Qu’est-ce-que l’opinionnisme ?

L’Opinionisme
Par Monseigneur Donald J. Sanborn
Catholic Restoration, Mai-Juin 2004 ; Internet, 2006.
EtudesAntimodernistes.fr, Avril 2016.


La question du pape : « Juste une opinion » ?

La vacance du Siège Apostolique, la non-papauté de François ainsi que de Benoît XVI, Jean
Paul II, Jean Paul I, Paul VI et même Jean XXIII est une question qui a, peut être plus que toute
autre, divisé les traditionalistes ces cinquante dernières années.


Parmi ceux qui ont résisté aux réformes de Vatican II, la majorité professent être
sédépleinistes, c’est-à-dire qu’ils soutiennent que François est véritablement Pape. Ils suivent
habituellement en cela la direction de la Fraternité Saint Pie X. D’autres, une minorité, mais non
insignifiante, sont sédévacantistes, c’est-à-dire qu’ils disent que François n’est pas un vrai Pape, ni
ses prédécesseurs de Vatican II.


Cette différence de position théologique a provoqué une angoisse universelle chez ceux qui
résistent à Vatican II. Chaque côté prétend que sa position est la bonne, et qu’elle est même
nécessaire pour rester catholique. Chaque côté accuse l’autre d’être schismatique.


Pendant l’automne 1979, Mgr Lefebvre publia un communiqué dans lequel il déclara qu’il ne
tolérerait pas dans la Fraternité Saint Pie X ceux qui refusaient de citer le nom de Jean Paul II au
canon de la Messe. Il renvoya en Europe un certain nombre de prêtres qui refusaient d’observer
cette mesure. Au printemps 1980, il vint en Amérique avec le même programme : renvoyer ceux qui
ne nommaient pas Jean Paul II au canon.


Au cours des négociations avec les prêtres américains, toutefois, Mgr Lefebvre parvint à un
compromis particulier. Il ne renverrait pas de la Fraternité Saint Pie X les prêtres, si ceux-ci étaient
d’accord pour garder secret leur sédévacantisme. Ils pourraient ne pas nommer Jean Paul II au
canon, pourvu qu’ils n’en fassent pas une affaire publique. L’Opinionisme était né. Mgr Lefebvre luimême
en formulait le principe fondamental : « Je ne dis pas que le pape n’est pas pape, mais je ne
dis pas non plus qu’on ne peut pas dire que le pape n’est pas pape ».


Le but de cet article est d’examiner l’opinionisme, et de juger si c’est une position légitime à avoir.

L’identité du Pape peut-elle être matière à opinion ?


I. Qu’est-ce qu’une Opinion ?


Une opinion est une idée ou doctrine que vous tenez comme probablement vraie. Dans le
même temps, toutefois, vous avez une crainte fondée que l’opposé puisse être vrai. L’esprit tend
nettement vers une idée, et le rejet de l’idée contraire, mais pas complètement. Il n’accepte pas
totalement l’une comme vraie ni ne rejette totalement l’autre comme fausse. Cela arrive souvent
dans les diagnostics médicaux.


Même des médecins très qualifiés n’ont souvent qu’une opinion d’un diagnostic qu’ils font.
Ils ne peuvent pas obtenir de certitude absolue à cause du manque de preuve suffisante. Ils pensent
donc ou opinent que leur patient a une certaine maladie, mais ne seraient pas surpris s’ils
découvraient quelque chose d’autre plus tard.

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7 thoughts on “Qu’est-ce-que l’opinionnisme ?

  1. Ce qui est vacant, ce n’est pas avant tout le Siège apostolique, s’il est bel et bien vacant, mais c’est avant tout la conception de la foi catholique la plus orthodoxe et réaliste qui soit, dans l’acception augustinienne ou thomiste de chacun de ces deux adjectifs.

    Or, compte tenu du fait que la vacance, certaine, du savoir théologique le plus orthodoxe et réaliste qui soit, a, historiquement, commencé à précéder de quelques décennies la vacance, possible, du pouvoir ecclésiastique, au sommet de la hiérarchie et de l’institution, il est tout à fait possible

    – d’être avant tout « ortho-vacantiste », à la suite du CONSTAT le plus objectif possible sur la vacance du savoir théologique le plus propice qui soit à la préservation et à la propagation de la foi catholique,

    et

    – de ne pas être avant tout sedepleniste ou sedevacantiste, dans le cadre d’un JUGEMENT ou d’une OPINION sur le Siège apostolique, en tant que pourvu ou en tant que non pourvu, depuis octobre 1958.

