Portrait-robot du catholique libéral et médiocre

Le trait caractéristique du libéral médiocre, c’est sa déférence pour l’opinion de son public, c’est la peur du “qu’en dira-t-on ?” Il ne parle jamais, il répète ce qu’on lui a dit le plus exactement possible. Il juge un homme sur son âge, sa position sociale, son succès, sa fortune. Il a le plus profond respect pour ceux qui sont connus, pour ceux qui ont réussi. Il ferait la cour à son ennemi, si cet homme devenait célèbre, mais il ferait peu de cas pour son meilleur ami, si personne ne lui en faisait l’éloge.

Il n’osera prendre l’initiative de rien. Ses admirations sont prudentes, ses enthousiasmes sont officiels. Il méprise ceux qui sont jeunes. Seulement quand votre grandeur sera reconnue, il s’écriera : je l’avais bien deviné ! L’homme médiocre peut avoir telle ou telle aptitude spéciale : il peut avoir du talent. Mais l’intuition lui est interdite. Il peut apprendre, il ne peut deviner. Il admet quelquefois une idée, mais il ne la suit pas dans ses diverses applications ; si vous la lui représentez en termes différents, il ne la reconnaît plus : il la repousse. Il admet quelquefois un principe, mais si vous arrivez aux conséquences de ce principe, il vous dira que vous exagérez. Si le mot exagération n’existait pas, le libéral l’inventerait. Si l’homme naturellement médiocre et de formation libérale devient sérieusement catholique, il cesse absolument d’être médiocre et libéral. L’homme qui aime la vérité de toute son âme n’est jamais libéral. Il peut se tromper momentanément, il n’est pas libéral.

L’homme vraiment libéral admire un peu toutes choses, mêmes contradictoires : il n’admire rien avec chaleur. Si vous lui présentez ses propres idées avec enthousiasme, il dira que vous êtes excessif. Il répètera que vous exagérez. Il aimera mieux ses ennemis s’ils sont froids et indifférents, que ses amis s’ils sont ardents et convaincus.

Il trouve insolente toute affirmation catégorique car elle exclut la proposition contradictoire. Mais si vous êtes un peu ami et un peu ennemi de toutes choses, il vous trouvera sage et prudent. Il admirera la délicatesse de votre pensée et dira que vous avez le sens des nuances. Pour échapper au reproche de fanatisme adressé par lui à tout ce qui pense fortement, il faudrait se réfugier dans le silence qualifié de prudent. S’il est obligé malgré tout de s’exprimer, il fait semblant de dire quelque chose et ne dit absolument rien. Il ajoute à chaque phrase une périphrase adoucissante : ce semble, si j’ose dire, s’il est permis de s’exprimer ainsi.

Il reste au libéral ayant des responsabilités une inquiétude : c’est la crainte de se compromettre avec les fanatiques qui exagèrent. Aussi s’exprime-t-il avec la réserve, la prudence d’un homme qui craint que ses paroles trop hardies ne fassent des vagues… Le premier mot du libéral qui juge un livre ou une revue porte toujours sur un détail, et habituellement sur un détail de style. Il déteste les livres qui obligent à réfléchir. Il aime ceux qui ressemblent à tous les autres, ceux qui rentrent dans ses habitudes, qui ne font pas éclater son moule, ceux qu’on sait par cœur avant de les avoir lus, parce qu’ils sont semblables à tous ceux qu’on lit depuis qu’on est “tradi”.

Le libéral répète qu’il ne faut pas être absolu dans ses jugements doctrinaux (1), qu’il faut savoir mettre de l’eau dans son vin, etc… Si vous affirmez fortement la vérité, le libéral médiocre vous dira que vous avez trop de confiance en vous-même. Il peut très bien avoir ce que l’on appelle dans les salons, de l’esprit ; mais il ne peut avoir l’intelligence qui est la faculté de juger le vrai et le faux. L’homme intelligent lève la tête pour admirer et chercher à comprendre toujours plus, l’homme médiocre lève la tête pour se moquer. Tout ce qu’il ne comprend pas lui paraît ridicule.

