La signification théologique de la conjonction “una cum” dans le Canon de la Messe

Sainte messe


I – La sainte Messe est célébrée sur ordre de l’Eglise catholique (ab Ecclesia)

La définition du Concile de Trente sur la Messe précise : « Le Christ institue la Pâque nouvelle, se constituant lui-même comme devant être immolé sous des signes visibles, par les prêtres, DANS L ’ INTIMATION DE L ’ EGLISE . »

Le Sacrifice de la Messe est offert par des prêtres validement ordonnés et il est impéré par l’Eglise. C’est ce dernier aspect (le fait d’être commandé par l’Eglise) qui est systématiquement passé sous silence par tous les “théologiens” traditionalistes. C’est pourtant lui qui permet de comprendre la véritable portée de l’una cum . Le Sacrifice de la Messe et l’Eglise sont inséparables (ils sont “una cum” ! ) Le Sacrifice de la Messe est le sacrifice de toute l’Eglise et il est opéré PAR l’Eglise, parce que l’Eglise est elle-même le principe de sa propre unité. L’effet propre du sacrement de l’Eucharistie est de produire l’unité de l’Eglise. Il faut donc que cette unité qui découle de la Messe ait l’Eglise pour origine et pour principe.

Or, l’unité de l’Eglise est hiérarchique. Le commandement de l’Eglise qui ordonne aux évêques et aux prêtres de célébrer le Saint Sacrifice est à l’origine de l’unité de l’Eglise. Ce commandement est réalisé par le fait que le chef de l’Eglise catholique, le Pape, célèbre ce sacrifice en même temps et de la même manière avec tous les évêques et tous les prêtres catholiques. C’est donc la Messe du pape qui est en droit et en fait le critère vivant de l’unité. Ceux qui reçoivent le commandement de l’Eglise (évêques et prêtres) doivent célébrer le même sacrifice que celui qui donne le commandement.



II – L’application des mérites du Saint Sacrifice de la Messe

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Rappelons tout d’abord qu’il y a deux sortes de mérites : le mérite “de condigno” et le mérite “de congruo”. Le mérite dit “de condigno” est mérité pour soi-même en stricte justice (il ne peut être communiqué aux autres). Tout membre de l’Eglise qui pose un acte vertueux, en état de grâce, mérite “de condigno” pour lui-même une récompense au Ciel. Seul Notre-Seigneur Jésus-Christ peut mériter “de condigno” pour les membres de son Corps mystique, car ils ne font qu’ un avec la tête. En méritant pour ses membres, il mérite pour Lui-même.

De plus, tout membre de l’Eglise et du Christ peut mériter “de congruo”, s’il plait à Dieu, pour un autre. L’application du mérite à tel ou tel est laissé à la libre appréciation de Dieu. Le principe qui règle le mérite “de condigno” (en justice) est le suivant : celui qui reçoit la récompense est le même que celui qui fait la bonne œuvre. Celui qui reçoit le fruit du sacrifice, c’est celui qui offre le sacrifice. Dans la mesure où l’on offre, dans cette mesure l’on reçoit.

Le mérite “de congruo” (de convenance) peut s’appliquer à la Messe. Ainsi, le prêtre reçoit un honoraire en vue d’offrir le Saint Sacrifice à l’intention fixée par le donateur. La personne qui offre l’honoraire reçoit le fruit de la Messe ou en fait bénéficier quelqu’un par la médiation du prêtre. Cette application du fruit de la Messe à tel ou tel est laissée à la libre appréciation de la Sagesse divine qui fait ce qu’elle veut des mérites de convenance.



III – Le mandat de l’Eglise dans la célébration du Saint Sacrifice.

Sainte messe

Le premier paragraphe du Canon de la Messe commence par les mots : « In primis… » Cette prière indique les sujets à qui le fruit du Saint Sacrifice est nécessairement communiqué, en justice (mérite “de condigno”). Le Saint Sacrifice est offert PAR l’Eglise et POUR l’Eglise. Il est donc normal que ce soit l’Eglise qui bénéficie la première (in primis) des fruits du Sacrifice. Cette prière « In primis… » fait partie intégrante du Canon, et elle est obligatoire pour toutes les Messes.