    Voici une autre manière de dire à peu près la même chose : les catholiques qui s’imaginent qu’il suffirait que nous ayons à nouveau un pape non opposé à une relation intransigeante et orthodoxiste à la foi catholique (c’est-à-dire à une relation à la foi catholique potentiellement anti-protestante, anti-libérale, anti-moderniste, et même, à présent, anti-postmoderne), pour que la foi effective des fidèles catholiques d’aujourd’hui se rapproche ou ressemble davantage à la foi officielle de l’Eglise catholique, se trompent assez lourdement.

    En effet, compte tenu des habitudes et des latitudes intellectuelles prises puis gardées dans l’Eglise, encore plus depuis 1979 sous Jean-Paul II que depuis 1929 sous Pie XI, il faudrait vraiment pouvoir commencer par le commencement, c’est-à-dire, en quelque sorte, par la recatholicisation des intelligences, notamment dans toutes les institutions et autres organismes de formation des futurs prêtres.

    Le passé a d’ailleurs montré que de bons papes, tels que Pie XI et Pie XII, ne peuvent grand-chose contre la propagation d’innovations dissolvantes, au sein et autour des lieux de formation des futurs prêtres, comme on l’a fort bien vu, encore plus à partir de 1945 qu’à partir du début des années 1930.

    A partir de là, on est en droit de se poser la question de savoir pourquoi tant de formateurs de futurs prêtres ne veulent pas que les catholiques soient catholiques, d’une manière orthodoxe et réaliste, mais veulent que les catholiques soient (post-)conciliaires, d’une manière adogmatique et consensualiste, ou iréniste et utopiste.

    Voici quelques éléments de réponse :

    – d’une part, bien des clercs ne veulent pas s’exposer au risque de déplaire aux non catholiques, dans les domaines de la foi et des moeurs, alors qu’ils savent très bien que toute recatholicisation des intelligences serait propice à la réapparition d’un controversisme et d’un exclusivisme jugés « rigides » et « sectaires » ;

    – d’autre part, les mêmes clercs considèrent globalement, sans trop le dire aussi crûment, que la foi catholique et la morale chrétienne, dans leur expression la plus ante-conciliaire et anti-conciliaire, sont archaïques, dépassées, obsolètes, périmées, et « ne font pas le poids », face à l’évolution des mentalités.

    C’est avant tout contre ce refus des clercs de s’exposer au risque de déplaire, et contre ce refus, par ces clercs, du catholicisme ante-conciliaire, en tant que prétendu ou soi-disant ringard, qu’il faut réfléchir puis réagir, la question de savoir si le sedeplenisme ou le sedevacantisme est le plus approprié, face à la situation actuelle, étant seconde, ce qui ne signifie absolument pas qu’elle est secondaire.

  2. la vacance, certaine, du savoir théologique le plus orthodoxe et réaliste qui soit, a, historiquement, commencé à précéder de quelques décennies la vacance, possible, du pouvoir ecclésiastique, au sommet de la hiérarchie

    Voici que la disputatio scolastique sur l’œuf et la poule revient sous un angle orignial !

    Mais on pourrait tout aussi bien penser que la vacance au sommet est certaine, puisque c’est l’arbitre et non le joueur qui doit faire respecter le règlement, de sorte que la répétition de sa transgression ouverte est toujours la responsabilité d’abord du premier ; et que du moins une religion ne se renie pas dans le cœur de chaque croyant en un jour : les décennies précédentes ont donc préparé peu ou prou l’abjuration. D’ailleurs on ne fait pas une génération de prélats en moins de quelques décennies.

    Il resterait alors à savoir si l’apostasie fut consciente et délibérée ou due à l’inconsciente et involontaire imprégnation par le monde extérieur, malgré eux, des acteurs de la lente dérive.

  3. Il est possible d’être d’accord avec vous sur au moins un point : conscients du fait que la philosophia perennis et la théologie catholique, plutôt augustinienne ou plutôt thomiste, la plus porteuse d’orthodoxie et la plus rigide ou solide face à l’hétérodoxie, ont donné lieu à un abandon, à un reniement, par des théologiens qui, dès les années 1930, se sont comportés, à leur égard, comme des crypto-apostats, les papes du Concile et de l’après-Concile ne se sont pas du tout comportés comme Pie XII dans les années 1950, probablement par adhésion intellectuelle et morale à cette entreprise de contournement, de deconstruction, de dépassement et/ou de destitution de cette philosophia perennis et de cette théologie catholique, entreprise dont nous subissons les conséquences doctrinales et les répercussions pastorales.

