Mise en garde contre la fausse mystique Maria Valtorta

Les Erreurs du Poème de l’Homme-Dieu de Maria Valtorta – Guillaume Von Hazel

Maria Valtorta (1897-1961) était une mystique italienne née dans la région de Naples. Après avoir été violemment agressée dans la rue par un délinquant qui la frappa dans le dos avec une barre de fer en mars 1920, Valtorta se retrouva alitée et souffra toute sa vie de graves douleurs.

Après un passage à l’Action Catholique à la fin des années 1920, la santé de cette jeune fille pieuse et dévouée à Sainte Thérèse de Lisieux se détériore à un tel point qu’elle ne peut bientôt plus quitter son lit. En 1931, elle fait un vœu privé de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. A partir de 1934, son état de santé lui impose de demeurer alitée en permanence.

À partir du vendredi saint de l’année 1943 et jusque dans les années 1947-1953, Valtorta affirme recevoir des messages et des visions surnaturelles de Jésus-Christ lui-même. Elle met ces messages par écrit pendant toutes ces années dans des cahiers sur l’instruction de ce « Jésus ». Ces messages sont tellement abondants qu’elle finit par remplir 122 cahiers, soit 15000 pages manuscrites décrivant les visions, révélations et instructions qu’elle affirme avoir reçu de la part du Christ Lui-même.

Ces écrits, dans leur ensemble, sont généralement connus jusqu’à ce jour sous le titre de « Poème de l’homme-Dieu » ou encore « L’évangile tel qu’il m’a été révélé ».

Ces écrits sont recueillis par son directeur spirituel, le père Romuald Migliorini, membre de l’Ordre des Servites de Marie et ancien vicaire apostolique en Afrique. Il semble par ailleurs que dans un premier temps, Maria Valtorta était plutôt réticente à l’idée de publier ses « révélations ». Ce n’aurait été que sur l’insistance des pères Migliorini et Berti qu’elle aurait consenti, en 1947, à leur publication.

C’est ainsi que le père Migliorini confia la retranscription des manuscrits au Père Corrado Berti, professeur de théologie dogmatique, qui les confia à son tour au R.P. Béa, de fâcheuse mémoire. Selon le père Pacwa, rapportant les propos du CEDIVAL (Canadian Central Distributors for Valtorta), le R.P. Béa, alors recteur de l’Institut Pontifical Biblique, aurait déclaré après lecture : « J’ai lu plusieurs des livres écrits par Maria Valtorta…Sur le plan de l’exégèse, je n’ai trouvé aucune erreur dans les parties que j’ai examinées ».

Retenez bien ceci pour la suite.

Toujours selon le CEDIVAL, les pères Migliorini, Berti et Cecchin auraient rencontré le pape Pie XII en audience en février 1948. Si la rencontre eu bien lieu, comme en atteste l’Osservatore Romano du 27 février 1948, le père Berti prétendit ensuite avoir reçu du pape Pie XII une approbation orale pour la publication des manuscrits de Valtorta.

Cette affirmation, colportée sans la moindre preuve par les adeptes de Valtorta, nous parait complètement fausse. La teneur des « révélations de Valtorta » que nous allons examiner plus tard suffira à démontrer qu’il est ridicule de supposer que le pape Pie XII ait pu donner une telle approbation, comme s’il avait pu avoir le temps de se plonger dans les 10000 pages insipides du manuscrit.

De fait, après que le père Berti ait apporté les manuscrits à la presse Vaticane, en 1949, un premier couperet tombe immédiatement : les vigilants commissaires du Saint Office, Mgr. Giovanni Pepe et le Père Berruti O.P. condamnent les écrits de Valtorta et ordonnent au père Berti de leur remettre immédiatement toutes les copies existantes. Ils le forcent également à signer un engagement à ne jamais les publier.

Or, le Père Berti désobéit. Il ne remit que les copies typographiées au Saint Office et remit les manuscrits auprès de Valtorta. Puis, il se rendit chez l’imprimeur Pisani et fit imprimer le premier volume en 1956 sous le titre de « Poème de Jésus ». Les autres volumes furent ensuite publiés annuellement jusqu’en 1959, date à partir de laquelle toutes les « révélations » sont publiées sous le titre de « Poème de l’homme-Dieu ».

Après 10 ans d’enquête sous le pontificat de Pie XII, une nouvelle sentence tombe dès le 16 décembre 1959 par un décret du Saint Office qui condamne à nouveau toutes les pseudo-révélations de Valtorta et interdit toute impression ou toute distribution de ces textes, qui sont placés à l’Index des livres prohibés :

Les éminentissimes et très révérends cardinaux de la Suprême Congrégation du Saint Office, à qui a été confié la sauvegarde des choses ayant attrait à la Foi et aux mœurs, après avoir recueilli les précédents opinions des consultants, ont unanimement condamné et ordonné que les livres écrits par un auteur anonyme en quatre volumes, soient inscrits à l’index des livres prohibés. Le premier de ces livres étant :

Il Poema di Gesu (Le poème de Jésus), chez l’imprimeur M. Pisani

Suivi de :

Il Poema dell’Uomo-Dio (Le poème de l’homme-Dieu), ibidem.

