Sommes nous en décadence ?

Pape Léon XIII, Rerum Novarum (Encyclique)
« À qui veut régénérer une société quelconque en décadence, on prescrit avec raison de la ramener à ses origines. La perfection de toute société consiste, en effet, à poursuivre et à atteindre la fin en vue de laquelle elle a été fondée, en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du même principe d’où est née la société. Aussi, s’écarter de la fin, c’est aller à la mort ; y revenir, c’est reprendre vie. »
René Baert, L’épreuve du feu
« La décadence sociale commence exactement au moment où l’homme s’est imaginé qu’il avait droit à quelque chose. Prétendre que l’État, que la patrie, que nos concitoyens ont des comptes à nous rendre, c’est accepter des solutions toutes faites, c’est fermer la porte à la merveilleuse aventure humaine.
Il ne s’agit pas de nier que, depuis l’antiquité, les luttes pour l’amélioration de la condition humaine n’aboutirent point, et fatalement, à créer une juridiction assez précise. Au fur et à mesure que se développaient ses facultés intellectuelles et ses capacités techniques, l’homme éprouva le besoin de se sentir protégé contre les « cas fortuits » contre les coups du sort qui pouvaient entraver sa marche en avant.
Mais il convient de ne pas confondre le droit moral et le droit juridique. Car autre chose est de savoir qu’on a le droit de disposer librement de ses actes, et autre chose de croire que tel ou tel avantage nous revient de plein droit, parce que nous occupons tel ou tel échelon de l’échelle sociale. Le grand crime des révolutions, et particulièrement de la révolution française, c’est, d’avoir, par une suite monstrueuse des lois nouvelles, conféré des droits absurdes aux citoyens.
La démocratie fut par excellence le règne de la jurisprudence, elle qui fit de l’homme un être dont le premier souci était de savoir dans quelle mesure et de quelle manière l’on pouvait contourner la loi. C’était donc cela la fameuse « liberté humaine » : savoir jusqu’où l’on pouvait exagérer dans la norme, savoir jusqu’où l’on pouvait tricher dans la légalité. […]
Dès que la devise devient : « Tel est mon droit », il n’y a plus aucune place dans l’âme pour le moindre sentiment héroïque. Il ne sert à rien de lutter dès le moment où l’on accepte que telles choses doivent nécessairement nous revenir et que telles autres nous sont à tout jamais refusées. Bien plus, en acceptant servilement ses « droits », l’homme refuse ipso facto de compter avec la joie du don gratuit et de l’aventure. Celui qui sait, une fois pour toutes, ce qui lui revient, limite étrangement son champ d’action. Comment éprouverait-il la joie de recevoir, puisque rien de ce qu’il reçoit ne lui est « réellement » dû ? Comment connaîtrait-il plaisir de donner, puisqu’il ne peut donner que cela même auquel il n’a pas droit ? Plus encore, comment se donnerait-il corps et âme à quelque noble cause, et comment éprouverait-il le besoin de conquérir et celui de mourir pour la défense d’un fabuleux patrimoine, si tout se réduit pour lui à une question juridique ? L’homme médiéval avait des devoirs, l’homme du XXème siècle a des droits. Il ne faut voir nulle part ailleurs l’abîme qui sépare le héros du bureaucrate. L’homme des temps héroïques connaissait le prix de la vie puisqu’il la risquait gratuitement tous les jours : l’homme d’aujourd’hui n’a d’autre ambition que celle de réclamer sans cesse tous les avantages que lui octroie la situation qu’il occupe. Il passe sa vie à surveiller la bonne marche de ses droits, il va se coucher avec ses droits et se réveille avec eux. À la veille de sa mort, il choisit un enterrement de la classe correspondante au rang social qu’il occupait. Ainsi, tout restera dans l’ordre, car ses légataires hériteront de plein droit. »
Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle
« Sur le plan des moyens de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient clairement au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse ; et la logique ne s’était socialement formée que dans le dialogue. Mais aussi, quand s’est répandu le respect de ce qui parle dans le spectacle, qui est censé être important, riche, prestigieux, qui est l’autorité même, la tendance se répand aussi parmi les spectateurs de vouloir être aussi illogiques que le spectacle, pour afficher un reflet individuel de cette autorité. Enfin, la logique n’est pas facile, et personne n’a souhaité la leur enseigner. Aucun drogué n’étudie la logique ; parce qu’il n’en a plus besoin, et parce qu’il n’en a plus la possibilité. Cette paresse du spectateur est aussi celle de n’importe quel cadre intellectuel, du spécialiste vite formé, qui essaiera dans tous les cas de cacher les étroites limites de ses connaissances par la répétition dogmatique de quelque argument d’autorité illogique. »
Maurice Bardèche, Sparte et les Sudistes (Page 14)
« Nous nous plaignons chaque jour de l’immoralité et nous ne daignons pas nous apercevoir que nous avons détruit nous-mêmes ou laissé détruire toute une partie des bases de la morale, qu’on les détruit encore chaque jour devant nous. Les pousses que nous avons plantées à la place des grands chênes abattus sont rabougries et se dessèchent. Et nous nous plaignons d’avancer dans un désert. C’est que nous avons reconstruit les ponts, les usines, les villes que les bombes avaient écrasés, mais non les valeurs morales que la guerre idéologique avait détruites. Dans ce domaine nous sommes encore devant un champ de ruines. Des cloportes hantent ces ruines, on y trouve des végétations inconnues, on y rencontre des visiteurs étranges. Le vide moral que nous avons créé n’est pas moins menaçant pour notre avenir que le vide géographique que nous avons laissé s’installer au cœur de l’Europe, mais nous ne le voyons pas. »
Gustave Le Bon, Psychologie des foules (Page 123)
« La restriction progressive de toutes les libertés chez certains peuples, malgré une licence extérieure qui leur donne l’illusion de les posséder, semble résulter de leur vieillesse tout autant que d’un régime quelconque. Elle constitue un des symptômes précurseurs de cette phase de décadence à laquelle aucune civilisation n’a pu échapper jusqu’ici. »
Guy Debord, Panégyriques
« La décadence générale est un moyen au service de l’empire de la servitude ; et c’est seulement en tant qu’elle est ce moyen qu’il lui est permis de se faire appeler progrès. »
Oswald Spengler, Années décisives (Page 239)
« Mais la décadence de la famille blanche, symbole inévitable de la vie citadine, est aujourd’hui près de sa fin, et elle dévore la “race” des nations. Le sens de l’homme et de la femme, la volonté de durée se perd. On ne vit plus que pour soi-même et non pour l’avenir des générations. La nation en tant que société, originairement un réseau de familles, menace de se désagréger, grâce à l’influence de la ville, en une somme d’atomes individuels, dont chacun voudrait tirer de sa propre vie et de celle des autres le plus de plaisirs possible — panem et circenses. L’émancipation des femmes du temps de Ibsen ne veut pas l’affranchissement de l’homme mais bien l’affranchissement de l’enfant, du fardeau de la maternité, et l’émancipation des hommes, contemporaine à la première, veut l’affranchissement des devoirs envers la famille, le peuple et l’État. Toute la littérature de problèmes libérale-socialiste se meut autour de ce suicide de la race blanche. Il en fut de même dans toutes les autres civilisations. »
Source : https://breviairedecombat.wordpress.com/decadence/
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