Le Pape Adrien VI et l’infaillibilité pontificale

Portrait du pape Adrien VI

« Le pape Adrien VI ne favorisa jamais, ni de près ni de loin, les opinions gallicanes. Que les partisans du Gallicanisme veuillent donc retirer Adrien de la liste des Papes entachés de leurs erreurs. »
Père H. MONTROUZIER, (jésuite, professeur de théologie, Droit Canon, histoire ecclésiastique), Revue du monde catholique, 1869, T. XXVII, p. 325

Le blog La Question vient de publier récemment (1) un article dans lequel il tente de nouveau de prouver la possibilité d’un pape hérétique à la tête de l’Eglise. Cette fois-ci, son angle de tir concerne le Pape Adrien VI.

« Toutefois, la raison de la célébrité de ce pontife aujourd’hui ne vient pas de ses origines, mais d’une déclaration qu’il écrivit affirmant avec certitude « qu’un pape pouvait errer en matière de foi et tomber dans l’hérésie dans l’exercice de sa charge. »

Ce n’est pas la première fois que nous nous opposons aux dires de ce blog. Il y a quelques mois, nous avons déjà réfuté plusieurs de ses articles qui soutenaient qu’un Pape, en tant que tel, pouvait tomber dans l’hérésie ou encore qu’il y a déjà eu des Papes hérétiques. Face aux poids de nos arguments tirés de l’Evangile, du magistère de l’Eglise catholique et de l’histoire, les auteurs de La Question n’ont jamais su que répondre. Ils se voyaient être dans l’obligation de rejeter et condamner leurs erreurs gravissimes. Hélas, loin de se soumettre à la vérité et à la doctrine de l’Eglise catholique, ils ont préféré persévérer dans leurs erreurs publiques et continuer d’attaquer la Papauté.

Car si on en croit les affirmations du blog La Question, il existerait un document pontifical soutenant la possibilité d’un pape hérétique à la tête de l’Eglise. Le Pape qui en serait l’auteur serait Adrien VI. Nous allons démontré qu’il n’en est rien.

Oui, nous affirmons qu’il est faux et manipulateur de faire croire qu’il y aurait un document pontifical déclarant « qu’un pape pouvait errer en matière de foi et tomber dans l’hérésie dans l’exercice de sa charge ».

Non seulement il n’existe pas de document pontifical du Pape Adrien VI affirmant de tels propos, mais nous allons montré que le texte que La Question cite est très controversé.

1) Il n’existe pas de document pontifical du Pape Adrien VI affirmant de tels propos.

Des propos tenus par un théologien particulier

Avant d’être élu Pape en 1522 et de prendre le nom d’Adrien VI, Adrien Florent a enseigné plusieurs années à faculté de théologie de Louvain (actuellement en Belgique). La Question cite un de ses ouvrages, Quaestiones in IV. Sententiarum, où on peut lire en effet ceci :

« Si dans l’Église Romaine, on considère la tête ou le pontife, il est hors de question qu’un Pape peut errer dans les domaines touchant à la foi. Il le fait quand il enseigne une hérésie par son jugement propre ou par ses décrets. En vérité, beaucoup de Pontifes Romains ont été hérétiques. »

La Question crie victoire : selon ce blog, il existe donc un document pontifical soutenant sa position comme quoi un Pape, en tant que tel, peut dévier de la foi. Or, quand on creuse un peu plus, on ne peut que constater qu’il y a ici manipulation et mensonge.

Effectivement, le texte cité a été écrit à l’origine en 1512, soit 10 ans avant l’élection d’Adrien Florent comme Pape. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un document pontifical mais uniquement d’une opinion d’un théologien faillible n’ayant aucune autorité. D’ailleurs, comment peut-on s’appuyer sur une tel texte alors que Notre Seigneur lui- même a promis à saint Pierre et à ses successeurs qu’ils ne dévieraient jamais de la foi ? Il est absolument malhonnête de prêter ces propos au PAPE Adrien VI puisque ce dernier n’était pas encore Pape.

«…le livre d’où la citation est extraite ne participe évidemment en aucune façon à l’autorité des actes pontificaux (2). » Dictionnaire de Théologie Catholique

C’est pour cette raison qu’on ne retrouve rien de tel dans le Magnum Bullarium Romanum. Donc cette affirmation d’Adrien Florent n’a pas plus de poids que l’avis, par exemple, d’un simple prêtre ; cette opinion erronée est contredite par de très nombreux documents officiels pontificaux qui affirment explicitement le contraire.

« Ce sentiment ne saurait être considéré que comme une opinion fausse émise par un docteur de Louvain, et non comme une vérité enseignée par un des successeurs de saint Pierre. L’autorité d’un théologien, fut-il Florent Adrien, ne peut rien contre une des prérogatives du Souverain Pontife les plus solidement établies. » (Dictionnaire de Théologie Catholique (3))

Venons-en maintenant aux faits historiques démontrant que le texte attribué à Adrien Florent a été publié sans l’autorisation de ce dernier !