Le vendredi de ce même mois et de cette même année, le très saint père Jean XXIII, pape par la grâce de la divine providence, après avoir entendu les rapports des très révérends pères, approuva cette décision et ordonna sa publication.

Donné à Rome, au Saint Office, le 5 Janvier 1960. Sebastian Masala, Notaire.

Dans l’Osservatore Romano du 6 Janvier 1960, on lit la notice suivante, qui explique la décision du Saint Office et qui résume pour nous la teneur générale de l’œuvre de Valtorta :

Les raisons de cette mise à l’index sont facilement compréhensibles pour ceux qui ont eu la douloureuse patience de lire les 4000 pages de cette édition. Tout d’abord, le lecteur est frappé par la longueur des discours attribués à Jésus et à la Très Sainte Vierge, ainsi que par les interminables dialogues entre les nombreux personnages qui peuplent ces passages. Les Quatre Evangiles nous présentent un Jésus humble, réservé. Ses discours sont parcimonieux, précis, et ont une efficacité maximale. A l’inverse, dans cette espèce de fiction, Jésus est décrit comme bavard, presque revendicatif, toujours prêt à se déclarer lui-même le Messie et le Fils de Dieu et à donner des leçons de théologie avec les termes qu’emprunterait un professeur de notre époque. Dans l’Evangile, nous admirons l’humilité et le silence de la Mère de Jésus. Ici, au contraire, l’auteur de ce livre montre la Sainte Vierge comme une sorte de propagandiste moderne, présente dans tous les coups, toujours prête à donner des leçons de théologie mariale, présentées à la manière des études actuelles. L’histoire se poursuit lentement, au milieu des ragots. On découvre de nouveaux faits, de nouvelles paraboles, de nouveaux personnages et beaucoup, beaucoup de femmes suivant Jésus. Certains passages sont ainsi fort scabreux et rappellent les descriptions et les scènes que l’on trouve dans les romans modernes. Pour ne donner que quelques exemples : la confession faite à Marie par une certaine Aglaé, une femme de mauvaise vie (volume 1, p. 790), une histoire bien peu édifiante (volume 1, p. 887), une danse réalisée, certainement pas de façon modeste, devant Pilate dans le Prétoire (volume 4, p. 75), etc. Arrivés à ce point, une réflexion nous vient spontanément : cet ouvrage, par sa nature et selon les intentions de l’auteur et de l’éditeur, pourrait aisément tomber dans les mains des religieux et des élèves de leurs écoles. Dans ce cas, la lecture de passages tels que nous les avons cités, pourrait difficilement se faire sans danger ou sans dommages spirituels. […] Au milieu de tant de prétentions de culture théologique, on trouvera dans cet ouvrage quelques perles qui ne brillent certainement pas de l’éclat de l’orthodoxie catholique. […] Ainsi, même si cet ouvrage n’avait prétendu n’être qu’un roman, il aurait aussi bien mérité sa condamnation en raison de son irrévérence. Mais en réalité, les intentions de l’auteur vont bien plus loin que cela. En effet, vers la fin du 4e volume, à la page 839, l’auteur se révèle. C’est une femme et elle écrit qu’elle est un témoin de tous les temps messianiques et qu’elle s’appelle Maria.

Malgré la condamnation du Saint Office, ainsi que la recension pour le moins hostile de l’Osservatore Romano (doublée d’une autre le 1er Décembre 1961), une seconde édition du Poème fut publiée, puis traduite en allemand, en français, en espagnol et en anglais.

Précisons encore une fois que l’enquête et la condamnation sont l’œuvre des loyaux cardinaux et pères du Saint Office sous Pie XII. Jean XXIII ne fit que ratifier une décision prise bien avant son intrusion, et il lui aurait été bien mal avisé de s’y opposer, alors qu’il devait discrètement lancer le programme de destruction moderniste avec le concile de Vatican 2. Notez aussi que peu de temps après Vatican 2, Paul VI, en plus de supprimer le Saint Office, supprima également l’Index des Livres Prohibés. Nous verrons plus loin dans cet article comment la hiérarchie conciliaire a considéré les « révélations » de Valtorta au fil du temps.

Car en effet, si nous écrivons cet article, c’est parce que jusqu’à aujourd’hui, on observe dans certains milieux conciliaires, et même dans certains milieux traditionnalistes, une dévotion proprement obsessionnelle pour l’ouvrage de Maria Valtorta. Certes, la passion désordonnée pour la fausse mystique et l’attrait malsain de l’apparitionnisme n’est pas une chose nouvelle. La Chrétienté a connu son lot de phénomènes de ce type par le passé.

