Une Vie Cachée, de Terrence Malick



    Si vous avez 2h53 devant vous, que vous appréciez les paysages autrichiens, une BO magnifique, les « petites histoires » de la longue histoire de la seconde guerre mondiale, vous interroger sur les questions éthiques ou morales, ou encore l’art du silence, du suggéré, le film « une vie cachée », de Terrence Malick est parfait.


    Prenant comme cadre un joli petit village alpin, loin du vacarme de ce monde, rythmé par les saisons et les travaux des champs, les naissances et le temps liturgique – et saisissant l’opportunité de la récente « béatification » du personnage principal, Franz Jägerstätter – le réalisateur brosse le portrait et le drame, d’une famille attachante, parce qu’heureuse, épanouie, féconde, au matin du déclenchement de la seconde guerre. Au-delà des règles communément acceptées en temps troubles, notre « objecteur de conscience », comme ils disent, refuse de faire allégeance à Hitler.


    Il va donc à contre-courant de l’enthousiasme général et reste lucide, à l’opposé de l’engouement morbide (le même qu’en 14) et l’ivresse romantique de ses compatriotes : il refusera catégoriquement de se faire enrôler. Ce qui le détermine peut-être plus encore, c’est la question morale sur laquelle de nombreux théologiens ont dû plancher sérieusement :

Doit-on, ou peut-on, servir un chef illégitime, tyrannique, un despote ? La désolation entrevue à travers des films de propagande, lors d’entraînements militaires, les échos de la politique malthusienne entreprise par les nationaux-socialistes, petits détails qui doivent être quelques aliments de sa réflexion, le décident à un refus définitif de participer. Il essuie le rejet croissant de la population acquise à la politique belliciste du régime, tout comme le maire, et les agents de recrutement nazis.


    Malick se concentre surtout sur le cheminement intérieur de son personnage, et ne porte pas de jugement moral sur la légitimité ou pas du nazisme – il ne hurle pas avec les loups -, comme de la question de savoir ce qu’il doit être fait des récalcitrants, ça n’est pas son sujet. Sa caméra est toute braquée sur la question de la liberté d’un individu et des conséquences qui, lorsque nous sommes attachés fermement à des principes, peuvent advenir.

C’est peut-être la foi qui l’entraîne, en tout cas, qui lui donne cette force, bien qu’il ne soit pas éclairé par son prêtre ou encore par l’évêque qu’il va interroger. Ce dernier se retranche apparemment servilement au « il faut rendre à César ce qui appartient à César » : le devoir de donner sa vie pour la patrie si besoin. En réalité il se pourrait bien qu’il soupçonne la manœuvre d’un informateur malintentionné.

L’encyclique du pape Pie XI de mars 1937, « Mit brennender Sorge – Sur la situation de l’Église catholique dans l’Empire allemand », n’était peut-être pas pleinement connue : et les « autorités » – comme en France le gallicanisme l’a fait – ont dû aider à faire oublier cette pièce du Magistère, gênante pour le Reich et clivante pour tout catholique.


    Malgré la difficulté, les brimades et plus encore, l’espoir de plus en plus impossible d’une solution terrestre, le prisonnier brille, et la grâce l’aida sans doute à s’élever vers ce qui résoudra ce que son cœur encore plus que son intelligence ne peut concilier.

Quant à savoir si il est martyr de la foi catholique, attendons d’avoir un pape, et une autorité, légitime donc, pour trancher la question…

Film indispensable en cette heure de dictature covidesque !

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