L’homme médiocre est beaucoup plus méchant qu’on ne le croit, parce que sa froideur voile sa méchanceté. Il ne s’emporte jamais, il demeure toujours maître de lui. Au fond, il voudrait anéantir les hommes intelligents : il se venge de ne le pouvoir pas, en les taquinant. Il ne défend pas des idées, il s’attaque aux personnes. Il fait de petites infamies qui, à force d’être petites, n’ont pas l’air d’être infâmes. L’homme médiocre ne se trompe jamais, il se sent approuvé par la multitude de ceux qui lui ressemblent et qui le flattent. Les succès faciles sont pour lui. Il se juge lui-même comme il juge les autres, sur le succès. Tandis que l’homme de vérité sent sa force intérieurement, et ne tient pas compte de l’approbation du public. L’homme médiocre se croirait un sot s’il passait pour tel, et trouve son assurance dans les compliments qu’on lui fait, ou qu’il se fait. Sa médiocrité augmente en raison de son importance. La gloire et le succès ne se ressemblent pas ; la gloire a des secrets, le succès a des caprices. L’homme médiocre ne lutte pas : il peut réussir d’abord ; il échoue toujours ensuite.

L’homme vertueux lutte d’abord et réussit ensuite. Le libéral réussit parce qu’il se laisse porter par le courant, l’homme vertueux triomphe au ciel, parce qu’il va contre le courant, ce qui provoque toujours des vagues… Le procédé du succès, c’est de marcher avec les autres ; le procédé de la gloire, c’est de marcher contre les autres. Ceux qui flattent les préjugés et les habitudes sont poussés et vont au succès : ce sont les hommes de leur temps. Ceux qui refoulent les préjugés, les habitudes ; ceux qui devinent le siècle prochain, ceux-là poussent les autres et vont à la gloire : ce sont les hommes de l’éternité. Voilà pourquoi le courage qui est inutile au succès, est la condition absolue de la gloire. Ceux-là sont grands qui savent imposer la Vérité aux hommes au lieu de subir leurs erreurs ; qui écrasent leur propre découragement en même temps que leur amour-propre. L’homme vertueux nous entraînerait jusqu’au bout du monde pour servir le Roi Jésus et son Eglise. L’homme médiocre, qui nous laisse là où nous sommes, nous inspire une tranquillité morte qui n’est pas le calme. L’homme vertueux est supérieur à ce qu’il exécute. Sa méditation est supérieure à son œuvre. L’homme libéral est inférieur à ce qu’il exécute. Son œuvre n’est pas la concrétisation de sa méditation : c’est un travail fait d’après certaines règles. L’homme de Dieu trouve toujours son œuvre inachevée et imparfaite. L’homme médiocre est plein de la sienne, plein de lui-même, plein de néant, plein de vide, plein de vanité. L’homme médiocre et libéral est tout entier dans ces deux mots : froideur et vanité ! Prions Notre-Dame de nous protéger du libéralisme et de la médiocrité qui nous guettent tous. Veillez et priez.

Tour de David n° 01

(1) Il ne s’agit pas de juger les consciences, mais les idées vraies ou fausses divulguées par telles et telles personnes.

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9 thoughts on “Portrait-robot du catholique libéral et médiocre

  1. Dans ces descriptions sordides et malveillantes : aucune tendresse, aucun sentiment du Christ-Jésus, aucune invitation à laisser l’Amour de Dieu traverser notre cœur pour rejoindre ceux que le Seigneur nous donne de rencontrer !
    Saint Jacques s’adresse à nous : « ayant rejeté tout ce qui est sordide et tout débordement de méchanceté, accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes.
    Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion.
    Car si quelqu’un écoute la Parole sans la mettre en pratique, il est comparable à un homme qui observe dans un miroir son visage tel qu’il est, et qui, aussitôt après, s’en va en oubliant comment il était.
    Au contraire, celui qui se penche sur la loi parfaite, celle de la liberté, et qui s’y tient, lui qui l’écoute non pour l’oublier, mais pour la mettre en pratique dans ses actes, celui-là sera heureux d’agir ainsi. »

    1. Il est compréhensible d’être heurté par un ton sévère. Mais ce texte ne se situe pas sur le registre de l’accompagnement personnel : il relève du discernement des idées et des attitudes spirituelles.