Comme nous allons le prouver, les « révélations » de Maria Valtorta, en plus de contenir des erreurs théologiques énormes, contiennent également des blasphèmes épouvantables contre Notre Seigneur Jésus-Christ et contre la Très Sainte Vierge Marie.

Comment expliquer que ces pseudo-révélations aient pu trouver de l’intérêt chez des prêtres d’avant Vatican 2 comme le père Romualdo Migliorini (le directeur spirituel de Valtorta) ou comme le frère Juan de Escobar qui en traduisit l’édition espagnole à la fin des années 1970, sinon en considérant que ces clercs étaient déjà séduits par les idées modernistes qui se dégagent de l’œuvre ?

Comment expliquer aussi que même des catholiques plutôt proches de la Tradition se passionnent ou recommandent la lecture de ce tissu d’horreurs ?

Nous avertissons les lecteurs que certains passages que nous allons décrire plus bas sont très réellement choquants, tant ils insultent l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ et de Sa Très Sainte Mère. Nous ne les reproduirons que partiellement, avec autant de retenue que possible, mais de façon suffisamment exhaustive pour que les adeptes de Valtorta réalisent qu’il est urgent pour eux de cesser au plus tôt d’accorder du crédit à ces fausses révélations.

Aspect général du Poème de l’homme-Dieu

D’une façon générale, et comme l’a bien expliqué l’article de l’Osservatore Romano, et comme le titre de l’ouvrage le suggère lui-même, ce qui frappe avant tout, c’est que le Poème de l’homme-Dieu nous présente un « Jésus » excessivement humanisé. En conséquence de quoi la perfection de sa nature humaine est rabaissée à l’extrême, tandis que sa divinité est pour ainsi dire effacée.

En ce qui me concerne, lorsque je lus pour la première fois quelques passages du Poème il y a quelques années, mon impression se fixa rapidement sur une conviction claire : ces révélations sont fausses. Elles sont soit l’œuvre d’une malheureuse fabulatrice, ou bien d’une malheureuse ignorante trompée par le démon.

Il suffit de jeter un œil sur l’horrible croquis du « Jésus », réalisé par l’artiste Lorenzo Ferri sur les instructions directes de Valtorta (ci-dessous), pour être frappé de frayeur et de dégout. Nous avons ici affaire à un faux Jésus, à un Christ gnostique, et non pas à Notre Seigneur Jésus-Christ. Le contenu de cette œuvre putride que nous allons maintenant analyser achèvera de vous convaincre de son extrême dangerosité.

Le « Jésus » de Valtorta apparait donc globalement plutôt comme un homme fait Dieu, plutôt que comme Dieu fait homme. Depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte, le « Jésus » de Valtorta est décrit comme un individu sans grande dignité, agité, gourmand, et surtout, quasiment sans aucune conscience de sa mission, de sa messianité et de sa divinité, comme s’il ne la découvrait qu’au fur et à mesure de sa vie.

De la même façon, la « Marie » de Valtorta est présentée sans aucune dignité, mais comme une femme agitée, bavarde et mondaine. À l’instar du faux Jésus, la « Marie » de Valtorta est décrite comme étant partiellement ignorante de sa sainteté particulière, ce qui s’en ressent dans la manière par laquelle elle nous est présentée.

De plus, comme le remarquait Anselmo de la Cruz dans un excellent article, un autre aspect du Poème de l’homme-Dieu est son ton particulièrement graveleux, commun et vulgaire. On y trouve une certaine propension à parler de choses impures et on y décèle « une obsession sexuelle généralisée », selon le mot d’un critique catholique bien avisé.

Pour le reste, le style du discours est la plupart du temps parfaitement indigne de toute parole inspirée. Comme le notèrent de sages observateurs du temps de la parution du Poème, ce qu’on peut en dire, au grand minimum, c’est qu’il s’agit là d’un très mauvais roman. D’après nous, c’est bien pire que cela.

Voyons à présent les problèmes théologiques graves que l’on trouve dans cet ouvrage.

La Révélation biblique n’est pas close et doit être complétée par de nouvelles révélations

Selon les messages du « Jésus » de Valtorta, la Révélation divine n’est pas close et n’est pas parfaitement possédée par l’Église. Il faut y ajouter et y remplacer certaines parties, devenues obscures au fil des âges, d’autres ayant disparu. Les passages ci-dessous se trouvent dans le volume 11, aux pages 887 et suivantes, dans l’édition du Centro Editoriale Valtortiano de 1987.

On fait dire à ce « Jésus » :

Ta mission est d’illuminer certains points que diverses circonstances ont recouverts de ténèbres, formant ainsi des zones obscures dans la lumière des livres évangéliques et des points qui semblent fracturés. Et pour ces points obscurs entre un épisode et un autre, des points indéchiffrables, ceci est la clé pour comprendre certaines situations de façon exacte.

