Dénouement de la persécution – Abbé Augustin Lemann

Ce texte a plus de cent ans et la crise est allé bien au delà de ce que l’on pouvait prévoir à cette époque. On attendait une fin prochaine, les maux vécus semblant trop graves pour ne pas souhaiter une intervention divine proche. Et pourtant ! Même aujourd’hui, on n’est pas au bout de la crise et des malheurs. L’intérêt de cette brochure est dans l’analyse des quatre points de destruction de l’Eglise et de la société. Ils sont toujours d’actualité. De même la purification des bons et le triomphe des méchants sont obligatoires.
Depuis qu’une persécution pour ainsi dire universelle s’est déchaînée contre l’Eglise catholique, que de fois l’impatience et le découragement n’ont-ils pas envahi et même bouleversé certaines âmes. On trouve que Dieu tarde trop à intervenir, et volontiers on lui tracerait Sa ligne de conduite. Cette ligne de conduite ne serait rien moins qu’une nouvelle édition du formidable coup de force qui, dans l’Ancien Testament, anéantit Sennachérib et sa redoutable armée. Oui, une nouvelle édition et même quelque peu augmentée de ce terrible épisode biblique, voici ce que quelques-uns, pour ne pas dire beaucoup, souhaitent secrètement !
Eh bien ! jusqu’à présent, Dieu n’a pas eu l’air de Se rendre à cette invitation. Il a bien fait, chers lecteurs ! Vous mêmes le proclamerez tout à l’heure.
A cette fin, transportons-nous, si vous le voulez bien, sous le règne d’Ezéchias, roi de Juda, en l’an 701 avant Jésus-Christ, au moment où Sennachérib, le terrible roi d’Assur, s’avance comme un torrent contre Jérusalem.
C’est Isaïe qui va relater l’événement, au chapitre X e de ses prophéties, à partir du verset 8 e . Dans l’oracle du grand prophète, rapproché de nos temps actuels, vous constaterez deux choses :
La première, c’est que Satan, inspirateur et conducteur de toute persécution, poursuit, toujours un même but. S’il y a variations chez lui, c’est uniquement par rapport aux moyens à mettre en œuvre. Autrefois, c’était la force brutale avec Sennachérib ; aujourd’hui, c’est la légalité patiente avec les sectes maçonniques !
La seconde chose que vous constaterez, c’est que Dieu protecteur, lui aussi, est toujours le même. Jamais Il ne manque d’intervenir. Seulement, de Sa part également, il y a eu modification dans l’emploi des moyens. Nous nous réservons de dire le pourquoi.
Et maintenant, afin de partager la prophétie d’Isaïe d’une manière qui la fasse mieux saisir, voici les deux divisions tirées de l’oracle lui-même et qui vont en éclairer l’interprétation :
1° Les projets de Sennachérib et ceux des sectes maçonniques.
2° L’intervention divine.
I. LES PROJETS DE SENNACHERIB ET CEUX DES SECTES MAÇONNIQUES
On sait ce qu’était Sennachérib, ce roi cruel d’Assyrie, que nous avons tous appris à considérer avec horreur dès notre enfance, dans les récits de l’histoire sainte. M. Oppert, le savant professeur d’assyriologie au Collège de France, raconte avec quelle émotion il vit à Ninive, au moment où on venait de la découvrir, sculptée sur un bas-relief, l’image de ce conquérant qui avait fait tant de mal à ses ancêtres. Ce qui donne à cette découverte un plus grand prix, s’il est possible, c’est qu’elle nous représente Sennachérib, non pas en Assyrie, mais en Palestine. Le roi d’Assur est assis sur un trône richement orné, et est coiffé de la tiare avec deux longs fanons. Sa main droite, levée, est armée d’une flèche. De sa gauche il tient l’arc, qu’il appuie sur le marchepied de son trône. Son visage a l’air sévère et dénote le guerrier sans merci et le conquérant implacable. (Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. IV, p. 184, 185. Paris, 1882)
Tel était le redoutable instrument que Dieu dans Sa colère S’était choisi, soit pour châtier, autour de la Judée, une foule de peuples monstrueusement idolâtres, soit pour ramener par de sanglants revers la Judée elle-même, en partie rebelle aux remontrances d’Isaïe, et aux réformes du pieux roi Ezéchias.
