Un regard sur le Mal

L’auteur du blog Terre Autochtone (dont nous recommandons la lecture pour tout patriote attaché à ses racines) développe une série de 9 articles autour de la « ponérologie », néologisme signifiant « science du mal ».

A partir de la Bible, on peut démontrer que l’action de Dieu, qui est bonne par définition, consiste à séparer et hiérarchiser les éléments (Ciel/Terre, homme/animal, masculin/féminin etc); à l’inverse le diable mélange toutes les composantes du monde, pour recréer l’état originel du chaos, magma informe et primitif.

L’auteur propose ainsi une critique du monde moderne où avec le concept d’égalité, il n’y a plus de distinctions ni de limites, dans tous les domaines possibles, à commencer entre le Bien et le Mal.

Ponérologie (1 ) : regard sur le Mal

[Notre monde est-il la proie de forces diaboliques qui l’entrainent vers le chaos ?  La question peut se poser aux regards des évolutions entropiques que s’accentuent de jour en jour. Nous tenterons une  réponse dans une série de textes que ce blog regroupera en catégorie « ponérologie »] 

 Avant propos

L’article sur la Statue de la Liberté comme « représentation du Mal » a attiré le commentaire d’un lecteur (Michel M. qui se reconnaîtra) qui dans un courriel dit en substance que le Mal dont il est question est un mal métaphysique et théologique qui n’a rien à faire dans un blog « politique ».

J’accepte évidemment l’argument mais je vais aussi y répondre de manière un peu provocatrice : et si le Mal, au sens métaphysique (Satan), était aussi une réalité « politique » ?  Il me faudra plusieurs articles pour étayer ce point de vue et à cet effet j’ouvre une nouvelle catégorie pour les regrouper, catégorie que je nommerai « ponérologie ».

La ponérologie, ou science du mal (de ponêros- mauvais, méchant, et du suffixe logie – science) n’existe pas, si ce n’est par l’ouvrage d’Andrew M. Lobaczewski ( La ponérologie politique, une étude scientifique de la genèse du Mal, appliquée à des fins politiques) ouvrage développant une approche psychiatrique du totalitarisme qui n’est pas dans notre propos.

Nous pensons qu’il peut effectivement exister une science du Mal, une science qui aurait donc « Satan » comme objet d’étude, à condition de donner au Mal une définition « scientifique » qui permette de l’appréhender objectivement. Or selon nous, non seulement la possibilité d’une telle définition existe mais se trouve corroborée par les lois de la physique comme par les grandes cosmogonies traditionnelles.

Puisque nous sommes dans la provocation, nous déroulerons notre pensée à partir justement d’une de ses cosmogonies, la cosmogonie biblique qui nous est plus familière et accessible (mais nous aurions pu faire le même exercice à partir de la Théogonie d’Hésiode par exemple).

Donc, qu’est-ce que le Mal ?

Au commencement était le chaos… puis vinrent les distinctions et les séparations

     Selon la Genèse, le premier livre de la Bible, Dieu créa le monde en six jours.

     Dès les premières lignes, on nous apprend que la Terre était un « chaos » (Gn 1.2), un « tohoû wâbohoû » selon l’expression hébraïque qui donnera notre « tohu-bohu » évoquant selon le Larousse la « confusion » et le « grand désordre ».

     Le Chaos, la confusion et le grand désordre signent l’absence de Dieu. Comment se manifeste alors sa présence et son empreinte sur le monde ? Un monde mis en forme par le divin doit se situer aux antipodes d’un monde chaotique et désorganisé, bien loin d’un abîme ténébreux où règnent les tumultes informes, les enchevêtrements anarchiques et les cataclysmes cosmiques.

     Les antonymes du mot « chaos » renvoient à  « harmonie » et à  « organisation »… Ceux du mot « confusion » renvoient à  « différentiation », « discrimination »,  « distinction »,  « séparation »…. Ceux du mot « désordre » renvoient à  « ordre », « pureté », « structure »…  Alors, l’empreinte de Dieu se manifesterait-elle dans la structuration harmonieuse du monde ? Dans un ordre organisant le désordre par la seule vertu de la distinction, de la différentiation, de la séparation d’éléments embrouillés causant par leur mélange le fracas et la confusion ?

