Anniversaire de la mort du Pape Pie XII

Publié par Clément LECUYER

Le 9 octobre 2020, devrait être un jour de deuil pour nous, catholiques. En effet, c’est l’anniversaire de la mort du dernier véritable Pape : Pie XII, qui s’est éteint un 9 octobre 1958. Cela fait donc depuis 62 ans que l’Eglise se trouve orpheline de Chef, avec toutes les désastreuses conséquences en découlant. Voici, dans les lignes qui vont suivre, un commentaire de Mgr Sanborn, recteur du séminaire américain de la Très-Sainte-Trinité, écrit en 2018 :

… Cela signifie que le modernisme règne depuis maintenant soixante ans, et nous avons vu avec horreur la désintégration de tout ce qui rendait notre foi merveilleuse : la doctrine catholique, de bons et saints prêtres, une abondance de frères et de sœurs dévots et zélés, des écoles catholiques, des séminaires catholiques remplis de saints séminaristes aspirant à la prêtrise, la Messe traditionnelle en latin, les sacrements traditionnels, la Ligue pour la vertu1, les habits religieux, les prêtres en soutane et col romain, de magnifiques églises, des cérémonies élaborées, le chant grégorien et autres belles musiques d’église, la discipline, l’orthodoxie, la modestie dans les habits, les bonnes mœurs. Je pourrais encore allonger la liste. Ce que je viens de décrire, c’est le monde de mon enfance, que je considérais alors comme normal, mais que j’aimais et chérissais.

 C’était le monde catholique tel que le laissa le pape Pie XII. C’était un édifice splendide et magnifique à tous les égards.

 J’étais trop jeune pour m’apercevoir des changements que Jean XXIII avait opéré. Je me rappelle avoir assisté aux cérémonies de la semaine sainte qui avaient été modifiées en 1955 sous la direction de l’auteur de la nouvelle messe, le moderniste et franc-maçon Annibale Bugnini. Je n’avais jamais vu les cérémonies traditionnelles qui, d’après le pape Benoit XIV (1740-1758), sont très anciennes. Cependant, j’étais toujours un peu troublé par ces cérémonies de la semaine sainte, car elles semblaient différer du reste de la liturgie. C’est seulement des années après que je découvris que ces cérémonies, forgées par le franc-maçon en question, étaient « un pont » (ce sont ses mots) vers la réforme ultime de la liturgie qui eut lieu dans les années 1960 et qui atteignit son sommet avec l’horrible nouvelle messe en 1969.

 C’est pour cette raison, en voyant plus tard ces réformes avec du recul, que nous reprîmes les rites traditionnels de la semaine sainte. Comme dirait l’abbé Cekada : « Si vous ne voulez pas passer de l’autre côté (c’est-à-dire vers la nouvelle messe), alors pourquoi prendre le pont ? »

 Je me rappelle par contre le premier dimanche de l’avent 1964, jour où les premiers changements de Vatican II apparurent dans la Messe. Bien que ceux-ci n’étaient rien en comparaison de ce que nous voyons aujourd’hui, j’y sentis cependant l’odeur du modernisme. Je me rappelle rentrer à la maison après la Messe ce jour-là en me disant à moi-même : « Il y a quelque chose de protestant dans la Messe. » C’est vers cette époque que je déclarai une guerre personnelle aux réformes de Vatican II.

 Pendant l’année suivante, j’essayai, comme tout le monde, de voir Vatican II avec une lumière positive et d’y comprendre quelque chose. Il y en a encore beaucoup qui essayent toujours. Quand j’étais au séminaire moderniste, je compris ce qu’était Vatican II. Je vis sa nature profondément radicale et corrompue. Je vis que ce n’était pas seulement une question de changement accidentel des manières de faire dans l’Église, mais une véritable révolution doctrinale, morale, spirituelle et liturgique. Je la combattis autant que je le pus.

 Même en entrant à Ecône en 1971, cependant, je continuais à croire que d’une façon ou d’une autre Paul VI n’étais pas d’accord avec tous ces maux dans l’Église, et que c’étaient les « mauvais évêques » qui faisaient tout ce mal.

 Ce qui m’ouvrit les yeux quant à la vraie nature de Paul VI fut la lecture d’un essai par l’abbé de Nantes, prêtre français, connu sous le nom de Liber Accusationis in Paulum Sextum (Le Livre d’accusation contre Paul VI). Ce prêtre, dans un travail soigneusement documenté, analysait le passé et l’enseignement de Paul VI et démontrait sans aucun doute que l’homme était un moderniste de premier ordre. Je devins alors « sédévacantiste ». C’était en 1973.