Plus loin, « Jésus » affirme à l’endroit de ceux qui voudraient remettre en cause les « visions » de Valtorta :

S’ils répondent que la Révélation s’est close par le dernier Apôtre et que rien de doit être ajouté, voici : Et si je désirais reconstruire l’image de ma divine charité, comme l’on restaure les mosaïques en rénovant les parties endommagées et manquantes, et si je remplaçais les parties manquantes et désirais faire ceci en ce siècle alors que l’espèce humaine est plongée dans les ténèbres ? En vérité,  tu devrais me remercier, car j’ai ajouté de nouvelles lumières à la lumières que tu possèdes, laquelle ne suffit plus pour voir ton sauveur.

Remarquez ici qu’on ne parle pas de simples révélations privées qui pourraient édifier les fidèles par quelque enseignement vertueux ou quelque instruction pouvant aider à grandir spirituellement ou à approfondir légitimement quelque point de la foi. Non, ici, le « Jésus » de Valtorta affirme que la Révélation n’est pas parfaite, qu’elle s’est obscurcie au fil du temps et qu’il en manque certaines parties, lesquelles doivent être remplacées.

Tout ceci s’oppose complètement à la Sainte Écriture et aux dogmes de l’Église. On lit dans les derniers versets du livre de l’Apocalypse :

Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu lui ajoutera à lui les plaies écrites dans ce livre ; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu lui retranchera sa part du livre de vie, et de la ville sainte, et de ce qui est écrit dans ce livre. – Apocalypse 22 ; 18-19

Le Concile du Vatican, reprenant le dogme prononcé au Concile de Trente, affirme :

Si quelqu’un ne reçoit pas dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, comme sacrées et canoniques, les Livres de l’Écriture, comme le saint concile de Trente les a énumérés, ou nie qu’ils soient divinement inspirés ; qu’il soit anathème. – Constitution Dogmatique Dei Filius, Canon 2

Le Concile du Vatican enseigne aussi :

Le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi. – Constitution dogmatique Pastor Aeternus, Chapitre 4

De même, le pape Pie IX, dans son Syllabus, condamne l’erreur suivante :

La révélation divine est imparfaite, et par conséquent sujette à un progrès continuel et indéfini correspondant au développement de la raison humaine.  – Pie IX, Syllabus, erreur condamnée n°5

Assurément, l’entité qui se fit passer pour « Jésus » auprès de Valtorta montre ici que son intention était de faire croire aux chrétiens que la Révélation n’est pas complète, qu’elle est altérée, imparfaitement détenue, transmise et comprise par l’Église. Il n’est peut-être pas présomptueux de voir ici une manigance du démon lui-même.

Par ailleurs, tout ceci empeste le modernisme, dont le postulat général est d’affirmer que la Tradition catholique n’a pas suffisamment compris et exposé le message du Christ dans l’époque moderne.

Ce pourquoi les éditeurs de la version espagnole n’ont pas craint d’inclure de nombreuses notes de bas de page cherchant toutes à démontrer à quel point les « révélations » de Valtorta se conforment tout à fait à la « nouvelle Pentecôte » de Jean XXIII et à l’esprit de Vatican 2. Nous ne saurions les contredire sur ce point.

Un salut promis à tous sans condition

Pour preuve de notre développement précédent, le fait est que les messages de Valtorta insistent sur une notion vague de rédemption universelle et inconditionnelle du genre humain par les seuls mérites de Jésus-Christ. Le pseudo-Jésus affirme ceci dans le volume 11, p. 544 (voir aussi p. 788) :

Le couple Jésus-Marie est l’antithèse du couple Adam-Eve. Le couple Jésus-Marie est destiné à annuler tout ce que firent Adam et Eve, et de restaurer la race humaine au point où elle se trouvait lors de sa création, riche en grâces et dans tous les dons que lui offrit le Créateur. La race humaine a obtenu une régénération totale par l’œuvre du couple Jésus-Marie qui en sont ses nouveaux fondateurs. Le temps passé a été effacé. Le temps et l’histoire humaine commence réellement à partir du moment où la nouvelle Eve, par un changement dans la Création, tira de son ventre le nouvel Adam.

S’il est exact que le Seigneur Jésus-Christ S’est offert et a souffert pour la rémission de nos péchés, cette œuvre salvifique n’est efficace que pour ceux qui, considérant Ses ineffables mérites, adhèrent sincèrement à Sa doctrine et à Son Église. Ce passage de Valtorta, ainsi que d’autres, insinuent donc une imprécision certainement délétère.

« Marie » est la « seconde-née du Père »

Autre développement très étrange des messages de Valtorta. Dans le volume 1, à la page 3, Valtorta prétend que la Vierge Marie est, après le Christ, la « seconde-née du Père ».

