Les soixante ans de Vatican II : un triste anniversaire – Jérôme Bourbon

SOIXANTE ANS se sont écoulés depuis ce jour d’octobre 1962 qui vit la réunion dans la basilique Saint-Pierre de Rome, à l’appel de Jean XXIII, de 2 381 évêques venus du monde entier (hormis les prélats des pays communistes qui furent absents, à quelques significatives exceptions près, comme Wojtyla) pour la cérémonie d’ouverture du « Second Concile oecuménique », qui allait s’éterniser jusqu’au 8 décembre 1965.

Si l’on devait répertorier les principaux événements du XXe siècle, Vatican II y figurerait à l’évidence tant il a occasionné dans les consciences, les moeurs et les institutions des bouleversements fondamentaux dont nous n’avons pas encore pris toute la mesure. Cette assemblée d’évêques qui, à la différence des vingt conciles oecuméniques de Nicée à Vatican I, n’a pas défini ni explicité des dogmes, n’a pas procédé par canons et anathèmes, a ouvert la voie à une nouvelle religion qui porte toujours officiellement le nom de catholique mais dont la substance et les finalités ne sont plus du tout les mêmes. Est-ce un hasard si les sectateurs de Vatican II ont parlé dès le début, tel le “cardinal” Benelli, d’« église conciliaire » ou, comme Paul VI, de « nouvelle Pentecôte » ?

De même, le “cardinal” Suenens remarquait-il que « Vatican II, c’est 1789 dans l’Eglise », tandis que le Père Congar ajoutait éloquemment que par le concile « l’Eglise avait accompli pacifiquement sa révolution d’Octobre ». Expressions qui démontrent que Vatican II marque une rupture radicale avec près de 2000 ans de catholicisme et inaugure une nouvelle religion, celle de l’humanité.

    LE CONCILE a introduit une nouvelle manière de se situer par rapport à Dieu. Prétendant que l’homme a changé, les Pères conciliaires en déduisent qu’il faut aussi modifier le rapport de l’homme à Dieu en passant du théocentrisme à l’anthropocentrisme. Inversion radicale des fins : la religion n’est plus au service de Dieu mais au service de l’humanité. « L’homme est la seule créature de Dieu créée pour elle-même », « L’homme est le centre et le sommet de toutes choses » ose clamer la constitution Gaudium et Spes. Et Paul VI, dans son ahurissant discours de clôture de Vatican II, ira jusqu’à dire : « La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion — car c’en est une — de l’homme qui se fait Dieu. […] Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ».


    Si ce dernier est la fin et le sommet de tout, il faut évidemment repenser toute la théologie catholique. L’église conciliaire se définit comme un moyen, une institution (parmi beaucoup d’autres), un signe au service de l’homme. C’est la fameuse théorie de l’Eglise-sacrement. Jean-Paul II pourra ainsi dire que « l’Eglise a révélé l’homme à lui-même », ou encore que « l’homme est le chemin de l’Eglise ». Si tel est le cas, l’on comprend que la liturgie ait alors pour objectif de célébrer l’humanité, sujet du rite sacré et du sacerdoce. D’où les autels retournés vers l’assemblée des fidèles dont le prêtre n’est que l’animateur, la nouvelle messe n’étant pas hiérarchique mais démocratique.

D’où le rejet du caractère propitiatoire du saint sacrifice de la messe. La « messe de Luther » (dixit Mgr Lefebvre), dont des études détaillées ont prouvé les origines non seulement protestantes mais talmudiques, se définit comme la « synaxe sacrée des fidèles », ainsi que l’affirme l’article 7 du Novus ordo missae de Paul VI. La célébration dite de l’eucharistie n’est plus le mémorial de la croix mais celui de la cène. C’est la doctrine de la messe-repas.

    SELON CETTE NOUVELLE THÉOLOGIE, ce n’est plus l’Eglise catholique qui est le royaume de Dieu mais l’humanité tout entière. La mission de l’église conciliaire sera alors de préparer l’avènement de ce royaume temporel vers lequel convergent toutes les religions puisque le genre humain tend en effet à une unité croissante dont les signes sont « la socialisation de toutes choses, le partage des richesses, la revendication des droits de l’homme ». Le rôle de la nouvelle église se réduit à hâter ce processus d’unification. C’est ainsi que se justifient le dialogue inter-religieux, l’oecuménisme libéral, lesquels sont au service d’une paix en devenir.

D’où des rassemblements syncrétistes comme Assise ou cathodiques comme les Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) destinés, selon les desseins de l’ONU, à préparer l’avènement d’un mondialisme politico-religieux, c’est-àdire d’un gouvernement mondial et d’une religion elle-même mondiale confinée dans le rôle d’animatrice spirituelle de la démocratie universelle.

Dans ce schéma, la royauté sociale de Jésus-Christ apparaît évidemment obsolète. Aussi l’église conciliaire se rallie-telle d’enthousiasme à la laïcité de l’Etat et au besoin l’impose par la force comme en Espagne (1967) et en Colombie (1973) qui, à la demande expresse de Paul VI, abandonnent leurs constitutions catholiques.


