L’Église et la Société

— Si nous considérons, non plus l’individu, ni la famille, mais un groupe d’individus et de familles, autrement dit, la Société, nous constatons que l’Église lui a rendu les plus grands services à un triple point de vue : matériel, intellectuel et moral.

1° Services rendus dans l’ordre matériel :


— A tout moment de son histoire, l’Église a travaillé au bien-être du peuple. Le bien-être matériel est en effet la résultante d’un ensemble de choses : travail, épargne, bonnes mœurs, sans lesquelles il n’y a pas de prospérité ni de bonheur possibles. Or tandis que dans l’antiquité toutes ces vertus étaient inconnues, tandis surtout que le travail manuel était regardé comme quelque chose de dégradant pour l’homme libre, la doctrine chrétienne, en enseignant la grande loi du travail, a réhabilité celui-ci aux yeux de l’humanité.

Et l’Église ne s’est pas contentée de donner son enseignement, elle a estimé que le meilleur moyen d’en assurer le succès était de l’appuyer de ses exemples. Aussi voyons-nous régner une activité intense parmi les premières générations chrétiennes. Plus que les autres, les moines travaillent à la prospérité de l’Europe en défrichant les vieilles forêts, en labourant et cultivant les déserts, et en créant autour de leurs monastères des villages et des villes où fleurissent bientôt le commerce et l’industrie.

Et de nos jours, où l’ouvrier a déjà pris et veut prendre une place prépondérante dans la société, l’Église, après avoir relevé sa dignité morale, continue de s’intéresser à son sort. L’Encyclique Rerum novarum (16 mai 1891) de Léon XIII et l’Encyclique Quadragesimo Anno (15 mai 1931) de Pie XI témoignent que l’Église attache le plus haut intérêt à la solution de la question sociale. De toute son âme elle souhaite que les justes revendications des travailleurs soient couronnées de succès. Elle n’a pas de plus vif désir que de voir leurs droits élargis, mais en même temps qu’elle formule des vœux pour le mieux être de l’ouvrier, elle n’hésite pas à lui rappeler que, s’il a des droits, il a aussi des devoirs ; et ce faisant, elle est convaincue qu’elle sert mieux sa cause que les démagogues qui, en le nourrissant de vains espoirs, le conduisent à la ruine et à l’abîme.

— 2° Services rendus dans l’ordre intellectuel

— A entendre certains adversaires de l’Église, l’instruction ne date guère que de la Révolution française. Jusque-là, et particulièrement au moyen âge, c’est comme une longue époque d’ignorance et d’obscurantisme. L’Église qui s’était faite l’institutrice de la France, ne remplit pas le rôle qui lui avait été confié : l’enseignement qu’elle donne se borne tout au plus aux choses de la foi

— Ceux qui parlent ainsi, font preuve ou bien d’une ignorance des faits impardonnable ou d’une insigne mauvaise foi. Sans doute il y a eu des époques où, en raison de certaines circonstances malheureuses, comme par exemple sous les rois fainéants (viie siècle) et après l’invasion des Normands, au Xe siècle, l’enseignement fut en décadence. Il n’eu est pas moins vrai que les historiens qui ont fait une enquête impartiale sur l’état de l’instruction en France avant la Révolution, sont obligés de convenir que l’Église a toujours donné l’instruction à ses clercs et aux laïques autant que le comportaient les progrès du temps et les besoins de chacun. Du ve au XIe siècle, l’Église fonde et dirige des écoles épiscopales, presbytérales et monastiques ; au xvie siècle, elle se met à la tête du mouvement qui pousse les esprits vers l’antiquité grecque et latine. Et depuis lors, jamais elle n’a cessé de promouvoir les travaux intellectuels et de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences.

— 3° Services rendus dans l’ordre moral.

— Dans l’ordre moral, nous avons vu déjà ce que l’Église a fait pour l’individu et pour la famille. En revendiquant ainsi la liberté pour les individus, elle a, du même coup, transformé les mœurs publiques. Aux chefs d’État elle a appris que « tout pouvoir vient de Dieu» et que dès lors on doit l’exercer avec justice et sagesse. Aux sujets elle a prescrit l’obéissance et le respect vis-à-vis des gouvernants en s’appuyant sur cette simple parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César. » Enfin elle a rendu meilleures les relations de peuple à peuple. En enseignant partout que tous les hommes, sans distinction de race et de nationalité, sont frères, enfants de Dieu et de l’Église, elle leur a fait comprendre que c’était une monstruosité de se traiter en barbares.

— Objection.

— Contre les services rendus à la société par l’Église catholique, nos adversaires objectent que les nations protestantes sont plus puissantes et plus prospères que les nations catholiques, que leur niveau moral est plus élevé ; et, de ce fait qu’ils prennent comme point de départ et qu’ils regardent comme historiquement incontestable, ils concluent que la prospérité des uns et la déchéance des autres doivent être attribuées à la différence de religion.

