Les apôtres de l’athéisme

Au 19e, il était minoritaire, en notre début du 21e il est majoritaire en France ! L’athéisme.

« Grâce » à quelques hommes, à quelques réseaux, à un travail de sape minutieux et patient, il a réussi à s’imposer dans les cerveaux français, et occidentaux, contre l’intelligence humaine qui, sans cette constante propagande, a au moins le simple sentiment naturel de Dieu.


Sébastien Faure, sans affirmer que sa responsabilité fut écrasante dans cette descente aux enfers de nos sociétés, est par contre une personnalité de premier plan, connue d’un grand nombre (au contraire des hommes de réseau tapis dans l’ombre), car il éditait une brochure et tenait des « meetings » à destination des masses. Les « douze preuves de l’inexistence de Dieu ».

La fiche Wikipédia dit de lui qu’il est un « conférencier professionnel ».

Certes, mais les sophistes à l’époque étaient aussi payés pour raconter leurs sornettes.

« Athéisme : les hommes, par un égarement inouï, s’acharnent à nier l’existence de Celui qui les a créés, ou du moins à vivre comme s’il n’existait pas. Ils veulent à tout prix bannir Dieu de leur vie sociale, de leur intelligence, de leur cœur. Mais par ce triple reniement, ils se vouent eux-mêmes à une triple ruine : ils condamnent leur société à des luttes perpétuelles, car la paix entre les hommes est impossible sans la charité, et la charité ne saurait exister en dehors de Dieu ; ils enchaînent leur intelligence dans les ténèbres et les angoisses d’un doute perpétuel, car la Vérité ne fait qu’un avec Dieu ; ils se privent du seul bonheur capable de les satisfaire, du Bien absolu, et se jettent éperdument vers les plaisirs des sens, où ils ne peuvent trouver que la honte, la misère et la dégradation. » (Dom Jean de Monléon, Le Christ-Roi)

(Dom Jean de Monléon, Le Christ-Roi)

+« Douze preuves de l’inexistence de Dieu » : dès le titre, on devine que la brochure de Sébastien Faure ne brille ni par la rigueur logique ni par la légèreté du style. Mais puisqu’elle orne à nouveau la devanture des librairies – par la faute des éditions de l’Herne, qui ont cru devoir ressortir ce brûlot de 1908 – jetons un coup d’œil à ces douze arguments.

L’auteur

Mais d’abord, qui est Sébastien Faure (1858-1942) ?

Fils d’un riche marchand stéphanois, il fut élève puis novice chez les jésuites avant d’embrasser le militantisme libertaire. Ses ouvrages donnent l’impression d’un grand naïf, réellement entiché de ses utopies, sincèrement surpris des divisions du camp anarchiste et totalement inconscient du rôle que lui font jouer les manipulateurs financiers et les provocateurs policiers. Candeur feinte ou réelle ? Car Faure eut à plusieurs reprises l’occasion d’apercevoir le dessous des cartes :

  • En 1894, lorsque l’anarchiste Auguste Vaillant fut condamné à mort pour avoir lancé une bombe aux clous dans la Chambre des députés – attentat qui ne fit que des blessés légers et des dégâts mineurs, mais permit au gouvernement maçonnique d’accroître considérablement les pouvoirs de sa police – Sébastien Faure fut nommé tuteur de sa fille, la petite Sidonie Vaillant. N’était-il pas particulièrement bien placé pour comprendre que l’affaire avait été montée par le ministre de l’intérieur, le franc-maçon Charles Dupuy, comme cela fut révélé par la suite [1]?
  • En janvier 1899, pour fonder son quotidien Le Journal du peuple, Sébastien Faure bénéficia de l’aide de banquiers israélites en échange d’un soutien à la cause de Dreyfus. Il entraîna ainsi dans le camp dreyfusard de nombreux agitateurs libertaires, qui estimaient jusque là que cette querelle ne les regardait pas, et dont le renfort fut très précieux dans les manifestations de rue, face aux nationalistes.
  • A l’été de cette même année 1899, au moment où le gouvernement de Waldeck-Rousseau s’employait à détourner contre l’Église la colère des ouvriers, Sébastien Faure marcha à fond dans la manœuvre. Non content d’attiser la haine anti-catholique par ses écrits, il organisa, le 20 août 1899, une violente émeute au cours de laquelle l’église Saint-Joseph fut complètement saccagée (portail enfoncé, statues brisées, bénitiers arrachés, confessionnaux brûlés, autels profanés, tabernacle éventré et Saint-Sacrement répandu au sol avec des cris de haine). Les émeutiers s’en prirent ensuite aux religieuses hospitalières de la rue Saint-Maur. La destruction des églises et des hôpitaux n’était-elle pas, de toute évidence, le meilleur moyen d’améliorer la condition des ouvriers ? Sébastien Faure ne fut pas condamné. Il ne faisait qu’anticiper de quelques années les violences qui marqueront la séparation de l’Église et de l’État.
  • En 1905, précisément, Faure fut initié à la franc-maçonnerie, qu’il fréquenta assidûment jusqu’en 1917. Y fut-il seulement un idiot utile, ou l’un des tireurs de ficelle? C’est en tout cas durant cette période qu’il élabora ses prétendues « preuves » de l’inexistence de Dieu.