    Cette unité spirituelle du genre humain se décline en différents degrés de communion, en multiples cercles concentriques ; les consciences sont plus ou moins éclairées par la foi mais personne ne saurait être exclu, car « d’une certaine manière, le Christ s’est uni à tout homme » (Gaudium et Spes). Plus besoin alors d’être baptisé et de croire pour être sauvé. La question du salut et de la damnation a perdu toute urgence et même tout sens. Et en effet la pastorale conciliaire fait l’économie du péché originel et de la déchéance de la nature humaine. Le salut n’est jamais qu’une prise de conscience personnelle, l’homme affirmant son extraordinaire dignité.


    C’est dire que Vatican II est en rupture totale non seulement avec la Tradition catholique mais plus généralement avec la religion catholique puisque ce conciliabule consiste à exalter la personne humaine et à assurer l’unité du genre humain.

    QUEL EST le déroulement des événements qui a conduit à une telle révolution copernicienne ? En fait, tout débute, dix-neuf jours après la mort de Pie XII, avec l’“élection” à soixante-dix-sept ans, au onzième tour de scrutin, le 28 octobre 1958, il y a soixante-quatre ans, du patriarche de Venise Angelo Giuseppe Roncalli. Ce dernier qui, de façon très révélatrice, prend le nom d’un antipape du Moyen Age impliqué dans le grand schisme d’Occident, Jean XXIII, entend rompre spectaculairement avec les grandes orientations définies par Pie XII. Roncalli met en oeuvre une stratégie qui aboutira à ce qu’il appellera “l’aggiornamento” c’est-à-dire à la révolution dans l’Eglise.


    A peine élu, celui qui sera appelé par les media « le bon pape Jean » reçoit significativement les plus vifs encouragements des principaux ennemis de l’Eglise catholique. Yves Marsaudon dans son livre L’oecuménisme vu par un franc-maçon de tradition écrit ainsi : « Nous eûmes tout d’abord la très grande joie de recevoir dans les 48 heures un accusé de réception à nos respectueuses félicitations. Pour nous c’était une grande émotion, mais pour beaucoup de nos amis ce fut un signe ». De même, Jean XXIII reçoit les félicitations du grand rabbin d’Israël Isaac Herzog, de l’archevêque anglican Geoffroy Fischer, de Paul Robinson, président des Eglises fédérées et enfin du chef de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Alexis.


    Le 15 décembre 1958, moins de deux mois après son “élection”, Jean XXIII décide tout à coup d’augmenter sensiblement le nombre des cardinaux fixé invariablement depuis le pape Sixte V en 1586 à 70 — plafond confirmé par le Code de droit canon de 1917 —, pour rappeler les 70 anciens d’Israël qui assistaient Moïse dans le gouvernement du peuple hébreu sous l’Ancien Testament. Cette augmentation brusque et soudaine du nombre de cardinaux est destinée à faciliter, accélérer et rendre irréversible la prise de pouvoir par les usurpateurs modernistes.

Quarante jours plus tard, le 25 janvier 1959, Roncalli, qui décidément ne perd pas de temps, annonce publiquement depuis la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs la convocation du « Second concile oecuménique du Vatican ».


    Pie XII avait lui aussi songé à réunir une telle assemblée, mais, devant les dangers de l’entreprise, il s’était rapidement ravisé : « J’entends autour de moi des novateurs, disait-il, qui veulent démanteler la Chapelle sacrée, détruire la flamme universelle de l’Eglise, rejeter ses ornements, lui donner le remords de son passé historique… Un jour viendra où le monde civilisé reniera son Dieu, où l’Eglise doutera comme Pierre a douté. Elle sera tentée de croire que l’homme est devenu Dieu, que son Fils n’est qu’un symbole, une philosophie comme tant d’autres, et dans les églises, les chrétiens chercheront en vain la lampe rouge où Dieu les attend, comme la pécheresse criant devant le tombeau vide : où l’ont-ils mis ? » (Mgr Roche : Pie XII devant l’Histoire).

Pie XII et Jean XXIII étaient tous les deux au courant de cette situation pré-révolutionnaire dans l’Eglise, mais alors que le premier ne voulait pas céder aux sirènes des nouveautés, le second au contraire brûlait de tout transformer. Appeler à la convocation d’un concile le 25 janvier 1959 n’était à cet égard pas un acte innocent, puisque cette date marquait la clôture de la semaine de prières pour l’unité des chrétiens. Le concile à venir ne serait donc pas oecuménique (c’est-à-dire universel, comme le furent les vingt conciles de Nicée à Vatican I), mais oecuméniste. Au reste, dès l’année suivante, le 5 juin 1960, Jean XXIII crée un Secrétariat pour l’unité des chrétiens dont il confie la direction au “cardinal” Bea, lequel est directement à l’origine du décret sur l’oecuménisme de Vatican II qui rompt radicalement avec le magistère antérieur.