Réponse.

— II faut distinguer dans l’objection qui précède deux choses : le point de vue historique et le point de vue doctrinal, ou, si l’on veut, la question du fait, et la thèse qu’on veut établir sur le fait. Évidemment, s’il était possible de prouver que les faits historiques ne sont pas tels qu’on le prétend, ou n’ont pas la portée qu’on leur attribue, nous serions en droit de conclure aussitôt que la thèse est fausse. Mais admet tons par hypothèse que les nations protestantes sont vraiment supérieures aux nations catholiques ; s’ensuit-il que la cause de la supériorité des unes et de l’infériorité des autres soit la religion ?

A. LA THÈSE.

— A la considérer en soi, que penser de la thèse qui fait de la religion le principe du progrès ou de la décadence des nations ?

— a) Remarquons d’abord que, même s’il en était ainsi, le protestantisme ne serait pas pour cela la vraie religion. Car le but premier de la religion n’est pas de travailler à la prospérité matérielle de ses adeptes mais de conduire les âmes à Dieu. Et si nous avons mentionné les services rendus par l’Église à la société dans cet ordre de choses, il ne rentrait pas dans notre pensée de vouloir démontrer que le christianisme, par le fait qu’il est la vraie religion, a eu pour résultat d’attirer la bénédiction de Dieu dans l’ordre temporel. Nous nous sommes bornés à établir que le bien-être matériel des peuples devait découler de la doctrine du Christ qui tend à rendre les hommes plus travailleurs, plus économes et plus vertueux, mais nous nous gardons bien de prétendre qu’il suffit d’introduire la vraie religion dans un pays déshérité au point de vue matériel, pour le transformer, comme par enchantement, en un pays riche et prospère.

b) Venons maintenant au cœur de la question. Sur quoi s’appuie-t-on pour dire que la religion protestante est cause de grandeur, tandis que la religion catholique est cause de décadence ? Sans doute, sur le principe fondamental du protestantisme, sur la théorie du libre examen qui favorise, dit-on, l’esprit d’entreprise, l’élan et l’énergie, alors que les principes du catholicisme qui imposent l’adhésion à des dogmes obscurs et la soumission aveugle à un pouvoir absolu, suppriment toute initiative. Mais qui ne voit que c’est là un raisonnement bien spécieux? La foi à des dogmes qui n’ont rien à faire avec les questions matérielles et l’obéissance à l’Église dans l’ordre spirituel ne gênent en rien l’esprit d’initiative, et il serait ridicule de croire que le commerçant et industriel catholiques ne sont pas tout aussi libres que le commerçant et l’industriel protestants de conduire leurs affaires au mieux de leurs intérêts.

— c) Ajoutons enfin que le mot prospérité est un terme bien vague. La vraie civilisation ne se réduit; pas à la seule prospérité matérielle : il nous semble au contraire qu’elle embrasse l’ensemble des intérêts matériels, moraux et religieux. Les peuples qui veulent arriver au plus haut degré de civilisation ne sont donc pas ceux qui n’ont d’autre idéal que le bien-être et la fortune, mais ceux qui ont plus de grandeur d’âme et une vie morale plus noble. Or il est évident que, sur ce point, les principes catholiques qui recommandent tant la charité, l’amour des autres, le don de soi, qui font aller de pair la foi et les bonnes œuvres, sont loin d’être inférieurs aux principes protestants. Nous pouvons donc déjà conclure que la thèse ne repose sur aucun argument.

B. LES FAITS. — Non seulement la thèse, prise en soi, est fausse, mais les faits eux-mêmes la démentent.

a) Car, s’il s’agit du passé, l’on ne saurait contester que dans une longue période de notre histoire, les nations catholiques : la France, l’Autriche et l’Espagne, furent à la tête de la civilisation. Or le moment où elles ont atteint leur apogée correspond précisément avec celui où la vie catholique était le plus intense et où les principes chrétiens étaient le mieux observés.

b) S’il s’agit du présent, il faut bien confesser que les nations catholiques dont nous venons de parler, sont, \ au point de vue économique, dans un état d’infériorité sur les grandes nations protestantes : Angleterre, États-Unis, Allemagne. Or si l’on veut absolument que la religion soit la cause de cette infériorité, nous répondrons que les États catholiques sont tombés en décadence parce qu’ils ont été infidèles à leur religion et qu’ils ont été rongés par la plaie de l’indifférentisme ou même de l’athéisme. Du moins cela était vrai hier de la France, mais aujourd’hui qu’elle a été comme purifiée par une rude épreuve, au cours de laquelle elle a étonné le monde par sa vitalité, par son esprit d’initiative, par son abnégation et par le réveil de sa foi, qui peut dire de quoi demain sera fait et si elle ne va pas reprendre sa place à la tête de la civilisation matérielle morale et religieuse?

Extrait du Manuel d’apologétique de M.l’abbé Boulenger de 1920.

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