Cette formulation bizarre exprime certains relents gnostiques. Dans tous les cas, il s’agit ici d’une erreur, étant donné que le Christ est le Fils unique de Dieu, comme nous le répétons dans le Crédo : « Je crois…en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ».

Dans un autre passage, au volume 4, p. 240[3], « Marie » est décrite comme devant devenir « seconde après Pierre dans la hiérarchie ecclésiastique ».

Ces affirmations hétérodoxes ont possiblement quelque rapport avec l’erreur précédemment analysée, ainsi qu’avec la suivante. Bien des critiques de Valtorta ont en effet remarqué qu’il y avait chez elle une certaine volonté de développer une mariologie et une ecclésiologie particulières.

La Rédemption est consommée par « Marie »

Le « Jésus » de Valtorta lui révèle que la Rédemption ne fut pas consommée par lui, mais par « Marie ». Nous lisons ceci à la page 600 du volume 11 :

Tout le monde pense que la Rédemption s’acheva par mon dernier soupir. Non, tel ne fut pas le cas. La mère acheva la rédemption, en y ajoutant sa triple torture afin de racheter la triple concupiscence.

Nous voyons ici encore une probable hérésie. Premièrement, le Concile de Trente affirme clairement que :

Notre Seigneur Jésus-Christ est le seul Rédempteur et Sauveur.

Certes, il est exact que la doctrine catholique enseigne que la Très Sainte Vierge Marie a coopéré plus que quiconque à la Rédemption du genre humain par sa très pieuse participation aux souffrances de son Divin Fils, comme ceci fut prophétisé dès Genèse 3 ; 15. Le pape Pie IX enseigne ainsi :

En sorte que, comme le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, détruisit, en prenant la nature humaine, l’arrêt de condamnation qui était contre nous et l’attacha triomphalement à la croix ; ainsi la Très Sainte Vierge, unie étroitement, unie inséparablernent avec lui, fut, par Lui et avec Lui, l’éternelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête.Pie IX, Ineffabilis Deus, proclamation du dogme de l’Immaculée Conception

C’est pourquoi, et dans cette acception uniquement, le magistère de l’Eglise qualifie notre Très Sainte Mère du Ciel de médiatrice et de co-rédemptrice, et ce dernier terme doit se comprendre comme Marie, coopératrice et « participante des souffrances de Son cher Fils, L’assistant alors qu’Il offrait le sacrifice de notre Rédemption sur l’autel de la croix » (Pie XI, Message Radiophonique aux Pèlerins de Lourdes, 28 Avril 1935).

Or, là n’est pas le propos vu plus haut chez Valtorta, puisqu’il y est affirmé que la Rédemption ne fut pas achevée par Jésus-Christ Lui-même, mais postérieurement, par « la Mère ». Ces propos fort troubles, mis en rapport avec la notion du couple « Jésus-Marie » proposée dans les passages vus précédemment, laisse apparaitre une subversion complète, ou du moins l’introduction de confusions infernales, dans les doctrines catholiques relatives à ces matières.

Et en ce qui concerne la « triple torture » et la « triple concupiscence », de tels éléments ne peuvent que nous conforter dans l’idée que toute cette « révélation » n’a pas d’autre objet que de se moquer de façon impie de Notre Seigneur Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge Marie, puisque nous allons voir à présent les passages les plus douloureux et les plus scandaleux de Valtorta, dans lesquels sont décrits un « Jésus » et une « Marie » soumis aux tentations de la chair.

Ces passages sont si scandaleux que nous avons honte de les rapporter, si ce n’était pour prémunir les uns et avertir les autres. Leur lecture ne conviendra qu’à un public averti. Du reste, nous nous en tiendrons au minimum, tant il existe de passages semblables dans le livre en question.

Un « Jésus » contre-nature ?

La chose la plus choquante chez Valtorta est la présentation d’un « Jésus » aux tendances pour le moins tendencieuses. Il est absolument impossible que des catholiques dignes de ce nom puissent sérieusement porter du crédit à cet ouvrage après avoir lu les passages suivants, que l’on trouve dans le volume 2, n°165, pp. 57-58 et 390.

Par exemple, dans ce passage, p.390, « Jésus » se livre à des embrassades avec « Saint Jacques » :

Viens, je t’embrasserai de cette manière, afin de t’aider à oublier le fardeau de mon destin en tant qu’homme. Voici que j’embrasse tes lèvres qui devront répéter mes paroles au peuple d’Israel et ton cœur que devra aimer comme je te l’ai enseigné, et là, sur ton temple, là où la vie devra cesser…Ils restèrent à s’embrasser pendant un long moment et Jacques semblait s’assoupir dans la joie des baisers de Dieu qui lui faisaient oublier ses souffrances.