    Dans son discours d’ouverture, Jean XXIII tient un discours qui fit sensation et dans lequel il disait sa “foi” en l’avenir et dans le progrès. A soixante ans de distance, cet optimisme tapageur apparaît totalement déplacé. Qu’on en juge : « Dans la situation actuelle de la Société, certains ne voient que ruines et calomnies ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré, par rapport aux siècles passés… Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin… Il faut que l’Eglise se tourne vers les temps présents qui entraînent de nouvelles voies à l’apostolat catholique ».

    DÈS LORS, le décor était en place, pour la plus grande révolution que l’Eglise ait subie depuis sa naissance. Parmi les 2 381 évêques présents, seuls quelque trois à quatre cents Pères conciliaires (dont Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer) tentèrent de résister aux assauts des modernistes en se regroupant au sein du Coetus internationalis patrum, mais ce combat ne fut hélas pas couronné de succès, tant la minorité activiste était habile dans la manipulation des masses, experte dans les formules volontairement équivoques, d’autant, et c’est là l’essentiel, qu’elle pouvait s’appuyer sur un allié indispensable en la personne de Jean XXIII puis, à partir de 1963, de son successeur Paul VI.


    Il faudrait des études détaillées — et ces dernières décennies n’en ont pas manqué — pour analyser, disséquer, commenter les quelque deux mille pages de documents signés par les Pères conciliaires et “promulgués” par Paul VI le 7 décembre 1965 et pour expliquer l’absence d’autorité et de légitimité de Vatican II et des hommes en blanc qui s’en réclament. On peut à bon droit considérer que Vatican II était en fait un conciliabule, et non un vrai concile, tant ces décrets ont rompu avec le magistère traditionnel. Il est clair que Vatican II a voulu faire passer l’Eglise du théocentrisme à l’anthropocentrisme.

Rien à cet égard n’est plus parlant que le discours de clôture de Paul VI : « L’Eglise du concile s’est aussi beaucoup occupé de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque, l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l’intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité. L’humanisme laïc et profane, enfin, est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion — car c’en est une — de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ?

Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains (et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre s’est fait plus grand) a absorbé l’attention du concile. Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme. Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. »

    ON NE SAURAIT mieux dire que les hiérarques de l’Eglise ont renoncé à être un signe de contradiction, en s’ouvrant totalement au monde c’est-à-dire à l’erreur, au mensonge et à l’apostasie, tournant le dos aux injonctions de l’Apôtre Saint Jacques le Mineur qui, dans son Epître, s’écrie fortement : « Adultères, ne savez-vous pas que l’amitié du monde, c’est l’inimitié contre Dieu ? Quiconque veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » Par là même, l’Eglise catholique s’éclipsait, était mise au tombeau, cédant la place à l’église conciliaire et à sa « révolution d’Octobre ».


    De fait Vatican II a réussi à mettre en application la devise de la révolution : la “liberté” s’est introduite par la liberté religieuse ou liberté des religions qui met sur le même plan l’erreur et la vérité, promeut la laïcité de l’Etat et nie le règne social de Jésus-Christ ; l’“égalité” s’insinue par la collégialité et le vénéneux principe de l’égalitarisme démocratique (dans ce schéma l’évêque n’est plus le maître dans son diocèse avec les conférences épiscopales, le curé dans sa paroisse avec les conseils paroissiaux, etc.) ; enfin la “fraternité” s’accomplit sous la forme de l’oecuménisme libéral qui embrasse toutes les erreurs et les hérésies et tend la main à tous les ennemis de l’Eglise catholique, à commencer par les juifs considérés comme « nos frères aînés ».

L’église conciliaire va même jusqu’à enseigner que l’Ancienne Alliance est toujours valable et qu’elle n’a pas été abrogée par la Nouvelle Alliance, ce qui est une façon de dire, si l’on est logique, que la venue du Christ sur terre, sa Passion, sa mort et sa Résurrection étaient finalement inutiles.


    L’académicien Jean Guitton, confident et ami de Paul VI, aimait à répéter que Vatican II marquait la disparition (au moins apparente) de l’Eglise catholique et sa substitution par l’église oecuménique romaine. De fait, la nouvelle église conciliaire ne possède aucune des quatre notes qui permettent de reconnaître à coup sûr l’Eglise catholique : elle n’est ni une puisqu’elle est démocratique et pluraliste (à chaque prêtre son hérésie), ni sainte puisqu’elle a profondément altéré les sacrements en créant de nouveaux rites douteux voire invalides pour la plupart (sujet essentiel dont on ne se préoccupe pas assez), s’acharnant ainsi à obstruer les canaux de la grâce sanctifiante, ni catholique puisqu’elle est oecuméniste et qu’elle rompt radicalement avec le magistère antérieur, ni apostolique puisqu’elle n’a pas la foi des Apôtres.

    DANS CETTE gigantesque entreprise de destruction rien n’est laissé intact : ni la liturgie désacralisée, ni le catéchisme traditionnel interdit et remplacé par une vague catéchèse droit-de-l’hommiste et oecuméniste, ni les constitutions religieuses, ni l’habit ecclésiastique, ni les Etats, syndicats, écoles et partis chrétiens tous appelés à faire leur mue.


    A Eglise nouvelle correspondent sacerdoce nouveau, ecclésiologie nouvelle, messe nouvelle, catéchisme nouveau (1968 avec Pierres Vivantes et 1992 avec le “Catéchisme (dit) de l’Eglise catholique”), sacrements nouveaux, communautés nouvelles, nouveau chemin de Croix (1991) avec la création d’une quinzième station, nouveau Rosaire (2002) avec l’introduction de cinq mystères lumineux qui, dans une perspective de dialogue oecuménique, diminuent le rôle central de la Sainte Vierge Marie dans l’Evangile et dans l’économie du salut, nouveau code de droit canon (1983) qui inverse les fins du mariage, lève l’excommunication des francs-maçons, permet la participation active dans certains cas à des rites acatholiques, y compris la réception de l’eucharistie (ou de ce qui en tient lieu), nouveau rite de sacre épiscopal et d’ordination sacerdotale (18 juin 1968) qui crée un doute sérieux sur la validité des ministres ordonnés ou sacrés dans ce rite (ou ordonnés dans le rite traditionnel mais par un évêque luimême sacré dans ce nouveau rite), nouvelle messe (3 avril 1969), nouveau baptême où l’on a supprimé tous les exorcismes (1969), nouveau mariage (1969), nouvelle confirmation (1971), nouvelle extrême-onction (1972), nouvelle confession (1973), nouveau bréviaire (1970), nouveau calendrier liturgique (1969), nouvelles huiles saintes (1970), nouveau rite des exorcismes (1999) qui ne semble pas beaucoup effrayer le diable de l’aveu même de nombreux exorcistes qui constatent son inefficacité, nouveau Notre Père (1966) — avec le tutoiement de la Première Personne de la Sainte Trinité et surtout l’affreux blasphème « Et ne nous soumets pas à la tentation » —, nouveau Credo (1970) — où l’on a remplacé l’expression « consubstantiel au Père » par la formule équivoque « de même nature que le Père » —.

    TOUT a été dit sur les origines talmudiques de la synaxe voulue par Paul VI, l’offertoire étant réduit à un simple rituel de bénédictions juives, la notion de sacrifice étant totalement évacuée (et quel est ce « Dieu de l’univers » dont il est question dans le nouvel offertoire ?), sur l’abandon du caractère propitiatoire du saint sacrifice de la messe, sur l’hétérodoxie du nouveau code de droit canon du 25 janvier 1983 dont des prélats traditionalistes ont pu dire à juste titre qu’il était encore pire que Vatican II qu’il met en forme et codifie.

Il n’est pas jusqu’à la morale qui ne soit elle-même corrompue par l’inversion des fins du mariage, par l’abandon du principe traditionnel de l’autorité de l’homme sur la femme, par les discours ahurissants tenus par nombre de clercs sans que ceux-ci ne soient jamais sanctionnés. Dans cette affaire les choses n’ont cessé de s’aggraver au fil des décennies puisque, avec Amoris Laetitia (2016), on s’en prend à l’indissolubilité du mariage que seule défend dans sa plénitude la religion catholique (on ne le sait pas assez mais chez les schismatiques orientaux on peut se marier et divorcer trois fois !) en permettant aux divorcés remariés non repentis de s’approcher des sacrements (d’aucuns ont pu parler avec ironie de l’institutionnalisation d’un « divorce catholique ») et, bien pire encore, on introduit la possibilité des unions homosexuelles. Avec les chemins synodaux bergogliens, on explicite la pensée de François Zéro en ouvrant la voie à la bénédiction pure et simple des “couples” homosexuels dont les relations intimes sont considérées désormais comme moralement acceptables voire voulues par Dieu !

On est là à des années-lumière du Catéchisme de Saint Pie X qui enseigne que les péchés contre l’ordre de la nature crient vengeance devant Dieu, au même titre que l’homicide volontaire, l’oppression des pauvres et le refus de salaire aux ouvriers.


    Imitant les anglicans dont la secte conciliaire n’est finalement qu’une variante, Bergoglio entend ouvrir aux femmes l’accès à des ministères sacrés (alors que le Christ a choisi douze Apôtres, tous de sexe masculin, pour leur conférer le sacerdoce et l’épiscopat) qui iront demain ou après-demain, n’en doutons pas, jusqu’à l’“ordination” et au “sacre” voire jusqu’au “cardinalat” et au-delà. Les modernistes fonctionnent toujours de la même manière : ils procèdent par étapes successives, selon la technique du voleur chinois, pour démanteler une vérité de foi, une règle morale ou la discipline traditionnelle de l’Eglise.

