Peut-on être catholique sans être royaliste ? Pierre Joly

sacre du roi

« Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui à Dieu. » [1]N.S.J.C

Dans un premier temps, il convient d’abord de rappeler que tous les régimes n’ont pas le même degré de justice, car certains gouvernements sont meilleurs que d’autres.

Saint Thomas d’Aquin : « Comme le gouvernement d’un roi est le meilleur, ainsi le gouvernement d’un tyran est le pire. À la république s’oppose la démocratie, l’une et l’autre étant un gouvernement exercé par le plus grand nombre ; à l’aristocratie s’oppose l’oligarchie, l’une et l’autre étant exercée par le petit nombre ; quant à la royauté, elle s’oppose à la tyrannie, l’une et l’autre étant exercée par un seul homme. […] Un gouvernement juste est d’autant plus utile que son organe de direction est plus unifié, de sorte que la royauté est meilleure que l’aristocratie, et l’aristocratie est meilleure que la république. Ainsi en sera-t-il inversement pour le gouvernement injuste, de sorte que plus son organe directeur est unifié, plus il est nuisible. La tyrannie est donc plus nuisible que l’oligarchie, et l’oligarchie est plus nuisible que la démocratie. » [2]

Pourtant, il est permis de penser que le régime parfait puisse combiner plusieurs formes de gouvernement à la fois.

Saint Thomas d’Aquin : « Voici donc l’organisation la meilleure pour le gouvernement d’une cité ou d’un royaume : à la tête est placé, en raison de sa vertu, un chef unique ayant autorité sur tous ; puis viennent un certain nombre de chefs subalternes, qualifiés par leur vertu ; et cependant la multitude n’est pas étrangère au pouvoir ainsi défini, tous ayant la possibilité d’être élus et tous étant d’autre part électeurs. Tel est le régime parfait, heureusement mélangé de monarchie, par la prééminence d’un seul, d’aristocratie, par la multiplicité de chefs vertueusement qualifiés, et de démocratie, ou de pouvoir populaire, du fait que de simples citoyens peuvent être choisis comme chefs, et que le choix des chefs appartient au peuple. Et tel fut le régime institué par la loi divine. En effet, Moïse et ses successeurs gouvernaient le peuple en qualité de chefs uniques et universels, ce qui est une caractéristique de la royauté. Mais les soixante-douze anciens étaient élus en raison de leur mérite : “Je pris dans vos tribus des hommes sages et considérés, et je les établis comme chefs ” (Deutéronome 1 ; 15) ; voilà l’élément d’aristocratie. Quant à la démocratie, elle s’affirmait en ce que les chefs étaient pris dans l’ensemble du peuple : “Choisis parmi tout le peuple des hommes capables etc.” (Exode 18 ; 21) ; et que le peuple aussi les désignait : “Présentez, pris parmi vous, des hommes sages.” (Deutéronome 1 ; 13). L’excellence des dispositions légales est donc incontestable en ce qui touche à l’organisation des pouvoirs. […] La royauté est la forme la meilleure de gouvernement, si elle reste saine ; mais elle dégénère facilement en tyrannie, à cause du pouvoir considérable qui est attribué au roi, si celui qui détient un tel pouvoir n’a pas une vertu parfaite… » [3]

D’ailleurs, l’Église ne rejette aucune forme de gouvernement.

Léon XIII : « Quand on est sous le coup ou sous la menace d’une domination qui tient la société sous la pression d’une violence injuste, ou prive l’Église de sa liberté légitime, il est permis de chercher une autre organisation politique, sous laquelle il soit possible d’agir avec liberté. […] En outre, préférer pour l’État une constitution tempérée par l’élément démocratique n’est pas en soi contre le devoir, à condition toutefois qu’on respecte la doctrine catholique sur l’origine et l’exercice du pouvoir public. Des diverses formes du gouvernement, pourvu qu’elles soient en elles-mêmes aptes à procurer le bien des citoyens, l’Église n’en rejette aucune ; mais elle veut, et la nature s’accorde avec elle pour l’exiger, que leur institution ne viole le droit de personne et respecte particulièrement les droits de l’Eglise. » [4]

Ceci dit, l’Église admet volontiers que la monarchie constitue le meilleur des gouvernements.

Pie VI : « Le Roi très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de la sentence. La Convention Nationale n’avait ni droit ni autorité pour la prononcer. En effet, après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple… » [5]

Cependant, quelle que soit la forme du gouvernement, la liberté de culte n’a pas sa place dans une société sainement constituée.

Pie VI : « On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ; et cependant seule la religion catholique était proscrite. Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons. […] Tel est le caractère constant des hérésies. Tel a toujours été, dès les premiers siècles de l’Église, l’esprit des hérétiques… » [6]

Et pour cause, car cette liberté de culte est nuisible au bien commun, étant donné qu’elle a pour conséquence de détruire l’ordre public.

Saint Robert Bellarmin : « Car, quand ils tuent les âmes, ils [les hérétiques] nuisent aux autres beaucoup plus que les pirates et les voleurs de grand chemin. Bien plus, ils enlèvent le fondement de tout bien, et remplissent la république de tumultes qui proviennent nécessairement de la diversité des religions. » [7]  

Notons également que la préservation de la république – au sens chrétien du terme [8] – consiste avant tout à défendre la religion et la loi de Dieu.  

Adrien VI : « Certes, les Maccabées défendaient la religion et la loi de Dieu avec un autre zèle, une autre ferveur que nous, en qui il paraît qu’il ne reste plus que le nom seul de chrétien, et très peu de la vertu qu’exige ce nom, puisque nous sommes plus soucieux de nous venger de nos ennemis particuliers que de ceux de Dieu et de sa sainte foi, et que, pour accomplir ce désir temporel qui est le nôtre, nous mettons toute la république chrétienne en danger de se perdre. » [9]

Cette république chrétienne – à ne pas confondre avec la république maçonnique – a principalement pour fonction de privilégier les intérêts de la chrétienté par rapport aux intérêts particuliers des souverains temporels.

Adrien VI : « Si nous gardons et défendons les intérêts de notre foi et de notre religion, et si nous aimons mieux souffrit quelque préjudice dans nos intérêts particuliers, que d’être indifférents au dommage de la république chrétienne, Dieu nous aidera en tout, et de sa main il vaincra les ennemis. » [10].

Continuer de lire l’article sur :

https://www.contre-revolution.fr/peut-on-etre-catholique-sans-etre-royaliste/

AJOUTEZ VOTRE COURRIEL POUR RECEVOIR NOS ACTUALITÉS

Catholiques de France

Ce site a pour ambition de défendre le magistère et la Foi Catholique dans son intégralité et sans concession, dans un esprit de foi et de charité. Notre devise : Pour sauver la France éternelle conservons la Foi de nos pères.

2 thoughts on “Peut-on être catholique sans être royaliste ? Pierre Joly

    1. Je ne cherche aucunement à vous contredire, mais souhaiterais savoir ce que vous pensez de ceci :

      Acceptez la République, c’est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous; respectez-la ; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu.

      – Léon XIII, Notre Consolation (Rome, 3 mai 1892).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *