« Nous sommes tous égaux. Il faut respecter tout le monde. Et le Seigneur est bon. Il sauvera tout le monde. Ça il ne faut pas le dire trop fort. Le seigneur veut sauver tout le monde. »
Jorge Mario Bergoglio, 17 septembre 2021
Dans l’espoir d’ouvrir les yeux des conciliaires et des lefebvristes quant à la non-catholicité de la secte moderniste, j’ai dressé la liste de ce que je crois être ses hérésies les plus explicites.
Il me semble qu’il suffit d’avoir un minimum de formation catholique pour être convaincu de l’hétérodoxie absolue de l’enseignement « infaillible » de la secte conciliaire que je retiens ici.
1. Catholiques et Musulmans adorent le même Dieu (Vatican II, Lumen Gentium, 16) :
« les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique ».
Le catéchisme du Concile de Trente enseigne infailliblement qu’en se convertissant, l’infidèle se convertit à la « connaissance du vrai Dieu » (Quatrième partie, Chapitre 41, section 4) :
« Voyons maintenant à quoi tend particulièrement cette demande.
Premièrement nous demandons à Dieu que le Royaume de Jésus-Christ, qui est l’Église, s’étende au loin ; que les infidèles et les Juifs se convertissent à la Foi chrétienne et à la connaissance du vrai Dieu ; que les schismatiques et les hérétiques rentrent en eux-mêmes et reviennent à la Communion de l’Église dont ils se sont séparés, afin que soit accomplie et réalisée cette parole du Seigneur dans le Prophète Isaïe. »
Si les Infidèles, parmi lesquelles l’Église classe les musulmans, doivent se convertir à la « connaissance du vrai Dieu », c’est, par définition, parce que le « dieu » qu’ils « connaissent » à travers leur religion en est un faux.
2. Les sectes hérétiques et schismatiques sont des moyens de salut (donc hors de l’Église, il y a un salut) (Vatican II, Unitatis Redintegratio, 3) :
« En conséquence, ces Églises et communautés séparées [sectes hérétiques et schismatiques], bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. »
Hors de l’Église, il n’y a point de salut, encore moins dans les sectes (Concile de Florence, Cantate Domino, bulle, 4 février 1442) :
« Elle [L’Église] croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens mais encore juifs ou hérétiques, schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront dans “ le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges ” (Saint Matthieu 25,41), à moins qu’à la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés. »
3. On peut vivre en état de grâce tout en étant adultère (Bergoglio, Amoris Laetitia, 299, 301) :
« Non seulement ils [divorcés civilement remariés, entendre concubins] ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église[Pour rappel, un membre vivant de l’Église est un catholique en état de grâce]. »
« Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘ irrégulière ’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. »
La fornication, même déclinée dans le cadre d’un concubinage stable, a toujours été considérée par l’Église comme un péché mortel. Ce péché mortel ne saurait être que véniel au motif que les concernés n’auraient pas conscience de leur état, car leur péché est contraire à la loi naturelle, qui est gravée dans le cœur de chacun (Léon XIII Libertas Praestantissimum) :
« Il suit donc de là que la loi naturelle n’est autre chose que la loi éternelle, gravée chez les êtres doués de raison et les inclinant vers l’acte et la fin qui leur conviennent, et celle-ci n’est elle-même que la raison éternelle du Dieu créateur et modérateur du monde. »
4. L’adhésion ferme à une fausse religion est un effet du Saint-Esprit (Wojtyla-Jean-Paul II, Redemptor Hominis, 6) :
« N’arrive-t-il pas parfois que la fermeté de la croyance des membres des religions non chrétiennes – effet elle aussi de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique – devrait faire honte aux chrétiens, si souvent portés à douter des vérités révélées par Dieu et annoncées par l’Église, si enclins à laisser se relâcher les principes de la morale et à ouvrir les portes à une morale permissive ? »
Hors de l’Église il n’y a point de salut. Dès lors, par définition, l’Esprit saint ne peut maintenir une personne hors de l’Église – ce qui est synonyme de damnation – par « la fermeté de la croyance ».
5. La peine de mort est contraire à l’Évangile (« code de droit canon », article 2267)
« C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que “ la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ” et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. »
L’Église catholique a toujours approuvé infailliblement la peine de mort (Catéchisme du concile de Trente, Partie 3, chapitre 33, section 1) :
« Il est une autre espèce de meurtre qui est également permise, ce sont les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents. Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu qui le défend. Le but de cette Loi est en effet de veiller à la conservation de la vie des hommes, par conséquent les châtiments infligés par les magistrats, qui sont les vengeurs légitimes du crime, ne tendent qu’à mettre notre vie en sûreté, en réprimant l’audace et l’injustice par les supplices. C’est ce qui faisait dire à David : “ Dès le matin je songeais à exterminer tous les coupables, pour retrancher de la cité de Dieu les artisans d’iniquité. ” [1]».
