L’importance de la Joie Chrétienne

D’après le “Traité de la joie de l’âme chrétienne” par le R. P. de Lombez, la joie est considérée comme un bien précieux et essentiel pour un chrétien. Elle est non seulement bonne et louable, mais aussi utile et même nécessaire.

PRIÈRE POUR LA CONQUÊTE ET LA GARDE DE LA SAINTE JOIE

Ô Père des clartés, Source de toute vie,

Daignez verser en nous Votre sainte vigueur.

Par la prière instante, où l’âme est conviée,

Ouvrez Votre cité pour réjouir notre cœur.

Maintenez-nous, Seigneur, dans Votre sainte justice,

Que la vertu constante en soit le seul office.

Qu’une conscience en paix, loin de tout vain duel,

Soit pour notre humble âme un festin perpétuel.

Changez notre regard par un saint recadrage,

Loin des maux quotidiens qui font notre naufrage.

Qu’en prenant une hauteur sur notre destinée,

Notre âme surnaturelle en Vous soit rattachée.

Détournez nos pensées des vaines ambitions,

Pour fixer en l’origine divine toutes nos réflexions.

Méditant Votre Amour et son ardente largesse,

Nous goûtons en Vous seul la plus haute allégresse.

Animez la ferveur, brûlez toute tiédeur,

Que l’Amour parfait chasse toute frayeur.

Fuyant l’abattement, poison bon à rien,

Nous cherchons en l’oraison notre unique bien.

Donnez-nous, Seigneur Dieu, le vrai dégagement,

Brisant les liens des sens et de l’attachement.

Esclaves de ce monde, affranchissez nos âmes,

Pour brûler en liberté de Vos divines flammes.

Gardez-nous de vouloir trop prendre sur nous-mêmes,

De la rigidité que Votre Sagesse n’aime.

Mieux vaut faire peu de chose avec grande joie,

Que s’épuiser l’esprit dans une étroite voie.

Apprenez-nous, Seigneur, à nous contenter de peu,

Regardant ceux qui souffrent sous le ciel bleu.

Luttant contre l’envie de ce que l’on n’a pas,

Nous listerons Vos dons pour guider tous nos pas.

Que notre confiance en Votre Providence,

Soit notre appui joyeux, notre seule assurance.

Votre volonté, Père, veut toujours notre bien,

Même au sein des revers, nous ne craindrons plus rien.

Que cette Joie soit l’aimant qui attire les cœurs,

Et le ciment saint qui unit les bâtisseurs.

Guérissez de l’esprit cette maladie amère,

Pour qu’une énergie vive en nous soit la lumière.

Si le corps est pesant, que l’air pur le ranime,

Contemplant la nature, œuvre Vôtre et sublime.

Qu’un ami vertueux, par ses sages entretiens,

Vienne chasser l’ennui et resserrer nos liens.

Que le vin de Raison, remède précieux,

Pris bien sobrement, nous rende plus joyeux.

Et que notre humble voix, instrument de louange,

Par le chant et la musique, nous joigne à chaque ange.

Bannissez de nos fronts les voiles du deuil funèbre,

Que Votre Joie triomphe au sein de nos ténèbres.

Pour Votre seule gloire et le salut éternel,

Conduisez-nous, Seigneur, au bonheur du Ciel.

Ainsi soit-il.

Voici pourquoi la joie est bonne pour un chrétien, selon ce traité :

Elle est intimement liée à la vertu et à la paix :

    ◦ La joie est la “fille de la paix” et est intrinsèquement unie à la vertu.

    ◦ Faire le bien et goûter les douceurs de la joie est le véritable bonheur de l’homme sage.

    ◦ Une âme dont la conscience est tranquille et bien réglée est continuellement dans la joie, “comme dans la joie d’un festin”.

    ◦ Elle est le fruit du maintien dans la justice et de la pratique constante de la vertu.

C’est un don divin et une participation à la béatitude éternelle :

    ◦ Il existe une joie naturelle innocente, don du Ciel et fruit de la paix avec Dieu, mais la joie chrétienne est toute céleste et divine, prenant sa source dans le cœur et se communiquant à l’extérieur par surabondance.

    ◦ Elle est solide et permanente, à l’inverse des joies terrestres passagères.

    ◦ Personne ne peut ôter cette joie au chrétien, sinon lui-même.

    ◦ Elle est une “participation de celle des bienheureux”, qui est sans alternative et sans fin.

    ◦ Le bonheur éternel consiste dans la joie inaltérable du Seigneur, et Dieu invite ses saints à y participer. Dieu souhaite que nous lui ressemblions, et la tristesse défigure cette image divine, car Dieu est joie et charité.

