Regard sur la Création : Le requin



Par Jean-François Froger, Jean-Pierre Durand

Résumé : Le requin nous fait peur, alors qu’il n’attaque l’homme que très rarement : sur 350 espèces, 12 seulement le font régulièrement. Mais cet animal est admirable, quant aux organes de ses huit sens. Muni d’une troisième paupière, la nictitante, il peut voir la nuit en l’escamotant.

L’eau étant incompressible, il entend sa proie à plusieurs kilomètres et commence à la sentir à l’odorat à plusieurs centaines de mètres. Les flasques de Lorenzini, sous le nez, détectent les battements du cœur à distance. Ces processus admirables concernent un animal donné par les évolutionnistes comme le plus « primitif » de nos ancêtres ! Comment donc expliquer qu’il ait des organes des sens plus développés que les animaux « plus évolués » qui viendront après lui ? N’est-ce pas une preuve de plus que la théorie évolutionniste est fausse ?

 Le plus « grand » de tous les poissons est, sans aucune contestation possible, le requin. C’était vrai jadis, car dans les dépôts fossilifères du monde entier, on trouve des restes de requins dont la bouche aurait pu servir de hangar à une petite voiture, comme le requin de Khouribga, au Maroc ; c’est encore vrai aujourd’hui, car le requin-baleine (qui mérite bien son nom) peut mesurer quinze mètres ! Ce requin est d’ailleurs doublement comparable à la baleine puisqu’il ne se nourrit que de plancton, cette bouillie d’animalcules (zooplancton) et de micro-végétaux (phytoplancton) en suspension dans les eaux.

(…) Actuellement, dans cette famille d’environ trois cent cinquante membres, il y a un nain qui ne mesure que quinze centimètres, soit cent fois moins que le requin-baleine. Toute la famille a mauvaise réputation. Trente deux espèces ont attaqué l’homme au moins une fois et douze le font régulièrement.

  • Les plaies provoquées sont très mutilantes car le requin est un « emporte-pièce » dont les mâchoires développent une force spécifique de plus ou moins quatre tonnes au centimètre carré !
  • Une amusante rumeur, souvent reprise par les ouvrages les plus sérieux, veut que cette « poubelle de la mer », cet « éboueur des océans » tire son nom de requiem : quand un homme tombe dans une mer à requins, il ne reste plus qu’à chanter le requiem. Suggestif et inexact !

Requin est un mot que les Vikings nous ont laissé quand, de Nordman, ils sont devenus Normands : harequin. Ha : « le chien », requin : « qui mord ». Dans les ports de la mer du Nord, on part toujours pêcher le « ha » (2). Dans les autres ports, on a gardé plutôt « requin », à la suite de la coupure classique du mot.

  • Les requins sont élasmobranches, c’est-à-dire que leurs branchies sont en plaques : ils n’ont pas les ouïes des autres poissons. L’expiration se fait par les fentes branchiales qu’ils ont de chaque côté de la tête. Ils font partie des chondrichtyens, ce qui signifie que ce sont des poissons dont le squelette est en cartilage et qu’ils n’ont pas l’os des poissons osseux (les ostéichtyens). Ces deux mots, franchement techniques, sont surtout employés pour désigner l’ordre auquel appartiennent les requins et qui englobe les raies et les chimères.

 Dans le vocabulaire relatif au requin, on trouve encore deux autres mots : sélacien, mot d’origine grecque, qui veut simplement dire « requin », et squale , qui a le même sens mais qui est d’origine latine. Ce terme, pourtant, est plus sélectif et subjectif et tend à désigner les requins ou sélaciens qui ont l’air de vouloir faire figurer l’homme à leur menu ! Ne sont pas « squales » les petites roussettes et l’inoffensif requin-baleine.

  • La peau du requin servait jadis de papier de verre pour les ébénistes car elle est recouverte d’odontoïdes, véritables petites dents où il ne manque que la racine. On ne fait rien de mieux pour résister à l’usure et c’est l’idéal pour se glisser subrepticement dans l’eau, en amortissant les ondes, d’où l’envie d’en tapisser les toutes récentes mutations de nos monstres marins (3).
  • Jadis aussi, le foie du requin était un succédané de la morue, dont l’huile de foie faisait grimacer les enfants.

        Aujourd’hui, pour les biochimistes, ce foie est une source inépuisable de matières premières pour fabriquer cosmétiques, lubrifiants, anticoagulants, anticholestérol, etc.
  • Le cerveau du requin est susceptible de mémoriser mais, surtout, il gère au mieux la coordination d’une sensorialité développée au plus haut point : les requins sont les animaux qui ont le plus de sens (huit en tout) et ces sens sont très performants.
  • À plusieurs kilomètres, le requin commence à entendre sa proie : son audition des basses fréquences lui permet, par exemple, de percevoir de très loin un bateau de plaisance jeter l’ancre.
  • À plusieurs centaines de mètres, l’odorat prend le relais. Supérieur à celui du chien, il est sensible à une concentration au un dix milliardième ! On n’a même pas l’idée de ce que cela peut représenter. De plus, le nez du requin est dédoublé et permet à celui-ci de renifler à droite et à gauche, d’où cette nage comparable au trajet d’un chien de chasse en quête de gibier.
  • À deux cents mètres, la ligne latérale entre en action : il s’agit d’un organe des sens propre aux poissons. On peut l’imaginer comme un organe intermédiaire entre l’audition et le toucher, une sorte de « toucher à distance ». Cette ligne latérale perçoit les ondes de l’eau, mécaniquement, celle-ci étant incompressible.
        