6. Il y a des saints en dehors de l’Église catholique (Wojtyla-Jean-Paul II, Ut unim sit, 84) :
« Si, pour toutes les Communautés chrétiennes[Wojtyla-Jean-Paul II parle ici des schismatiques orientaux], les martyrs sont la preuve de la puissance de la grâce, ils ne sont toutefois pas les seuls à témoigner de cette puissance. Bien que de manière invisible, la communion encore imparfaite de nos communautésest en vérité solidement soudée par la pleine communion des saints, c’est-à-dire de ceux qui, au terme d’une existence fidèle à la grâce, sont dans la communion du Christ glorieux. Ces saints proviennent de toutes les Églises et Communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l’entrée dans la communion du salut. »
Il est de foi que les schismatiques et les hérétiques – ce que sont les mal nommés « orthodoxes » – sont en dehors de la communion des saints (Saint Pie X, Catéchisme de la doctrine chrétienne, 124) :
« Celui-là est hors de la communion des saints qui est hors de l’Église, tels les damnés, les infidèles, les Juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. »
Il va de soi que les moyens de la sainteté ne se trouve que dans l’Église (Saint Pie X, Catéchisme de la doctrine chrétienne, 124) :
« Les moyens de sainteté et de salut sont communs à tous les hommes appartenant à l’Église, c’est-à-dire aux fidèles qui, dans les écrits apostoliques, sont appelés saints ; leur communion ou participation à ces moyens est, dès lors, une communion des saints à des choses saintes. »
7. Dieu agit à travers les fausses religions, l’Église valorise cette action (Bergoglio, Fratelli Tutti, 277)
« L’Église valorise l’action de Dieu dans les autres religions. »
Par définition, Dieu n’agit pas à travers les faux cultes et les faux dieux. L’Église ne valorise aucune autre religion que le catholicisme, car les fausses religions damnent (Léon XII, Ubi Primum, lettre encyclique, 5 mai 1824) :
« Il est impossible au Dieu véritable — la Vérité même, le meilleur, le plus sage Dispensateur, et le Rémunérateur des hommes bons — d’approuver toutes les sectes qui professent de faux enseignements souvent incompatibles et contradictoires entre eux, et de conférer à leurs membres des récompenses éternelles… par foi divine nous tenons un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême… C’est pourquoi nous professons qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Église. »
8. Église catholique et Église du Christ (Corps mystique du Christ) sont deux entités différentes (Vatican II, Lumen Gentium, 8)
« Cette Église[du Christ, entendre, Corps mystique du Christ] comme société constituée et organisée en ce monde, c’estdans l’Église catholique qu’elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère, éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l’Église du Christ, portent par eux-mêmes à l’unité catholique. »
L’Église a toujours enseigné qu’elle est le Corps mystique du Christ, et non que le Cors mystique du Christ « subsiste » en elle (Saint Pie X, Il Fermo Proposito, lettre encyclique, 11 juin 1905) :
« L’Écriture nous enseigne, et la tradition des Pères nous le confirme, que l’Église est le corps mystique du Christ, corps régi par des pasteurs et des docteurs (Ephes., IV, 11), société d’hommes, dès lors, au sein de laquelle des chefs se trouvent qui ont de pleins et parfaits pouvoirs pour gouverner, pour enseigner et pour juger (Saint Matthieu, 28, 18-20 ; 16, 18-19 ; 18, 17 ; Tite II, 15 ; II Cor. X, 6 ; XIII, 10, etc.). »
Pie XII le rappellera dans Mystici Corporis Christi.
9. Le Christ est l’aspiration et l’aboutissement des fausses religions (Wojtyla-Jean-Paul II, Tertio Millennio adveniente, 6) :
« De cette façon,le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif. »
Le Christ ne peut être l’aboutissement des fausses religions, puisque l’aboutissement des fausses religions est la damnation (Ubi Primum, Cantate Domino…)
10. Les apostats font partie de la communion des saints (audience générale, 2 février 2022) :
« Pensons-y, chers frères et sœurs : dans le Christ, personne ne peut jamais vraiment nous séparer de ceux que nous aimons parce que le lien est un lien existentiel, un lien fort qui est dans notre nature même ; seule la manière d’être ensemble avec chacun d’entre nous change, mais rien ni personne ne peut briser ce lien. “ Père, pensons à ceux qui ont renié la foi, qui sont apostats, qui sont les persécuteurs de l’Église, qui ont renié leur baptême : ceux-là aussi sont-ils à la maison ? ”. Oui, ceux-là aussi. Tous. Les blasphémateurs, tous autant qu’ils sont. Nous sommes frères. C’est la communion des saints. La communion des saints maintient ensemble la communauté des croyants sur la terre et dans le Ciel. Et sur la terre, les saints, les pécheurs, tout le monde. »
L’Église enseigne sans la moindre ambigüité possible que les apostats sont en dehors de la communion des saints (Saint Pie X, Catéchisme de la doctrine chrétienne, 124) :
« Celui-là est hors de la communion des saints qui est hors de l’Église, tels les damnés, les infidèles, les Juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques et les excommuniés. »
Pie XII enseigne que les apostats sont en dehors de l’Église. Puisqu’un non catholique est étranger à la communion des saints, les apostats sont également étrangers à la communion des saints (Mystici Corporis Christi) :
« Car toute faute, même un péché grave, n’a pas de soi pour résultat – comme le schisme, l’hérésie ou l’apostasie – de séparer l’homme du Corps de l’Église. »
AuteurAdrien Abauzit
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Le modernisme dont il est question ici constitue une gigantesque entreprise de décatholicisation ou, en tout cas, de détridentinisation du regard et du discours des clercs et des laïcs sur les confessions chrétiennes non catholiques, sur les religions non chrétiennes, ainsi que sur l’homme et le monde contemporains, mais aussi sur la foi catholique, sur la liturgie de l’Eglise, voire sur la morale chrétienne.
Dans un premier temps, à partir des années 1930, il a été question, pour certains inspirateurs de ce courant, de donner à croire que ce changement de regard et de discours était, pour ainsi dire, anti-tridentin sans être anti-traditionnel, puisqu’il prenait appui sur une partie de la composante patristique de la Tradition, au préjudice, jugé nécessaire et légitime, de la poursuite de la prise d’appui sur la composante tridentine de la Tradition, considérée comme illégitimement anti-protestante, anti-libérale et anti-moderniste. De là découle le mythe d’après lequel le Concile Vatican II est paradoxalement traditionnel.
Mais, depuis la fin des années 1960, et plus encore depuis le début des années 2010 (un grand merci au pape François !), le doute n’est plus possible sur les ingrédients de ce modernisme : celui-ci fonctionne structurellement ou substantiellement à l’adogmatisme, au confusionnisme inter-confessionnel, au consensualisme interreligieux, à l’immanentisme, et à la non résistance face au relativisme et au subjectivisme en matière religieuse, non en dépit mais en raison de ses fondements philosophiques, théologiques et magistériels.
En gros, c’est la culture du refus de distinguer clairement et fermement entre la vérité et les erreurs, avant tout en matière religieuse, qui est à l’oeuvre, ainsi que la culture de la mise en avant de ce qui favorise un genre ou une sorte d’adunation indéfinie, et de la soumission au silence de tout ce qui peut nuire à cette dynamique, même quand cela provient de l’Écriture, ou de la Tradition, ou encore du Magistère ante-conciliaire. Paul VI et, bien plus que lui, Jean-Paul II, ont été de grands légitimateurs de cette culture.
Il suffit de prendre conscience de tout ce que ces clercs prennent grand soin de taire, presque en permanence, sur les confessions chrétiennes non catholiques, sur les religions non chrétiennes et sur l’homme et le monde contemporains, sous un angle christocentrique situé au croisement du surnaturel et du théologal, pour prendre la mesure de la matrice intellectuelle qui est à l’origine de leur quasi apostasie.