     La Genèse apporte une réponse positive à ces questions. Voici comme Dieu créa la terre et mit fin au chaos :

  • Séparation du Ciel et de la terre (Gn 1.1) : première séparation.
  • Séparation de la lumière et des ténèbres (Gn 1.4). Il appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit » : seconde séparation.
  • Séparation des eaux en-dessous du ciel (les océans) et des eaux au-dessus du ciel (la pluie) (Gn 1.7) : troisième séparation.
  • Séparation des eaux pour faire apparaître le « sec ». Ce qui est sec il l’appela « terre » et l’amas des eaux, il l’appela « mers » (Gn 1.9-10) : quatrième séparation.
  • Séparation de la terre et des végétaux qui en « sortent » (Gn1.11-13) : cinquième séparation.
  • Séparation du jour et de la nuit grâce au soleil et à la lune (Gn 1.14-18) : sixième séparation.

 La première étape de la Création est ici terminée. Dieu a ordonné la Nature par la séparation des éléments. Il va maintenant pouvoir créer la vie et donner libre cours à de nouvelles distinctions, dans l’ordre du vivant, cette fois-ci :

  • Séparation « selon leur espèce » des animaux qui vivront dans les mers et des oiseaux qui voleront au-dessus de la terre (Gn 1.20-23) : septième séparation.
  • Séparation de la terre et des animaux terrestres qui en « sortent » « selon leur espèce » (Gn 24-25) : huitième séparation.
  • Création de l’homme à partir de poussière tirée du sol (Gn 2.7), un sol dont il a été « pris » (Gn 3,19) : neuvième séparation
  • Création de la femme à partir d’une côté séparée de l’homme (Gn 2.18-22) : dixième séparation.

Selon la Genèse, la création du vivant est une « armée » (Gn 2.1), manière de signifier que le vivant s’organise de manière hiérarchique et compartimenté : chaque être doit se reproduire « selon  son espèce », sans mélange donc, et si l’herbe verte appartient aux animaux, il revient à l’homme de soumettre la terre  (Gn 1. 26-31) .

     Ainsi, à partir d’un magma informe, Dieu distingue des éléments fondamentaux qui auparavant s’interpénétraient dans un mélange que l’on qualifierait volontiers de « contre nature ». Il les sépare, les extrait, les fait sortir ou les tire de cette bouillie informe et tumultueuse pour leur donner une place à part, une existence reconnue : ainsi du Ciel, de la Terre, de la lumière, des ténèbres, des eaux, des terres, des herbes, des arbres, du soleil, de la lune, du jour, de la nuit, des animaux, de l’homme, de la femme. Il leur attribue aussi un domaine, un territoire délimité : aux arbres et aux bêtes la terre, aux poissons la mer, aux oiseaux le ciel, au soleil le jour, à la lune la nuit. A l’Homme le monde.

     Pas question de franchir les limites. Dès les premières lignes se dessine une loi divine qu’il sera dangereux de transgresser à l’avenir : il ne faut pas mélanger ce que Dieu a distingué. Les arbres doivent donner des semences « selon leur espèce », les animaux se reproduire « selon leur espèce », les êtres vivants se multiplier « selon leur espèce ». Chaque être vivant (bestiaux, reptiles, bêtes sauvages…), est créé « selon son espèce ». En l’espace de quelques 15 versets, de Gn 1.11 à Gn 1.25, l’expression « selon son espèce » (ou « selon leur espèce ») apparaît pas moins de 10 fois. C’est que les espèces ne doivent pas mélanger leur semence. La séparation originelle doit être maintenue, la reproduction rester dans son milieu pour ne pas bouleverser l’ordre divin. Il n’est pas question ici que puisse apparaître ces monstres mythologiques, assurément fruit de croisements diaboliques : Griffons à la fois aigle, lion et serpent ; Pégases à la fois oiseau et cheval, ou pourquoi pas Minotaures ayant le corps d’un homme et une tête de taureau ?

Dieu crée des séparations, des frontières infranchissables (l’eau, l’air, la terre, le ciel…), des hiérarchies… Et il juge cela « bon » : « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1.9 par exemple) ! Autrement dit, d’un point de vue biblique (mais cela est conforme à toutes les cosmogonies), la mise en ordre du chaos par la distinction et la séparation participe du « Bien ». Dans un autre texte nous verrons que Dieu distingue et sépare les lignées et les peuples et que cela participe encore de la conjuration du chaos et de l’ordonnancement du monde. Mais il nous faut auparavant parler de Satan…

Source : http://www.autochtonisme.com/

Catholiques de France

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2 thoughts on “Un regard sur le Mal

  1. Cette série d’articles est très intéressante, et propose un regard original sur quelques grandes questions.
    Malheureusement, il y a quelques erreurs, et même hérésies, qu’on ne peut reprocher totalement à l’auteur car il ne semble pas catholique (?). En voici quelques-unes qui me semblent être bon de relever :