      La foi catholique n’a jamais enseigné que toute parole vraie devait nécessairement être exprimée avec douceur sensible. Elle enseigne en revanche que la charité est inséparable de la vérité, et que la vérité, lorsqu’elle est en jeu, doit être dite pour le bien des âmes, en commençant par celles de ceux qui la rappellent.
      La fermeté employée ici s’adresse à des attitudes spirituelles et à un type moral bien réel, tel qu’il peut se manifester chez des personnes concrètes, mais elle ne prétend pas juger les consciences ni les intentions, qui relèvent de Dieu seul. Cette tentation nous guette tous, et nul n’en est indemne.
      La douceur évangélique est indispensable lorsqu’il s’agit de relever un pécheur ; la clarté l’est tout autant lorsqu’il s’agit de nommer une erreur. Les opposer revient à appauvrir l’Évangile, qui est à la fois vérité et amour en Jésus-Christ.

      1. Décrire avec tant de précision le péché, le mal … enfin toutes ces ignominies n’entraîne personne à se tourner vers le Christ !… mais plutôt nous oblige à nous regarder nous même avec en plus, et cela est le pire : le fait de croire que l’on puisse s’applaudir soi-même pour quelques vertus que le Seigneur Lui-même nous accorde d’avoir … en nous offrant Son Pardon ( et non selon notre mérite). …

        C’est une observation de l’homme mais sûrement pas une observation du travail de Dieu dans l’âme humaine… où est l’abandon confiant à Dieu, où est l’imitation de Jésus, même pas l’espérance de l’Homme en Dieu … encore une fois, ces auteurs se réfèrent au monde au lieu de prendre pour exemple le Christ-Jésus !
        «  Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.» (Rom 12, 2)

        Pour rappel : « la liberté » est à la fois un don et une exigence de Dieu ! ( c’est un gros mot que lorsque nous renonçons à faire confiance à Dieu) …

        1. Il est vrai que la seule description du péché ne sauve pas, et que nul ne se tourne vers le Christ sans la grâce. Mais la foi catholique n’a jamais opposé la connaissance lucide de notre misère à l’espérance en Dieu : elle les a toujours tenues ensemble.

          Vous rappelez à juste titre l’appel de saint Paul à ne pas prendre pour modèle le monde présent, mais à renouveler notre manière de penser pour discerner la volonté de Dieu. C’est précisément ce renouvellement du regard que cherche ce texte. Décrire certaines attitudes spirituelles façonnées par le monde, la recherche du succès, la peur du jugement, la tiédeur face à la vérité, n’est pas se référer au monde, mais apprendre à ne plus penser selon lui.

          Dans toute la tradition catholique, la grâce ne supprime pas la vérité sur l’homme : elle la traverse et la guérit. Les Pères de l’Église et les maîtres spirituels ont souvent décrit avec précision les vices humains, non pour enfermer l’homme sur lui-même, mais pour lui faire reconnaître ce dont le Christ vient le délivrer. La lucidité sur nos pauvretés n’est pas l’ennemie de l’espérance ; elle en est souvent le commencement.

          Si cette lecture oblige à se regarder soi-même, ce n’est pas pour s’applaudir de quelques vertus, mais pour apprendre à ne plus se fier à soi et à attendre tout de Dieu. La fermeté employée ici s’adresse à des attitudes spirituelles et à un type moral réel, tel qu’il peut se manifester chez des personnes concrètes, mais elle ne prétend pas juger les consciences ni les intentions, qui relèvent de Dieu seul. Cette tentation nous guette tous, et nul n’en est indemne.

          La liberté, en effet, est à la fois un don et une exigence de Dieu. Mais, dans la foi catholique, cette liberté n’est jamais séparée de la vérité sur nous-mêmes. Faire confiance à Dieu ne consiste pas à détourner le regard de ce qui nous blesse, mais à accepter que Sa grâce vienne éclairer et redresser une liberté fragilisée par le péché.

          L’imitation du Christ ne commence pas toujours par une consolation, mais par une conversion. Et l’espérance chrétienne n’est jamais un oubli de ce que nous sommes, mais la certitude que Dieu peut faire quelque chose de notre pauvreté. Décrire la médiocrité humaine n’est donc pas se détourner du Christ, mais rappeler pourquoi nous avons besoin de Lui, aujourd’hui comme toujours.