Au coeur de ce modernisme, règne aussi une conception gravement erronée de la charité fraternelle, puisque cette conception ne laisse presque aucune place à la correction fraternelle : on ne va pas dire à ceux qui adhèrent à tel ou tel ensemble d’erreurs sur Dieu, sur l’Eglise, sur l’homme et le monde, sur la foi, sur la liturgie ou sur la morale, qu’ils sont dans l’erreur, puisqu’on les aime !
On va plutôt donner à croire ou laisser entendre que Dieu inspire plus ou moins tout le monde, et que les personnes non catholiques ne sont pas dans l’erreur, dès lors qu’elles sont sincères, ou dès lors qu’elles font l’expérience de leur aspiration à la vérité, ou de leur cheminement vers la vérité, au contact voire au moyen de leurs erreurs. A ce compte là, l’erreur n’est plus considérée comme une conception ou une conduite qui éloigne ou oppose à la vérité, mais comme une conception ou une conduite porteuse d’un potentiel de vérité, qu’il convient de respecter comme s’il était équivalent à la plénitude de la vérité.
Le simple fait que Jean-Paul II ait parlé des actes intrinsèquement mauvais, en matière morale, mais n’ait pas parlé des idées intrinsèquement fausses, en matière religieuse, en dit assez long sur le caractère hémiplégique du recadrage conciliaire conservateur, et non, bien sûr, anti-moderniste, qu’il a incarné…
Les « traditionalistes » (au sens le plus large) pris en général ont accepté pour guide le luciférien Joseph de Maistre : â chaque étape ils ont ainsi favorisé les manœuvres des modernistes. Ce n’est pas un hasard si les milieux de la Tradition sont si facilement influencés par des auteurs comme David / Paul Drach, Bloy ou Guénon (ou son disciple A. Coomaraswamy).
Ce qui suit fait référence à l’hérésie moderniste numéro 4 mentionnée dans la réflexion qui figure sur cette page.
La conception de la religion et des diverses religions chère à Karol Wojtyla / Jean-Paul II, et qui ne lui est pas propre, mais qui est infiniment plus problématique que celle de Giovanni Baptista Montini / Paul VI, est une conception d’après laquelle les religions non chrétiennes reposent vraiment davantage sur la fécondité des croyances non chrétiennes et la sincérité des croyants non chrétiens que sur le recours presque constant à des aberrations, à des approximations, à du conformisme, à des extrapolations, à de l’imagination, à de l’indistinction, à de l’oblitération et/ou à des superstitions.
Ces divers ingrédients existent, dans les faits, dans l’histoire de chaque religion, y compris dans celle de la religion chrétienne, d’où bien des hérésies, dont certaines ont été très utiles, puisqu’elles ont rendu nécessaires des définitions dogmatiques, mais les mêmes ingrédients ne joueraient pas un rôle important dans les religions non chrétiennes en général, et dans les religions non abrahamiques ou non monothéistes en particulier, à commencer par celles dans lesquelles on s’interdit sciemment de recourir à l’esprit critique ? C’est une véritable escroquerie, si ce n’est pas une mauvaise plaisanterie !
Qu’est-ce qui nous vaut un tel parti pris, placé sous le signe de la bienveillance sans vigilance, voire sous celui de la légitimation presque inconditionnelle des religions non chrétiennes, sinon du consensualisme, qui va au-delà du diplomatisme montinien, au point de contribuer à un inclusivisme porteur de sympathisme voire de syntonisme interreligieux en général et abrahamique en particulier ?
Voilà ce qui arrive quand des clercs qui ne sont pas anti-thomistes en matière morale, Veritatis splendor et Evangelium vitae en témoignent, mais qui sont philo-buberiens et philo-levinassiens en matière religieuse, d’où un esprit d’Assise, perceptible dès 1979, qui va encore plus loin que Nostra aetate, accèdent aux plus hautes fonctions, au sein puis à la tête de l’Eglise catholique.
Conséquence désastreuse : la mise en place de nombreux signes porteurs d’égalité ou, en tout cas, de grande proximité, entre le monothéisme trinitaire et, entre autres, telle religion ou tradition croyante non chrétienne porteuse de panenthéisme, de polythéisme, de théocratisme ou de théosophisme.
La crise de l’Eglise découle en assez grande partie d’une atmosphère placée sous le signe de l’indistinction générale, prétendue charitable ou soi-disant pastorale, entre la vérité et les erreurs.
C’est particulièrement caractéristique dans le cadre de la mise en oeuvre et en valeur du dialogue, ou plutôt du concordisme, interreligieux.
Chaque (ébauche de) discussion avec vous me laisse un sentiment d’admiration pour votre admirable culture (en tout cas bien supérieure à la mienne) et pour votre propension à dévier tout argument concret en une distinction entre écoles philosophiques ; mais aussi le sentiment que vous esquivez sans cesse les arguments : où est votre réponse quant à la concordance d’intérêts entre les modernistes et les traditionalistes les plus intransigeants ? ou sur la question de la dépendance de ces traditionalistes les plus intransigeants envers des doctrines dues à un des pires lucifériens ?
Quelques remarques :
• Je ne sais pas ce que sont les « religions monothéistes » : l’islam tient le christianisme pour idolâtre en raison du dogme de la Trinité, aussi aucun musulman n’estimera faire partie d’une catégorie monothéiste au même sens qu’un chrétien donne à ce terme ; quant au judaïsme, sachez que la plupart des rabbins sont cabalistes, et que la cabale (voyez Israel Shahak, Histoire juive, religion juive : Le Poids de trois millénaires) est polythéiste.
• Nostrā Ætate est le reniement de la théologie de la substitution, or pour celle-ci le judaïsme rabbinique (héritier du pharisaïsme) n’est pas une religion qui est imparfaite par ignorance du Christ, mais la conséquence d’un refus du Christ. Qu’il puisse y avoir des éléments excellents dans des religions païennes me semble normal, si l’on considère avec saint Thomas que la raison peut conduire à la foi, mais le pharisaïsme et son héritier le judaïsme rabbinique sont des rejets du Christ. Pour ces raisons, Nostrā Ætate surenchérit sur ce qui a suivi, et ce ne fut pas le petit bout de l’entonnoir, mais le gros morceau à avaler d’un coup, après quoi tout passerait ; et des théologiens aussi peu modernistes que possible ont joué dans cette affaire un rôle de la plus grande gravité (voyez mes commentaires sur la page dont j’ai donné le lien, commentaires après lesquels il me paraîtrait utile de poursuivre sur cette question, cruciale me semble-t-il, de Nostrā Ætate).