  L’Église depuis le 9 octobre 1958. Les modernistes ont dynamité le monde idyllique du catholicisme romain que j’ai décrit ci-dessus. Avec un orgueil consommé, ils ont décidé que le catholicisme ne pourrait pas survivre au monde moderne sans se transformer pour s’y adapter. Tel est le principe fondamental du modernisme et de toutes les hérésies qui en découlent.

Le « système d’exploitation » – pour emprunter un mot au langage informatique – du monde moderne est le subjectivisme, c’est-à-dire, la négation de la possibilité même d’une vérité objective. Rien n’ai vrai, à moins que ce ne soit vrai pour vous, c’est-à-dire, à moins que ce ne soit conforme à vos expériences personnelles.

 Appliqué au dogme et à la morale, l’effet en est absolument fatal. Conformer l’Église catholique au mode de pensée subjectif, c’est lui injecter un poison mortel dans les veines. Ainsi ce que nous avons vu depuis 1958 est la mort graduelle du catholicisme. L’orthodoxie, qui est l’assentiment de foi donné à la doctrine catholique, est morte. Être catholique aujourd’hui signifie simplement que vous êtes sur les registres de l’église catholique locale. Vous pouvez croire ce que vous voulez et rendre votre hérésie publique, personne ne vous blâmera. Pensez un instant à l’université de Georgetown qui est supposée être catholique, ou celle de Loyola à Chicago. Ce sont là simplement de petits exemples de ce qui existe partout dans ce monde autrefois catholique.

 Ce qui définit le catholicisme, c’est l’orthodoxie. Les institutions de l’Église catholique, sa hiérarchie, ses lois, ses édifices, ses écoles, ses universités reposent sur un seul fondement qui est l’orthodoxie catholique. Si ces institutions perdent leur orthodoxie, elles perdent leur raison d’être, devenant des institutions inutiles, catholiques de nom seulement, et elles accomplissent le travail du diable.

 Le catholicisme continue d’exister en ceux qui professent encore la foi catholique, qu’ils soient encore dans le Novus Ordo ou non. Ce qu’il faut c’est un schisme, c’est-à-dire que les catholiques doivent se séparer des hérétiques modernistes. Ils vivent présentement dans la même maison et doivent se séparer.

 Les bons côtés du règne de Pie XII. Pie XII était un homme d’une orthodoxie catholique absolue et avait compris son rôle de protecteur de cette caractéristique essentielle et sacrée de l’Église catholique.

 C’était un homme qui avait compris la dignité très élevée de la papauté et qui se comportait en conséquence. Jamais la papauté ne fut plus respectée que sous Pie XII. C’était une image de la dignité ecclésiastique.

 Il promulgua un bon nombre de documents qui exprimaient clairement l’enseignement de l’Église sur de nombreux sujets. Parmi eux : Mystici Corporis, expliquant le Corps Mystique du Christ (1943) ; Mediator Dei, qui donnait les principes de la sainte liturgie de l’Église et mettait en garde contre quelques tendances modernistes (1948) ; Humani Generis, qui condamna en général la nouvelle théologie et mettait en garde contre des erreurs modernes et des tendances de l’époque (1950).

 En 1950 également, il proclama solennellement la doctrine de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. En 1954, il proclama l’Année Mariale, au cours de laquelle il établit la fête de Marie-Reine.

 Le pape Pie XII était sévère contre le communisme, excommuniant ceux qui appartenaient au parti. Il édifia aussi les fidèles dans de nombreux messages radio, utilisant autant que possible les médias de son temps pour répandre l’évangile.

 En bref, les bons côtés de son règne furent de présider une Église en bonne santé générale, et, par sa piété, sa science et sa dignité, de gagner l’admiration de beaucoup, catholiques et non catholiques.

  Les mauvais côtés du règne de Pie XII. En 1930, quand le pape Pie XI cherchait un nouveau secrétaire pour remplacer le cardinal Gasparri, un certain cardinal Cerretti, potentiel candidat pour ce poste, décrivit le cardinal Pacelli (Pie XII) comme « indécis et mou ». Je pense que c’était là une observation exacte de son caractère, et cela fut un défaut tragique pour lui et pour toute l’Église catholique.

