Auld Alliance : la vieille alliance franco-écossaise pendant la guerre de 100 ans

Compte rendu d’une conférence proposée par l’association « Auld Alliance » à Orléans, le vendredi 11 septembre 2020.

Qui connaît, outre quelques épars férus d’histoire, « La vieille alliance franco-écossaise pendant la guerre de 100 ans », et au-delà, le lien immémorial qui unissait notre nation à la terre d’Écosse ? Pourquoi cet oubli chez les Français : indifférence, désintérêt… ou rapprochement récent d’avec la perfide Albion, encore outrée de cette union bien dérangeante ?

Il faut dire que l’histoire de cette alliance remonterait à Charlemagne pour certains, encore plus sûrement peut-être par les liens que nous eûmes avec les missionnaires, venus de la zélée Celtie évangéliser la Gaule, embarquant depuis le nord de l’Angleterre. Saint Fiacre, ou encore Saint Colomban, et d’autres irlandais en fait installés dans l’ouest de l’Écosse.

L’absence de données scripturaire ne nous enlèvera pas l’idée que cette alliance est plus que millénaire. Si l’on se réfère à des traces écrites, en l’occurrence ici, des traités, le premier se fit entre Philippe le Bel et les représentants du royal souverain de l’époque, Jean Baliol. Pour justifier notre croyance, le seul titre « Auld Alliance » (« Vieille Alliance ») utilisé jadis suffit à nous assurer que les contacts étaient déjà bien anciens… par la suite, ce traité a été renouvelé des dizaines de fois entre les deux nations.

Alors en quoi cette relation fut si spéciale ? C’est qu’elle est sans doute le seul exemple à travers les nations d’une union aussi pérenne, polyvalente, et encore plus, fraternelle.
Le commerce faisait florès : poissons, peaux et fourrures étaient importées d’Écosse, et nous exportions fruits, céréales, vin, huile, et… armes ! Une communication entre la France et l’Écosse, par voie maritime au départ de la côte atlantique était de l’ordre de deux semaines.

Au XIVe siècle, quelque 2 millions de litres de vins de l’orléanais, de Bourges, de Bordeaux (le « vin Claret »), arrivaient en Écosse… à destination des plus aisés. Et pour leur rendre la pareille, aujourd’hui, nous serions les plus grands consommateurs de whisky (« eau-de-vie ») par habitant…

Au-delà des échanges commerciaux, les échanges culturels étaient particulièrement profonds. De nombreux écossais sont venus étudier à partir de 1325, date d’ouverture aux écossais des grandes universités, situées alors au centre de la France actuelle. Ainsi, de nombreux mots sont dérivés du français, comme le fameux « haggis », plat traditionnel de panse de brebis farcie, qui provient de « hachis », ou encore le « tartan », cette fameuse pièce de tissu servant à fabriquer les kilts, provient d’un mot plus usité de nos jours « taretaine » désignant cette pièce, ou encore pour un exemple parlant « ashet » provient de notre « assiette » et non pas du « plate » anglais. La liste n’est pas épuisée, preuve indélébile de ces liens linguistiques.

C’est donc par ces échanges que le droit enseigné en Écosse est encore aujourd’hui en partie le droit civil français et non pas le droit civil anglo-saxon, arrivé seulement récemment.

Notre alliance comportait évidemment un volet militaire. S’unir pour vaincre l’ennemi héréditaire anglais était vital pour les deux camps.
Il en a résulté des transferts de troupes denses et réguliers. Lors de la seconde guerre d’indépendance de l’Écosse, qui eut lieu entre 1332 et 1357, des troupes françaises avaient été envoyées sur les flots rejoindre l’Écosse, mais peu en comparaison du débarquement des troupes écossaises un peu plus tard lors de la guerre de 100 ans. Entre 1419 et 1429, pas moins de 20 000 écossais (jusqu’à 25 000 pour d’autres. Sur 700 000 habitants environ, cela constituait toute une génération) ont transité puis se sont pour la plupart fixés en France, et pour une majeure partie, ont versé leur sang pour notre indépendance.