Il y a des questions auxquelles je ne réponds pas, tout simplement par ignorance de ce à quoi ou vers quoi elles renvoient.
Par exemple, je ne dis pas que “la concordance d’intérêts entre les modernistes et les traditionalistes les plus intransigeants” n’existe pas, mais je dis que je ne sais ou ne vois pas très bien à quelles réalités concrètes cette expression fait allusion ou référence, d’où mon silence, sur ce point et sur bien d’autres points, certainement intéressants, mais sur lesquels je ne dispose tout simplement pas de suffisamment de connaissances pour pouvoir me prononcer avec discernement.
A la limite, je suis conduit à répondre ce qui suit, avec le plus de précision et de prudence possible : il est certain que les modernistes et les traditionalistes ont intérêt à soutenir, les uns et les autres, quitte à ce que cela soit les uns contre les autres, que les papes du Concile et de l’après-Concile sont officiellement légitimes, bien qu’ils ne soient pas effectivement orthodoxes, d’après l’acception ante-conciliaire de l’orthodoxie, s’il est possible de l’exprimer de cette manière.
Il est donc possible que nous soyons ici en présence “d’alliés objectifs” contre les sedevacantistes, et je le dis d’une manière d’autant moins partisane que je suis “orthovacantiste” et non sedevacantiste, en ce que je constate que c’est avant tout la défense et la promotion de la foi catholique, en tant que porteuse de la plénitude de l’orthodoxie, qui sont vacantes, et non avant tout le Siège apostolique ou le trône de Saint Pierre.
Il est également possible que la part de vérité présente dans le sedevacantisme fasse extrêmement peur aux uns et aux autres, et qu’une réaction de défense, en provenance de positions divergentes, mais en direction d’expressions convergentes, se manifeste sous les traits d’un “anti-sedevacantisme” commun à des courants extrêmement opposés par ailleurs.
Merci beaucoup pour votre compréhension, au contact de la prudence dans cette réponse.
Ne pas oublier par ailleurs que la polarisation sur la question liturgique fait que certains traditionalistes ont du mal à admettre que le reniement du catholicisme par les hommes d’Eglise n’est pas avant tout ou pas seulement à caractère liturgique, et ne pas oublier non plus que tant que les modernistes et les traditionalistes ont quelque chose à attendre, à espérer, à recevoir de “Rome”, ils ménagent “Rome”, même si, à Rome, bon nombre de clercs ne savent plus, depuis longtemps, où ils devraient pouvoir habiter, sur le plan théologique.
Venons – en à présent à l’analyse de l’hérésie moderniste numéro 9, d’après laquelle “le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif”.
Pour dire le vrai, comme c’est étrange :
– quand certains recourent à cette généralisation : “tous les clercs philo-conciliaires sont infiniment plus anti-tridentins qu’anti-modernistes, notamment sur le plan ecclésiologique”, c’est jugé inexact et injuste, car cela laisse entendre que ces clercs sont plus anti-tridentins qu’anti-modernistes au point d’être philo-modernistes, donc hérétiques en puissance,
tandis que
– quand d’autres recourent à une généralisation wojtylienne, consensualiste au point d’être à la limite de la démagogie interreligieuse, c’est jugé non inexact ni injuste, alors que cela comporte non seulement une erreur, sur le degré d’inspiration divine de telle religion non chrétienne, mais aussi une injustice, au préjudice de certains chrétiens fidèles à Dieu au péril de leur vie, à cause de certains croyants non chretiens, et de certains croyants non chrétiens, contraints de ne pas aller jusqu’au bout d’une démarche de conversion, à cause d’autres croyants non chrétiens.
A la limite, on peut comprendre qu’un clerc catholique qui prend appui sur la “théologie de l’accomplissement” de Daniélou et de de Lubac puisse croire ou penser que le Christ est LA réponse à toutes les aspirations morales et spirituelles non chrétiennes qui se manifestaient déjà, depuis l’intérieur des religions et des traditions croyantes non chrétiennes qui existaient déjà, au début du déploiement de la révélation chrétienne, laquelle est l’unique expression de la plénitude de la révélation divine.
Mais à qui donc fera-t-on croire que le Christ est LA réponse à de telles aspirations, notamment quand ces aspirations se manifestent depuis l’intérieur de religions apparues non seulement après Jésus-Christ, mais aussi contre lui, c’est-à-dire contre lui en tant que Fils de Dieu, et contre Dieu en tant que Trinité, comme dans le cas du judaïsme rabbinico-talmudique et de l’islam ?
En réalité, l’anthropologie wojtylienne, personnaliste, et la pneumatologie wojtylienne, inclusiviste, conduisent à une absurdité consensuelle, laquelle consiste à cultiver un accord global avec chaque religion et entre toutes les religions, y compris avec des religions qui, précisément sur le plan religieux, sont en désaccord global, sinon total, entre elles, notamment pour des raisons doctrinalement caractérisées : on peut comprendre qu’un juif ou qu’un musulman cohérent et conséquent soit clairement et fermement opposé au panenthéisme et au polythéisme, sauf s’il est dialogomane.
Et c’est ici, il faut bien le dire, que l’on perçoit la “toxicomanie” intellectuelle qui est à l’oeuvre, à cause ou du fait d’auteurs proches de, sinon tels que Buber, Jaspers, Levinas, Massignon, Monchanin, Scheler. Sous l’inspiration d’auteurs proches d’eux, on subordonne l’évangélisation chrétienne catholique à une consensualisation humaniste panchristique, au point de s’exposer à la tentation de substituer celle-ci à celle-là.
De toute façon, encore plus depuis 2019 et la Déclaration d’Abou Dhabi que depuis 1979 et Redemptor hominis, le doute n’est plus possible sur le regard et le discours des néo-catholiques sur les religions non chrétiennes. D’après eux, manifestement, ces religions ne sont pas avant tout ni amplement erronées. Chacune d’entre elles, à sa manière, prône l’adhésion des croyants au même humanisme interreligieux, en tant qu’instance d’accompagnement et d’humanisation de la mondialisation.
Une petite remarque : je rappelle que la plupart des rabbins sont polythéistes ; donc dire qu’un juif cohérent serait opposé au polythéisme, c’est inventer au mot juif un sens qu’il n’a plus depuis longtemps.
Intrigué par une certaine incapacité à répondre à certaines de vos questions ou remarques, aussi intéressantes soient-elles, je vous prends à témoin, au moyen de votre propre message : que répondre, par exemple, à ceci : “les “traditionalistes” (au sens le plus large) pris en général ont accepté pour guide le luciferien Joseph de Maistre” ?