Dans un autre passage, pp.57-58, on découvre une scène tout aussi scandaleuse entre « Jésus » et « Saint Jean » :

Jésus se penche et embrasse la joue de Jean, qui ouvre ses yeux et est surpris de voir Jésus. Il s’assit et dit : « As-tu besoin de moi ? Me voici. » Jean, à moitié nu dans sa sous-tunique, car il utilisait sa tunique et sa mante comme couverture, serre le coup de Jésus et place sa tête entre l’épaule et la joue de Jésus.

Après que Jean ait professé sa croyance et son amour en Jésus comme Fils de Dieu :

« Il sourit et sanglote, haletant, enflammé d’amour, se relaxant sur la poitrine de Jésus, comme s’il était éreinté par son ardeur. Et Jésus le caresse, brulant lui-même d’amour ».

Plus loin, « Jean » supplie « Jésus » de ne pas dire aux autres ce qui vient de se passer entre eux. « Jésus » lui répond :

« Ne t’inquiète pas, Jean. Personne ne sera mis au courant de ton mariage avec l’Amour. Habille-toi, viens. Nous devons partir ».

Quel abominable tissu de blasphèmes ! Que Dieu nous pardonne d’avoir à reproduire de pareilles insanités, mais nous le faisons que pour que les obstinés et les aveugles constatent d’eux-mêmes que tout ceci ne peut qu’être l’œuvre de l’esprit impur.

Et dire que certains ont l’audace de vouloir nous faire croire que ces passages ne devraient être pris qu’au « sens spirituel ».

Et il existe encore d’autres passages de ce type, mais nous pensons que l’offense est déjà bien trop grande pour les oreilles pies. À toute fin utile, un laïc, Mr. F. John Loughnan, ancien fidèle de la F.S.S.P.X. et farouche pourfendeur de Valtorta, a compilé tous les passages incriminés ici.

« Jésus » sous-entend une histoire adultérine entre « Pierre » et « Marie » ?

Voici encore un autre passage étrange et non moins scandaleux. Ici, on trouve le même « Jésus » indigne et excessivement humain de Valtorta, n’hésitant pas à faire des farces et des sous-entendus graveleux avec ses apôtres et sa mère. Dans le passage suivant, « Jésus » interpelle « Pierre » de façon virulente :

Viens ici, toi, l’usurpateur et le corrupteur !

Moi ? Pourquoi ? Qu’ai-je fait Seigneur ?

Tu as souillé ma mère. C’est pourquoi tu voulais être seul. Que ferais-je de toi ?

Jésus sourit et Pierre retrouve sa confiance :

Tu m’as vraiment fait peur ! Et maintenant, tu ris.

(Volume 2, n°199, p. 185)

Ce passage grotesque se passe de commentaires.

Le péché originel aurait été l’acte sexuel

Il s’agit ici d’une erreur anti-biblique très ancienne et que les Pères de l’Église dénonçaient déjà en leur temps. Valtorta prétend en effet que le péché originel se déroula sous la forme d’un acte sexuel.

Valtorta s’étend à ce sujet pendant de très nombreuses pages, parfois avec des détails obscènes qui ne sauraient venir d’une source inspirée. On lit tout ceci dans le volume 1, PP. 49, 98, 254, 257, 258.

Eve approcha l’arbre du bien et du mal afin de découvrir ce mystère, ces lois de la vie. Elle vint, disposée à recevoir ce mystère, non par la révélation de l’enseignement pur et de la divine influence, mais de l’enseignement impur et de l’influence satanique. […] Dieu vous a dit qu’il veut vous garder comme esclavages sous son pouvoir. Pensez-vous être roi et reine ? Vous n’êtes même pas aussi libres que les bêtes sauvages. Les animaux peuvent s’aimer les uns les autres d’un amour vrai. Vous ne le pouvez. Les animaux sont reçu le don de pouvoir être des créateurs, comme Dieu. Les animaux génèrent des petits et voient leurs familles grandir comme il leur plait. Vous ne le pouvez. On vous refuse cette joie. Pourquoi vous avoir faits homme et femme si vous devez vivre ainsi. Soyez des dieux. Vous ne connaissez pas la joie d’être deux en une seule chair, créant ainsi un troisième et bien plus.

Selon l’entité révélant ces choses à Valtorta, nos premiers parents, avant leur chute, n’avaient aucune connaissance de la procréation, et en ce temps-là, celle-ci se déroulait sans union sexuelle, mais par l’intervention directe de Dieu.

Toujours selon Valtorta, la connaissance de l’union procréatrice était littéralement interdite à l’intelligence d’Adam et Eve et c’est à ce titre que le serpent séduisit Eve en lui affirmant que Dieu les avait créés moins libres que les animaux, qui avaient, eux, le pouvoir d’aimer, de commettre l’acte conjugal et de se reproduire.

Or, rien de tout ceci n’est conforme à la Sainte Écriture et à la doctrine catholique. Premièrement, le péché originel n’était pas du tout un péché lié à un quelconque acte sexuel, mais était un pur péché de désobéissance, plus précisément le péché d’orgueil, comme l’explique Saint Thomas d’Aquin (Summa, II, II, Q. 163, a.1).

