Sacres annoncés et crise de l’Église : Analyse des erreurs de l’abbé Gleize
La récente controverse suscitée par l’annonce de nouveaux sacres épiscopaux au sein de la Fraternité Saint-Pie X a donné lieu à un débat d’une rare intensité doctrinale. L’intervention de l’abbé Jean-Michel Gleize, suivie de la réponse développée de l’abbé Dutertre, met en lumière une opposition fondamentale qui dépasse largement la question pratique des sacres pour atteindre le cœur même de l’ecclésiologie catholique. Il ne s’agit plus ici d’une divergence d’appréciation prudente, mais d’un conflit de principes, dont les implications touchent à la nature de l’Église, à l’autorité pontificale et à l’indéfectibilité de la mission confiée par Notre-Seigneur.
L’absurdité d’un pape devenu obstacle
L’un des points les plus incisifs de la réponse de l’abbé Dutertre réside dans la dénonciation d’une contradiction interne qu’il juge insurmontable dans la position de l’abbé Gleize. En effet, vouloir maintenir à tout prix l’existence d’un pape, tout en reconnaissant que celui-ci agit de manière nuisible à l’Église, conduit à une conception profondément altérée de la papauté.
Dans son exposé, l’abbé Dutertre formule cette critique en des termes particulièrement clairs :
« Il veut un pape… qui détruit l’Église. Il veut un pape. C’est vraiment absolument nécessaire qu’il y ait un pape qui ensuite va faire tout autre chose qu’accomplir la mission de l’Église. En quoi y a-t-il une indéfectibilité de l’Église à avoir un pape qui ne sert à rien et même contre lequel il faille lutter ? En quoi est-ce que ça apporte quelque chose à l’idée de l’Église d’avoir un pape qu’on va devoir résister tout le temps ? […] Dans son système, la papauté, ce n’est plus la pierre qui sert de fondement, c’est comme un boulet de canon qui vient détruire l’Église. »
Par cette analyse, il entend mettre en lumière une inversion profonde du rôle du pontife romain. Dans la doctrine catholique, la papauté est instituée comme principe visible d’unité, de stabilité et de conservation de la foi. Elle est le fondement sur lequel repose l’édifice ecclésial, selon la parole même du Christ : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18).
Or, dans la perspective critiquée, cette fonction se trouve renversée : le pape n’apparaît plus comme garant de la foi, mais comme une autorité dont il faudrait se prémunir pour rester catholique. Dès lors, la papauté ne remplit plus sa finalité propre ; elle devient, selon l’expression employée, non plus une pierre de fondation, mais un principe de désordre.
I. Le point de départ de la controverse : deux impossibilités opposées
Toute la dispute peut être ramenée à une alternative doctrinale précise.
D’un côté, l’abbé Gleize soutient qu’il est impossible que le siège apostolique soit vacant pendant une longue période, et que, par conséquent, les papes issus de Vatican II doivent nécessairement être reconnus comme de véritables papes, en dépit des difficultés graves que pose leur enseignement ou leur gouvernement.
De l’autre, l’abbé Dutertre affirme un principe inverse : il est impossible que l’Église, dans l’exercice de sa mission, donne aux fidèles un enseignement nuisible ou destructeur pour la foi. Dès lors, si les faits semblent montrer une telle défaillance, la conclusion doit porter non sur l’Église elle-même, mais sur la réalité de l’autorité de ceux qui prétendent la gouverner.
Ainsi se dessine le nœud du débat :
faut-il sauver à tout prix la continuité visible du pontificat, ou sauvegarder avant tout l’indéfectibilité doctrinale de l’Église ?
II. Première erreur : absolutiser la présence du pape au détriment de la mission de l’Église
Selon l’analyse de l’abbé Dutertre, la première erreur de l’abbé Gleize consiste à ériger en principe absolu la présence actuelle d’un pape, au point d’en venir à admettre implicitement que ce pape puisse agir contre la fin même de l’Église.
Or, une telle position conduit à une contradiction majeure. Si l’on affirme que le pape est véritablement pape, tout en reconnaissant que son action contribue à la destruction de la foi, on en vient à soutenir que l’autorité instituée par le Christ devient l’instrument ordinaire de la ruine des âmes.
Cette conséquence est jugée inacceptable. Comme le rappelle l’abbé Dutertre, la mission de l’Église est divine dans son principe et dans son objet ; elle ne peut donc pas être détournée de manière durable sans que soit atteinte la promesse même du Christ.
Dans cette perspective, il devient incohérent de soutenir simultanément :
- que l’Église est indéfectible,
- et que son chef visible pourrait être un agent de décomposition doctrinale.
III. L’indéfectibilité de l’Église : principe fondamental
Le cœur de la réponse repose sur un principe classique de théologie catholique : l’Église ne peut pas faillir dans l’accomplissement de sa mission salvifique.
Ce principe trouve un appui décisif dans l’enseignement constant du Magistère. Léon XIII rappelle ainsi que si l’Église pouvait induire les fidèles en erreur dans son enseignement authentique, Dieu Lui-même serait rendu responsable de cette erreur — ce qui est impossible.
