L’intelligence artificielle à la lumière du thomisme
Revenir à l’être pour comprendre la machine
L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme l’une des innovations les plus marquantes du début du XXIᵉ siècle. En quelques années seulement, elle a quitté les laboratoires de recherche pour s’intégrer dans la vie quotidienne. Les entreprises l’utilisent pour automatiser leurs tâches, les étudiants pour rédiger leurs travaux, les administrations pour traiter des données et un nombre croissant de particuliers lui demandent des conseils, des analyses ou des réponses à leurs interrogations les plus diverses. Cette diffusion rapide nourrit un débat permanent où alternent fascination et inquiétude. Les uns annoncent une révolution comparable à l’invention de l’imprimerie ; les autres redoutent un instrument de surveillance ou de déshumanisation. Pourtant, derrière ces discussions se cache une question beaucoup plus fondamentale, rarement abordée : qu’est-ce que l’intelligence ? Peut-on réellement qualifier d’« intelligente » une machine capable de traiter d’immenses quantités de données et de produire des réponses d’une remarquable cohérence ? Pour Michel Boyancé, cette interrogation ne peut recevoir de réponse satisfaisante qu’à la lumière de la philosophie de saint Thomas d’Aquin, non parce que celui-ci aurait anticipé les technologies contemporaines, mais parce qu’il a élaboré une réflexion sur l’être, la nature et l’intelligence qui demeure universelle et permet encore aujourd’hui de juger les réalités nouvelles.
Cette démarche peut surprendre. Quel rapport peut-il exister entre un philosophe du XIIIᵉ siècle et des technologies apparues il y a seulement quelques décennies ? La réponse tient à la distinction entre les principes et leurs applications. Les techniques évoluent sans cesse ; les principes qui permettent de comprendre la réalité, eux, demeurent. Saint Thomas n’a évidemment jamais connu les ordinateurs, mais il a cherché à comprendre ce qu’est un être, ce qu’est une nature, ce qu’est une intelligence et comment l’homme connaît la vérité. Ces questions précèdent toutes les inventions humaines. Elles constituent ce que la philosophie appelle les premiers principes. C’est précisément parce que l’intelligence artificielle prétend accomplir certaines opérations traditionnellement attribuées à l’intelligence humaine qu’il devient nécessaire de revenir à ces fondements. Avant de demander ce que l’IA peut faire, encore faut-il savoir ce qu’est véritablement l’intelligence. Autrement dit, la réflexion sur la machine oblige paradoxalement à revenir vers l’homme lui-même.
La première leçon de la philosophie thomiste consiste précisément à rappeler que toute connaissance commence par l’être. La pensée moderne s’intéresse volontiers au fonctionnement des choses : comment un phénomène se produit-il ? Quels mécanismes permettent de l’expliquer ? Quelle efficacité peut-on en attendre ? Cette approche a rendu possibles les immenses progrès des sciences expérimentales et de la technique. Toutefois, elle laisse souvent de côté une interrogation plus fondamentale : qu’est-ce que la réalité que nous étudions ? Pour saint Thomas, cette question est première. Avant d’analyser le fonctionnement d’une chose, il faut comprendre ce qu’elle est. L’intelligence humaine ne construit pas le réel ; elle le découvre progressivement. Les choses existent indépendamment de notre pensée et possèdent une nature qui leur est propre. La tâche de l’intelligence consiste alors à conformer son jugement à cette réalité objective. C’est pourquoi la philosophie classique définit la vérité comme l’adéquation de l’intelligence à la chose. Connaître ne signifie donc pas produire une représentation arbitraire du monde, mais saisir ce que les êtres sont réellement.