D’une part, êtes-vous bien sûr que les traditionalistes, dans leur majorité, ont accepté pour (seul ?) guide Joseph de Maistre (le connaissent-ils suffisamment, et n’ont-ils pas d’autres guides, au moins aussi représentatifs et significatifs ?), et, d’autre part, êtes-vous bien sûr que ce soit une inspiration luciferienne qui caractérise le plus ou le mieux Joseph de Maistre, même si, évidemment, cette inspiration pose un gros ou un vrai problème, compte tenu d’une partie de ses idées et de son oeuvre ?
Je n’ai pas de conseils à donner, mais j’en ai à recevoir et à partager, aussi je reçois et partage bien volontiers celui d’après lequel il convient d’éviter de “mettre en difficulté” tout un groupe humain en lui attribuant un inspirateur ou une référence, parmi plusieurs autres, mais qui est porteuse d’une conception ou d’une conduite qui peut disqualifier la position de ce groupe humain, si jamais il (a) souscrit à cette référence, même si, pour ce groupe humain, ce n’est pas “LA” principale référence.
Évitons, par exemple, ce mode de raisonnement : “Ce n’est pas un hasard si presque tous les Français sont coupablement socialistes : on ne réélit pas innocemment François Mitterrand, comme ils l’ont fait en 1988”, alors que ce n’est évidemment pas parce qu’une majorité d’électeurs français qui s’est exprimée ce jour-là a réélu Mitterrand (qui n’a jamais été sincèrement socialiste dans l’acception marxisante de ce terme !) au deuxième tour de l’élection présidentielle que, pour autant, presque tous les Français sont socialistes, qui plus est coupablement. Certains ont voté contre Chirac, tout simplement.
Je n’avais pas encore posté la réponse que j’avais écrite hier que vous en ajoutez une autre !
La réponse que j’avais rédigée :
Je vous accorde bien volontiers que mes allusions ne sont pas suffisantes pour vous faire comprendre concrètement tout ce que je veux dire : vous n’avez pas à connaître mes discussions avec des tiers. Toutefois, lorsque j’évoque Joseph de Maistre, et son influence sur le milieu traditionaliste (au sens le plus large), vraiment j’aurais cru qu’un catholique aussi cultivé que vous aurait eu, dans un sens ou un autre, quelque chose à en dire. N’est-il pas extraordinaire que le maître à penser d’un mouvement philosophique, et même ici religieux, se trouve être un des stratèges les plus éminents du camp opposé ?
Un cas précis de concordance d’intérêts entre modernistes et antimodernistes est justement l’Opus Amici Israel (voir mes commentaires sur la page en lien), qui, partant du cœur du mouvement antimoderniste par la filiation entre Barbey d’Aurevilly et Bloy et celle de Bloy à Maritain, avec le soutien au départ de Garrigou-Lagrange ou de Van Rossum (en plus de celui de Schuster), par justement la question liturgique, en ce en quoi elle touche aux dogmes, fut près d’aboutir à un bouleversement impliquant un abandon de la théologie de le substitution.
Le sort est facétieux : malgré son rôle Schuster fut bientôt fait archevêque de Milan, poste que tiendrait Montini, qui tirerait les conclusions théologiques des changements liturgiques proposés par Schuster en 1928 et appliqués entre 1948 et 1956.
Ce sont là des faits concrets, que j’avais évoqués, d’où mon étonnement de n’y voir aucune réponse.
Mais sans voir les esquisses de ce que je décris vous passez aux conclusions : il faut rendre hommage à vos mérites ; et ce que vous dites ici a une profondeur certaine.
Vos nouvelles remarques :
• Joseph de Maistre : suis-je sûr de son influence ?
On ne peut vous reprocher d’ignorer ce que j’ai prouvé à des tiers. La réponse est : je crous l’avoir prouvé (bémol : il s’agit de traditionalistes ultramontains avec excès exclusivement, comme lui-même).
• Son inspiration est-elle essentiellement luciférienne ?
Oui ; un commentateur aussi capable de philosopher que vous l’êtes ne l’a-t-il donc pas vu ?
• Éviter de mettre en difficulté un groupe humain en lui attribuant, etc.
Il est humain que, traditionaliste, vous soyez plus exigeant quand il s’agit des traditionalistes que des modernistes.
Remarquez bien que je ne me suis pas donné la peine de vous redire les arguments que j’ai employés en discutant avec un tiers : il me semblait que votre culture qui toujours m’impressionne (je le dis sans ironie, et avec admiration) ne pouvait pas vous laisser ignorer le rôle de de Maistre dans la transformation en France d’abord (en Allemagne ensuite par contagion) de l’Église en mouvement ultramontain avec excès. Combien je suis surpris qu’aucun catholique traditionaliste ne semble s’être intéressé à ce point essentiel – pas même vous !
Et combien m’étonné-je de voir que vous, qui relevez des influences philosophiques chez Wojtyła ou Bergoglio, n’ayez pas cherché à comprendre comment un tel bouleversement avait pu être quasi unanimement accepté !
Vous savez dirait-on que de Maistre était franc-maçon mais ignorez son rôle ; vous ne vous y êtes pas intéressé ; pourquoi ne cherchez-vous pas sur internet de Maistre ultramontanisme pour ne pas dépendre des sources que je vous désignerais ?
En fait je pensais que vous me répondriez sur les Amici Israel, et que nous en discuterions sur la page en lien, mais si vous préférez que je vous renvoie à ce qu’ailleurs j’ai dit sur ce sujet, précisez-le et je le ferai.
Vous semblez considérer qu’un pape n’enseignant pas l’orthodoxie ne poserait pas un problème crucial pour la foi : puis-je vous demander si vous soutenez la thèse de Cassiciacum, la position de la FSSP, celle de la FSSPX, ou une autre encore ?
Le modernisme dont il est question ici constitue une gigantesque entreprise de décatholicisation ou, en tout cas, de détridentinisation du regard et du discours des clercs et des laïcs sur les confessions chrétiennes non catholiques, sur les religions non chrétiennes, ainsi que sur l’homme et le monde contemporains, mais aussi sur la foi catholique, sur la liturgie de l’Eglise, voire sur la morale chrétienne.