Le deuxième paragraphe “Memento Domine…” ou memento des vivants, mentionne des personnes particulières et est facultatif. Le prêtre peut ne mentionner personne. La prière “in primis…” demande en justice que le fruit du Sacrifice soit appliqué nécessairement à toute l’Eglise et à ceux qui la représentent hiérarchiquement, c’est-à-dire le pape et l’évêque du lieu (pas un autre évêque). Le fruit du Sacrifice n’est appliqué en justice qu’en faveur de la personne qui accomplit l’oblation : ici, c’est l’Eglise unie au Pape et à l’évêque du lieu. “Una cum” signifie aussi que le Pape et l’évêque du lieu sont un même “offrant” avec le célébrant. « Il n’y a pas d’eucharistie sans l’évêque » disait saint Ignace d’Antioche.

En effet, l’évêque, Ordinaire du lieu, a été établi par le Seigneur Jésus lui-même comme un centre de communion. Saint Irénée affirme : « l’évêque est dans l’Eglise et l’Eglise est dans l’évêque ». Donc, se séparer de l’évêque légitime et catholique du lieu, c’est se séparer de l’Eglise catholique. Etablir un autre évêque avec des pouvoirs épiscopaux complets, c’est établir une autre Eglise diocésaine. La Messe de l’évêque ne fait qu’une Messe avec celles de tous les prêtres de son diocèse.

Si tel prêtre et tels fidèles réunis en tel lieu offrent le saint Sacrifice en communion avec (una cum) l’évêque de ce lieu, ils constituent l’Eglise en ce lieu. Le fruit de la Messe est d’abord pour l’Eglise hiérarchique telle qu’elle est réalisée en ce diocèse, parce que c’est cette Eglise particulière qui offre en commun le Sacrifice. Or, l’Eglise n’est une que si elle est une avec l’évêque, pasteur de cette Eglise particulière en qui réside l’Eglise (l’Eglise est dans l’évêque). Mais elle est une dans la mesure où elle est en communion avec l’évêque de Rome qui est aussi l’évêque de cette Eglise particulière, selon le dogme de la Primauté de juridiction du Pape (Vatican I, Pastor Æternus).

Cette Messe célébrée par le prêtre en ce diocèse l’est aussi par l’évêque du lieu et par le pape. L’unité liturgique réalise l’unité hiérarchique et la renforce. Tous les rites liturgiques de l’Eglise catholique (latin, grec, syriaque etc..) ont le même Canon. Il existe des variantes de détails mais l’essentiel du Canon est identique dans tous les rites : les textes et les gestes expriment la réalité du Sacrifice non sanglant de la Croix. Tous les prêtres de l’Eglise catholique doivent célébrer essentiellement la même Messe que le pape. A cette fin, chaque évêque diocésain garantit pour tout son diocèse que les normes liturgiques appliquées dans son diocèse sont conformes aux normes romaines, et donc que la Messe qui est célébrée par tous les prêtres de son diocèse est conforme à la Messe papale, norme universelle pour toute l’Eglise.

Le fruit de la Messe est appliqué d’abord à l’Eglise. Le ton employé par le prêtre pour ce paragraphe “in primis” est le ton intimatif. Le prêtre intime à Dieu d’accorder en justice au Pape, à l’évêque du lieu et aux fidèles les mérites de Jésus-Christ, car tous sont des membres du Corps mystique du Christ et ont droit en justice à participer aux fruits de la Messe. Cela exclut absolument tous les schismatiques, les hérétiques et les apostats, qui ne sont plus membres de l’Eglise.

Par contre, au Memento des vivants (deuxième paragraphe), le prêtre signale à la miséricorde de Dieu tel ou tel : « Souvenez-vous, Seigneur, (si vous le voulez bien) de tel ou tel. Ce Memento ne fait pas partie intégrante du Canon, il est tout à fait possible de prier pour Karol Wojtyla afin qu’il se convertisse. Il recevra des grâces dans la mesure de ses dispositions intérieures.



IV – Qu’en est-il de la Messe en temps de châtiment ?