Un texte controversé publié à l’insu d’Adrien Florent

Selon les témoignages des contemporains de l’époque, il apparaît que les deux ouvrages principaux d’Adrien Florent, Quaestiones quodlibeticae et Commentarius dans Lib. IV Sententiarum ont été publiés par ses élèves, à partir de leurs notes, à son insu.

C’est ce que démontre entre autres le célèbre et vaillant Père Henri Montrouzier (4) (1824- 1872) dans une étude parue dans la Revue du monde catholique (T. XXVII, parue en 1869) :

« L’histoire nous apprend que l’impression du fameux ouvrage d’Adrien, ne fut jamais le fait du Pontife. Son livre fut imprimé à son insu; et loin d’approuver l’empressement de ses amis, le Pape les en reprit sévèrement. […]
L’auteur de la vie d’Adrien VI, Moringus, l’affirme en termes exprès de l’édition de Paris : « Lisez, dit-il, lisez les écrits qu’il a laissés, et en particulier ce remarquable ouvrage sur le Quatrième livre des Sentences de Pierre Lombard. […] ce livre n’a point reçu son dernier poli. Il a été publié et imprimé à l’insu de son auteur par des amis trop empressés, qui craignaient peut-être que l’ouvrage ne vît jamais le jour : Quod tamen extremam lineam nondum passum erat, sed ab amicis nominis ejus studiosioribus, et fartasse metuentibus, ne alioquin in apertum non prodiret, ei a (Adriano) clam subductum etprelo datum fuit. C’est ce qu’atteste hautement Badius dans la préface du livre. »
Badius était l’imprimeur et l’éditeur de l’ouvrage d’Adrien. Voici les paroles de la Préface, ou plutôt la lettre de remerciement qu’il adresse à Dassonville, carme, dont le zèle s’était déployé avec activité dans le cours de cette publication.
« …Il est un homme dont je redoute opposition [concernant la publication de l’ouvrage], c’est l’auteur même, en l’absence et à l’insu duquel nous avons imprimé l’ouvrage… »

Le secrétaire des empereurs Maximilien et Charles Quint qui a vécu à l’époque d’Adrien VI, Conradus Vegerius (ou Veccrius ou Veicker), écrit ceci dans son Funebris oratio Adriani VI pont. Max (daté de 1523) :

« Bien que ses amis les aient fait imprimés, cependant, celui-ci ne le sut pas, et quand il l’apprit, il s’en indigna vigoureusement (5) »

Catholic Encyclopedia rapporte les mêmes faits :

« His popularity as professor of theology in Louvain is shown to have been deserved by his two chief works, Quaestiones quodlibeticae (1521), and his Commentarius in Lib. IV Sententiarum Petri Lombardi (1512), which was published without his knowledge from notes of students, and saw many editions. (6) »
Traduction : […] ses deux ouvrages Quaestiones quodlibeticae (1521) et son Commentarius dans Lib. IV Sententiarum Petri Lombardi (1512), ont été publiés à son insu à partir de notes des élèves, en de nombreuses éditions. »

Ce constat est repris également dans la Bibliographie nationale de Belgique de l’Académie Royale de Belgique :

« Les Quaestiones in IV Sententiarum furent publiées à l’insu de l’auteur par quelques-uns de ses amis. Adrien s’est plaint très amèrement du zèle précipité qu’on mit à livrer au public, pendant qu’il était en Espagne, un travail auquel il n’avait pu mettre la dernière main. (7) »

Dernière tentative de La Question : l’édition de 1522

[…]

1) cet article date d’octobre 2011, et provient d’un site qui n’existe plus « catholique-sedevacantiste » répondant au site lui aussi disparu « La Question »
2) D.T.C Paris, 1908, tome I, col. 460-461
3) Même référence que ci-dessus
4) Jésuite, professeur de Droit Canon, de théologie et d’histoire ecclésiastique. Sa vie en quelques lignes : http://www.liberius.net/articles/Le_P._Henri_Montrouzier.pdf
5) Texte en latin : « Inter alios libellos, volumina duo conscripsit, altero Commentarios in librum Sententiarum quartum complexus, altero quaestionibus miscellaneis (quas quodlibeticas vocant) tractatis atque absolutis. […] Quae licet prelo postmodum ab amicis tradita fuerint, ille tamen et ignoravit, et quum rescivisset plurimum fuit indignatus ».
6) Catholic Encyclopedia, Volume VIII. Publié 1910. New York: Robert Appleton Company. Nihil obstat, Octobre 1, 1910. Imprimatur. + John Farley Cardinal, Archevêque de New York
7) Bibliographie nationale de Belgique, 1868, T. II, p. 602.

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