  2. Toutes ces horreurs énumérées alors que notre mission est de faire connaître la Vérité : La Bonne Nouvelle ? …
    Jésus baisse la tête devant les péchés, Il voit uniquement un homme une femme à délivrer et à sauver !

    1. La Bonne Nouvelle est en effet au cœur de la mission de l’Église, et nul ne peut être sauvé sans rencontrer le visage miséricordieux du Christ. Mais cette Bonne Nouvelle n’est jamais annoncée dans le vide : elle répond toujours à une réalité blessée.
      Jésus ne détourne pas les yeux du péché ; Il le voit pleinement, parce qu’Il est venu en délivrer l’homme. S’Il baisse parfois la tête, ce n’est pas pour ignorer le mal, mais pour rejoindre la personne là où elle est, afin de la relever. Et lorsqu’Il relève, Il appelle toujours à la conversion : « Va, et désormais ne pèche plus ».
      Décrire certaines attitudes humaines marquées par le péché n’est donc pas s’éloigner de l’Évangile, mais rappeler pourquoi nous avons besoin d’un Sauveur. La miséricorde n’efface pas la vérité ; elle la traverse pour la guérir.

      La Bonne Nouvelle n’est pas que Dieu nous aime tels que nous sommes, mais qu’Il nous aime trop pour nous laisser tels que nous sommes.

      1. Non Serge, « décrire les attitudes humaines marquées par le péché» n’ont aucun intérêt !
        …C’est Jésus que nous cherchons partout et en tous temps !
        ( et non les ”exploits” perfides du démon qui tente de saccager l’humanité)

        1. Chercher Jésus en tous temps est bien sûr l’essentiel. Mais, dans l’Évangile, Jésus n’est jamais cherché dans l’abstrait : Il est toujours rencontré là où l’homme est blessé par le péché.
          Décrire certaines attitudes humaines marquées par le péché n’est ni s’intéresser au démon, ni se détourner du Christ. C’est reconnaître ce dont Il vient nous sauver. Sans cette vérité sur notre condition, la Bonne Nouvelle devient incompréhensible.

          Jésus ne se contente pas de révéler l’amour de Dieu ; Il révèle aussi ce qui, en nous, a besoin d’être guéri. La foi catholique n’oppose pas la contemplation du Christ à la lucidité sur le péché : elle les tient ensemble, pour que la grâce ne soit ni naïve ni vaine.

          Chercher le Christ, c’est Le laisser éclairer toute la réalité, y compris celle qui nous dérange, afin qu’Il puisse réellement nous relever.

  3. « Cette création est maintenant livrée malgré elle au pouvoir du néant ; mais elle est dans l’espérance.
    Car elle espère que le Christ l’aidera par sa grâce à se libérer de l’esclavage de la dégradation inévitable, et à recevoir la liberté glorieuse des fils de Dieu.

    Ainsi y aura-t-il une seule liberté, pour la création et pour les fils de Dieu, lorsque la gloire de ceux-ci se révélera.

    Mais maintenant, tant que cette révélation se fait désirer, toute la création gémit en attendant de partager la gloire de notre adoption et de notre rédemption. Elle enfante déjà cet esprit qui la sauve,
    et elle veut être délivrée de l’esclavage du néant. ~

    Il est clair que les créatures qui gémissent en attendant l’adoption des fils ont en elles les premiers dons de l’Esprit.

    Cette adoption des fils, c’est la rédemption du corps tout entier, lorsque celui-ci, en qualité de fils adoptif de Dieu, verra en face ce bien éternel et divin.
    Il y a déjà adoption filiale dans l’Église du Seigneur lorsque l’Esprit s’écrie : Abba, Père,
    selon la lettre aux Galates.
    Mais cette adoption sera parfaite lorsque ceux qui seront admis à voir la face de Dieu ressusciteront tous dans l’immortalité, l’honneur et la gloire.
    Alors la condition humaine s’estimera vraiment rachetée.
    C’est pourquoi l’Apôtre ose dire : Nous avons été sauvés en espérance.

    L’espérance sauve en effet, comme la foi, dont il est dit : Ta foi t’a sauvé. » ( saint Ambroise – IVème siècle – Office de ce 11 février 2026)

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