PAGANISME ET CATHOLICISME


« II n’y a aucune période historique qui ne soit symbolisée dans un monument. »

Donoso CORTÈS (Édition espagnole : II 335)


Deux monuments, le Colisée, la Cathédrale, ré­sument le Paganisme et le Catholicisme, et per­mettent de bien comprendre ce que devient la propriété sous l’influence de ces deux civilisations.


LE COLISÉE


Le Paganisme met l’homme à la place de Dieu ; il divinise toutes les passions humaines : orgueil, égoisme, volupté, cruauté ; tels sont les noms de la nouvelle Divinité.


Il lui faut un temple, des adorateurs, des prêtres, des victimes.


Son temple sera colossal. Son seul aspect devra donner une idée de puissance et engendrer un sentiment de ter­reur. L’orgueil a dressé le plan, l’égoïsme l’exécutera ; mais l’égoïsme ne produit rien, il dévore. N’importe : centre du monde, il mettra l’univers entier à contribution. Des multi­tudes d’esclaves travailleront sans relâche. Traités comme de vils animaux, ils scelleront de leurs sueurs, de leurs larmes, de leur sang, les assises de ce gigantesque édifice.


Le temple est prêt : masse lourde, écrasante, rien en lui n’élève l’âme ; tout en lui abaisse vers la terre. C’est le triomphe de la matière et de la force brutale.


Comme adorateurs, un peuple en délire, semblable aux vagues d’une mer en furie.
Comme sacrificateurs, les fauves du désert ou des hommes cent fois plus cruels encore.
Comme victimes, de malheureuses créatures humaines, transformées en véritable gibier de chasse ; des hommes, dans toute la force de l’âge, dressés à s’entr’égorger et à mourir avec grâce, après avoir salué le dieu César.


Telles sont les cérémonies du nouveau culte : massacres, tueries sans nom, supplices où s’épuise l’imagination des bourreaux.


Comme hymnes, des hurlements de bêtes féroces, des gémissements d’épouvante, des râles d’agonie.
Comme parfums, les âcres senteurs du sang coulant à flots dans l’arène.
Tout vise à flatter, à satisfaire les plus vils instincts de la bête humaine.


N’interrogeons pas plus longtemps ce témoin d’une époque à jamais disparue, ou l’homme était pour l’homme une bête de somme, un instrument de plaisir ; où voir cou­ler le sang de ses semblables constituait la volupté suprême.
On a hâte de s’éloigner de cet antre, où, impuissant à rien créer et ne sachant que détruire, le paganisme, monstre insatiable, se repaît des larmes et des souffrances du genre humain.


LA CATHÉDRALE


La cathédrale, au contraire, surgit dans la société chré­tienne comme un véritable arbre de vie, sur les branches duquel s’épanouissent fleurs parfumées et fruits savoureux.


Coeur de la Cité, centre de la vie religieuse, elle représente aussi la propriété commune, le réservoir où tous peuvent venir puiser et s’abreuver à longs traits le long des siècles : clercs et simples fidèles, ouvriers et artisans, jeunes et vieux, riches et pauvres, grands de la terre et humbles sujets.


Proportions harmonieuses, piliers élancés, ogives sem­blables à des mains levées vers le Ciel dans un geste de sup­plication et de prière, voûtes légères, clochers aériens, sous l’influence de l’amour comme sous une poussée de sève, la matière elle-même semble prendre des ailes, se spiritualiser en quelque sorte et accompagner l’âme humaine dans son ascension vers Dieu.


C’est le triomphe de l’esprit sur la matière, de l’amour sur la force brutale.
Et ces merveilles couvrent d’un blanc manteau toute la surface de la Chrétienté.
Malheur aux Vandales qui osent porter sur elles une main sacrilège : une vague de dégoût les submerge et les siècles eux-mêmes ne leur apportent pas de pardon !


C’est que vraiment tout en elles est amour.
Loin de prendre naissance dans les larmes et le sang, leur construction devient pour le peuple chrétien une source de bénéfices de tout ordre.


Économes, avares même en ce qui les concerne, les hommes d’Église, en effet, deviennent prodigues, quand la gloire de Dieu est en jeu. Rien n’est trop beau pour le temple du Seigneur et pour les objets consacrés au Culte divin.
Toutes les ressources mises de côté par la sobriété, par la vertu des moines, par l’amour des clercs passent de leurs mains dans celles des bâtisseurs d’églises.

Artistes et ouvriers de tous métiers y trouvent d’inépuisables trésors pour vivre et pour faire prospérer leurs familles et leurs corporations.


Source de travail, la vertu des moines devient généra­trice d’art : on voit éclore à l’ombre bienfaisante des cathé­drales des pléiades d’artistes. Assurés de leur gagne-pain, ils peuvent donner libre essor à leur génie et produisent des chefs-d’oeuvre de sculpture, de peinture, d’orfèvrerie qui font l’admiration des siècles.


Véritable Bible de Pierre, qu’illustre tout un monde de statues, la cathédrale devient pour les générations chré­tiennes un livre qu’elles feuillettent avec amour et profit.


Sur les vitraux, les fidèles voient se dérouler dans une auréole la vie de ceux qu’ils ont appris à invoquer comme leurs intercesseurs auprès de Dieu.


À l’intérieur, tableaux et mosaïques achèvent son instruc­tion religieuse, ainsi que son éducation artistique.
À ce même point de vue, en même temps qu’elles nour­rissent sa piété, les cérémonies religieuses constituent pour lui des spectacles, où tout est combiné pour charmer à la fois son âme et ses sens : rites augustes, richesse des ornements, éclat des lumières, parfums, chants harmonieux, voix puis­santes des orgues emplissant les voûtes et les nefs, alors que là-haut, dans leurs cages de granit et de dentelle, les cloches, véritables oiseaux de bronze, font monter jusqu’àu ciel les louanges de Dieu.


La cathédrale devient ainsi un musée, où tous les arts se donnent rendez vous, bien différent en cela de nos musées modernes qui ne sont trop souvent que des cimetières de chefs-d’oeuvre ; la cathédrale est un musée où la vie circule à pleine sève, où tout se groupe et s’épanouit autour du Dieu d’amour.


Toutes ces richesses, toutes ces merveilles sont comme les rayons d’un Ostensoir géant, au centre duquel resplendit la petite Hostie blanche.


Travail rémunérateur, chefs-d’oeuvre sans nombre, cé­rémonies magnifiques, éducation artistique : tels sont quelques-uns des bénéfices auxquels les richesses accumu­lées par la vertu des moines et des clercs permettent à tout un peuple chrétien de participer et cela pendant tout le cours des siècles.


Colisée, cathédrale, oui, vous nous faites toucher du doigt la distance qui sépare le paganisme du catholicisme, la propriété païenne de la propriété chrétienne, la terre sté­rile, qui ne produit que des larmes et du sang, de la terre féconde, où l’on moissonne gerbes d’amour et de vie.

Extrait du livre : https://editions-voxgallia.fr/produit/que-les-francais-fassent-leurs-tresors-des-testaments-de-saint-remi-charlemagne-saint-louis-louis-xvi/

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