    • Ponérologie 3
    -Nephilim, « race appartenant au monde divin, ne vivant pas habituellement sur la Terre […] messagers et anges à la fois, ayant parfois forme humaine », se reproduisant avec les femmes humaines, leur union donne naissance à des surhommes, les héros des temps antiques…
    => Une catégorie de créatures que les chrétiens n’auraient pas découvert ?…

    • Ponérologie 4
    -« « Pourquoi Dieu, s’il est bon et tout puissant, permet-il le mal et la souffrance ? ». Les Pères de l’Eglise, pas plus que les internautes, n’ont trouvé de réponse satisfaisante à cette question. Je veux dire qu’aucun d’entre eux n’est parvenu à totalement innocenter Dieu. On oscille entre les réponses hypocrites (le mal réel c’est douter de la bonté de Dieu), aux réponses fuyantes (les voies de Dieu sont impénétrables à la Raison) »
    => Les Pères de l’Église n’auraient donc pas pu « innocenter » Dieu du mal et de la souffrance ? Comme si l’Incarnation n’était pas un moyen « admirable » pour guérir les maux…
    -« Les Chrétiens, pas tous et pas toujours, n’ont absolument pas compris que la bonté au sens où on l’entend habituellement (qualité de celui qui aime faire le bien, est généreux, charitable, procure aux autres de l’agrément et de la joie…) n’est pas un attribut de Dieu »
    => Si, justement, notre Dieu dont il est dit qu’il est « terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant » et aussi la bonté même, le Sacré-Cœur penché sur la misère de l’homme…

    • Ponérologie 7
    -« Cette discrimination affirmée (il faut aimer son prochain comme soi-même …mais pas l’étranger, surtout s’il est cananéen) sera systématiquement refoulée par la tradition chrétienne qui pourtant n’ignore pas son existence »
    => elle ne l’ignore pas, mais Jésus-Christ est venu accomplir la loi, mais non pas l’abolir
    -« L’Eglise s’en souviendra au cours des siècles et tuera, brûlera, torturera des lointains pour leur bien, par amour, tout en se pensant fidèle à la doctrine du Christ et aux anciennes écritures que celui-ci prétend accomplir. »
    => Il analyse à partir de la Bible, et non de la Tradition… d’une vision tronquée de l’Histoire, avec des lunettes bien humaines
    => qui plus est avec des Bibles modernistes, ou bien le Talmud…

    • Ponérologie 9
    -« L’exemple du livre est à cet égard significatif. […] En fait le lièvre ne rumine pas »
    => L’auteur a été repris par un lecteur sur ce point, et accueille la remarque, mais on peut constater par là qu’il n’a pas la conscience de l’inérrance des Saintes Écritures, n’ayant pas le regard de la foi, il ne peut pas bien juger de la portée de l’Ancien Testament, conseillons-lui justement le livre de Dominique Tassot « La revanche du lièvre » ou bien celui plus récent de l’abbé Rioult :
    https://csrb.fr/products/la-clef-des-ecritures

    1. Quant au scientifique Dominique Tassot, je trouve dommage que le littéralisme marque tant sa lecture de la Bible ; du moins doit-on dire que, quoi que l’on pense de l’évolutionnisme de Darwin, contte lequel il se faot un devoir de ferrailler, il ne contredit en rien une lecture catholique de la Bible.

      On pourrait en dire à peu près autant de l’excellent abbé Rioult, homme d’une grande droiture et d’un grand courage, mais qui a justement commis ce livre où, reprochant aux gnostiques et au sionistes leur interprétation charnelle des Écritures, s’adonne à ce même penchant pour critiquer La Bible dévoilée (I. Finkelstein et N. A. Silberman). Or les conclusions archéologiques qu’en rejette l’abbé Rioult sont, pour maintes d’entre elles, bien étayées comme il devrait le savoir, s’il avait lu et compris toutes les lignes de la brève critique du bénédictin et théologien Pierre-Maurice Bogaert https://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_2003_num_34_1_3272 qu’il cita contre elles. En prétendant que le contenu de cet ouvrage serait incompatible avec la foi catholique, l’abbé fait justement cette lecture charnelle qu’il dénonce (en plus de contredire l’enseignement catholique qui reconnaît la possibilité d’une lecture allégorique de récits supposés historiques de l’Ancien Testament).

      On rappellera, avec saint Augustin, que ceux qui tirent des conclusions personnelles de la Bible nuisent à la foi catholique en les présentant ainsi comme des enseignements de l’Église.

      Mais il me semble incontestable que répondre aux faux opposés gnostiques et sionistes est une œuvre nécessaire et louable.

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