Michel Boyancé rappelle que cette orientation vers le réel appartient spontanément à la nature humaine. Le jeune enfant manifeste déjà cette disposition lorsqu’il ne cesse de demander : « Qu’est-ce que c’est ? » ou « Pourquoi ? ». Ces questions révèlent un dynamisme intérieur qui distingue profondément l’homme des autres êtres vivants. L’enfant ne cherche pas simplement à mémoriser des informations ; il désire comprendre. Cette capacité est d’ailleurs inscrite dans le mot même d’« intelligence ». Le terme latin intelligere signifie littéralement « lire à l’intérieur ». L’intelligence est cette faculté qui permet de dépasser les apparences sensibles afin de saisir l’être des choses, leur essence et leur nature. Lorsque nous rencontrons un arbre, nous ne percevons pas seulement une juxtaposition de couleurs et de formes ; nous reconnaissons immédiatement qu’il s’agit d’un arbre. Lorsque nous rencontrons une personne, nous ne voyons pas uniquement un organisme biologique ; nous reconnaissons un autre sujet, capable de connaître, de vouloir et d’aimer. Cette saisie de l’essence dépasse infiniment le simple traitement d’informations. Elle manifeste une faculté proprement spirituelle qui tend naturellement vers la vérité.
Cette conception de l’intelligence conduit immédiatement à une seconde distinction essentielle : celle qui sépare le naturel de l’artificiel. Dans la tradition aristotélico-thomiste, la nature ne désigne pas seulement l’ensemble des êtres vivants ou des paysages. Elle désigne le principe intérieur par lequel une chose est ce qu’elle est et agit conformément à ce qu’elle est. Une plante pousse parce qu’elle possède en elle-même le principe de sa croissance ; un animal se développe parce qu’il porte en lui les ressources nécessaires à sa vie ; l’homme lui-même déploie progressivement son intelligence parce qu’elle appartient à sa nature. L’artificiel obéit à une logique radicalement différente. Un outil, une machine ou un ordinateur ne possèdent aucun principe intérieur de développement. Ils sont entièrement dépendants de celui qui les conçoit, les construit et les utilise. Leur activité ne procède jamais d’eux-mêmes, mais de l’intelligence qui les a produits. Cette distinction, héritée d’Aristote et constamment reprise par saint Thomas, constitue l’une des clés de toute la réflexion de Michel Boyancé. Elle rappelle que l’artifice est toujours second par rapport à la nature. Il ne crée jamais un nouvel ordre de l’être ; il demeure une œuvre de l’intelligence humaine appliquée à la matière.
Cette distinction permet déjà de situer correctement l’intelligence artificielle. Malgré les performances impressionnantes qu’elle peut atteindre, elle appartient entièrement à l’ordre de l’artificiel. Elle n’est pas un être vivant qui développerait spontanément une faculté intellectuelle. Elle est un ensemble de procédures conçues par des ingénieurs, alimentées par des données produites par des intelligences humaines et exécutées par des machines. Son existence même dépend intégralement d’une intelligence qui lui est extérieure. En ce sens, elle ne constitue jamais une intelligence nouvelle ; elle demeure l’effet de l’intelligence humaine. Selon Michel Boyancé, c’est précisément ici que naît la première confusion contemporaine. Parce que les algorithmes reproduisent avec une efficacité croissante certaines opérations du raisonnement, beaucoup en viennent à attribuer à la machine les facultés dont elle n’offre pourtant que l’apparence. L’imitation est suffisamment convaincante pour faire oublier la différence de nature qui sépare l’outil de son créateur. Or cette différence est décisive : si l’homme peut produire une machine capable de calculer, aucune machine ne peut, par le seul perfectionnement de ses calculs, acquérir la nature d’un être intelligent. C’est cette hiérarchie des êtres qu’il faut désormais examiner pour comprendre pourquoi le vivant et l’intelligence occupent, dans la pensée de saint Thomas, un ordre de perfection auquel l’intelligence artificielle ne saurait prétendre.