Mais voici que, sous le souffle de Satan, l’orgueil est monté au cœur du roi d’Assur. Considérez-le ! Son regard s’est tourné du côté de Jérusalem : Jérusalem, la ville sainte, et alors l’Eglise du vrai Dieu ! Jérusalem, où il lui était interdit d’aller !
Sennachérib a cessé d’être mandataire, pour devenir persécuteur.
En effet, écoutons ses projets. Isaïe les avait, dans une vue prophétique, dévoilés trente-huit ans à l’avance (l’oracle d’Isaïe date de l’an 739 avant Jésus-Christ, sous la règne d’Achaz ; et, comme nous l’avons dit, Sennachérib marche sur Jérusalem en 701, sous le règne d’Ézéchias) :
Malheur à Assur, la verge de Ma colère, Le bâton auquel j’ai confié Ma vengeance.
Je l’ai envoyé contre une nation impie, Je l’ai expédié contre un peuple objet de Ma colère,
Pour enlever ses dépouilles et le livrer au pillage, Pour le fouler comme la boue des places publiques.
Mais lui, il n’a point cette pensée. Ce n’est pas cela que médite son cœur.
Non ! il songe à détruire, A exterminer des peuples sans nombre.
Car il a dit : “Les satrapes qui me servent n’étaient-ils pas autant de rois ?
N’en a-t-il pas été de Calané comme de Carcamis ? De Emath comme d’Arphad ? De Samarie comme de Damas ?
De même que ma main s’est emparée des royaumes consacrés aux idoles,
Ainsi j’emporterai les simulacres qu’on adore dans Jérusalem comme à Samarie,
De même que j’ai traité Samarie et ses idoles, Ainsi je traiterai Jérusalem et ses simulacres…”
Il a dit : “C’est par la force de mon bras que j’ai réussi, Et c’est ma sagesse qui m’a éclairé !
J’ai déplacé les frontières des nations, J’ai pillé leurs trésors. Et, comme un héros, j’ai renversé les rois !
Ma main s’est emparée, comme d’un nid, des boulevards des peuples ;
Comme on ramasse des œufs abandonnés, Ainsi j’ai ramassé la terre ;
Nul n’a osé remuer l’aile, Ni ouvrir la bouche pour se plaindre ! ”
Quelle peinture ! Ne dirait-on pas que le cœur du monarque assyrien a été mis à découvert, tant le prophète en a fait apercevoir les palpitations d’orgueil, et en a dénoncé tous les projets. Eh bien ! ces projets du roi d’Assur, nous allons constater, en approfondissant davantage le texte biblique, nous allons constater, dis-je, que ces projets du roi d’Assur sont aujourd’hui identiquement repris par les sectes maçonniques.
En effet, quatre projets se trouvaient secrètement nourris par Sennachérib :
1er PROJET : Se substituer au Maître suprême
Il a dit :
“ C’est par la force de mon bras que j’ai réussi, Et c’est ma sagesse qui m’a éclairé !… , Ma main s’est emparée, comme d’un nid, des boulevards des peuples”.
Quel excès d’orgueil ! C’est à titre d’instrument que Dieu a choisi Sennachérib, et voici que Sennachérib prétend être le Maître ! La main qui l’emploie, il ne veut plus la voir, et il attribue tout à la sienne :
C’est par la force de mon bras… c’est ma sagesse… c’est ma main !
Mais n’est-ce point là le langage qui se parle, le projet qui s’inculque au sein des sectes maçonniques ? “Tu es maître !” y dit-on à l’homme. C’est ta sagesse seule qui t’éclaire, et ta main seule qui exécute ! Toi-même, tu es la Providence ! Et comme, dans ce siècle de découvertes, de merveilleux progrès, on ne saurait le méconnaître, ont été réalisés, il est arrivé que ce langage, a plus facilement trouvé créance. Et voici que, de toutes parts, l’homme, enivré de lui-même, se substitue à Dieu. Il ne veut plus admettre que lorsqu’il délibère, c’est Dieu qui préside à ses conseils ; que lorsqu’il surmonte les obstacles, c’est Dieu qui l’aide de Sa puissance. Non ! c’est par la force de mon bras…; c’est ma sagesse…, c’est ma main !

