Politique chrétienne selon saint Pie X

Toutes les tentatives faites dans notre pays depuis plus d’un siècle pour faire revenir la société française à l’Ordre ont échoué, parfois dramatiquement. Les raisons avancées ne manquent pas : influence des sociétés secrètes et de leur propagande, déchristianisation consécutive à la Révolution, laïcisation toujours plus accentuée des institutions, disparition des élites catholiques, illusions électoralistes, succès du marxisme et du libéralisme après les guerres mondiales, affaiblissement de l’Église catholique (déviation gravissime après Vatican II). Ces explications sont vraies mais partielles. Elles ne veulent pas voir les raisons de fond : on ne veut faire état que de demi-vérités, on privilégie l’immédiat, on cultive l’équivoque, sans souci de la saine doctrine préalable et d’une formation à long terme des intelligences. Plus grave encore : on a compté sur ses propres forces, pas sur Dieu d’abord, seule source sûre et solide de l’Ordre ; on n’a ni cherché, ni voulu le Règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ… Il est temps d’en tirer les enseignements !
1. Principe et fondement : foi catholique et Église catholique [1]
Nous ne nous cachons pas que nous choquerons quelques personnes en disant que nous nous occupons de politique. Mais… le Souverain Pontife, investi par Dieu d’un magistère suprême, n’a pas le droit d’arracher les affaires politiques du domaine de la foi et des mœurs.
Allocution Primum vos, 9 novembre 1903
De partis d’ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n’y en a qu’un : le parti de Dieu. C’est donc celui-là qu’il faut promouvoir, c’est à celui-là qu’il faut amener le plus d’adhérents possible, pour peu que nous ayons à cœur la sécurité publique.
Encyclique E supremi apostolatus, 4 octobre 1903
S’associer entre catholiques dans des buts divers, mais toujours pour le bien de la religion.
Encyclique E supremi apostolatus, 4 octobre 1903
Il n’est pas possible en effet de s’adonner à la vertu pour son compte et de vouloir protéger la paix et l’ordre public si la puissance divine de la religion ne comprime les élans impétueux du cœur et ne détermine les hommes à mépriser les biens périssables dans l’attente des biens éternels.
Lettre Ad sollemnem, 15 août 1912
Que votre foi ait pour témoins non seulement les murs du foyer domestique ou des réunions privées, mais les églises, les places publiques, les grands foules, les assemblées populaires… Rendez hommage à Dieu en quelque lieu et devant quelque personne que ce soit. N’ayez jamais la lâcheté de craindre les railleries de ceux qui voudraient fermer les lèvres ouvertes à sa louange…
Allocution Réconforté, 25 septembre 1904
…l’Église est militante et par conséquent dans une lutte continuelle. Cette lutte fait du monde un vrai champ de bataille et de tout chrétien, un soldat valeureux qui combat sous l’étendard de la Croix.
Le courage n’a de raison d’être que s’il a pour base une conviction. La volonté est une puissance aveugle quand elle n’est pas illuminée par l’intelligence et on ne peut marcher d’un pas sûr au milieu des ténèbres. Si la génération actuelle a toutes les incertitudes et toutes les hésitations de l’homme qui marche à tâtons, c’est le signe évident qu’elle ne tient plus compte de la parole de Dieu, flambeau qui guide nos pas et lumière qui éclaire nos sentiers… Il y aura du courage quand la foi sera vive dans les cœurs, quand on pratiquera tous les préceptes imposés par la foi ; car la foi est impossible sans les œuvres, comme il est impossible d’imaginer un soleil qui ne donnerait point de lumière et de chaleur. Cette vérité a pour témoins les martyrs.
Que l’on n’exagère pas, par conséquent, les difficultés quand il s’agit de pratiquer tout ce que la foi nous impose pour accomplir nos devoirs, pour exercer le fructueux apostolat de l’exemple que le Seigneur attend de chacun de nous. Les difficultés viennent de qui les crée et les exagère, de qui se confie en lui-même et non sur les secours du ciel, de qui cède, lâchement intimidé par les railleries et les dérisions du monde ; par où il faut conclure que, de nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais c’est la lâcheté et la faiblesse des bons et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens… Et à ce reproche qu’encourent les chrétiens pusillanimes et intimidés de tous les pays, ne peuvent se dérober un grand nombre de chrétiens de France.