  • Un peu dans le même genre d’organe, le requin dispose aussi de cryptes sensorielles, surnommées les « papilles gustatives à distance » et qui sont situées sur le dos.
  • À vingt mètres, la vue intervient et le requin nous aperçoit alors que nous ne soupçonnons même pas sa présence, aussi à l’aise dans l’eau sombre que dans l’eau claire. Comme le chat, il a le tapetum lucidum, ces miroirs escamotables post-rétiniens qui permettent à la cellule photosensible d’être deux fois (aller-retour) sollicitée par l’excitation lumineuse. De l’œil du chat, le requin a aussi la troisième paupière, la nictitante (4).
  • À dix centimètres (pour un petit poisson), le requin fait un véritable électrocardiogramme de sa proie, grâce à des organes uniques dans le monde animal, les flasques de Lorenzini qui, situées sous le nez, peuvent détecter les battements de cœur d’une sole ensablée ! Pour nous, c’est à plus d’un mètre que le requin perçoit les palpitations que déclenche sa vue.

Enfin, pour clore la liste, le requin a un goût et un toucher comme tout le monde. On peut se demander pourquoi ce poisson, considéré par les évolutionnistes comme le plus « primitif » des vertébrés, est pourtant, sensoriellement, le plus perfectionné. C’est exactement, le contraire de la théorie d’une évolution progressive !

(…) Ce magnifique « poisson de proie » ne ferait de nous qu’une bouchée… Pourtant, nous ne sommes pas de la nourriture ordinaire pour lui.

La preuve ? L’énorme majorité des attaques se bornent à une seule morsure, qui succède à une parade « d’avertissement », indécelable pour un nageur ordinaire, mais parfaitement connue des plongeurs — comportement qui a été comparé à celui du chien de garde… Par ailleurs, nous sommes, pour un requin, plutôt indigestes ! Un exemple entre cent : en 1950 en Australie, on a repêché le corps d’un homme qui avait une balle dans la tête et une main en moins. Combien de temps avait-il déjà séjourné dans l’eau ? Huit jours plus tard, on a retrouvé sa main, intacte, dans l’estomac d’un requin !


    L’œil tourné vers les limites de notre Galaxie, on croit peut-être tout connaître de notre planète… et pourtant ! En 1976, on a sorti de l’océan un poisson non inventorié : un requin de sept cent vingt-six kilos, qui laissa les savants incrédules. Un deuxième spécimen fut pêché par la suite, en 1984, et un troisième en 1990… il faut se rendre à l’évidence il existe encore des « grands poissons » inconnus. Celui-ci vient tout juste de recevoir son étiquette : megachasmus (la grande gueule!). Assez grande pour… ?

Avaler, c’est facile, mais qui a bien pu « vomir Jonas sur le rivage », comme le commanda Dieu (Jon 2, 11), après un séjour de trois jours et trois nuits dans le ventre de la bête ? Rendons-nous maintenant dans un petit village du sud du Royaume Uni, village très banal pourtant visité par les touristes.

Pourquoi ? Parce qu’au cœur du cimetière se trouve une tombe où on peut lire l’épitaphe : Ci-gît le véritable Jonas. Renseignements pris, on apprend que l’homme, pêcheur de cachalot tombé à la mer au cours d’une action mouvementée et porté disparu, a été retrouvé le lendemain en travers du gosier du cachalot manqué la veille (les harpons faisant foi), cataleptique, comateux, mais vivant !

Un jour de l’an 1937, en Australie cette fois, un pêcheur de perles plonge directement… dans la gueule d’un « grand blanc » qui lui avale la tête mais recrache le tout, l’homme s’étant débattu. Bilan : deux cents points de suture et une dent du monstre oubliée dans le cou. Le nom du pêcheur ? Jonas, Jonas Asaï. On le voit bien : être avalé, c’est (presque) banal ; survivre, cela peut arriver mais, pour être « vomi » intact, sur le rivage, après avoir séjourné trois jours et trois nuits dans les entrailles d’un « grand poisson », il faut avoir avec Dieu des relations privilégiées ! Comme, par exemple, être prophète (5) !

(1) Extrait du Bestiaire de la Bible, éd. DésIris, F-04 340 Méolans-Revel, 1994, pp. 85-88. J.-P. Durand est Docteur ès Sciences naturelles, et J.-F. Froger anthropologue et exégète.  

(2) Ndlr : En Côtes d’Armor, on l’écrit « haa ».  

(3) On s’en inspire pour la surface des coques sur les sous-marins d’attaque.

(4) Ndlr. La nictitante permet d’atténuer la lumière du jour. On la trouve aussi chez les oiseaux de nuit.  

(5) Ndlr. On relira au besoin les articles sur Jonas dans Le Cep n° 14, 15, 16 (dom Jean de  Monléon) et n° 17 (Ambrose J. Wilson). Lire aussi sur ce thème, de Jean-Marie Mathieu : Le Nom de Gloire,éd. DésIris 1992, pp.230-233. L’auteur y montre comment les quatre temps du périple de Jonas sont structurés par le tétragramme divin, YHWH.

Source : Le Cep n° 38. 1er trimestre 2007

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