Nous n’évoquerons pas les nombreuses batailles qui ont eu lieu sur le sol de France, parfois malheureuses, parfois glorieuses, où d’aguerris soldats, de la plus humble à la plus haute condition se sont illustrés. Simple exemple, nous trouvons dans la cathédrale d’Orléans une plaque commémorant le sacrifice de deux capitaines écossais mort sur le champ de bataille à Verneuil, en 1424, qui fut une véritable hécatombe tant côté anglais que franco-écossais.

Aspect plus méconnu, sans l’Écosse, pas de victoire contre les Anglais lors de la guerre de 100 ans. En effet, élément capital pourtant, un deuxième front était constitué au nord de l’Angleterre, ce qui obligeait la prétentieuse couronne anglaise à masser des troupes à sa frontière nord, et donc, à desserrer l’étau ici.

Charles VII, alors « petit roi de Bourges », pensa à se réfugier en Écosse devant la situation humainement désespérée à laquelle il faisait timidement face. L’hospitalité entre nos deux nations était un lieu commun. David II Bruce, fils de Robert Bruce, vainqueur de la première guerre d’indépendance écossaise (1296-1328), en exil, se réfugia dans la patrie des francs.

C’était sans compter sur La Pucelle par laquelle Dieu n’hésita pas à se servir ainsi que des écossais, afin de bouter l’angloy hors du royaume. De fait, la garnison restée à Orléans lors du siège comportait un tiers de soldats écossais… pour l’anecdote, l’évêque d’Orléans, portait bien un nom écossais, et sainte  Jeanne aurait été accueillie par la plus vieil air joué dans l’armée française aujourd’hui « La marche des soldats de Robert Bruce* » !

Suite à cette victoire, et à cette fin tant attendue d’une guerre qui ne terminait pas, les relations de nos deux nations culminèrent au XVe siècle.
Entre autres moult privilèges, celui de pouvoir léguer des biens acquis en France à ses héritiers était unique. Les écossais étaient considérés par le droit presque comme l’équivalent des Français, ainsi le droit de « naturalité » était automatiquement octroyé aux immigrés écossais. Beaucoup se sont de ce fait durablement implantés en France et l’on retrouve, avec la difficulté de la francisation des noms (un Houston pouvait être écrit « Ussetone » ; bon courage pour vos recherches généalogiques !) et du temps long, des traces de descendances écossaises chez quelques-uns de nos compatriotes.

La fameuse « garde écossaise » fut alors constituée, et elle perdura jusqu’il y a peu de temps sous Charles X, bien qu’elle se soit avec l’usure des siècles quelque peu distendue…

En effet, l’alliance des deux couronnes, qui fut scellée en 1707 – peu avant la constitution officielle de la franc-maçonnerie soit dit en passant – entre l’Angleterre et l’Écosse, devenant le « Royaume-Uni » sous la nouvelle bannière, l’« Union Jack », éloigna sûrement nos nations. Mais alors que les écossais n’oublient toujours pas cette partie de l’histoire, enseignée sans discontinuité par l’école, de notre côté, la République, suite à la Triple Entente fin XIXème (alliance de la France, du Royaume-Uni et de la Russie) « promit » sans doute tacitement de ne plus toucher mot de cette fraternité d’armes et d’estime, que les angloys ont sans aucun doute encore en travers de la gorge… en France, au XIXe siècle, cette partie de notre histoire était enseignée comme le prouvent les manuels d’époque.

Français, devrions-nous oublier, parce que la République nous incite à le faire, cette Auld Alliance qui fit l’honneur, la fierté, l’engagement de deux nations liées par une si divine et si glorieuse destinée ?

Vive l’Écosse ! Vive la France ! Vive Dieu et le roi !

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Pour en savoir plus :
http://www.auldalliance.org/indexf.html
(l’association propose des livres de Patrick Gilles qui fut le conférencier, dont un écrit sur le sujet de cet exposé – la période charnière 1419-1429 et la collaboration franco-écossaise).
Marche des soldats de Robert Bruce : https://www.youtube.com/watch?v=W2Ni9rWfgkg

(En raison d’une prise de notes sommaire lors de cette conférence, nous n’excluons pas quelques rares erreurs qui auraient pu se glisser ; veuillez nous en excuser par avance et nous faire part de ces manquements que nous corrigeons promptement)

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