Allocution Vi son grato, Ven. Fratello, 13 décembre 1908
Tous ceux donc qui sont appelés à diriger ou qui se consacrent à promouvoir le mouvement catholique, doivent être des catholiques à toute épreuve, convaincus de leur foi, solidement instruits des choses de la religion, sincèrement soumis à l’Église et en particulier à cette suprême Chaire apostolique et au Vicaire de Jésus-Christ sur la terre… Les catholiques, tout en respectant les obligations imposées par la loi de Dieu et les prescriptions de l’Église, peuvent user en toute sûreté de conscience pour se montrer, tout autant et mieux que les autres, capables de coopérer au bien-être matériel et civil du peuple, et acquérir ainsi une autorité et une considération qui leur permettent aussi de défendre et de promouvoir les biens d’un ordre plus élevé, qui sont les biens de l’âme.
Encyclique Il fermo proposito, 11 juin 1905
La vérité ne veut pas de déguisement ; notre drapeau doit être déployé ; c’est seulement par la loyauté et la franchise que nous pourrons faire un peu de bien, combattus, certes par nos adversaires, mais respectés par eux, de manière à conquérir leur admiration et, peu à peu, leur retour au bien.
Lettre Je réponds de ma main, 20 octobre 1912
… Plus l’Église est attaquée de toutes parts, plus les fausses maximes de l’erreur et de la perversion morale infectent l’air par leurs miasmes pestilentiels, plus vous aurez la possibilité d’acquérir de grands mérites devant Dieu, si vous faites tous vos efforts pour éviter la contagion et si vous ne vous laissez pas ébranler dans certaines de vos convictions, restants fidèles à l’Église.
Allocution La vostra presenza, 23 février 1913
Loin des joutes électorales et du système démocratique moderne, corrupteur par nature…, en se fondant sur le fond et quant à la méthode, sur la foi et la morale catholiques.
Vous vous abstenez de prendre une part active aux luttes des partis politiques. De telles luttes ne font que trop obstacle à cette union si désirée des âmes sans laquelle on ne peut rien espérer qui vaille des groupements catholiques pour les utilités poursuivies.…
Lettre Nous avons eu, 10 mai 1911
…l’avènement de la démocratie universelle n’importe pas à l’action de l’Église dans le monde.
Lettre Notre charge apostolique, 25 août 1910
Il faudra inculquer et suivre en pratique les principes élevés qui règlent la conscience de tout catholique : il doit se souvenir avant tout d’être en toute circonstance et de se montrer vraiment catholique, assumant et exerçant les charges publiques avec la ferme et constante résolution de promouvoir autant qu’il le peut le bien social et économique de la patrie et particulièrement du peuple, suivant les principes de la civilisation nettement chrétienne et défendre en même temps les intérêts suprêmes de l’Église, qui sont ceux de la religion et de la justice.
Encyclique Il fermo proposito, 11 juin 1905
C’est dans la mesure où pénètre dans la vie des hommes la force bénéfique de la religion, que l’on délibère en vue de la prospérité de l’État. Il ne sera pas possible de tout restaurer dans le Christ autant que c’est possible, si l’esprit du Christ, outre les mœurs de chacun et celles de sa famille, n’a pas pénétré les institutions politiques.
Lettre Missam a vobis, 10 juillet 1911
Pour respecter les lois humaines, il convient avant tout de respecter les lois divines et une fois que l’on manque aux lois de Dieu et de l’Église, la barrière est rompue, et le passage est ouvert à l’oubli de tout le respect dû aux lois humaines et à la destruction de tout ordre social.
