Les morticoles de Léon Daudet, un roman d’anticipation à redécouvrir !

Une cité gouvernée par des médecins. Des politiques médicales abusives qui régissent la moindre action des individus. Tout bien portant est un malade qui s’ignore donc un suspect pour la sécurité de la nation.

Pas de doute la France Covid 19 est à l’image de la Morticolie !

Résumé du livre :


Le roman raconte l’histoire de Félix Canelon, jeune marin dont le navire marchand, suite à une erreur de navigation de son capitaine, se perd dans des eaux inconnues, et aborde dans l’île des Morticoles.

Après avoir subi une mise en quarantaine préventive, l’équipage est accueilli sur l’île. Ce peuple curieux est entièrement dirigé par des médecins : le gouvernement est constitué par la Faculté de médecine, qui détient tous les pouvoirs. Tous ceux qui ne sont pas médecins sont malades, et soumis à leurs traitements.

Dans un premier temps, Félix, qui échoue à l’hôpital en qualité de malade, pauvre de surcroît, fait les frais du sadisme des médecins et découvre l’univers horrible de l’hôpital. Pour échapper à sa condition, il décide de passer les concours de médecine, mais échoue lamentablement lors de l’épreuve du lèchement de pieds – l’expression étant, ici, c’est le cas de le dire, à prendre au pied de la lettre…

Il ne lui reste plus alors qu’à se faire domestique. Les connaissances acquises lors de ses études lui permettent de trouver plusieurs emplois successifs chez des médecins influents. Son dernier maître se trouve être l’aliéniste de l’île. Dans son établissement, Félix retrouve son capitaine, enfermé avec d’autres fous.

Il trouve le moyen de le libérer, et accompagné d’un autre de ses camarades (le seul à avoir survécu aux terribles traitements des morticoles), ils parviennent à soudoyer l’administration, et à s’évader pour enfin retrouver leur patrie.


Analyse du livre :


Il n’est guère besoin de sagacité pour deviner que la France se cache derrière la Morticolie. A qui en douterait, et pourrait lire naïvement le début du livre comme celui d’un roman d’aventures, Daudet prend le soin de préciser dès l’incipit du second chapitre : Nous arrivions devant une porte close […], au dessus de laquelle étincelaient ces mots : HOPITAL TYPHUS et une devise : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. (…)


Car si Daudet attaque la France, ce n’est pas en vertu d’un quelconque prétendu caractère national, mais à cause de son système politique, la république. Monarchiste lui-même, il n’a de cesse d’en dénoncer les failles, les dysfonctionnements, les injustices. A l’origine de tous ces maux : la Révolution Française, qui instaure la laïcité : Il y a quatre générations à peu près, une complète révolution s’est produite dans l’esprit et les mœurs des Morticoles, menée par les médecins. (…) Ceux-ci ont prouvé clair comme le jour que Dieu n’existait pas. (…)


Ailleurs, sur un mode ironique, Daudet se fait le contempteur de la bonne conscience capitaliste : Un troisième professeur nous vantait l’industrie et le commerce des substances toxiques, la bonté des grands directeurs et actionnaires d’usine, qui consentent à faire vivre un nombre considérable d’ouvriers malades, la nécessité d’un luxe insolent, source de profit pour la masse (…) ces discours étaient si beaux qu’ils étaient généralement reproduits dans les journaux. (…)


L’argent est seul maître de cette société : « l’or vois-tu, c’est là le dieu »
Et Daudet dénonce alors les méfaits de l’économie : Un autre farceur (…) traitait de l’argent, des moyens de l’acquérir, de l’augmenter, de le conserver. Il nous expliquait, cet économiste, comment toutes les scélératesses sont bonnes et licites, du moment qu’il s’agit de multiplier sa fortune.


Pour Daudet, tous les maux de l’époque sont à rapporter à la perte de la foi : « tous les Morticoles sont athées, matérialistes, anticléricaux à outrance »


Les Morticoles ont remplacé Dieu par la matière – le fait est à prendre littéralement : c’est « la matière » qui est la reine de la fête nationale qui conserve tout le dispositif de culte, en supprimant le dieu. Afin de mesurer toute la portée de la critique, il convient de se reporter à l’épisode initial, qui inaugure les relations entre l’équipage de Félix et les Morticoles. Lorsqu’un inspecteur d’hygiène vient sur le bateau, il déclenche ainsi l’hilarité de Félix : « Comment sont vos matières et en général celles de vos camarades ? »

Il fallut plusieurs minutes et autant de circonvolutions pour que le plus intelligent comprît, et alors je fus en proie à un rire inextinguible qui se communiqua à mes compagnons. La matière fécale dont il est ici question nous permet de mieux comprendre quel jugement porte Daudet sur le matérialisme qui entraîne selon lui l’athéisme, et pire, l’anticléricalisme. Et cette société sans dieu devient inhumaine.