Ensuite, Saint Augustin nous enseigne que nos premiers parents n’ont connu la consommation du mariage qu’après avoir été chassés du jardin d’Eden, et non pas avant (De la Genèse, Livre 9, Chap. 4-5). Ils n’ont donc pas pu désirer commettre d’acte sexuel, ni avant la chute, ni pendant, ni immédiatement après.

Saint Augustin ajoute que si l’acte n’avait pas encore eu lieu, c’est tout simplement parce que Dieu n’en avait pas encore donné l’ordre : « Or, Dieu n’avait point encore donné cet ordre, parce qu’il réglait tout selon Sa prescience, et qu’Il prévoyait sans aucun doute leur chute, qui allait gâter la source d’où le genre humain devait sortir ».

Enfin, contrairement à ce qu’affirme Valtorta, bien que nos premiers parents ne consommèrent leur mariage qu’après avoir quitté le Jardin d’Eden, il ressort de la Sainte Écriture qu’ils n’ignoraient point la méthode de la procréation avant la chute, puisque le Seigneur leur parla ainsi dans Genèse 2 :

C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair. Or Adam et sa femme étaient nus tous deux, et ils ne rougissaient point.Genèse 2 ; 24

Et bien qu’ayant conscience de cela, nos premiers parents ne souffraient d’aucun désordre de la concupiscence avant la perte de la grâce sanctifiante, laquelle fut causée par le péché originel, lequel fut un pur péché d’orgueil et de désobéissance.

Malgré cela, Valtorta réaffirme longuement le contraire. Nous passons évidemment les autres passages qui tombent carrément dans l’érotisme, sinon pour rappeler que tout ceci aurait été révélé par « Jésus », ce qui est bien évidemment impossible.

J’ajoute enfin que la croyance selon laquelle le péché originel fut lié à un péché de chair se retrouve chez un certain nombre de sectes gnostiques anciennes, ainsi que dans le Talmud (TB Abodah Zarah 22a). Rien de tout ceci n’est conforme à la Sainte Écriture et à la doctrine catholique.

« Jésus » et « Marie » étaient soumis au péché et aux tentations de la chair

Allant plus loin encore dans l’erreur et le blasphème, Valtorta rapporte des « révélations » montrant un « Jésus » et une « Marie » soumis aux tentations, en particulier celles de la chair. Épouvantable abomination.

Le « Jésus » de Valtorta décrit un dialogue entre « Jésus » et « Judas » dans lequel on veut nous faire croire que le « Christ » aurait été un jour soumis au péché et qu’il y aurait du mal en lui, comme chez les simples mortels :

Jésus, avez-vous jamais péché ?

Je n’ai jamais voulu pécher…Judas, j’ai 30 ans, et je n’ai pas vécu dans une cave ou sur quelque montagne, mais parmi les hommes. Et même si j’avais vécu dans l’endroit le plus solitaire du monde, crois-tu qu’il ne me serait pas venu des tentations ?…Nous avons tous en nous le bien et le mal. Nous devons tout porter en nous.

D’autres passages du même tonneau persistent à présenter « Jésus » comme un simple homme, soumis à la souillure du péché originel ou aux vicissitudes charnelles de l’homme comme le reste de l’humanité créée. D’autres passages décrivent des scènes que la pudeur nous interdit de reproduire ici et où l’on constate partout que l’inspiration des « messages » de Valtorta ne peut certainement pas être divine.

Ces horribles blasphèmes vont évidemment à l’encontre de la Sainte Écriture et du dogme catholique de l’impeccabilité absolue du Christ.

En effet, Notre Seigneur Jésus-Christ, comme on le lit moult fois dans l’Écriture, est « l’Agneau sans tache et sans défaut » (1 Pierre 1 ; 18). Le Concile de Florence enseigne :

La Sainte Eglise romaine…affirme, professe et enseigne…que Notre Seigneur Jésus-Christ est parfait en Sa divinité et parfait en Son humanité, vrai Dieu et vrai homme, de corps et d’âme rationnelle, consubstantiel au père au regard de Sa divinité, consubstantiel à nous au regard de Son humanité en tous les aspects, sauf en ce qui concerne le péché. – Concile de Florence, Session 14

Bien d’autres passages de l’Écriture (Jean 8 ; 46, Jean 14 ; 30, Hébreux 7 ; 26, etc.) montrent tout aussi clairement que le péché ne pouvait avoir absolument aucune emprise, ni aucun pouvoir d’attraction de quelque sorte ou de quelque façon que ce soit sur Dieu le Fils, ce qui devrait être évident pour n’importe quel chrétien. Comment la pauvre Maria Valtorta a-t-elle pu sérieusement croire à ce qu’elle écrivait, sinon qu’elle fût confortée dans son erreur par les modernistes qui lui tenaient lieu de directeurs spirituels ?