 En d’autres termes, bien que le cardinal Pacelli avait des intentions excellentes et une orthodoxie impeccable, il lui était difficile de faire aboutir ces merveilleuses qualités à des actions concrètes.

 En lisant à son sujet, j’ai aussi remarqué qu’il avait un respect exagéré, et même une sorte de vénération, pour l’érudition et les sciences physiques. Bien que ces choses doivent certainement être prises au sérieux, nous devons y faire attention en ces temps modernes à causes des préjugés extrêmement anticatholiques de nombreux savants et scientifiques. Il développa probablement cette admiration excessive pour l’érudition et la science à l’université de la Sapienza, à Rome, une des plus glorieuses institutions de la Rome papale, prise et contrôlée par le gouvernement italien maçonnique et athée à partir de 1870. En tout cas, le fait qu’il se laissait facilement impressionné par l’érudition et la science fit de lui une proie des « savants » et ‘scientifiques » modernistes qui rôdaient dans l’Église.

 La dernière chose dont l’Église avait besoin en 1939, l’année de l’élection du Cardinal Pacelli à la papauté, c’était un pape faible et indécis, naïf en ce qui regardait les complots des modernistes. Pendant le règne de saint Pie X (1903-1914), les modernistes se contentèrent simplement de se submerger, pour réapparaître plus tard pendant le règne de Benoît XV (1914-1922) et de Pie XI (1922-1939). Ils utilisèrent alors un instrument entièrement nouveau pour répandre leur hérésie perverse : la sainte liturgie. Ils détournèrent le mouvement liturgique, solidement catholique, lancé par Dom Guéranger et d’autres au dix-neuvième siècle. Ils voulaient en faire un véhicule de l’œcuménisme, qui est un pur produit du modernisme. Proéminents dans ce mouvement liturgique moderniste furent : Pius Parsch, Dom Beauduin, Gérard Ellard, Annibale Bugnini, et beaucoup d’autres de moindre importance, auteurs de livres et pamphlets faisant avancer le même agenda.

 Les modernistes firent aussi de nouveau surface dans le domaine de l’Écriture Sainte. Le cardinal Béa, confesseur de Pie XII, était proéminent parmi eux. Il y en eut beaucoup d’autres. Le modernisme biblique pris de l’essor sous le règne de Pie XII.

 Enfin, il y avait la Nouvelle Théologie, une renaissance dogmatique du modernisme. Tout comme les vieux modernistes, ils [les « nouveaux théologiens »] détestaient saint Thomas et avec lui la théologie et la philosophie traditionnelles, et ils adaptèrent la théologie catholique aux systèmes de philosophie modernes. Il en résulta de sérieuses erreurs et même des hérésies. Proéminents parmi ces néo-modernistes étaient Karl Rahner, Joseph Ratzinger (plus tard Benoît XVI), Hans Hurs von Balthazar, Edward Schillebeeckx, Yves Congar, Bernard Häring, Hans Küng, Henri de Lubac, Pierre Teilhard de Chardin, et bien d’autres. Ces théologiens circulaient et écrivaient librement sous le règne de Pie XII, et bien que certains reçurent des monitions officielles du Saint Office, ils parvinrent à survivre sans trop de difficulté pendant son pontificat.2 Sous saint Pie X, ils auraient été excommuniés et réduits à l’état laïc.

 Ce dont l’Église avait besoin en 1939, après trois décennies de modernisme en plein essor, c’était un autre saint Pie X, quelqu’un qui aurait réprimé l’hérésie avec sévérité.

 Toutes ces choses ayant été dites, penchons-nous maintenant sur les mauvais aspects du règne de Pie XII :