Le vivant : un degré supérieur dans l’ordre de l’être
La distinction entre le naturel et l’artificiel conduit naturellement à une autre notion essentielle de la philosophie de saint Thomas : celle du vivant. Si tous les êtres existent, ils ne possèdent pas pour autant le même degré de perfection. La tradition aristotélico-thomiste établit une véritable hiérarchie des êtres en fonction des facultés qu’ils possèdent. Les réalités purement matérielles existent, mais elles ne vivent pas. Les végétaux vivent, mais ils ne perçoivent pas leur environnement comme le font les animaux. Les animaux disposent d’une sensibilité qui leur permet de voir, d’entendre, de ressentir et de se mouvoir selon leurs instincts. L’homme, enfin, participe à cette vie sensible tout en possédant une faculté supplémentaire : l’intelligence, capable de connaître les essences, de rechercher la vérité et de réfléchir sur elle-même. Cette hiérarchie ne procède pas d’une préférence arbitraire ; elle découle de la nature même des êtres. Chaque degré supérieur assume les propriétés du précédent tout en y ajoutant une perfection nouvelle. C’est pourquoi le vivant ne saurait être réduit à un simple assemblage de mécanismes. Il possède une unité intérieure qui fait de lui un être autonome, capable d’agir selon son propre principe de vie.
Michel Boyancé insiste sur ce point parce qu’il estime que la culture contemporaine tend à oublier cette distinction fondamentale. Les progrès des sciences expérimentales ont permis de décrire avec une précision remarquable les mécanismes biologiques qui accompagnent la vie. Les neurosciences, par exemple, analysent les processus cérébraux qui interviennent lorsque l’homme parle, réfléchit ou prend une décision. Ces recherches sont légitimes et précieuses ; elles éclairent le fonctionnement du corps humain. Toutefois, elles ne répondent pas à la question de savoir ce qu’est la vie elle-même. Décrire les mécanismes d’un phénomène ne revient pas à en saisir l’être. Selon Michel Boyancé, la pensée moderne s’est progressivement habituée à ne plus interroger que le « comment » des choses, délaissant le « pourquoi » qui constitue pourtant l’objet propre de la philosophie. Lorsque le cerveau est exclusivement envisagé comme un ensemble de connexions neuronales, il devient tentant de considérer l’intelligence comme un simple traitement d’informations. Cette réduction ouvre alors la voie à une comparaison immédiate entre le cerveau humain et les systèmes informatiques. Pourtant, une telle analogie repose sur un changement de perspective : elle remplace la question de l’être par celle du fonctionnement.
Cette confusion explique pourquoi l’intelligence artificielle impressionne autant. Plus ses performances techniques progressent, plus elle semble reproduire certaines opérations intellectuelles et plus l’homme est tenté de se définir lui-même comme une machine particulièrement complexe. Michel Boyancé voit dans ce phénomène une forme d’effet miroir. L’homme construit des systèmes capables d’imiter certains aspects de son activité intellectuelle, puis il finit par se contempler lui-même à travers ces machines. Peu à peu, il ne voit plus dans sa propre intelligence qu’un ensemble de calculs sophistiqués. Dès lors, l’idée qu’une machine puisse devenir l’égale de l’homme paraît presque évidente. Or, selon la philosophie de saint Thomas, cette conclusion repose sur une inversion de l’ordre des causes. La machine n’est jamais à l’origine de l’intelligence ; elle en est le produit. Elle manifeste le génie de ses concepteurs sans jamais posséder elle-même la faculté de comprendre ce qu’elle exécute. En oubliant cette dépendance fondamentale, l’homme risque finalement de réduire sa propre nature à celle des objets qu’il fabrique. L’enjeu du débat dépasse alors la seule intelligence artificielle : il concerne la manière dont notre civilisation comprend désormais l’homme lui-même.
La suite de la démonstration de Michel Boyancé découle logiquement de cette hiérarchie des êtres. Si le vivant possède une perfection qui dépasse radicalement l’artificiel, il faut encore préciser ce qui distingue l’intelligence humaine de toutes les opérations de calcul. C’est seulement en comprenant ce qu’est véritablement l’intelligence, et en quoi elle est naturellement ordonnée à la vérité, qu’il devient possible d’expliquer pourquoi l’intelligence artificielle, malgré sa puissance de calcul, ne pense pas au sens propre du terme.