Ceci explique pourquoi les médecins sont cruels, avares, arrivistes… La perte de la foi entraîne une perte générale de cette valeur qui fonde selon Daudet la communauté humaine : la compassion. Les deux seuls médecins intègres et compatissants sont croyants : « il n’y a chez les Morticoles que deux héros, que deux apôtres et ils sont chrétiens » (…)

Plus loin, la conclusion s’impose. En réalité, l’influence politique, c’est-à-dire d’un homme sur les hommes, est tout chez les Morticoles, alors qu’ils simulent des préoccupations exclusivement scientifiques. (…)


Le nouveau statut social des médecins, leur nouveau statut intellectuel aussi, contribuent ainsi à l’extension de leurs prétentions dans le domaine du contrôle de la vie publique
. Et l’utopie de la Morticolie pourrait bien avoir été prônée par les médecins : « l’avenir de l’humanité, le bonheur humain après tout, s’élabore dans les laboratoires de physique et de chimie », écrit ainsi Lacassagne, un peu plus tard, en 1902.


C’est ainsi qu’un savoir sur le corps prétend à réguler le social : les hygiénistes indiquent comment se nourrir, comment faire l’amour, comment se vêtir .


Ce type d’idéologie eugéniste a vu le jour au moment du développement de la théorie de la dégénérescence, contre les effets de laquelle elle était censée lutter. La théorie de la dégénérescence, tant redoutée par la seconde moitié du XIXè siècle, est inventée par un médecin français, Morel.


Elle explique comment des tares acquises se transmettent de manière héréditaire en s’aggravant de génération en génération, pour aboutir à la stérilité complète. Elle explique ainsi la folie et toutes les plaies sociales que sont le meurtre, la prostitution, l’alcoolisme, et jusqu’à la contestation politique… Cette théorie, qui a le mérite de tout expliquer en termes pathologiques, contribua notamment à assurer l’influence grandissante des aliénistes dans le débat social.


Dans Les Morticoles, c’est effectivement la dégénérescence que les internes, parodiant Foutange, rendent responsable de l’hystérie de Rosalie : Rosalie est une fille publique, messieurs, et son mal est héréditaire, puisé dans l’alcool de son père, la folie de son aïeul, l’épilepsie d’un oncle, l’arthritisme d’une tante.


Contestant le dogme de la dégénérescence, Daudet rend la société responsable des pathologies nerveuses :
L’extraordinaire pression sentimentale et sociale à laquelle sont soumis les Morticoles a développé chez eux au plus haut point les désordres du système nerveux. (…) une perpétuelle inquiétude (…) une activité industrielle incessante (…) l’affaissement des âmes par l’analyse, la persuasion du fatalisme, la crainte de l’hérédité (…) telles sont les causes les plus apparentes qui remplissent de pauvres le service de Foutange et de riches sa clientèle privée.


La liste est longue, et encore l’avons-nous abrégée… Soulignons cependant que les causes incriminées par Daudet sont, pour la plupart, celles-là mêmes alléguées par les aliénistes, lorsqu’il s’agit de démonter l’origine du processus de dégénérescence.


Quelle différence alors ? C’est que pour eux ce processus entame une série de dégradations inéluctables dont la transmission devient héréditaire, et qui vont s’aggravant de génération en génération. Pour Daudet le mal est avant tout social, et ne relève pas de la médecine. Il montre en particulier que les vices des pauvres (alcoolisme, prostitution…) ne sont que les conséquences directes de leur misère, elle-même dû à leur exploitation par les médecins : Il ne comprend pas, ce Foutange, que l’odieux matérialisme dont il est un des représentant, que l’exploitation de l’homme par l’homme, que la science sans conscience sont les causes nécessaires et prochaines de toutes les maladies qu’il étiquette de noms baroques et qu’il attribue à l’alcool, à la syphilis, à ce qu’il appelle les dégénérescences nerveuses.


