L’éducation de l’enfant – Mme de La Chanonie
L’éducation de l’enfant : restaurer l’ordre chrétien dans les familles
Dans une époque où les fondements naturels et surnaturels de la famille sont systématiquement ébranlés, il est urgent de rappeler, avec clarté et autorité, les principes de l’éducation véritable. C’est à cette tâche salutaire que s’est attelée Madame de La Chanonie dans une conférence remarquablement claire et structurée sur l’éducation chrétienne des enfants. S’inscrivant dans la tradition séculaire de l’Église, elle y développe une vision exigeante, mais profondément libératrice de la mission éducative, en rappelant qu’éduquer un enfant, c’est avant tout former une âme pour le Ciel.
L’éducation, œuvre surnaturelle avant tout
L’un des grands mérites de cette conférence est de replacer l’éducation dans son cadre surnaturel. À rebours des théories modernes qui exaltent l’autonomie de l’enfant ou le réduisent à une construction sociale ou biologique, Madame de La Chanonie rappelle que l’enfant est une créature de Dieu, marquée par le péché originel, et que son éducation a pour but de l’arracher à ses penchants désordonnés pour l’orienter vers son salut éternel.
Éduquer, c’est donc conduire, avec l’aide de la grâce, une nature blessée vers l’ordre voulu par Dieu. Cela suppose une vision claire du bien et du mal, et un refus radical du relativisme ambiant.
Les fondements : autorité, cohérence, exigence
L’éducation chrétienne repose sur trois piliers fondamentaux, aujourd’hui largement remis en cause : l’autorité des parents, la cohérence entre les actes et les principes, et l’exigence morale.
- L’autorité parentale est un droit naturel et divin. Elle ne relève pas de la négociation ou du consensus, mais d’un ordre hiérarchique voulu par Dieu, où le père est chef de famille et la mère collaboratrice principale. Refuser cette autorité, c’est livrer l’enfant à ses passions et à l’emprise du monde.
- La cohérence entre les principes enseignés et la vie familiale est indispensable. Un père qui parle de foi mais passe ses soirées devant des écrans ou une mère qui prône la vertu sans en donner l’exemple ne forment pas une conscience droite chez l’enfant.
- Enfin, l’exigence morale est un acte de charité. Aimer un enfant, ce n’est pas le flatter ni lui éviter les frustrations, mais l’armer pour la vie spirituelle. L’indulgence excessive n’est pas tendresse : elle est faiblesse, parfois coupable.
La guerre contre la neutralité éducative
L’un des passages les plus incisifs de la conférence concerne le mensonge de la neutralité éducative, promue aujourd’hui par l’école publique et de nombreuses pédagogies modernes. L’éducation ne peut être neutre : elle transmet toujours une vision du monde. Lorsque Dieu en est absent, c’est une autre religion qui s’installe – celle du monde, de l’homme, de l’émotion.
Le refus de transmettre la foi dès le plus jeune âge, sous prétexte de laisser à l’enfant une liberté de choix, est une abdication. L’enfant a besoin d’un cadre clair, de repères solides, de vérité. Il a droit à la transmission intégrale du dépôt de la foi.
Le rôle de la mère, sanctuaire de la première formation
Madame de La Chanonie insiste aussi sur la place éminente de la mère dans les premières années de l’éducation. C’est elle qui, par sa douceur, sa présence constante, et son union intérieure avec Dieu, prépare le terrain au développement spirituel de l’enfant. Elle doit veiller à l’ambiance du foyer, au rythme des journées, à l’équilibre entre affection et fermeté.
Ce rôle ne saurait être délégué à des crèches, des écoles ou des animateurs. Il engage profondément l’identité même de la femme chrétienne.
L’urgence d’un redressement éducatif
La conclusion de cette conférence est un appel pressant : restaurer l’éducation chrétienne dans nos foyers, c’est préparer la restauration de la chrétienté elle-même. Les catholiques doivent sortir de leur torpeur, refuser les normes du monde moderne, et prendre à bras-le-corps leur mission de formateurs d’âmes.
Cela suppose de réformer sa propre vie, de réapprendre la doctrine, de poser des gestes concrets : limiter les écrans, restaurer la prière en famille, observer les temps liturgiques, former les intelligences par de bonnes lectures. L’enfant ne se forme pas en théorie, mais par l’exemple.
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Vous écrivez : “Ce rôle ne saurait être délégué à des crèches, des écoles ou des animateurs. Il engage profondément l’identité même de la femme chrétienne.”
Vous avez tout à fait raison. Mais, il faut bien garder à l’esprit que les familles actuelles n’ont souvent pas d’autre choix. Une fois encore, toutes les femmes ne peuvent pas rester au foyer (c’est un luxe du point de vue financier) et quant à l’école, tout le monde n’a pas la chance d’avoir un établissement hors contrat près de chez soi. Il y en a peu en France, et celles qui existes sont saturées. Si vous enlevez les écoles de la FSSPX où les sédévacantistes sont la plupart du temps refusés, où voulez-vous aller ? Les parents font la plupart du temps tout ce qu’ils peuvent, du mieux qu’ils peuvent, dans la situation qui est la leur.