    Mais qu’attendre de papes qui ne veulent presque jamais s’exposer au risque de déplaire, non seulement aux chrétiens non catholiques et aux croyants non chrétiens, mais aussi aux catholiques modernistes, et qui ne veulent presque jamais prendre des décisions autoritaires, ou des mesures disciplinaires, pour remettre de l’ordre, notamment chez les Dominicains et surtout chez les Jésuites, ce qui n’est pas du luxe ?

    C’est d’ailleurs parce que les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont été les complices silencieux, ou les victimes consentantes de cette apostasie, qu’ils n’ont pas particulièrement cherché, d’une part à produire puis à prescrire le Catéchisme catholique comme l’instrument de la recatholicisation de la foi des catholiques, d’autre part à proscrire toute production théologique manifestement hétérodoxe.

    En ce sens, il est possible de considérer qu’un tel refus pontifical, iréniste jusqu’au laxisme, ou qu’une telle réticence pontificale, systémique et tendancieuse, à sanctionner ce qui doit l’être et ceux qui doivent l’être, d’un point de vue catholique ante-conciliaire, s’apparente à une démission extrêmement coupable.

    Et sous cet angle, les papes du Concile et de l’après-Concile ont mis en vacance(s) toute une partie de leurs devoir et de leur pouvoir, dans le domaine de la « sanctuarisation » ou de la « sécurisation » contra-positionnelle de la foi catholique, en matière dogmatique et en matière liturgique, alors que cette sanctuarisation ou sécurisation, dès lors qu’elle est bien comprise, est indispensable à un optimum de solidarité culturelle, doctrinale, pastorale et spirituelle entre les diverses générations de catholiques.

    Ce qui a été mis en vacance(s) n’est absolument pas suffisant, mais est certainement nécessaire, et il suffit de voir où en est, aujourd’hui, la crise de la foi, dans l’Eglise, pour voir à quel point c’est nécessaire.

    1. Il est possible d’être d’accord avec vous sur au moins un point : conscients du fait que la philosophia perennis et la théologie catholique, plutôt augustinienne ou plutôt thomiste, la plus porteuse d’orthodoxie et la plus rigide ou solide face à l’hétérodoxie, ont donné lieu à un abandon, à un reniement, par des théologiens qui, dès les années 1930, se sont comportés, à leur égard, comme des crypto-apostats, les papes du Concile et de l’après-Concile ne se sont pas du tout comportés comme Pie XII dans les années 1950

      Je n’ai rien dit de tel, et ne voit pas comment il me serait possible de le soutenir. Il faudrait que j’ignore tout de l’apostasie rampante dans les séminaires dénoncée dès l’entre-deux-guerres (où les ouvrages les moins orthodoxes avaient droit de cité non moins que les autres), tout de la défense de Maritain par d’étranges clercs promus avant et après la guerre itou, tout de l’abrahamisme de Massignon et de la déclaration de 1938.

      1. C’est précisément cette « apostasie rampante », ou sournoise, que j’évoque ci-dessus, et c’est également la complicité ou la passivité des papes du Concile et de l’après-Concile, au sein de leur enseignement et de leur gouvernement, que j’évoque ci-dessus, pour abonder dans votre sens, quand vous-même écrivez ce qui figure dans le paragraphe central de votre texte en date du 7 mars.

        1. Justement, ce n’est pas ce que je dis, et il m’est difficile de savoir si vous faites de l’humour ou si vous vous décidez froidement de regarder ailleurs.

          J’ai dit que je ne vois pas comment il me serait possible de soutenir le propos que vous me prêtez. L’apostasie rampante dans les séminaires, dénoncée dès l’entre-deux-guerres (où les ouvrages les moins orthodoxes avaient droit de cité non moins que les autres), n’était pas due à des séminaristes qui auraient amené leur bibliothèque portative, ni à des initiatives individuelles ; quand Maritain est défendu par le futur Paul VI, ce n’est pas Montini qui seul est en cause : qui a fait de Montini un possible pape ? et comment ne pas voir la responsabilité qu’implique le choix des cardinaux qui le mettraient sur le siège de Rome ?

          Comment ignorer que la déclaration de 1938 s’enfonce plus profondément que l’abrahamisme de Massignon, que vous dénonciez, dans l’hétérodoxie ou l’hérésie ? Or cela seul serait assez pour détromper ceux qui ne ferment pas les yeux.

          Vous voulez ne soigner que la peau. Mais le mal a rongé jusqu’à la moëlle avant de laisser paraître cette dartre que vous vous efforcez de voir comme seul mal.

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