Sainte messe

Comment, dans notre situation où nous sommes privés de pape et d’évêques diocésains catholiques, la Messe sera-t-elle encore mandatée par l’Eglise ? Les “théologiens” traditionalistes ont toujours éludé la question en prétendant qu’il fallait faire “comme avant” ou “comme toujours”. Les Prieurés sont devenus “nos paroisses”. La juridiction de suppléance a été inventée pour justifier tous les abus de pouvoir juridictionnel et répondre facilement à tous les problèmes. La réalité, c’est que nous ne pouvons plus célébrer la Messe “comme avant” parce que les structures hiérarchiques de l’Eglise catholique (pape, évêque, curé) ont été remplacées par de nouvelles structures hérétiques, qui n’ont plus rien à voir avec l’exercice catholique de l’Autorité et du sacerdoce.

La sainte Messe ne peut pas aujourd’hui être célébrée « pro Ecclesia una cum Joanne Paulo », Wojtyla étant un usurpateur et un antichrist, il n’est pas uni à l’Eglise et il ne célèbre pas cette Messe. Il célèbre la Cène montinienne invalide et abominable aux yeux du Seigneur. En outre, déclarer Wojtyla “una cum Ecclesia “, c’est affirmer que la Messe que l’on célèbre est commandée par un hérétique.

Dire que l’Eglise est unie à un chef hérétique, de fait hors de l’Eglise, dans l’acte même du Sacrifice de l’Eglise constitue un mensonge et un sacrilège contre le sacrement de l’Eucharistie, sacrement de l’unité de l’Eglise. Communier avec un hérétique dans l’acte suprême de la liturgie relève de la “communicatio in sacris”. Cette participation aux rites sacrés avec un hérétique est un délit passible de l’excommunication ipso facto. Seule l’ignorance peut excuser du péché et de la peine canonique.

De fait, beaucoup de fidèles et de prêtres ignorent la gravité des Messes célébrées “una cum Joanne Paulo”. Or, le Droit Canon enseigne : « Il n’est pas licite aux fidèles d’assister activement de quelque manière que ce soit ou d’avoir part en des choses sacrées avec les non catholiques. » canon 1258. « Celui qui aide spontanément et en connaissance de cause à la propagation d’une hérésie, de quelque manière que ce soit, ou qui communique en choses divines (liturgie, sacrements) avec des hérétiques à l’encontre du canon 1258, est suspect d’hérésie. »

Ceci est trop grave pour le salut éternel pour que nous nous taisions. NOUS NE POUVONS PAS NOUS TAIRE . Il faut prévenir nos frères du danger qu’ils courent de tomber eux-mêmes, un jour, dans l’hérésie de leur chef, Wojtyla. Les fidèles qui veulent rester catholiques ne peuvent pas participer à une Messe sacrilège “una cum Joanne Paulo”. Célébrer une telle Messe est plus grave que de prêter serment à la Constitution du Clergé sous la Révolution. Il faut pourtant lire ce que les évêques de l’époque ordonnaient depuis l’exil à leurs fidèles.

Par exemple, Mgr Jouffroy-Gonssans, évêque du Mans, en 1796 : « Quiconque communique en choses saintes avec les intrus et les usurpateurs se rend complice de leur schisme et se met hors de la voie du salut… Peut-on faire baptiser des enfants par des prêtres intrus et assermentés ? Non, parce que ce serait communiquer et participer au sacrilège. Les Catholiques peuvent-ils s’adresser aux intrus pour la confession ainsi qu’aux schismatiques ?

Non, parce qu’ils n’ont point de juridiction et que leurs absolutions sont nulles. Quels conseils donner aux Catholiques pour suppléer au défaut de confession ? Se conserver dans l’état de grâce par la prière et la vigilance et s’exciter à la contrition parfaite dans la confiance que Dieu l’accorde lorsque l’on ne peut se confesser. Peut-on entendre la Messe d’un prêtre schismatique ? Non, chacun s’assemblera en famille pour y prier en commun. »

Le catéchisme des Pères Montfortains de 1791 est très clair aussi : « Que doit-on faire si on n’a pas d’autres messes que celles des intrus ? Il faut s’en passer, fût-ce le jour de Pâques. L’Église commande pourtant d’aller à la messe les dimanches et fêtes ? Oui, quand on en a ; mais celle de ces gens-là est pour vous comme si vous n’en aviez pas. »

Je terminerai avec une citation de la lettre de Mgr de Marbœuf, archevêque légitime de Lyon en exil aux fidèles de son diocèse, le 6/12/1796 : « Si le malheur des temps vous prive d’assister au saint Sacrifice de la Messe et de participer aussi souvent que vous le désirez aux saints mystères, ne craignez point et ne vous découragez point pour cela ; vous n’y perdrez rien.