L’abbé Dutertre s’inscrit dans cette ligne lorsqu’il affirme que :
l’Église ne peut pas devenir un principe de corruption, ni donner habituellement un enseignement nuisible au salut des âmes.
Dès lors, toute analyse des faits contemporains doit être subordonnée à ce principe. Il ne peut être question de réviser l’indéfectibilité pour sauver une situation de fait.
IV. Deuxième erreur : admettre une Église hiérarchique destructrice
Une seconde difficulté apparaît dans la position attribuée à l’abbé Gleize : celle d’admettre, au moins implicitement, que l’Église hiérarchique puisse abandonner sa mission ou la contredire.
Or, une telle hypothèse revient à dissocier l’Église visible de l’Église réelle, et à faire de la hiérarchie elle-même un obstacle au salut.
L’abbé Dutertre souligne la gravité de cette conclusion :
si l’autorité ecclésiastique devient le lieu ordinaire de l’erreur, alors le fidèle est placé dans une situation insoluble, contraint de résister à ce qu’il reconnaît pourtant comme légitime.
Cette tension interne révèle, selon lui, une incohérence de fond :
on ne peut pas reconnaître une autorité comme divine et en même temps la considérer comme nuisible dans son exercice habituel.
V. La question des sacres et de l’excommunication
La controverse s’étend également à la question des sacres épiscopaux sans mandat pontifical.
L’abbé Dutertre rappelle que l’Église prévoit pour de tels actes une excommunication automatique, et qu’il n’est pas possible de traiter cette peine comme une formalité secondaire.
S’appuyant sur saint Thomas d’Aquin ainsi que sur l’enseignement de Pie IX, il souligne qu’il est erroné de considérer qu’une sentence ecclésiastique pourrait être ignorée au nom d’un bien supérieur subjectivement évalué.
Ainsi, si l’on reconnaît l’autorité romaine comme légitime, il devient contradictoire de :
- refuser son autorisation pour un acte grave,
- tout en minimisant les conséquences juridiques prévues par le droit de l’Église.
VI. La distinction entre autorité matérielle et autorité formelle
Pour répondre aux objections classiques, l’abbé Dutertre développe une distinction essentielle :
celle entre occupation matérielle du siège et possession formelle de l’autorité.
Selon cette analyse :
- il est possible que des hommes occupent visiblement les fonctions ecclésiastiques,
- sans pour autant exercer réellement l’autorité reçue du Christ.
Cette distinction permet de rendre compte de la situation actuelle sans compromettre les principes doctrinaux :
- la visibilité de l’Église est maintenue,
- mais son autorité véritable n’est pas attribuée à ceux qui semblent la détenir.
Elle évite également les solutions extrêmes, en montrant qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre une reconnaissance totale et un rejet absolu de toute structure visible.
VII. Le véritable enjeu doctrinal
Au terme de l’analyse, l’enjeu apparaît avec netteté.
La position de l’abbé Gleize tend à préserver la continuité visible du pontificat, mais au prix d’un affaiblissement du principe d’indéfectibilité.
La position de l’abbé Dutertre, au contraire, entend sauvegarder ce principe fondamental, quitte à admettre une crise exceptionnelle dans l’ordre de la juridiction.
Il ne s’agit donc pas d’une querelle secondaire, mais d’un choix théologique décisif :
- soit l’on admet que l’autorité peut devenir un principe de corruption,
- soit l’on maintient que l’Église, en tant qu’Église, ne peut jamais donner le poison.
La controverse actuelle met en lumière une tension profonde entre deux manières d’aborder la crise de l’Église. En voulant sauver la visibilité immédiate de l’autorité, on risque d’en altérer la nature même. En voulant sauvegarder la nature de l’Église, on est conduit à réinterroger la réalité de cette autorité dans les circonstances présentes.
L’abbé Dutertre conclut que l’erreur fondamentale de son contradicteur consiste à inverser l’ordre des principes :
ce n’est pas l’existence actuelle d’un pape qui est première, mais la fidélité de l’Église à sa mission divine.
Car, en définitive, l’Église ne peut pas cesser d’être ce qu’elle est :
le moyen de salut voulu par Dieu, gardienne de la vérité, et jamais instrument ordinaire de l’erreur.
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SOS! Je viens d’apprendre, sous toutes réserves, que la FSSPX se livre avec la Contre-Eglise à d’ignobles tractations dans le but de n’être pas excommuniée suite aux sacres. Le contrat serait le suivant : Si la FSSPx parvient à intégrer dans son giron tous les lieux de cultes dissidents, elle pourrait sacrer sans excommunication. De ce fait, la FSSPX aurait selon l’abbé Kohler porté plainte contre Bellaigue pour dérives sectaires. La gendarmerie serait venue enquêter et le capitaine aurait expliqué que c’est sur ordre de “Rome”. L’abbé Sallenave prétend que Peignot aurait été convoqué au Sénat où il aurait été question des legs et des écoles… En Suisse, l’abbé Grenon est attaqué violemment et contraint de quitter sa chapelle après Pâques.. Si tout cela est vrai, il est clair que ce qui importe à Pagliarani et Cie, c’est l’oeuvre matérielle et matérialiste de la FSSPX, pas les âmes…Au secours!