2° PROJET : Renverser Jérusalem.
Il songe à détruire, A exterminer des peuples sans nombre.
Car il dit : “ les satrapes qui me servent n’étaient-ils pas autant de rois ?
N’en a-t-il pas été de Calané comme de Carcamis ? De Emath comme d’Arphad ? De Samarie comme de Damas
De même que j’ai traité Samarie et ses idoles, Ainsi je traiterai Jérusalem et ses simulacres !
Nul doute possible ! C’est bien le renversement de Jérusalem que Sennachérib a projeté. Il la nomme entre ses dents :
Ainsi je traiterai Jérusalem et ses simulacres !
Jérusalem, c’était le centre de l’Église juive, de même que Rome est devenue le centre de l’Eglise chrétienne. C’était le lieu prédestiné où le Seigneur avait accompli sur une même tête l’union du sacerdoce et de la royauté. Melchisédech, Pontife et Roi, n’y avait-il pas figuré, dans son auguste personne, ce que sont à Rome les Vicaires du Christ, à la fois Pontifes et Rois ?
Renverser Jérusalem, c’était donc frapper au cœur le judaïsme ! C’était bouleverser d’un seul coup toute l’économie du Mosaïsme ! Sennachérib le savait-il ? Était-il arrivé jusque-là dans ses calculs ? Il y a lieu d’en douter.
Mais si le doute subsiste sur cette partie des plans du roi d’Assur, il a cessé d’exister par rapport à ceux des sectes maçonniques. Oui, c’est bien le christianisme tout entier que, en mettant la main sur la Jérusalem du Tibre, les sectes maçonniques se sont proposé d’atteindre. Lorsqu’on est parvenu à s’emparer du cœur, n’est-on pas en droit de se flatter qu’on éteindra graduellement la vie à toutes les extrémités du corps ?… Au reste qu’on médite cet aveu, qui s’est échappé des loges :
“… Ce jour-là, notre œuvre aura véritablement accompli ses destinées. Dans les édifices élevés de toutes parts, depuis des siècles, aux superstitions religieuses et aux suprématies sacerdotales, nous serons appelés à notre tour à prêcher nos doctrines, et au lieu des psalmodies cléricales qui y résonnent encore, ce se 3 ront les maillets, les batteries et les acclamations de notre ordre qui en feront retentir les larges voûtes et les vastes piliers (1)”.
3° PROJET : Effacer le nom du vrai Dieu
De même que ma main s’est emparée des royaumes consacrés aux idoles,
Ainsi j’emporterai les simulacres qu’on adore dans Jérusalem comme à Samarie.
Injure de lèse-majesté divine, dessein criminel, il y a tout cela dans ce troisième projet.
Injure de lèse-majesté divine ! puisque c’est à d’abjectes idoles adorées par le paganisme, à de schismatiques simulacres élevés à Samarie, que Sennachérib ose bien assimiler le vrai Dieu de Jérusalem ! Dessein criminel ! puisque ce vrai Dieu de Jérusalem, Sennachérib a projeté de L’arracher de son Temple, de L’emporter, de Le faire disparaître :
Ainsi j’emporterai les simulacres qu’on adore dans Jérusalem comme à Samarie.
Mais tout cela, est-ce seulement un récit du passé ? N’est-ce pas également de l’histoire contemporaine? Après avoir fait à Jésus-Christ l’injure de Le rabaisser jusqu’à l’assimiler à l’erreur et au schisme, jusqu’à traiter de superstitions les bienfaits de Sa Mère, n’est-on pas en train d’effacer même le nom du vrai Dieu? Et ce n’est pas seulement de Jérusalem, ainsi que le projetait Sennachérib, mais de partout, du monde entier, que les sectes maçonniques ont décrété d’en emporter, d’en faire disparaître les signes ! Tentative vaine, n’est-ce pas, chers lecteurs ? Tant qu’un chrétien restera en ce monde, ses deux bras, comme ceux de Moïse (Exode, XVII, 11), s’élèveront en croix sur la montagne, pour prouver que le signe du salut n’a pas disparu. Et tandis que ces deux bras de chrétien s’élèveront sur la montagne, au bas, dans la vallée, une petite fleur chantera : C’est Dieu qui nous donna nos formes et nos couleurs ; nous proclamons Son nom !