Dieu verra avec complaisance que, malgré ces privations, vous conservez dans votre cœur la confiance et la fidélité que vous lui devez ; Il entendra vos prières domestiques et les vœux que vous formerez pour le rétablissement de son culte ; Il en sera touché et en attendant les moments marqués par sa sagesse pour faire luire sur nous des jours plus sereins, Lui-même vous tiendra lieu de Pasteur, de guide, de soutien. Il répandra dans vos âmes une mesure abondante de grâce, de force, de constance pour vous mettre en état de résister à toutes les tentations de l’ennemi, et, dans le temps de la plus grande disette des secours extérieurs de la religion, Il vous fera recueillir intérieurement des trésors de bénédiction..

Demeurez donc sans inquiétude dans la bergerie d’un si bon Maître ; invoquez-Le avec confiance dans toutes vos nécessités et soyez certains que la nourriture spirituelle dont vous pouvez avoir besoin, en telle situation que vous vous trouviez, ne vous manquera jamais. Vous la recevrez immédiatement de la main de Dieu, lorsque le malheur des temps vous privera de l’usage des moyens qu’il a établis pour être les canaux de sa grâce. »

Rappelons-nous aussi les paroles de saint Athanase : « Que Dieu vous console ! Ce qui vous attriste aussi, c’est que les autres ont occupé les églises par violence, tandis que vous, pendant ce temps, vous êtes dehors. C’est un fait, ils ont les locaux : mais vous avez la Foi Apostolique (St Athanase ne parle pas de la Messe, mais de la Foi, ndr). Eux, ils peuvent occuper nos églises, mais ils sont hors de la vraie Foi. Vous restez, vous, en dehors des lieux de culte, mais en vous demeure la Foi. Réfléchissons : qu’est-ce qui est le plus important, le lieu ou la Foi ? La vraie Foi, c’est évident. Dans cette lutte, qui a perdu, qui a gagné ?

Celui qui garde le lieu ou celui qui garde la Foi ? Le lieu, c’est vrai, est bon quand on y prêche la Foi Apostolique ; il est saint quand tout s’y passe saintement… C’est vous qui êtes heureux, VOUS QUI RESTEZ DANS L ’ÉGLISE PAR VOTRE FOI , vous qui tenez fermement aux fondements de la Foi qui vous est parvenue de par la Tradition Apostolique… C’est eux qui s’en sont détachés dans la crise présente… Ainsi donc, plus ils s’acharnent à occuper les lieux de culte, plus ils se séparent de l’Eglise.

ILS PRETENDENT REPRESENTER L’ÉGLISE , en réalité ils s’en expulsent eux-mêmes et s’égarent. LES CATHOLIQUES FIDELES A LA TRADITION , MEME S’ILS SONT REDUITS A UNE POIGNEE , VOILÀ CEUX QUI SONT LA VRAIE EGLISE DE JESUS – CHRIST . »

Lettre aux fidèles de son Patriarcat d’Alexandrie.

Pour adapter cette citation magnifique aux temps actuels, on peut dire : Qu’est-ce qui est le plus important : la Messe ou la Foi ? La vraie Foi, c’est évident. Les hérétiques de toutes les époques, avant Vatican II, célébraient la Messe, même après leur excommunication pour certains d’entre eux. Tout en gardant la Messe, ils avaient perdu la Foi. Dans cette lutte, qui a gagné, qui a perdu ? Celui qui garde la Messe sans la Foi ou celui qui garde la Foi sans pouvoir toujours assister à la Messe ?

La Messe est bonne, il est vrai, quand on y prêche la Foi catholique. Elle est sainte si tout s’y passe saintement. Mieux vaut sanctifier le dimanche en famille à la maison en récitant un rosaire que d’assister à une Messe sacrilège où l’on prêche des hérésies.

Abbé Xavier Rolland Source : La Tour de David N° 7 – Juillet – Août 2001

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