La double mission de Jeanne d’Arc – Abbé Coubé


Supprimez donc, la fille aînée de l’Église. Qui soutiendra l’idée ? Qui vengera le droit ? Qui répandra des flots de sang pour le Christ comme la race de Clovis aimait à le faire ?

« Je vois, écrivait Joseph de Maistre, en 1791, au moment où la Convention le jetait sans asile hors de son pays, je vois dans la destruction de la France le germe de deux siècles de massacre …, L’ABRUTISSEMENT IRREPARABLE DE L’ESPÈCE HUMAINE et même, ce, qui vous étonnera beaucoup, une plaie mortelle pour la religion. »

Il faut en conclure que tant que la France voudra remplir sa mission suivant le programme de Jeanne d’Arc, Dieu ne lui en enlèvera pas le glorieux privilège, car Il ne rejette que qui Le rejette. Il y a donc là pour nous, si nous le voulons, un principe infaillible de rénovation. Grâce à ce principe, la France est toujours sortie indemne de toutes les catastrophes qui auraient dû l’anéantir ; grâce à lui, son existence a été une alternative de chutes et de relèvements qui déconcertent la philosophie de l’histoire et qu’il faut juger de plus haut, dans une lumière surnaturelle ; grâce à lui, elle participe à cette grande vie de l’Église qui est faite de passions et de résurrections comme à cette grande vie de la nature que rythment les nuits et les jours.


A toi donc, ô blanche nation, ô gardienne de l’idée, ô vengeresse du droit, ô soldat de l’Église, à toi, ma France, la couronne, à toi l’immortalité !

N’est-il pas doux de constater que, longtemps avant nous, nos pères ont eu conscience de ce grand théorème de l’immortalité exceptionnelle de la France ? Et, chose touchante, nous en trouvons l’expression sous la plume d’un contemporain de Jeanne d’Arc, le président Thomassin. Il écrivait, quelques années après le supplice de Rouen, cette phrase superbe que tout Français devrait connaître : « Sache un chacun que Dieu a aimé et aime le royaume de France et l’a spécialement élu pour son héritage et, pour ce, NE PEUT LE LAISSER PERIR. Mais, sur tous les signes d’amour que Dieu lui a envoyés, il n’y en a point de si grand ni de si merveilleux que celui de cette Pucelle ».

Laissons donc, Messieurs, laissons aller nos cœurs à ces grandes et fortifiantes pensées. Chantons nous à nous-mêmes ces belles espérances pour nous donner du cœur. Dans l’impressionnante immensité de cette cathédrale, où toutes les pierres sont presque de notre race et de notre famille, tant elles ont été associées à notre vie nationale, tant elles ont vu passer de générations de nos aïeux, dans cette inoubliable fête qui nous permet de boire un instant au calice des gloires passées, détournons les yeux des tristesses ambiantes et suivons du regard le doigt de la Pucelle, qui nous montre dans son programme, dans notre vocation surnaturelle, le secret des grandeurs et des prospérités humaines, une France plus belle que l’ancienne dans le flamboiement de l’avenir.

Mais pour que ces espérances deviennent des réalités, nous devons nourrir dans nos cœurs les sentiments de foi qui animaient celui de Jeanne. Oh ! aimons comme elle ce Jésus qui est le vrai roi de France ! Aimons aussi comme elle cette France, royaume et soldat de Jésus-Christ. Certes, nous avons admiré notre héroïne, n’est-il pas vrai ? Etait-elle assez belle, assez superbe, quand elle entraînait nos bons paysans et nos chevaliers de France à la victoire. Eh bien ! ne l’oublions pas, Jeanne n’a été la Grande Française dont nous sommes fiers que parce qu’elle a été la Grande Chrétienne ! Elle n’a été la Jeanne des batailles, la Jeanne de la victoire ? que parce qu’elle a été la Jeanne de la prière et de l’Eucharistie.


0 vous donc qui voulez marcher à sa suite et seconder la chère Libératrice, écoutez ce qu’elle vous dit en vous enrôlant sous son drapeau :
JHESUS MARIA ! FRANCAIS !