C’est ainsi que François a nommé le 26 août 2021 une religieuse italienne, Alessandra Smerilli, secrétaire du dicastère du développement humain intégral (sic !) pour ouvrir graduellement la voie à un sacerdoce féminin, ce dont ne se cachent même plus dans leurs documents de travail les responsables des chemins synodaux.


    On peut également noter que les “pontifes” conciliaires — qui s’en prennent sans cesse à l’être historique de l’Eglise, multipliant les repentances et les reptations devant les ennemis de la religion catholique, frappant non leur poitrine mais celle des 260 authentiques vicaires du Christ, de saint Pierre à Pie XII — se “béatifient” et se ”canonisent” cyniquement les uns les autres avec une stupéfiante rapidité. C’est ainsi qu’en moins de cinq ans nous avons eu droit sous Bergoglio à la “canonisation” de Jean XXIII et de Jean-Paul II le même jour (27 avril 2014), puis à celle de Paul VI (14 octobre 2018), et, tout récemment, le 4 septembre 2022, à la “béatification” de Jean-Paul 1er avant sa prochaine et inévitable “canonisation”. Au point où ils en sont, pourquoi ne pas “béatifier” et “canoniser” de leur vivant Ratzinger puis Bergoglio?

Ils seraient ainsi au complet. Eux qui aiment innover pourraient ainsi créer la surprise ! Là encore, les intrus modernistes avaient dès le départ procédé par ruse : Wojtyla avait ainsi “béatifié”, le même jour, le 3 septembre 2000, Pie IX et Jean XXIII, le pape du Syllabus et l’homme de Vatican II. On ne pouvait pas choisir profil plus opposé. Mais la “béatification” de Pie IX a permis habilement de faire passer la pilule de celle, concomitante, de Jean XXIII auprès de moult conservateurs et traditionalistes. Wojtyla, pas plus que ses successeurs, n’avait l’intention de “canoniser” Pie IX.

La suite des événements l’a amplement démontré. En revanche, cette “béatification” de Roncalli était la première étape vers sa “canonisation” quatorze ans plus tard, et celle de ses successeurs conciliaires. En déclarant saints Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II, les occupants modernistes du siège de Pierre savent parfaitement ce qu’ils font : il s’agit de canoniser Vatican II et toutes les réformes désastreuses et révolutionnaires qui en sont issues. C’est aussi simple que cela. On est là en pleine inversion. Là aussi, là surtout, c’est Satan qui mène le bal !

    DANS une volonté diabolique de destruction, les modernistes s’en sont même pris aux congrégations religieuses dont les constitutions ont toutes été profondément modifées, y compris celle des Chartreux qui n’avait pourtant jamais été remaniée depuis son fondateur saint Bruno. Et les églises ellesmêmes sont transformées : au maître-autel tourné vers Dieu se substitue une simple table orientée vers l’assemblée ; le prêtre (ou ce qui en tient lieu) étant réduit au rôle d’animateur et de président d’une cérémonie sécularisée. Les confessionnaux sont délaissés et font souvent l’office de placards à balais. Les bancs de communion où l’on communiait sur la langue et à genoux sont démontés et supprimés tandis que la communion se donne debout et dans la main. Le tabernacle qui était traditionnellement mis en évidence sur le maître-autel est transporté dans de modestes chapelles latérales voire enlevé.

Quant à la lumière rouge qui indique la Présence réelle du Christ, elle est souvent absente — et on ne parle même pas là de la question, essentielle, de la validité du novus ordo missae, sujet ô combien fondamental car peut-on considérer comme valides et licites des rites créés avec une intention oecuméniste, donc non catholique, par des “pontifes” dont de surcroît la légitimité est elle-même nulle du fait de leurs innombrables scandales et hérésies ?

— Les statues des saints sont souvent ôtées ou réduites en nombre, les édifices pas ou peu entretenus. La chaire (de vérité) est, quant à elle, supprimée ou délaissée, manière symbolique de renoncer au pouvoir d’enseignement de l’Eglise, car, dans la religion conciliaire, nous ne sommes plus dans le schéma de l’Eglise maîtresse de vérité enseignant au monde la voie, la vérité et la vie mais dans celui d’une église enseignée par le monde, apprenant à son contact, réagissant à l’unisson. Il s’agit de mettre en place les conditions d’un mondialisme politicoreligieux ; dans le nouvel ordre mondial les religions mises sur un pied d’égalité ne sont en effet que de simples animatrices et de zélés propagandistes de la démocratie universelle et de ses idoles : la déclaration des droits de l’homme, le philosémitisme, la tolérance érigée en absolu, le laïcisme, la liberté de conscience et de culte, l’antiracisme unilatéral et obligatoire, la lutte acharnée contre toutes les discriminations, mêmes naturelles et légitimes.

    D’OÙ LES ORIENTATIONS politiques d’une nouvelle église, compagnon de route du communisme, du socialisme, de la franc-maçonnerie, des organisations juives et “antiracistes”, bref des ennemis traditionnels et séculaires de l’Eglise catholique. Dès lors, il n’est rien d’étonnant à ce que l’épiscopat français ait toujours pris violemment position contre la droite nationale, préférant soutenir les forces responsables de l’avortement légalisé et remboursé, du délitement de la famille, de l’instauration du Pacs et du “mariage” pour les invertis, de la généralisation de la pornographie et de la luxure.