Elle est utile à la vertu, aux affaires et à la société:

    ◦ Utile à la vertu : Sans elle, les devoirs chrétiens sont accomplis avec crainte et effort, et deviennent pénibles. La vertu surmonte les difficultés, mais la joie les aplanit et transforme les amertumes en douceurs.

    ◦ Utile aux affaires : Elle permet de supporter le travail sans peine, de démêler les difficultés et de trouver plus facilement les moyens de succès. Un homme triste est impropre aux affaires.

    ◦ Utile à la société : Elle favorise la communication entre les âmes, le plaisir des compagnies et le lien d’amitié. Un caractère joyeux rend aimable et liant.

    ◦ Elle rend l’esprit plus fécond, les idées plus nettes, le cœur plus content, l’humeur plus gaie, le commerce plus agréable, et même améliore la santé. Elle rend la piété plus tendre et la vertu plus généreuse. Elle rend le chrétien “agréable à Dieu et aux hommes, et bon à tout”.

Elle est nécessaire pour supporter les épreuves et servir Dieu dignement:

    ◦ La joie est indispensable pour supporter les travaux de la pénitence, la solitude, et la guerre spirituelle.

    ◦ Elle permet de vivre en paix avec les hommes et de rendre service au prochain avec charité et agrément.

    ◦ Saint Paul exhorte à exercer les œuvres de miséricorde avec joie.

    ◦ Elle aide à supporter la mauvaise fortune et la maladie, en permettant de considérer la brièveté de la vie, le mérite de la patience et la récompense éternelle.

    ◦ Elle est essentielle pour consoler autrui, car “on n’inspire aux autres que les sentiments dont on est pénétré”.

    ◦ La tristesse, au contraire, trouble l’esprit et affaiblit le jugement, rendant la personne soupçonneuse, timide et incapable de se conduire elle-même ou les autres.

    ◦ Dieu veut être servi avec joie, car cela fait sa gloire et son plaisir.

    ◦ La joie du Seigneur fait le bonheur éternel des saints et le bonheur des serviteurs dans cette vie.

Elle est un puissant moyen d’obtenir les grâces de Dieu et témoigne de sa confiance:

    ◦ Avoir le cœur dilaté par la joie et la confiance devant Dieu est un moyen assuré pour être exaucé dans les prières.

    ◦ La joie est le fruit de la rédemption, donc elle doit être l’objet des prières.

    ◦ Elle est une marque de la réconciliation avec Dieu et aide à se maintenir dans sa justice.

    ◦ Avoir une grande confiance en Dieu mène à la joie, car “celui à qui Dieu suffit ne désire rien ; et celui qui a Dieu pour lui, que peut-il craindre?”.

    ◦ La vraie crainte de Dieu ne glace pas le cœur, mais s’accompagne d’amour et produit nécessairement la joie.

    ◦ Elle est un signe de conversion sincère et témoigne de la présence de l’Esprit Saint.

En somme, la joie chrétienne est présentée comme une manifestation de la présence de Dieu dans l’âme, un signe de sa grâce et de l’alignement avec sa volonté. Elle fortifie le chrétien face aux épreuves, le rend plus efficace dans ses actions, et témoigne de l’amour de Dieu pour l’homme, tout en le rapprochant de la félicité éternelle.

Selon le “Traité de la joie de l’âme chrétienne” par le R. P. de Lombez, la joie est un bien précieux, fille de la paix et intimement unie à la vertu. Elle est utile à la vertu, aux affaires, à la société, et même nécessaire à l’homme pour supporter les épreuves de la vie. Dieu souhaite que les chrétiens soient toujours dans la joie.

Le traité expose plusieurs moyens et techniques concrètes pour acquérir et conserver cette joie chrétienne :

1. Se maintenir dans la justice

    ◦ Le premier moyen, essentiel et fondamental, est d’être toujours dans la justice et de pratiquer constamment la vertu.

    ◦ Une âme dont la conscience est tranquille et bien réglée est continuellement dans une joie comparable à celle d’un festin.

2. Occuper son esprit de ce qui peut réjouir le cœur

    ◦ Il faut éloigner de son esprit tout ce qui peut porter à la tristesse.

    ◦ Évitez les réflexions qui flattent la sensualité, la vanité ou l’ambition, car elles ne font qu’exciter des désirs inquiétants et ne produisent pas la joie.

    ◦ Dirigez vos pensées vers ce qui fait votre véritable grandeur et votre bonheur suprême, c’est-à-dire la dignité de votre âme, son origine divine, sa ressemblance avec son Créateur et sa destinée éternelle. La contemplation de ces réalités est une source de joie sensible, solide et intime.

    ◦ Ayez de grandes idées et de vifs sentiments de la bonté de Dieu, et remplissez-vous de confiance en Lui, car cela mène à la joie.

3. L’amour de Dieu et la ferveur dans son service

    ◦ La parfaite charité chasse la crainte servile qui plonge dans la tristesse.