Allocution Vi son grato, 28 septembre 1908
… L’Église, en sa longue histoire, a toujours et en toute occasion lumineusement démontré qu’elle possède une vertu merveilleuse d’adaptation aux conditions variables de la société civile ; sans jamais porter atteinte à l’intégrité ou à l’immutabilité de la foi, de la morale, et sauvegardant toujours ses droits sacrés, elle se plie et s’accommode facilement, en tout ce qui est contingent et accidentel, aux vicissitudes des temps et aux nouvelles exigences de la société.
Encyclique Il fermo proposito, 11 juin 1905
La force des sociétés est dans la reconnaissance pleine et entière de la royauté sociale de Notre-Seigneur et dans l’acceptation sans réserve de la suprématie doctrinale de son Église.
Lettre C’est avec une bien douce et grande satisfaction, 22 octobre 1913
Qu’ils soient persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d’hier ; que de tous temps l’Église et l’État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé et qu’il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionnalistes.
Lettre Notre charge apostolique, 25 août 1910
(Le Christ) n’a pas annoncé pour la société future le règne d’une félicité idéale, d’où la souffrance serait bannie ; mais par ses leçons et par ses exemples, il a tracé le chemin du bonheur possible sur terre et du bonheur parfait au ciel : la voie royale de la croix. Ce sont là des enseignements qu’on aurait tort d’appliquer seulement à la vie individuelle en vue du salut éternel ; ce sont des enseignements éminemment sociaux et ils nous montrent en Notre-Seigneur Jésus-Christ autre chose qu’un humanitarisme sans consistance et sans autorité.
Lettre Notre charge apostolique, 25 août 1910
Immense est le champ de l’action catholique ; par elle-même, elle n’exclut absolument rien de ce qui, d’une manière quelconque, directement ou indirectement, appartient à la mission divine de l’Église. On reconnaît sans peine la nécessité de concourir individuellement à une œuvre si importante non seulement par la sanctification de nos âmes, mais encore pour répandre et toujours mieux développer le règne de Dieu dans les individus, les familles et la société, chacun procurant selon ses propres forces le bien du prochain, par la diffusion de la vérité révélée, l’exercice des vertus chrétiennes et les œuvres de charité ou de miséricorde spirituelle et corporelle.
Encyclique Il fermo proposito, 11 juin 1905

La cité catholique, la civilisation chrétienne (l’union de la religion et de la patrie, selon Saint Pie X), repose (doctrine des Deux Glaives) sur la coopération harmonieuse de l’Église catholique et de l’autorité civile, la société civile étant composée de trois Corps intermédiaires, au premier rang desquels la Famille [2], instituée par la Loi divine.
2. CE QU’EST UNE SOCIÉTÉ CATHOLIQUE
2.1 La Famille et l’éducation catholiques
L’Esprit Saint a dit que les enfants ressemblent à leurs pères : exception faite pour quelques rameaux mauvais, qui ne correspondent pas à la nature de l’arbre auquel ils sont unis, la méchanceté des enfants doit être imputée à la négligence, à l’insouciance et, ce qu’à Dieu ne plaise, à la malice des parents. C’est pourquoi, si nous devons attendre quelque chose de bon pour la société, nous devons l’attendre spécialement de la famille… vos fils doivent croître semblables à vous, bons chrétiens et excellents citoyens.
Allocution Lamento ne piu ragionevole, 27 octobre 1907
L’éducation catholique des petits…
Il est facile de voir qu’en ces circonstances si malheureuses pour la France, ce qui, par-dessus tout, est en grand péril, c’est la jeunesse. Soustraite en grande partie à la sollicitude et à la tutelle de l’Église, elle est poussée en masse dans ces collèges publics et grands lycées, que l’on dirait faits tout exprès pour déraciner dans les âmes le sentiment religieux. Si nous ne pouvons complètement remédier à un pareil mal, du moins tout ce qui nous reste, à l’usage de nos jeunes gens, d’établissements d’instruction catholiques, nous devons faire tous nos efforts pour le conserver dans son intégrité. Il n’y a donc pas d’hésitation possible…
Lettre Sub exitum, 6 mai 1907
… et des adultes
Dans les circonstances si graves dans lesquelles se trouve la France catholique, alors que le pouvoir législatif n’est malheureusement trop souvent aux mains de ceux qui le détiennent qu’un instrument de persécution, il est nécessaire que des hommes, joignant à des principes religieux inflexibles une connaissance approfondie des questions juridiques, puissent venger le droit trop souvent méconnu, et tout au moins, éclairer ceux qui font les lois, ceux qui les appliquent et ceux qui les subissent.