Rien de surprenant non plus si cette nouvelle église, après avoir favorisé la décolonisation et montré beaucoup plus de mansuétude pour les assassins et les porteurs de valise du FLN que pour les rapatriés et les partisans de l’Algérie française, soit un des bruyants soutiens de l’immigration massive, essentiellement mahométane, qui ne cesse de se déverser sur notre pays et notre continent. Après avoir trahi Dieu et son Evangile, ces hiérarques ont logiquement trahi leur patrie.


    Vatican II, qui est resté muet sur le communisme au moment où il faisait encore des millions de morts, a mis en oeuvre l’ouverture au monde qui est en fait une ouverture unilatérale à la gauche. D’où la théologie de la libération en Amérique du Sud. D’où la sympathie incessante manifestée envers le marxisme, le gauchisme (qu’on se souvienne de la déclaration des évêques de France approuvant chaleureusement mai 1968), le féminisme (l’épiscopat moderniste s’est réjoui en 2000 de l’adoption de la parité), l’invasion étrangère.

Car la religion de Vatican II consiste à embrasser, et si possible à devancer, toutes les modes, à s’adapter au monde moderne et à s’agenouiller, émerveillée, devant l’Humanité déifiée. Faible avec les forts, les délinquants, les immigrés “sans-papiers”, elle est impitoyable envers les faibles, les persécutés, les délaissés. Pas un seul prélat n’a dénoncé le traitement infligé naguère au nonagénaire Maurice Papon ou aux révisionnistes et nationalistes criblés d’amendes, mis en prison ou condamnés à l’exil. Pas un seul mitré n’a dénoncé le traitement inhumain de nonagénaires voire de centenaires en fauteuil roulant et condamnés à des années de prison ferme simplement parce qu’ils ont été balayeurs ou qu’ils ont occupé un quelconque autre rang subalterne dans un camp de concentration allemand il y a plus de trois quarts de siècle.

Au contraire, la nouvelle église se veut en pointe dans le combat antiraciste, antifasciste et antirévisionniste. Car s’il est tout à fait permis dans l’église conciliaire de contester des vérités de foi ou des préceptes moraux, en revanche on ne badine pas avec le dogme holocaustique, comme en témoigne l’affaire Williamson. Mieux vaut pour un séminariste nier la virginité perpétuelle de Marie que d’exprimer un doute sur la Shoah. Servante de l’Humanité, la contre-église de Vatican II est en effet l’un des gardiens vigilants de la contre-religion de l’Holocauste. L’église qui n’est plus catholique est devenue démocratoholocaustique, la nature ayant horreur du vide.

Or, la Shoah ou la Croix, il faut choisir ! De nos jours, la religion de la Shoah s’est en effet substituée à celle du Golgotha, par un effrayant renversement. Ce ne sont plus, dans cette perspective antéchristique, la Passion, la mort et la Résurrection du Christ rachetant l’humanité pécheresse qui sont le centre et le sommet de l’histoire, mais le génocide dans des chambres à gaz de six millions de juifs victimes de l’humanité et devenant une sorte de Messie collectif avec une nouvelle cité sainte, l’entité sioniste.

    RESTE ÉVIDEMMENT à se demander comment un tel bouleversement a été possible et pourquoi il a suscité si peu de résistances. Il n’y a pas de réponse simple à ces questions. On peut à bon droit incriminer le rôle de la puissance juive et de son bras armé la franc-maçonnerie. Qu’on songe par exemple à la lettre écrite par un haut-dignitaire de la Haute-Vente des Carbonari en 1822 et qui tomba providentiellement entre les mains de Léon XII, Pape de 1823 à 1829 : « Nous devons arriver au triomphe de la révolution par un pape. Or donc pour nous assurer un pape dans les proportions exigées, il s’agit d’abord de lui former une génération digne du règne dont nous rêvons. Laissons de côté la vieillesse et l’âge mûr ; allez à la jeunesse et, si possible, jusqu’à l’enfance…

C’est à la jeunesse qu’il faut aller, c’est elle que nous devons entraîner sans qu’elle s’en doute, sous le drapeau des sociétés secrètes. Une fois votre réputation établie dans les collèges, les gymnases, dans les universités et dans les séminaires, une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et des étudiants, faites que ceux qui principalement s’engagent dans la milice cléricale aiment à rechercher vos entretiens… Cette réputation donnera accès à nos doctrines au sein du jeune clergé, comme au fond des couvents. Dans quelques années, ce jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions : il gouvernera, il administrera, il jugera, il formera le conseil du souverain, il sera appelé à choisir le Pontife qui doit régner et ce Pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera plus ou moins imbu des principes humanitaires que nous allons commencer à mettre en circulation…

Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des clefs apostoliques. Tendez vos filets comme Simon Barjona ; tendez-les au fond des sacristies, des séminaires et des couvents plutôt qu’au fond des mers et, si vous ne précipitez rien, nous vous promettons une pêche plus miraculeuse que la sienne. […] Infiltrez le venin dans les coeurs choisis à petites doses et comme par hasard ; puis à la réflexion, vous serez étonnés vousmêmes de votre succès. […] Vous aurez prêché une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu aux quatre coins du monde. […]

Ce que nous devons demander avant tout, ce que nous devons chercher et attendre, comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins. Glissez dans les esprits les germes de nos dogmes, que prêtres et laïcs se persuadent que le christianisme est une doctrine essentiellement démocratique ».
   