Dans un premier temps, à partir des années 1930, il a été question, pour certains inspirateurs de ce courant, de donner à croire que ce changement de regard et de discours était, pour ainsi dire, anti-tridentin sans être anti-traditionnel, puisqu’il prenait appui sur une partie de la composante patristique de la Tradition, au préjudice, jugé nécessaire et légitime, de la poursuite de la prise d’appui sur la composante tridentine de la Tradition, considérée comme illégitimement anti-protestante, anti-libérale et anti-moderniste. De là découle le mythe d’après lequel le Concile Vatican II est paradoxalement traditionnel.
Mais, depuis la fin des années 1960, et plus encore depuis le début des années 2010 (un grand merci au pape François !), le doute n’est plus possible sur les ingrédients de ce modernisme : celui-ci fonctionne structurellement ou substantiellement à l’adogmatisme, au confusionnisme inter-confessionnel, au consensualisme interreligieux, à l’immanentisme, et à la non résistance face au relativisme et au subjectivisme en matière religieuse, non en dépit mais en raison de ses fondements philosophiques, théologiques et magistériels.
En gros, c’est la culture du refus de distinguer clairement et fermement entre la vérité et les erreurs, avant tout en matière religieuse, qui est à l’oeuvre, ainsi que la culture de la mise en avant de ce qui favorise un genre ou une sorte d’adunation indéfinie, et de la soumission au silence de tout ce qui peut nuire à cette dynamique, même quand cela provient de l’Écriture, ou de la Tradition, ou encore du Magistère ante-conciliaire. Paul VI et, bien plus que lui, Jean-Paul II, ont été de grands légitimateurs de cette culture.
Il suffit de prendre conscience de tout ce que ces clercs prennent grand soin de taire, presque en permanence, sur les confessions chrétiennes non catholiques, sur les religions non chrétiennes et sur l’homme et le monde contemporains, sous un angle christocentrique situé au croisement du surnaturel et du théologal, pour prendre la mesure de la matrice intellectuelle qui est à l’origine de leur quasi apostasie.
Au coeur de ce modernisme, règne aussi une conception gravement erronée de la charité fraternelle, puisque cette conception ne laisse presque aucune place à la correction fraternelle : on ne va pas dire à ceux qui adhèrent à tel ou tel ensemble d’erreurs sur Dieu, sur l’Eglise, sur l’homme et le monde, sur la foi, sur la liturgie ou sur la morale, qu’ils sont dans l’erreur, puisqu’on les aime !
On va plutôt donner à croire ou laisser entendre que Dieu inspire plus ou moins tout le monde, et que les personnes non catholiques ne sont pas dans l’erreur, dès lors qu’elles sont sincères, ou dès lors qu’elles font l’expérience de leur aspiration à la vérité, ou de leur cheminement vers la vérité, au contact voire au moyen de leurs erreurs. A ce compte là, l’erreur n’est plus considérée comme une conception ou une conduite qui éloigne ou oppose à la vérité, mais comme une conception ou une conduite porteuse d’un potentiel de vérité, qu’il convient de respecter comme s’il était équivalent à la plénitude de la vérité.
Le simple fait que Jean-Paul II ait parlé des actes intrinsèquement mauvais, en matière morale, mais n’ait pas parlé des idées intrinsèquement fausses, en matière religieuse, en dit assez long sur le caractère hémiplégique du recadrage conciliaire conservateur, et non, bien sûr, anti-moderniste, qu’il a incarné…
Les « traditionalistes » (au sens le plus large) pris en général ont accepté pour guide le luciférien Joseph de Maistre : â chaque étape ils ont ainsi favorisé les manœuvres des modernistes. Ce n’est pas un hasard si les milieux de la Tradition sont si facilement influencés par des auteurs comme David / Paul Drach, Bloy ou Guénon (ou son disciple A. Coomaraswamy).
Je vous propose de discuter précisément de la première ébauche de Nostrã Ætate ici :
https://catholiquedefrance.fr/jean-xxiii-le-traitre-adrien-abauzit/#comment-3613
Ce qui suit fait référence à l’hérésie moderniste numéro 4 mentionnée dans la réflexion qui figure sur cette page.
La conception de la religion et des diverses religions chère à Karol Wojtyla / Jean-Paul II, et qui ne lui est pas propre, mais qui est infiniment plus problématique que celle de Giovanni Baptista Montini / Paul VI, est une conception d’après laquelle les religions non chrétiennes reposent vraiment davantage sur la fécondité des croyances non chrétiennes et la sincérité des croyants non chrétiens que sur le recours presque constant à des aberrations, à des approximations, à du conformisme, à des extrapolations, à de l’imagination, à de l’indistinction, à de l’oblitération et/ou à des superstitions.
Ces divers ingrédients existent, dans les faits, dans l’histoire de chaque religion, y compris dans celle de la religion chrétienne, d’où bien des hérésies, dont certaines ont été très utiles, puisqu’elles ont rendu nécessaires des définitions dogmatiques, mais les mêmes ingrédients ne joueraient pas un rôle important dans les religions non chrétiennes en général, et dans les religions non abrahamiques ou non monothéistes en particulier, à commencer par celles dans lesquelles on s’interdit sciemment de recourir à l’esprit critique ? C’est une véritable escroquerie, si ce n’est pas une mauvaise plaisanterie !
Qu’est-ce qui nous vaut un tel parti pris, placé sous le signe de la bienveillance sans vigilance, voire sous celui de la légitimation presque inconditionnelle des religions non chrétiennes, sinon du consensualisme, qui va au-delà du diplomatisme montinien, au point de contribuer à un inclusivisme porteur de sympathisme voire de syntonisme interreligieux en général et abrahamique en particulier ?
Voilà ce qui arrive quand des clercs qui ne sont pas anti-thomistes en matière morale, Veritatis splendor et Evangelium vitae en témoignent, mais qui sont philo-buberiens et philo-levinassiens en matière religieuse, d’où un esprit d’Assise, perceptible dès 1979, qui va encore plus loin que Nostra aetate, accèdent aux plus hautes fonctions, au sein puis à la tête de l’Eglise catholique.
Conséquence désastreuse : la mise en place de nombreux signes porteurs d’égalité ou, en tout cas, de grande proximité, entre le monothéisme trinitaire et, entre autres, telle religion ou tradition croyante non chrétienne porteuse de panenthéisme, de polythéisme, de théocratisme ou de théosophisme.
La crise de l’Eglise découle en assez grande partie d’une atmosphère placée sous le signe de l’indistinction générale, prétendue charitable ou soi-disant pastorale, entre la vérité et les erreurs.
C’est particulièrement caractéristique dans le cadre de la mise en oeuvre et en valeur du dialogue, ou plutôt du concordisme, interreligieux.