L’intelligence humaine : connaître le réel plutôt que traiter des informations
Toute la réflexion de Michel Boyancé converge finalement vers une question centrale : qu’est-ce que l’intelligence ? C’est en répondant avec précision à cette interrogation que l’on peut mesurer l’écart qui sépare l’homme de la machine. Dans la tradition aristotélico-thomiste, l’intelligence ne se définit ni par la rapidité d’exécution, ni par la quantité d’informations qu’elle peut mobiliser, ni même par la complexité des raisonnements qu’elle est capable de produire. Elle se caractérise avant tout par sa capacité à connaître le réel. Son mouvement naturel consiste à dépasser les apparences sensibles afin de saisir ce que les choses sont véritablement. C’est pourquoi Michel Boyancé rappelle l’étymologie du mot intelligere, « lire à l’intérieur ». Comprendre, ce n’est pas seulement établir des relations entre des données ; c’est atteindre l’être des choses, leur essence et leur signification. Cette faculté explique que l’homme ne se contente jamais d’accumuler des informations. Il cherche spontanément le sens, la vérité et les causes profondes de ce qu’il observe. Toute sa vie intellectuelle est ordonnée vers cette recherche.
Cette orientation vers la vérité distingue radicalement l’intelligence humaine du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Pour saint Thomas, la vérité est l’adéquation de l’intelligence à la réalité. Elle naît lorsque le jugement correspond effectivement à ce qui est. Or cette adéquation suppose une rencontre entre un sujet connaissant et un réel qui lui préexiste. L’intelligence humaine peut certes se tromper, mais même dans l’erreur elle demeure naturellement orientée vers le vrai. Selon Michel Boyancé, cette disposition est si profondément inscrite dans la nature humaine qu’elle fonde toutes les relations sociales. Personne n’accepterait de dialoguer durablement avec un interlocuteur qui annoncerait d’emblée son intention de mentir sur tout. Toute conversation suppose implicitement que chacun cherche à dire ce qu’il croit être vrai. Cette recherche constitue la vocation propre de l’intelligence ; elle ne peut être réduite à une simple opération logique ou mathématique.
C’est précisément sur ce point que Michel Boyancé estime que l’expression « intelligence artificielle » est trompeuse. Selon lui, il serait plus exact de parler de « calcul artificiel », voire de « raisonnement artificiel » ou de « logique symbolique artificielle ». La machine accomplit effectivement des opérations extrêmement complexes. Elle établit des corrélations, traite d’immenses volumes de données, identifie des régularités statistiques et produit des réponses cohérentes. Toutefois, elle ne comprend jamais ce qu’elle affirme. Elle manipule des signes sans saisir la réalité qu’ils désignent. Lorsqu’elle parle d’un arbre, de la justice, de la liberté ou de la personne humaine, elle ne connaît pas ces réalités comme les connaît un esprit vivant. Elle reproduit des structures élaborées à partir des informations que l’intelligence humaine lui a fournies. Son activité demeure donc entièrement dépendante d’une intelligence qui lui est extérieure. Autrement dit, elle calcule parce que l’homme pense ; elle ne pense pas parce qu’elle calcule.