Voyons en détail chacune d’entre elles.

Plan

1. La création impossible ?
2. La matière opposée à l’esprit ?
3. Le parfait peut-il produire l’imparfait ?
4. Dieu était-il inactif avant de créer ?
5. Dieu a-t-il changé en créant ?
6. Dieu a-t-il créé sans motif ?

1. La création impossible ?

Sébastien Faure attaque d’abord le Dieu créateur : la création à partir de rien (ex nihilo) serait une impossibilité, une absurdité, car « avec rien, on ne peut rien faire ».

« On » ? Vous avez dit « on » ? Mais qui est ce « on » ?

S’il s’agit de Sébastien Faure et de ses lecteurs, la sentence est incontestable. Nous autres, humains, sommes absolument incapables de faire sortir l’être du néant. Nous ne pouvons que modifier ce qui a déjà l’existence. Constat évident, mais assez peu étonnant, vu que, déjà, nous ne nous donnons pas à nous-mêmes l’existence. Aucun humain ne peut prétendre qu’il existe uniquement par lui-même, de façon indépendante et absolue, sans jamais avoir rien reçu de l’extérieur. Il est donc normal que nous ne puissions rien faire sortir du néant. Comment pourrions-nous être maîtres absolus de l’existence de quoi que ce soit, alors que nous ne sommes même pas maîtres absolus de notre propre existence ?

Mais on ne peut s’arrêter là. Car malgré tout, nous existons ! Nous existons de façon dépendante et relative, mais réelle. D’où vient donc notre existence ? Ici, la logique est implacable : si des êtres imparfaits reçoivent l’existence sans l’avoir par eux-mêmes – c’est notre cas à tous –, il doit y avoir, au dessus, un Être au sens fort du terme, qui possède l’existence par lui-même, de façon éternelle et absolue, et qui la communique aux autres. Le contraire est impossible et même impensable. Il ne peut pas y avoir d’êtres recevant l’existence s’il n’y a pas, quelque part, pour la leur donner, un être qui existe par lui-même! C’est une nécessité absolue, face à laquelle le principe de Sébastien Faure (« avec rien, on ne peut rien faire ») n’est qu’un jeu de mots.

Il y a même un double jeu de mots.

D’abord, l’ambiguïté du pronom indéfini « on » : si ce « on » est pris pour « nous », la sentence est vraie : nous autres, qui n’existons pas par nous-mêmes, sommes incapables de faire sortir l’être du néant. – Mais si le « on » est pris de façon absolue, la sentence devient fausse, puisqu’elle rend notre existence inexplicable.

Elle conserve pourtant encore une apparence de vérité où Faure pourrait se réfugier, en répétant avec obstination : « Non, non ! C’est impossible ! L’être ne peut pas sortir du néant ! » C’est le deuxième jeu de mots.

Et là, soyons très clair : du néant absolu, rien ne peut sortir, c’est bien entendu. Le néant ne peut rien produire, nous sommes tous d’accord. Mais pourquoi en sommes-nous si sûrs ? Qu’est-ce qui nous fait exclure si énergiquement cette hypothèse ? C’est ce que les métaphysiciens appellent le principe de causalité. Un principe très simple, immédiatement évident : rien ne peut apparaître sans une cause proportionnée. Le néant ne peut pas engendrer l’être, parce qu’il faut à tout prix une cause – et une cause proportionnée, qui puisse rendre compte de ce qui commence à être. Or, précisément, dans le cas de la création, cette cause existe, et elle s’appelle Dieu ! Affirmer la création n’est aucunement affirmer qu’une chose pourrait commencer à exister sans cause. C’est affirmer, au contraire, que Dieu – cause suprême de tous les êtres et cause première de toutes les causes – n’a besoin d’aucune autre cause que lui-même pour les faire exister. Comme l’explique saint Thomas d’Aquin : Lorsqu’on dit que Dieu fait quelque chose « de » rien (ex nihilo), la préposition « de » (ex) ne désigne pas la cause matérielle, mais une simple succession [2].

Autrement dit : Dieu crée de rien en ce sens qu’il crée sans rien. Le néant n’est aucunement la cause de ce qui apparaît. Cet acte créateur nous déroute, car il échappe à notre expérience quotidienne, mais il n’implique aucune contradiction. Il n’a rien d’absurde. Il est même nécessaire, dès qu’on accepte de chercher la Cause première de ce qui existe.

Mais il faut, pour cela, dépasser les conceptions infantiles où Sébastien Faure semble enfermé. Dieu n’est pas une sorte de baguette magique, ou un superhéros doté de superpouvoirs. Il s’est révélé à Moïse comme l’Être absolu (« Celui qui est » Ex 3, 14). Saint Thomas d’Aquin l’appelle l’Ipsum esse subsistens (l’Être même subsistant). Comment refuser la capacité de faire exister à Celui qui existe par lui-même ?

(…) Lire la suite de l’article sur : http://www.dominicainsavrille.fr/on-nous-ressort-sebastien-faure/

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