Mais l’explication par les puissances occultes, pour pertinente qu’elle soit, n’épuise pas le sujet. On ne peut passer sous silence l’état du monde au moment où les Pères conciliaires se réunissent en 1962. La victoire en 1945 des démocraties alliées à l’Union soviétique a incontestablement créé un environnement très défavorable à l’épanouissement de l’Eglise et des principes chrétiens. L’hédonisme généralisé, l’individualisme exacerbé, l’égalitarisme forcené, le matérialisme radical de la démocratie libérale et du communisme athée ne pouvaient à terme qu’influer négativement sur les hommes d’Eglise comme sur l’ensemble des catholiques.

Plus généralement, le fait que les institutions n’étaient plus chrétiennes depuis assez longtemps dans la quasi-totalité des pays du globe, et singulièrement dans la plupart des pays d’Europe, n’était pas non plus de nature à accroître l’influence de l’Eglise. Vatican II s’inscrit dans un monde déjà fortement déchristianisé et meurtri par deux sanglantes guerres mondiales. En un siècle et demi, la Révolution française a eu le temps d’instiller le poison de ses idées pernicieuses à l’Europe entière, sinon à toute la terre, venin prolongé par la victoire du protestantisme anglo-saxon et du communisme athée en 1945. Enfin, la domination chaque jour plus insolente de la techno-science a créé un environnement très défavorable au rayonnement de l’Eglise. Sans doute conviendrait-il de remonter à la Renaissance et à son humanisme pour expliquer la genèse des idées qui ont triomphé au concile.

Si l’Eglise a résisté aux assauts du protestantisme au XVIe, du jansénisme au XVIIe, du naturalisme philosophique au XVIIIe, du libéralisme au XIXe et du modernisme dans la première moitié du XXe siècle, c’est cette dernière hérésie, stigmatisée par saint Pie X dans sa magistrale encyclique Pascendi (1907), qui finit par séduire la quasi-totalité de la hiérarchie catholique.

    LES FRUITS de cette subversion religieuse et politique, doctrinale et pastorale, ne se sont pas faits attendre : effondrement des vocations religieuses et sacerdotales, affaissement de la pratique religieuse, montée vertigineuse de l’indifférentisme religieux, du relativisme moral, du scepticisme philosophique. Depuis 1960 environ, les nouvelles générations sont élevées dans une totale ignorance de la religion ; la transmission ne se fait plus.

Le dépôt de la foi n’a pas été gardé par ceux qui avaient le devoir sacré de le conserver. Dès lors, rien de surprenant si depuis soixante ans que l’Eglise catholique est au tombeau, occupée, occultée et éclipsée par le modernisme triomphant et que nous vivons donc des temps antéchristiques, la société s’est complètement décomposée, liquéfiée. En soixante ans, le monde a plus changé qu’en deux millénaires. Nous avons quitté la civilisation édifiée par des siècles d’efforts, de sacrifices, de dévouement pour une barbarie infiniment pire que celle de jadis.

Notre monde a rejeté avec obstination la vérité connue. Or, comme le prophétisait le cardinal Pie, « si Notre-Seigneur ne règne pas par les bienfaits de Sa présence, Il règne néanmoins par les méfaits de Son absence ». Naguère même ceux qui n’étaient pas chrétiens, même ceux qui faisaient profession de rejeter bruyamment le Christ et sa loi, étaient comme malgré eux imprégnés des valeurs chrétiennes. Ils savaient ce que voulaient dire la parole donnée, l’honneur, la fidélité, le courage, la politesse, l’héroïsme, la vertu. Aujourd’hui tous les mots sont pipés.

Chez un enfant de dix ans le mot “amour” est déjà irrémédiablement souillé. L’homme moderne n’est plus relié à rien, sinon à son téléphone portable et à Internet. Toute référence transcendantale lui est étrangère. En voulant supprimer Dieu, on a par là-même supprimé la morale.