4° PROJET : Courber toutes les têtes sous le despotisme
Ma main s’est emparée, comme d’un nid, des boulevards des peuples ;
Comme on ramasse des œufs abandonnés, Ainsi j’ai ramassé toute la terre
Nul n’a osé remuer l’aile, Ni ouvrir la bouche pour se plaindre !
Il faut en convenir : C’est superbe de poésie et aussi de despotisme ! Ne point permettre que même on remue l’aile, qu’on entrouvre les lèvres pour se plaindre !… Tel était cependant, à l’égard de ses sujets courbés, le régime politique qu’exerçait le roi d’Assur.
Mais, elles aussi, les sectes maçonniques n’ont-elles point projeté de s’emparer de tous les peuples de la terre ? et si malheureusement l’Église n’était point là, elles les ramasseraient aussi facilement qu’on ramasse des œufs abandonnés. Ce serait alors le retour à Sennachérib. Déjà la société en a goûté les premières douceurs : l’enfant enlevé à sa mère, le cadavre d’un époux disputé et soustrait à son épouse ! Toutefois ce ne sont là encore que des préludes… Dans une autre prophétie, relative également à Sennachérib, Isaïe parle d’un frein de l’erreur placé entre les mâchoires des peuples, frœnum erroris quod erat in maxillis populorum (Isaïe, XXX , 28) ! Oui, l’homme assimilé à une bête, l’homme conduit et traité comme une bête, tel est, dans le programme secret que le démon a fait élaborer dans les loges, le joug réservé au genre humain, si on parvenait par une instruction obligatoire et athée à le séparer de Dieu ; et dans ce programme, cette clause : Défense de remuer l’aile, défense de soupirer une plainte ! Et que la pesanteur, que l’ignominie d’un pareil joug ne surprennent personne. C’est au profit de la tyrannie que l’erreur travaille, et toujours elle a mené les peuples à la servitude (2) !
Et maintenant, n’étais-je pas en droit de dire, en commençant, que Satan est toujours le même, et que pour changer de tactique, substituant la légalité à la violence, il ne laisse point de poursuivre toujours un même but :
• Amener l’homme à se substituer au Maître suprême,
• Renverser Jérusalem,
• Effacer le nom du vrai Dieu,
• Courber toutes les têtes sous le despotisme.
En deux mots : destruction de la Synagogue, dans le passé ; destruction de l’Eglise, dans le présent !

II. L’INTERVENTION DIVINE
Deux questions se posent infailliblement, en temps de persécution religieuse par rapport à l’intervention divine :
Quand se fera-t-elle ?
Comment se fera-t-elle ?
La suite de l’épisode biblique de Sennachérib va répondre à ces deux questions.
(…)
(1) Discours de clôture de session prononcé au convent de 1883 du Grand-Orient de France, par la F∴ Blatin, professeur à l’école de médecine de Clermont-Ferrand, imprimé par le F∴ Louis Hugonis et distribué depuis peu à tous les francs-maçons de France.
(2) Un éminent publiciste, qui a eu, comme le comte de Maistre, des vues d’avenir, a écrit ceci : “Le paganisme moderne a commencé par s’adorer lui-même dans la personne d’une prostituée, et il a fini par se prosterner aux pieds de Marat, le tyran cynique et sanguinaire, aux pieds de Robespierre, l’incarnation suprême de la vanité humaine et de tous ses instincts féroces et inexorables. Voici venir maintenant un nouveau paganisme ; il tombera dans un abîme encore plus profond et plus obscur ; déjà peut-être, dans les cloaques où gît la fange sociale, se forme le monstre qui courbera son front ; il lui mettra un joug dont rien dans le passé n’égale la pesanteur et l’ignominie”. (Œuvres de Donoso Cortès, t. III, p. 95, 97. Paris, 1862.)
Abbé Augustin Lemann, 1886, tiré des Cahiers Saint Charlemagne
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