Excellent Benoît Yzern,
Chaque (ébauche de) discussion avec vous me laisse un sentiment d’admiration pour votre admirable culture (en tout cas bien supérieure à la mienne) et pour votre propension à dévier tout argument concret en une distinction entre écoles philosophiques ; mais aussi le sentiment que vous esquivez sans cesse les arguments : où est votre réponse quant à la concordance d’intérêts entre les modernistes et les traditionalistes les plus intransigeants ? ou sur la question de la dépendance de ces traditionalistes les plus intransigeants envers des doctrines dues à un des pires lucifériens ?
Quelques remarques :
• Je ne sais pas ce que sont les « religions monothéistes » : l’islam tient le christianisme pour idolâtre en raison du dogme de la Trinité, aussi aucun musulman n’estimera faire partie d’une catégorie monothéiste au même sens qu’un chrétien donne à ce terme ; quant au judaïsme, sachez que la plupart des rabbins sont cabalistes, et que la cabale (voyez Israel Shahak, Histoire juive, religion juive : Le Poids de trois millénaires) est polythéiste.
• Nostrā Ætate est le reniement de la théologie de la substitution, or pour celle-ci le judaïsme rabbinique (héritier du pharisaïsme) n’est pas une religion qui est imparfaite par ignorance du Christ, mais la conséquence d’un refus du Christ. Qu’il puisse y avoir des éléments excellents dans des religions païennes me semble normal, si l’on considère avec saint Thomas que la raison peut conduire à la foi, mais le pharisaïsme et son héritier le judaïsme rabbinique sont des rejets du Christ. Pour ces raisons, Nostrā Ætate surenchérit sur ce qui a suivi, et ce ne fut pas le petit bout de l’entonnoir, mais le gros morceau à avaler d’un coup, après quoi tout passerait ; et des théologiens aussi peu modernistes que possible ont joué dans cette affaire un rôle de la plus grande gravité (voyez mes commentaires sur la page dont j’ai donné le lien, commentaires après lesquels il me paraîtrait utile de poursuivre sur cette question, cruciale me semble-t-il, de Nostrā Ætate).
Il y a des questions auxquelles je ne réponds pas, tout simplement par ignorance de ce à quoi ou vers quoi elles renvoient.
Par exemple, je ne dis pas que “la concordance d’intérêts entre les modernistes et les traditionalistes les plus intransigeants” n’existe pas, mais je dis que je ne sais ou ne vois pas très bien à quelles réalités concrètes cette expression fait allusion ou référence, d’où mon silence, sur ce point et sur bien d’autres points, certainement intéressants, mais sur lesquels je ne dispose tout simplement pas de suffisamment de connaissances pour pouvoir me prononcer avec discernement.
A la limite, je suis conduit à répondre ce qui suit, avec le plus de précision et de prudence possible : il est certain que les modernistes et les traditionalistes ont intérêt à soutenir, les uns et les autres, quitte à ce que cela soit les uns contre les autres, que les papes du Concile et de l’après-Concile sont officiellement légitimes, bien qu’ils ne soient pas effectivement orthodoxes, d’après l’acception ante-conciliaire de l’orthodoxie, s’il est possible de l’exprimer de cette manière.
Il est donc possible que nous soyons ici en présence “d’alliés objectifs” contre les sedevacantistes, et je le dis d’une manière d’autant moins partisane que je suis “orthovacantiste” et non sedevacantiste, en ce que je constate que c’est avant tout la défense et la promotion de la foi catholique, en tant que porteuse de la plénitude de l’orthodoxie, qui sont vacantes, et non avant tout le Siège apostolique ou le trône de Saint Pierre.
Il est également possible que la part de vérité présente dans le sedevacantisme fasse extrêmement peur aux uns et aux autres, et qu’une réaction de défense, en provenance de positions divergentes, mais en direction d’expressions convergentes, se manifeste sous les traits d’un “anti-sedevacantisme” commun à des courants extrêmement opposés par ailleurs.
Merci beaucoup pour votre compréhension, au contact de la prudence dans cette réponse.
Ne pas oublier par ailleurs que la polarisation sur la question liturgique fait que certains traditionalistes ont du mal à admettre que le reniement du catholicisme par les hommes d’Eglise n’est pas avant tout ou pas seulement à caractère liturgique, et ne pas oublier non plus que tant que les modernistes et les traditionalistes ont quelque chose à attendre, à espérer, à recevoir de “Rome”, ils ménagent “Rome”, même si, à Rome, bon nombre de clercs ne savent plus, depuis longtemps, où ils devraient pouvoir habiter, sur le plan théologique.
Venons – en à présent à l’analyse de l’hérésie moderniste numéro 9, d’après laquelle “le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif”.
Pour dire le vrai, comme c’est étrange :
– quand certains recourent à cette généralisation : “tous les clercs philo-conciliaires sont infiniment plus anti-tridentins qu’anti-modernistes, notamment sur le plan ecclésiologique”, c’est jugé inexact et injuste, car cela laisse entendre que ces clercs sont plus anti-tridentins qu’anti-modernistes au point d’être philo-modernistes, donc hérétiques en puissance,
tandis que
– quand d’autres recourent à une généralisation wojtylienne, consensualiste au point d’être à la limite de la démagogie interreligieuse, c’est jugé non inexact ni injuste, alors que cela comporte non seulement une erreur, sur le degré d’inspiration divine de telle religion non chrétienne, mais aussi une injustice, au préjudice de certains chrétiens fidèles à Dieu au péril de leur vie, à cause de certains croyants non chretiens, et de certains croyants non chrétiens, contraints de ne pas aller jusqu’au bout d’une démarche de conversion, à cause d’autres croyants non chrétiens.
A la limite, on peut comprendre qu’un clerc catholique qui prend appui sur la “théologie de l’accomplissement” de Daniélou et de de Lubac puisse croire ou penser que le Christ est LA réponse à toutes les aspirations morales et spirituelles non chrétiennes qui se manifestaient déjà, depuis l’intérieur des religions et des traditions croyantes non chrétiennes qui existaient déjà, au début du déploiement de la révélation chrétienne, laquelle est l’unique expression de la plénitude de la révélation divine.
Mais à qui donc fera-t-on croire que le Christ est LA réponse à de telles aspirations, notamment quand ces aspirations se manifestent depuis l’intérieur de religions apparues non seulement après Jésus-Christ, mais aussi contre lui, c’est-à-dire contre lui en tant que Fils de Dieu, et contre Dieu en tant que Trinité, comme dans le cas du judaïsme rabbinico-talmudique et de l’islam ?