Cette distinction explique pourquoi les performances impressionnantes de l’intelligence artificielle ne doivent pas conduire à lui attribuer une nature qu’elle ne possède pas. La puissance des algorithmes peut donner l’illusion d’une compréhension véritable, mais cette impression résulte de la qualité de l’imitation et non de l’existence d’une intelligence comparable à celle de l’homme. Comme le souligne Michel Boyancé en s’appuyant notamment sur les réflexions du spécialiste Luc Julia, la machine ne conçoit rien au sens propre du terme : elle traite des données qui lui ont été fournies et applique des règles élaborées par d’autres. La conception appartient toujours à une intelligence vivante. En oubliant cette différence essentielle, notre époque risque non seulement de surestimer les capacités de la machine, mais aussi d’appauvrir sa propre conception de l’intelligence humaine. Si penser consiste uniquement à calculer, alors la machine pourra toujours apparaître comme supérieure à l’homme. Si, au contraire, penser signifie connaître le réel, rechercher la vérité et porter un jugement libre sur les choses, alors aucune accumulation de calculs ne suffira jamais à produire une intelligence véritable.
Les conséquences anthropologiques d’une confusion entre l’homme et la machine
La question de l’intelligence artificielle ne se réduit donc pas à un débat technique. Si Michel Boyancé consacre une large partie de son entretien à définir avec précision l’intelligence humaine, c’est parce que les erreurs de définition produisent inévitablement des conséquences anthropologiques. Lorsqu’une civilisation ne sait plus distinguer le calcul de l’intelligence, elle finit progressivement par transformer l’idée qu’elle se fait de l’homme lui-même. La machine devient alors le modèle à partir duquel on interprète les facultés humaines. Les neurosciences sont parfois sollicitées dans cette perspective : en étudiant les mécanismes cérébraux de la pensée, elles peuvent donner l’impression que l’intelligence n’est qu’un ensemble de processus matériels particulièrement complexes. Or, souligne Michel Boyancé, décrire les mécanismes qui accompagnent un acte intellectuel ne revient pas à expliquer ce qu’est l’intelligence. Le fonctionnement d’une réalité ne se confond jamais avec son être. Cette distinction, essentielle dans la philosophie de saint Thomas, rappelle que l’homme est un vivant doté d’une intelligence spirituelle et non une machine biologique dont il suffirait de reproduire les mécanismes.
Cette confusion produit également des effets très concrets dans la vie quotidienne. Parce que l’intelligence artificielle fournit des réponses immédiates, l’homme est tenté de lui déléguer progressivement les opérations qui relèvent normalement de son propre jugement. Michel Boyancé évoque ainsi le cas d’élèves qui ne voient plus l’utilité de recopier une leçon ou de mémoriser un raisonnement puisqu’une intelligence artificielle pourra toujours produire la réponse attendue. Le risque n’est pas seulement une perte de connaissances ; il est plus profond. L’éducation n’a jamais consisté à accumuler des réponses toutes faites, mais à former une intelligence capable de découvrir elle-même la vérité. Un enseignant n’est pas un distributeur d’informations : il accompagne progressivement l’élève afin que celui-ci exerce ses propres facultés intellectuelles. Si cette activité intérieure disparaît au profit d’une dépendance permanente à l’outil technique, c’est l’acte même de penser qui risque de s’affaiblir. Une intelligence qui ne s’exerce plus finit par perdre une partie de sa capacité à juger par elle-même.
Michel Boyancé élargit enfin cette réflexion au domaine politique. Tout au long de l’histoire, les sociétés ont cherché à influencer les opinions par le contrôle de l’information. Les possibilités offertes par l’intelligence artificielle donnent aujourd’hui à cette ambition une ampleur inédite. Si les réponses aux grandes questions historiques, culturelles ou morales proviennent toujours des mêmes systèmes, programmés à partir de critères qui échappent largement à leurs utilisateurs, le risque apparaît de voir se constituer une culture uniforme où l’exercice personnel du jugement s’efface progressivement. L’auteur ne condamne pas pour autant toute utilisation de l’intelligence artificielle. Comme tout outil, elle peut rendre de réels services lorsqu’elle demeure à sa juste place. Mais cette place ne peut être déterminée qu’à la condition de conserver une vision juste de l’homme. Une société qui oublierait que la vérité doit être engendrée dans l’intelligence de chaque personne et non simplement reçue d’un système technique s’exposerait à substituer l’efficacité du calcul à la liberté de la pensée.
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