En s’opposant directement à la théorie de la dégénérescence, Daudet s’attaque à ce qui fonde alors l’autorité même de l’aliénisme. D’autre part, Daudet entend ainsi défendre une certaine idée de la liberté de l’homme : Ici, l’instruction est tellement répandue qu’elle enseigne aux enfants dès le berceau tout ce qu’ils doivent craindre des tares héréditaires. (…) Dites aux gens qu’ils sont libres, qu’ils ne dépendent de personne et ils se croient libres, et ils le deviennent. (…) Dites leur qu’ils sont en cage et ils se le persuadent (…) ils se figent dans l’automate.


Enfin, un dernier lien reste à interroger, entre dégénérescence et darwinisme. Soulignons tout d’abord que la théorie même de la dégénérescence est contemporaine du darwinisme, dont elle présente une sorte de double inversé. A l’histoire d’une évolution, elle oppose celle, symétrique et logique, d’une régression. On peut penser que l’une fût nécessaire pour penser l’autre.

En outre, l’une comme l’autre eurent la faveur des médecins. Le darwinisme offre à la République anti-cléricale une autre version de la genèse de l’homme, en l’arrachant à son origine divine. Mais cette alternative au récit biblique prive selon Daudet l’homme de son libre arbitre, et encourage sa passivité en l’enfermant dans une causalité scientifique.

Cette passivité que déplore Félix en parlant de l’hérédité, il l’attribue également à la théorie de l’évolution : « Je sais donc que nous résultons des animaux, lesquels résultent des plantes, lesquelles viennent des pierres qui sont dans l’espace et forment les mondes et les étoiles », lui explique ainsi un jeune malade.

Et Félix conclut : Certes, les Morticoles ont savamment organisé les esprits pour les dominer, les asservir. Celui qui se croit issu d’un caillou n’a plus qu’à se laisser rouler. (…)


Dans un renversement étonnant, ce n’est plus la religion, mais la science qui est l’opium du peuple. La religion quant à elle se trouve garante d’une vision spiritualiste de l’homme, lui permettant seule d’assumer la responsabilité de sa liberté.


L’asile des Morticoles se trouve en périphérie de la ville. En cela, il est île dans l’île, doublement replié sur lui-même. Cet éloignement de la ville est une des premières conditions réclamées par les aliénistes de l’époque pour soigner les malades : « l’isolement thérapeutique ».

Jules Falret écrit ainsi : L’observation la plus multipliée a prouvée que, toutes choses égales d’ailleurs, les chances de guérison des aliénés étaient d’autant plus nombreuses que leur isolement était plus complet. Eviter le contact du monde extérieur doit donc être le premier principe dont il convient de faire l’application. (…)


Lorsque Félix rencontre l’aliéniste, celui-ci explique ainsi l’internement de malades apparemment sains d’esprit :

« Ce sont les délirants raisonnables, des individus comme vous et moi, qui mangent, dorment, boivent, ne font pas de vers, ni de tableaux, ni de chansons. Seulement, dans leur vie hypocrite, une tare imperceptible, une toute petite tare est dissimulée, et alors nous considérons leur raison apparente comme un masque qu’ils prennent, comme un piège qu’ils nous tendent pour dissimuler leur folie.« 


La conclusion de Ligottin, dans son discours prononcé devant les autorités Morticoles, est à tous égards révélatrice des thèmes les plus galvaudés des aliénistes reconvertis en critiques littéraires :

« Si vous laissez en circulation ces métaphoromanes, ces érotomanes, ces écholaliques, si vous leur permettez d’agir sur l’esprit de leurs concitoyens, il y aura bientôt par leur faute et par votre faiblesse cinquante pour cent de fous dans l’Etat. »

Ces artistes sont tous des délirants de grandeur ou de persécution, des indépendants pernicieux, des solitaires. Ils menacent de saper les bases de la société.

En conséquence, Ligottin réclame la création et l’application de lois nouvelles, destinées à contrôler la production littéraire : Si vous ne nous accordez pas les lois que nous vous demandons, l’interdiction et la mise au pilori de ces condamnables insanités, le supplice et la réclusion de leurs auteurs, c’en est fait de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité.

Article complet : https://www.academia.edu/49618282/Les_Morticoles_de_L%C3%A9on_Daudet_une_utopie_m%C3%A9dicale

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