En réalité, l’anthropologie wojtylienne, personnaliste, et la pneumatologie wojtylienne, inclusiviste, conduisent à une absurdité consensuelle, laquelle consiste à cultiver un accord global avec chaque religion et entre toutes les religions, y compris avec des religions qui, précisément sur le plan religieux, sont en désaccord global, sinon total, entre elles, notamment pour des raisons doctrinalement caractérisées : on peut comprendre qu’un juif ou qu’un musulman cohérent et conséquent soit clairement et fermement opposé au panenthéisme et au polythéisme, sauf s’il est dialogomane.
Et c’est ici, il faut bien le dire, que l’on perçoit la “toxicomanie” intellectuelle qui est à l’oeuvre, à cause ou du fait d’auteurs proches de, sinon tels que Buber, Jaspers, Levinas, Massignon, Monchanin, Scheler. Sous l’inspiration d’auteurs proches d’eux, on subordonne l’évangélisation chrétienne catholique à une consensualisation humaniste panchristique, au point de s’exposer à la tentation de substituer celle-ci à celle-là.
De toute façon, encore plus depuis 2019 et la Déclaration d’Abou Dhabi que depuis 1979 et Redemptor hominis, le doute n’est plus possible sur le regard et le discours des néo-catholiques sur les religions non chrétiennes. D’après eux, manifestement, ces religions ne sont pas avant tout ni amplement erronées. Chacune d’entre elles, à sa manière, prône l’adhésion des croyants au même humanisme interreligieux, en tant qu’instance d’accompagnement et d’humanisation de la mondialisation.
Une petite remarque : je rappelle que la plupart des rabbins sont polythéistes ; donc dire qu’un juif cohérent serait opposé au polythéisme, c’est inventer au mot juif un sens qu’il n’a plus depuis longtemps.
Intrigué par une certaine incapacité à répondre à certaines de vos questions ou remarques, aussi intéressantes soient-elles, je vous prends à témoin, au moyen de votre propre message : que répondre, par exemple, à ceci : “les “traditionalistes” (au sens le plus large) pris en général ont accepté pour guide le luciferien Joseph de Maistre” ?
D’une part, êtes-vous bien sûr que les traditionalistes, dans leur majorité, ont accepté pour (seul ?) guide Joseph de Maistre (le connaissent-ils suffisamment, et n’ont-ils pas d’autres guides, au moins aussi représentatifs et significatifs ?), et, d’autre part, êtes-vous bien sûr que ce soit une inspiration luciferienne qui caractérise le plus ou le mieux Joseph de Maistre, même si, évidemment, cette inspiration pose un gros ou un vrai problème, compte tenu d’une partie de ses idées et de son oeuvre ?
Je n’ai pas de conseils à donner, mais j’en ai à recevoir et à partager, aussi je reçois et partage bien volontiers celui d’après lequel il convient d’éviter de “mettre en difficulté” tout un groupe humain en lui attribuant un inspirateur ou une référence, parmi plusieurs autres, mais qui est porteuse d’une conception ou d’une conduite qui peut disqualifier la position de ce groupe humain, si jamais il (a) souscrit à cette référence, même si, pour ce groupe humain, ce n’est pas “LA” principale référence.
Évitons, par exemple, ce mode de raisonnement : “Ce n’est pas un hasard si presque tous les Français sont coupablement socialistes : on ne réélit pas innocemment François Mitterrand, comme ils l’ont fait en 1988”, alors que ce n’est évidemment pas parce qu’une majorité d’électeurs français qui s’est exprimée ce jour-là a réélu Mitterrand (qui n’a jamais été sincèrement socialiste dans l’acception marxisante de ce terme !) au deuxième tour de l’élection présidentielle que, pour autant, presque tous les Français sont socialistes, qui plus est coupablement. Certains ont voté contre Chirac, tout simplement.
Excellent Benoît Yzern,
Je n’avais pas encore posté la réponse que j’avais écrite hier que vous en ajoutez une autre !
La réponse que j’avais rédigée :
Vos nouvelles remarques :
• Joseph de Maistre : suis-je sûr de son influence ?
On ne peut vous reprocher d’ignorer ce que j’ai prouvé à des tiers. La réponse est : je crous l’avoir prouvé (bémol : il s’agit de traditionalistes ultramontains avec excès exclusivement, comme lui-même).
• Son inspiration est-elle essentiellement luciférienne ?
Oui ; un commentateur aussi capable de philosopher que vous l’êtes ne l’a-t-il donc pas vu ?
• Éviter de mettre en difficulté un groupe humain en lui attribuant, etc.
Il est humain que, traditionaliste, vous soyez plus exigeant quand il s’agit des traditionalistes que des modernistes.
Remarquez bien que je ne me suis pas donné la peine de vous redire les arguments que j’ai employés en discutant avec un tiers : il me semblait que votre culture qui toujours m’impressionne (je le dis sans ironie, et avec admiration) ne pouvait pas vous laisser ignorer le rôle de de Maistre dans la transformation en France d’abord (en Allemagne ensuite par contagion) de l’Église en mouvement ultramontain avec excès. Combien je suis surpris qu’aucun catholique traditionaliste ne semble s’être intéressé à ce point essentiel – pas même vous !
Et combien m’étonné-je de voir que vous, qui relevez des influences philosophiques chez Wojtyła ou Bergoglio, n’ayez pas cherché à comprendre comment un tel bouleversement avait pu être quasi unanimement accepté !
Vous savez dirait-on que de Maistre était franc-maçon mais ignorez son rôle ; vous ne vous y êtes pas intéressé ; pourquoi ne cherchez-vous pas sur internet de Maistre ultramontanisme pour ne pas dépendre des sources que je vous désignerais ?
En fait je pensais que vous me répondriez sur les Amici Israel, et que nous en discuterions sur la page en lien, mais si vous préférez que je vous renvoie à ce qu’ailleurs j’ai dit sur ce sujet, précisez-le et je le ferai.
Vous semblez considérer qu’un pape n’enseignant pas l’orthodoxie ne poserait pas un problème crucial pour la foi : puis-je vous demander si vous soutenez la thèse de Cassiciacum, la position de la FSSP, celle de la FSSPX, ou une autre encore ?
Et que pensez-vous de ceci ?
https://www.vatican.va/archive/hist_councils/i-vatican-council/documents/vat-i_const_18700718_pastor-aeternus_it.html