Une chose aussi qu’il ne faut pas passer sous silence : le nombre croissant d’enfants différents (dys, TDAH, autiste…) qui demandent une éducation spéciale et une abnégation totale. Les éducateurs qui n’ont pas été confrontés à ce genre d’enfant n’ont aucune idée de comment les encadrer, ni de ce que cela représente.
Vous voulez que les familles éduquent mieux leurs enfants ? Alors aidez-les ! Pas seulement avec des conseils, mais concrètement.
Merci pour cette conférence d’une dame d’experience. La mère de monsieur l’abbé je suppose? Son fils plaide pour elle… Bravo à elle.Permettez quelques remarques s’il vous plaît.Le livre “Manuel de survie d’une mère de famille” (titre original anglais : Règles de vie d’une mère de famille) est de la Canadienne Ollie Pierlot, une catholique moderniste qui a pratiqué l’école à la maison avec ses 5 enfants, dans un contexte où elle déménageait souvent. D’après ma femme c’est un livre très intéressant, qui parle d’expérience, avec toutefois un petit biai: l’auteur dit qu’elle n’a plus été débordée après avoirmis en place les règles qu’elle préconise, mais ce fut quand son dernier enfant avait déjà plusieurs années et qu’elle n’a plus déménagé.Le sport de combat pour les garçons peut être intéressant, encore que ce soit devenu une obsession sociétale, au même titre que la muscu, mais en revanche pour les filles je ne comprends pas… Du judo en robe? De la boxe en jupe? D’ailleurs la plupart des sports sont difficilement envisageables pour les filles et les femmes, même s’il est bon qu’elles puissent en faire certains.La “pluralité d’écoles” qui font “mieux que l’école des fils de diplomates de Davos avec un supplément d’âme” et avec qui il faut avoir “un contrat de confiance” sont lesquelles? Celles de la FSSPX? Des ralliés ? J’avoue que je trouve ça un peu grandiloquent.D’ailleurs, avons nous tous pour vocation de devenir diplomate? Garçons et filles? L’école existe depuis l’antiquité, certes, mais son rôle est totalement hypertrophié de nos jours. Même un fils de roi du temps de saint Louis ne passait pas autant de temps en classe, et tout le monde n’y allait pas, loin de là. Et surtout ça n’a jamais été obligatoire… Il n’y a pas de contrat de confiance sous la contrainte. Même au temps de Jules Ferry l’école durait 4 ans, jusqu’au certificat d’études, et encore, pas pour les filles. Au delà c’était des études spécifiques. Notre Seigneur (et modèle à tous) n’y est jamais allé!Le simple fait qu’il y ait cette conférence plaide contre l’omnipotence scolaire, car elle témoigne de la rupture de trabsmission familliale entre les mères et les filles.
Comme disait Pie XI, de mémoire, on n’a jamais autant théorisé sur l’éducation que depuis qu’on ne la pratique plus.
Il faut recentrer les choses: le but de l’éducation est de former au devoir d’état, pas de former des générations entières de diplomates qui savent tout sur tout… Le vénérable Holzhauzer a des mots très justes pour qualifier les standards d’éducation propre à notre âge, obnubilé par l’empilement de savoirs mais oublieux de l’essentiel (notamment de la formation du cœur).Isabelle Filliosat est peut-être bouddhiste (prions pour elle) mais tout n’est pas à jetter pour autant dans ce qu’elle préconise, et surtout il ne serait pas judicieux d’en faire un contre-exemple absolu.Il ne faut pas oublier non plus que ces gens là ont connu l’éducation à tendance psychorigide des années 50 contre laquelle ils sont souvent en réaction. Les 68ards n’ont pas eu l’éducation 68arde mais celle des années 50. Ce type d’éducation rigoriste, dont les milieux traditionalistes ont tendance à être un conservatoire (Luce Quenette etc), tire ses sources dans le siècle des Lumières (Bossuet etc), le jansénisme et le protestantisme. Il a produit les révolutionnaires de 89 et ceux de 68. La CMRI explique sur son site que l’excès de rigeur dans l’éducation, travers le plus fréquent dans nos milieux, fait plus de mal à long terme que l’excès de laxisme, qui entre deux maux est potentiellement moins irratrapable. Attention donc à ne pas conforter les parents dans un travers déjà répandu. D’ailleurs le premier conseil que j’ai envie de dire aux parents c’est de décompresser… Il y a déjà une pression énorme sur l’éducation de la part du monde, très préjudiciable et contreproductive, qu’il ne faut pas s’en rajouter excessivement. A propos, l’éducation prônée par la République est laxiste dans les principes, elle ne l’est pas dans sa fome et dans sa mise en application, et elle est particulièrment intolérante. C’est plutôt l’inverse qu’il faut faire: rester ferme sur les principes, mais doux et tolérant dans la forme. Et il faut remettre les choses à leur place: si la femme se sanctifie par ses enfants, en revanche, ce ne sont pas nos enfants qui sauveront le monde, mais Dieu!
Bravo pour votre commentaire d’une rare lucidité (surtout pour le rigorisme, Luce Quenette etc.) Je pense comme vous du début à la fin.