Mgr Merry del Val,
Lettre à Henri-Lucien Brun,
directeur de la Revue catholique des institutions et du droit, 17 janvier 1910
Dans beaucoup d’esprits, la véritable notion de la loi s’est obscurcie ; en dehors de ceux qui sont restés fidèles aux enseignements traditionnels de l’Église et à la doctrine qu’elle a reçue de son Divin Fondateur, un grand nombre se sont laissés séduire par des erreurs philosophiques et par de faux principes issus de la Révolution. Rappeler le véritable fondement de la loi, établir l’existence de la loi naturelle qui en est la participation, montrer que le pouvoir législatif, comme tout pouvoir, vient de Dieu, indiquer l’action bienfaisante de l’Église dans les législations humaines… C’est à la philosophie traditionnelle comme aux enseignements de la foi que vous avez voulu demander la solution des questions que vous soulevez… Vous donnez ainsi aux convictions de vos auditeurs une base inébranlable, et vous les mettez en garde contre les dangers de certaines philosophies modernes.
Mgr Merry del Val,
Lettre au R. P. Janvier, 31 janvier 1910
Les bons livres et les bonnes publications
… Ceux qui cherchent le règne de Dieu et sa justice feront servir au bien même cette arme moderne de l’imprimerie.
Lettre Paulopolim, 18 décembre 1910
La défense publique du mariage et de la morale catholiques
Parmi ces devoirs, nous rappelons en particulier ceux-là : écarter du mariage chrétien le déshonneur et la honte des divorces ; veiller consciencieusement sur l’éducation des enfants à la maison et dans les écoles ; empêcher ces fléaux de la société humaine, la licence infâmante des spectacles, la pornographie dans les livres, la futilité et la frivolité dans les conversations et dans les réunions, le luxe effronté dans le vêtement…
Lettre Quae de istius, 22 novembre 1904
La pratique des retraites spirituelles
Les fruits qui s’ensuivent sont très nombreux et pleins d’une sainte consolation. Il arrive souvent que ceux qui ont apporté avec eux, dans cette maison de prière, des opinions fausses sur la religion et le nom de chrétien, mais vides du sens de leurs devoirs, en sortent avec des cœurs heureusement changés, destinés à donner par leur parole et leur exemple, à leurs compatriotes des conseils pour ranger leur vie.
Lettre Exercitiorum spiritualium, 8 décembre 1904
…la pratique des retraites qui ont produit des merveilles de foi et de sanctification, en faisant rayonner la perfection chrétienne de la vie personnelle à la vie familiale et à la vie sociale.
Mgr Merry del Val,
Lettre à M. L. Durand, président de l’Union des caisses rurales et ouvrières,
17 avril 1910
2.2 Les institutions économiques et sociales catholiques
[…]
La suite sur le site des ACRF (Amis du Christ Roi de France)
[1] Évidemment une Église elle-même « en ordre », prêchant « Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié », pas sa contrefaçon « conciliaire ».
[2] Les légistes royaux qualifiaient le Roi de France de « père des pères de famille ». Honoré de Balzac observe dans La Comédie Humaine, « qu’en coupant la tête à leur Roi, les Français ont détruit l’autorité des pères de famille ». Vérité d’évidence, deux siècles plus tard, à ceci près que ce ne sont pas « les Français » qui ont fait cela mais les initiés du complot révolutionnaire, complot qui se poursuit chaque jour sous nos yeux

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D’excellents principes, sans aucun doute. Mais si loin de la réalité aujourd’hui.