  • La nomination d’évêques abominables. Les principaux évêques modernistes à Vatican II avaient été nommés par Pie XII : Köning, Döpfner, Suenens, Lercaro, Montini (futur Paul VI), Wotjyla (futur Jean-Paul II), Cushing, Alfrink, Frings. Ce furent de grandes figures au Concile. Combien d’autres évêques modernistes furent nommés dont les noms nous échappent ? Il faut aussi remarquer que Pie XII éleva au cardinalat un moderniste connu comme tel, Angelo Roncalli, et le fit patriarche de Venise, lui donnant ainsi une possibilité directe de devenir pape. Il fit aussi de Montini, un autre moderniste reconnu, l’archevêque de Milan, et donc papabile.3
  • Dommage fait à la liturgie. En 1948, le pape Pie XII établit la Commission pour la Réforme Liturgique et nomma comme secrétaire, directement en charge de cette Comission, nul autre qu’Annibale Bugnini. Il était à l’époque un moderniste connu en liturgie. En peu de temps, ce franc-maçon produisit la réforme des rites de la semaine sainte, promulguée en 1955 par Pie XII. Elle contenait de nombreux éléments qui seront plus tard incorporés dans la nouvelle messe, également mise au point par le même Bugnini, avec l’aide de six ministres protestants. D’autres changements concernant la messe, le calendrier liturgique et le bréviaire furent réalisés en 1955, 1957 et 1958. Tous ces changements allaient dans la direction de l’utlime réforme liturgique de Paul VI.
  • L’essor du modernisme dans les séminaires romains. Les séminaires romains étaient la pépinière des futurs évêques et ces séminaires furent infectés sous le nez même de Pie XII, par du modernisme de toute sorte. Bien qu’il ne fut pas moderniste lui-même, le pape Pie XII fut cependant faible et négligent par rapport à la répression du modernisme et contribua ainsi beaucoup à la ruine présente dont nous sommes témoins.

 En résumé, le règne de Pie XII continuait avec la force vive de l’orthodoxie et la vigueur conférées par les papes précédents. En ouvrant la porte aux modernistes dans l’épiscopat, la Curie et les séminaires, il leur laissa la main libre pour détruire le catholicisme au concile Vatican II.

 Sous saint Pie X, les rats modernistes s’immergèrent dans l’eau de cale du navire catholique. Après sa mort, ils se frayèrent graduellement un chemin jusqu’aux ponts inférieurs de ce même navire, jusqu’à se précipiter finalement sur le pont supérieur sous Pie XII. Il fut peu efficace pour arrêter le mouvement, mais au contraire le favorisa beaucoup par mollesse, faiblesse et négligence. Après sa mort, avec l’accession de Jean XXIII, les rats modernistes arrivèrent désormais aux commandes : au gouvernail et à la roue. On connaît la suite.

 Le plus grand acte du pape Pie XII. Bien qu’il y ait de nombreux points négatifs dans le règne de Pie XII, il entreprit cependant quelque chose de très courageux en 1954 : la canonisation de saint Pie X. Ce grand pape était perçu par les modernistes comme un oppresseur sévère. Plusieurs des modernistes qui avaient « souffert » sous saint Pie X étaient encore en vie, tel Roncalli. Ils vinrent l’un après l’autre à la congrégation responsable de la canonisation, se plaindre des « horreurs » du règne du pape Pie X. Mais Pie XII les ignora, dispensa la règle des cinquante ans pour les canonisations, et éleva courageusement le grand antimoderniste à l’honneur des autels. Cela revenait à dire : « Je ne suis pas assez fort pour arrêter le modernisme, mais vous avez maintenant un saint qui l’a fait. » Il approuva ainsi toute la campagne antimoderniste de saint Pie X, pour laquelle son pontificat a une telle renommée.

 Il ne faut pas s’étonner que, lorsque questionné par un journaliste français athée à propos de saint Pie X, Jean XXIII ait répondu : « Il n’est pas saint ! »

 > Source : [pdf] MGR SANBORN – MHTS NEWSLETTER OCTOBRE 2018

1 La Ligue pour la vertu (en anglais, National Legion of Decency) est un groupe de pression créé en 1933 par les représentants de l’Église catholique romaine aux États-Unis. Le but était de purifier les productions cinématographiques qui semblaient exercer une mauvaise influence sur la population en général et les enfants en particulier. Soutenue par le pape Pie XI, qui encourageait même d’autres pays à se doter de leur propre Ligue, la Ligue pour la vertu constituait un des groupes de pression les plus forts de l’époque. En 1934, entre 7 et 9 millions de personnes (catholiques pour la plupart, mais aussi protestants et juifs) avaient prêté serment de condamner et boycotter tout film offensant la morale chrétienne. La Ligue avait son propre système de classification de films, qui concernait autant les films produits aux États-Unis que les productions étrangères importées… (Wikipédia) [NDT]

2 Exception faite pour les plus virulents d’entre eux. Ainsi Congar fut interdit d’enseignement. Idem pour de Lubac et plusieurs autres. Mais ils ne furent pas obligés de se rétracter ni jamais entièrement réduits au silence. [NDT]

3 C’est-à-dire, éligible à la papauté, et ayant une chance sérieuse d’être élu Pape. [NDT]

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