D’où un déferlement de haine, de violence et de nihilisme. D’où des familles divisées, éclatées, décomposées, recomposées. D’où des enfants abandonnés à eux-mêmes. D’où la déferlante de la drogue et de la pornographie. D’où le triomphe satanique de toutes les inversions : “mariage” homosexuel, théorie du gender, transition de genre, vomitives Gay Pride réunissant chaque année un plus grand nombre de participants, etc. D’où l’avortement de masse et demain l’euthanasie de masse et le suicide assisté, même des enfants. D’où aussi le recours massif à des antidépresseurs et à des anxiolytiques, à des psychiatres et à des mages. D’où la contagion des suicides. D’où le règne du néant, le triomphe insolent du mensonge et de Mammon. Nous vivons en ce moment trois épisodes de l’Ancien Testament : la tour de Babel, le veau d’or et Sodome et Gomorrhe. Comment croire que si l’Eglise catholique n’avait pas été trahie par ceux-là mêmes qui avaient charge ici-bas de présider à sa pérennité nous en serions là ?

    ENFIN, l’on peut se demander si Vatican II ne marque pas le point final d’un incessant recul de l’Eglise catholique depuis plusieurs siècles. Au XIe siècle, l’Orient quittait la communion de l’Eglise romaine avec le schisme (prétendument) orthodoxe ; au XVIe l’hérésie protestante emportait la moitié de l’Europe ; le jansénisme pervertissait le XVIIe ; le naturalisme de la philosophie des Lumières bouleversait au XVIIIe les fondements mêmes de la société, le libéralisme politique et philosophique combattu par le Syllabus et tous les papes, de Pie VI à Pie XII, marquait de sa détestable empreinte le XIXe et fort logiquement le modernisme fut et demeure l’hérésie du XXe et du début de ce XXIe siècle. Pourtant, malgré les coups qui lui étaient infligés, malgré ses reculs et ses défaites, l’Eglise ne baissait pas les bras. Ce qu’elle perdait en Europe, elle le gagnait grâce à l’évangélisation du nouveau monde, puis grâce aux missions en Asie et en Afrique. De nouvelles congrégations religieuses, d’autres instituts enseignants voyaient le jour.

La nouveauté depuis 1960, c’est qu’il ne s’agit plus d’une crise de croissance mais bel et bien d’une crise de conscience. Si Vatican II a été possible, et s’il y eut hélas si peu de réactions, c’est sans doute finalement parce que les croyances étaient devenues superficielles, sinon factices, purement extérieures. Beaucoup brûlaient de se défaire d’une morale jugée ringarde, de dogmes contraires à l’esprit progressiste et rationaliste, d’une obéissance au Christ et à sa loi vécue comme excessivement coercitive.


    Vient alors une ultime question : comment sortir de cette crise ? Il semble vain d’espérer un retour des modernistes à la foi catholique qui ont commis la faute irrémissible de combattre la vérité connue, péché contre le Saint-Esprit, et qui refusent de voir les désastres que leurs hérésies et leur apostasie ne cessent d’engendrer. De plus, les modernistes ont réussi à neutraliser quasiment toutes les résistances, les groupes dits traditionalistes se ralliant les uns après les autres à la Rome apostate ou brûlant de trouver un accord avec ceux-là mêmes qui détruisent la foi. Avant eux, la quasi-totalité des évêques conservateurs regroupés dans le Coetus internationalis patrum avaient fini par accepter Vatican II et les réformes qui en sont issues, en signant d’abord les décrets du conciliabule en 1965, puis en appliquant la révolution conciliaire dans leur diocèse respectif.


    La crise effroyable que nous vivons a une évidente dimension eschatologique, il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour l’ignorer. Si Saint Paul a prédit à Timothée que « les jours viendraient où les hommes ne supporteraient plus la sainte doctrine », si le cardinal Pie a prophétisé que « l’Eglise serait réduite à des dimensions individuelles et domestiques », si la Sainte Vierge a dit à Mélanie à La Salette que « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist », s’il est dit dans la version intégrale de l’Exorcisme de Léon XIII « Là où fut institué le siège du bienheureux Pierre, et la chaire de la Vérité, là ils ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété, en sorte que le pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé », si avec la synaxe de Paul VI nous voyons « l’abomination de la désolation dans le lieu saint » (Matthieu XXIV, 15), il est non moins vrai que le Christ, chef de l’Eglise, a promis à l’institution qu’il a fondée l’indéfectibilité et c’est fort de cette promesse divine que, malgré les ténèbres actuelles, les ruines qui partout s’accumulent, les chrétiens fidèles gardent au coeur une invincible espérance surnaturelle.

Sûrs que le retour du Christ qui détruira l’Antéchrist « par le souffle de sa bouche » (2 Thessaloniciens II, 8) lors de la Parousie rendra à chacun ce qui lui est dû et mettra un terme définitif aux temps apocalyptiques que nous vivons.

Jérôme Bourbon

(Source : https://rivarol.com/version-papier-1-an-d-archive/1834-rivarol-n3448-du-2122020-papier.html)

Catholiques de France

Catholiques de France

Ce site a pour ambition de défendre le magistère et la Foi Catholique dans son intégralité et sans concession, dans un esprit de foi et de charité. Notre devise : Pour sauver la France éternelle conservons la Foi de nos pères.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *