et achetés par des hommes de rien, qui en font des bergers de bœufs et de pourceaux.

La masse de la population est jetée dans des galères, qui mettent sur-le-champ à la voile pour toutes les directions. Pendant longtemps les ports de l’Asie et de l’Afrique voient exposés, dans leurs affreux marchés, de longues chaînes d’esclaves, qui sont, comme les Juifs, dispersés aux quatre vents, pour apprendre à tous les peuples ce que devient une nation qui ose dire au Saint-Esprit : Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous : Nolumus hune regnare super nos.


Gomme Jérusalem, Constantinople fut si bien dépeuplée, que Mahomet n’y laissa, dit le cardinal, ni
un Grec, ni un Latin, ni un Arménien, ni un Juif : Nullum incolam intra reliquerunt, non Grœcuin,
non Latinum, non Armenum, non Judœum.


Ainsi s’accomplit sur le Grec, déicide de la troisième personne de la sainte Trinité, la menace
accomplie sur le Juif, déicide delà seconde.

« Vous n’avez pas voulu servir le Seigneur dans la joie, dans l’allégresse de votre cœur et dans l’abondance de tous les biens; vous servirez l’ennemi, que le Seigneur vous enverra, dans la faim et dans la soif, dans la nudité et dans l’indigence, et il mettra sur votre cou un joug de fer qui vous écrasera. Le Seigneur amènera contre vous une nation lointaine, rapide comme l’aigle et dont vous n’entendrez pas la langue. Nation orgueilleuse et cruelle, sans égard pour la vieillesse, sans pitié pour l’enfance, elle ne vous laissera rien, elle renversera vos murailles et vous anéantira par le massacre et la dispersion. »

Depuis l’accomplissement littéral de cette divine menace, les Grecs vivent sous le joug tyrannique de
leurs vainqueurs.

Aujourd’hui même, après quatre siècles d’humiliations et de châtiments, ce peuple, comme le Juif, a des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre, une mémoire pour ne point se rappeler, une intelligence pour ne point comprendre la leçon formidable que Dieu lui inflige, en punition de sa révolte obstinée contre le Saint-Esprit.

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2 thoughts on “Les chatiments de l’Esprit Saint : l’exemple des schismatiques – Mgr Gaume

  1. Une citation, trouvée sur un site libéral, mais qui est du comte Giovanni Maria Mastai-Ferretti, archevêque de Spolète (et futur pape, sous le nom de Pie IX) :
    https://www.wikiliberal.org/wiki/Pie_IX

    « Je hais et j’abomine jusqu’à la moelle les pensées et les actions des libéraux ; mais le fanatisme des bigots ne m’est absolument pas sympathique. Le juste milieu chrétien, et non pas celui, diabolique, qui est aujourd’hui de mode, serait la voie que je voudrais suivre avec l’aide du Seigneur : mais y réussirai-je ? »

    C’est, entre deux nec plus ultra, entre deux gouffres opposés se rejoignant en un même abîme, la voie étroite, que Jésus commande de suivre.

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