    ◦ Aimer Dieu permet de le trouver partout et de le posséder entièrement, remplissant le cœur de sorte que rien ne manque, procurant ainsi la joie.

    ◦ L’oraison (prière) est un grand remède à la tristesse. Elle demande une âme pure qui goûte Dieu et se plaît à converser avec Lui. Ce contact immédiat avec Dieu excite une sensation céleste de délices ineffables.

4. Se mettre, par un entier dégagement, dans la véritable liberté

    ◦ La joie ne peut être le partage des esclaves, et on est esclave tant qu’on est attaché à quelque chose, même par des chaînes d’or.

    ◦ Il faut tout sacrifier (du moins par le sentiment et le détachement du cœur) pour goûter cette joie.

    ◦ S’attacher à un objet qui n’est pas Dieu entraîne un affaiblissement et un trouble intérieur.

    ◦ La solitude d’un cœur détaché est source de joie et de bonheur.

    ◦ L’âme fidèle, épouse de Jésus-Christ, se dépouille de tout pour n’avoir que Lui comme unique partage.

5. Ne prendre jamais trop sur soi-même

    ◦ Évitez de s’imposer trop de devoirs arbitraires avec une rigidité excessive, car cela mène à l’accablement et à la tristesse.

    ◦ Modérez votre application aux exercices de piété ; si la prière est trop longue ou les efforts trop intenses, cela peut entraîner la fatigue et la tristesse, rendant la personne moins agréable et dissipée.

    ◦ Variez vos exercices et occupations : faites succéder la prière au travail et la lecture à la prière. C’était la maxime des anciens solitaires pour maintenir la joie et la paix.

    ◦ Priorisez la liberté intérieure, la paix et la joie sur la rigidité des devoirs.

    ◦ Abstenez-vous des austérités excessives qui détruisent la santé et le goût des saints exercices. Il est préférable de faire moins avec joie et bonne santé que d’être contraint à abandonner ou à mal accomplir ses devoirs.

6. Se contenter de peu

    ◦ Soyez comme le pauvre, sans passions ni désirs, et vous serez heureux.

    ◦ La joie vous accompagnera partout, même dans la misère ou en prison, si vous êtes capable de vous contenter de peu, reconnaissant les bienfaits de Dieu dans les petites choses.

7. La confiance en Dieu

    ◦ Ayez une confiance pleine en Dieu et ne cherchez que Lui.

    ◦ Consultez Dieu dans toutes vos voies, car Il dirigera vos pas. Son Esprit est un grand directeur si l’on veut bien l’écouter.

    ◦ Faites toujours ce que Dieu veut, et de la manière qu’il le veut, en demandant son secours avec pleine confiance.

    ◦ Même après avoir beaucoup péché, revenez à Dieu avec une pleine confiance, car Il pardonnera. La confiance est un puissant engagement pour Dieu.

    ◦ Évitez de chercher des alarmes dans l’avenir et concentrez-vous sur le moment présent. La crainte excessive de sa faiblesse ou des tentations futures est une source de vaines terreurs. Dieu donne la grâce selon l’occasion et le besoin.

    ◦ La crainte de Dieu ne doit pas glacer le cœur, mais plutôt être accompagnée d’amour et d’espérance, produisant la joie. Les âmes courageuses posséderont la vraie joie.

    ◦ En cas de tristesse liée au tempérament, la médecine peut être un complément aux réflexions et aux conseils d’amis.

    Utilisez des moyens naturels pour dissiper la tristesse :

        ▪ Promenades par beau temps, dans des lieux où l’air est pur et la nature agréable, car cela dissipe les images sombres.

        ▪ Une consommation modérée de vin peut réjouir le cœur, selon les Écritures. C’est un remède à utiliser avec sobriété et discernement.

        ▪ Le chant et la musique sont très efficaces pour dissiper la mélancolie et remettre l’âme dans une sainte liberté et une joie innocente. La voix naturelle est un instrument toujours disponible et supérieur aux autres. Les chants religieux, comme le psaume Alleluia, étaient utilisés par les laboureurs et vignerons pour leur esprit, corps et âme.

En somme, la joie chrétienne est le fruit d’une vie juste, d’une âme détachée des biens terrestres et des passions, d’une confiance inébranlable en Dieu, et d’une ferveur modérée et sereine dans son service. Elle est entretenue par la prière, la contemplation de la bonté divine, et l’usage judicieux de moyens naturels et agréables, tout en évitant l’excès et l’inquiétude. Le traité insiste sur le fait que même les larmes de componction peuvent s’allier à une paix profonde et à la joie intérieure, et que la tristesse, surtout excessive et non selon Dieu, est à combattre car elle est nuisible et déraisonnable.

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