Si vous voulez lutter et travailler avec moi au salut de la patrie, il vous faut accepter les lois que j’imposais jadis à mes compagnons de guerre, à mes braves d’Orléans et de Patay. Je les voulais bons chrétiens. Je leur répétais sans cesse : c’est le péché qui fait perdre les batailles. Vous savez sur quel dos je brisai un jour mon épée pour empêcher la luxure de venir les contaminer dans mon camp. Je les adjurais de n’aller au feu que fortifiés par les sacrements. Je m’étais formé une troupe selon mon cœur, composée des meilleurs chrétiens, d’hommes qui communiaient souvent ; avec ce petit bataillon, je n’aurais pas craint d’attaquer les armées anglaises les plus formidables.


Commencez ainsi par vous réformer vous-mêmes ; si vous ne le voulez pas, ne me dites pas que vous voulez me suivre ; vous n’êtes pas de la race des sauveurs, de la race dont je fais mes soldats.

JHESUS MARIA ! FRANCAIS !


Jésus-Christ ne doit pas seulement régner dans vos cœurs : il doit régner dans vos lois. Vous avez proclamé la liberté pour tous en ce siècle ! Donnez-la donc à Jésus-Christ aussi ! Qu’Il puisse parler dans vos assemblées publiques, qu’Il triomphe dans les manifestations populaires, qu’Il puisse traverser en paix son beau royaume au milieu des processions et des fleurs, qu’Il rayonne dans vos drapeaux comme il l’a demandé à ma sainte sœur Marguerite-Marie. Si vous ne Lui obéissez pas, ne me dites pas que vous voulez être de mon armée !

JHESUS MARIA ! FRANCAIS !


Voilà mon programme ! Si vous voulez le suivre, venez ! Vous serez mes Dunois et mes Xaintrailles. Oui, venez et, vive Dieu ! il y aura encore pour la France des beaux jours comme ceux d’Orléans et de Patay ; venez, je vous conduirai à cette grande entreprise dont je disais aux Anglais que jamais plus beau fait d’armes n’aura été achevé pour la Chrétienté. La France sera ainsi le très saint royaume de Jésus-Christ : elle accomplira les grands gestes de Dieu…. et je serai, moi, une seconde fois la Libératrice de mon pays.


Voilà, Messieurs, ce que nous dit Jeanne, voilà ce que vous disent les drapeaux suspendus à ces voûtes et à ces murailles qui retombent comme alourdis par le poids des glorieux souvenirs accumulés dans leurs plis. Ce sont des noms de triomphe : Orléans, Meung, Beaugency, Patay, Reims, qu’ils vous cachent et vous découvrent tour à tour dans leurs frissons ; c’est toute l’épopée de Jeanne ondulant sur vos têtes en lettres d’or.

Ah ! drapeaux, drapeaux sacrés, apprêtez-vous à la revivre, la splendide épopée que vous nous racontez, car Jeanne va vous reprendre et vous reconduire avec nous au chemin de l’honneur. Toujours nous aurons devant les yeux votre grand geste, quand, soulevés par le vent, vous nous montrez le ciel. Toujours nous entendrons votre grande voix qui nous crie : Jhesus Maria ! Vous nous conduirez par les luttes de la pensée, de la parole, de l’action, à la délivrance de l’Église et de la patrie et à la conquête de nos libertés chrétiennes.


Nous mènerez-vous à d’autres victoires ? Nous n’osons pas le demander. Dormez plutôt, dormez tant qu’on ne vous provoque pas, dormez, dans l’air tranquille, dans la grande paix dont nous avons besoin. Mais, si un jour on nous insulte, si de l’âme d’un canon part l’étincelle qui doit mettre le feu au monde, drapeaux ! drapeaux ! mettez-vous en marche dans l’orage : nous vous suivrons ! Si la divine Libératrice nous précède, si vos hampes sont portées par des mains pures comme les siennes, nous savons à quel sacre de gloire vous nous conduirez. Heureux alors ceux qui combattront à votre ombre ! Heureux ceux qui mourront enveloppés du doux linceul de vos plis ! Plus heureux ceux qui vous ramèneront dans nos vieilles cathédrales, au chant du Te Deum, illuminés des feux de la victoire !
Ainsi soit-il !


(La double mission de Jeanne d’Arc – Abbé Coubé ; discours prononcé le 14 mai 1899 en l’église Notre-Dame de Paris) (Fin du discours)

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