En d’autres passages, c’est l’impeccabilité de la Très Sainte Mère du Sauveur qui est attaquée. Nous avons vu dans un précédent passage l’histoire scabreuse et blasphématoire que le « Jésus » de Valtorta « révèle » à propos de « Pierre » et « Marie ». Dans un autre passage, dans le volume 1, p. 23, on lit un dialogue entre « Sainte Anne » et la « Sainte Vierge » enfant :

Dis-moi, maman, est-ce qu’il est possible de pécher par amour de Dieu ?

Que dis-tu ma chère ? Je ne te comprends pas.

Je veux dire : commettre un péché afin d’être aimé de Dieu, qui devient alors le Sauveur. Qui est perdu, est sauvé : ceci n’est-il pas vrai ? J’aimerais être sauvée par le Sauveur afin de recevoir son regard aimant.

Ce passage scandaleux suffit à montrer une fois de plus que nous avons affaire à une œuvre proprement inspirée par les forces de l’enfer. En effet, Valtorta nous montre ici une « Marie » qui, à l’instar du « Jésus », n’est qu’une simple enfant, sans grâce, sans dignité, sans sainteté, sans dont d’intelligence pour les choses divines. Ces passages font d’ailleurs fortement penser à la doctrine de la « rédemption par le péché », si courante chez les sectaires sabbataïstes et frankistes.

Quoiqu’il en soit, ce passage et bien d’autres encore s’opposent complètement à la doctrine catholique concernant la sainteté et l’impeccabilité de la Très Sainte Vierge. Le pape Pie IX proclama ainsi :

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tâche du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.Pie IX, Ineffabilis Deus

Le pape Pie IX, dans la même déclaration, énumère les milles preuves bibliques relatives à ce dogme et les conclut en affirmant que : « la haute dignité de la Mère de Dieu, sa perpétuelle innocence, et sa sainteté…n’a jamais souffert la plus légère atteinte ».

Le pape Pie IX enseigne encore :

Eve, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l’innocence originelle et devint son esclave ; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l’oreille au serpent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu’elle avait reçue de Dieu.Pie IX, ibid.

Il existe plusieurs religions révélées

Un autre point intéressant est qu’on note en certains endroits du Poème, une certaine orientation indifférentiste vis-à-vis des religions, tout à fait en phase avec les doctrines de Vatican 2.

On lit par exemple dans une « révélation » du 10 Janvier 1944, une phrase qu’on dirait tout droit sortie de Lumen Gentium ou Nostra Aetate :

J’attire à moi les justes de la terre et, même aux hommes droits qui ne connaissent pas le vrai Dieu, je donne des reflets de votre Dieu saint; c’est ainsi qu’il yun filet de vérité dans toutes les religions révélées, déposé par moi, qui suis celui qui irrigue et féconde.  

Il y aurait donc plusieurs religions révélées, selon le faux Jésus de Valtorta. Mais en plus de cela, on retrouve ici en substance l’hérésie de Redemptor Hominis, consistant à insinuer que c’est Dieu Lui-même qui inspirerait directement et positivement les vérités des fausses religions.

À ce stade, la démonstration générale étant faite, il n’y a plus lieu d’être surpris.

Autres erreurs

Il existe encore bien d’autres erreurs, aberrations et hérésies dans les copieux volumes du Poème de l’homme-Dieu. Nous ne pouvons toutes les rapporter ici, mais nous en produisons un sommaire :

  • Évocation hétérodoxe de la Sainte Trinité
  • Erreurs concernant la vision béatifique
  • Erreurs concernant la nature de la prêtrise
  • Erreurs concernant les paroles de la Consécration
  • Autres erreurs concernant le salut et la sanctification
  • Erreurs concernant la nature de l’Église
  • Nombreux anachronismes grossiers (« Jésus » utilise un tournevis[4])

On trouve encore bien d’autres descriptions scandaleuses et grossières de Notre Seigneur ou de la Très Sainte Vierge Marie, d’autres complètement en contradiction avec ce que l’Evangile nous apprend, etc.

Que les catholiques sérieux prennent leurs dispositions, et s’ils possèdent chez eux le Poème de l’homme-Dieu, qu’ils jettent tout ceci dans les flammes.

La fascination dangereuse pour le Poème de l’homme-Dieu dans les milieux conciliaires et traditionnalistes

On voit donc qu’en plus de rependre l’erreur, de s’opposer à des dogmes et d’exprimer des blasphèmes insoutenables, le Poème de l’homme-Dieu contient en somme plusieurs doctrines étrangement compatibles avec le modernisme duovatican.

Cependant, il me semble que les fidèles ayant totalement accepté les hérésies de Vatican 2 n’ont guère besoin des fables de Valtorta pour se convaincre de ces choses. Il me semble aussi que Valtorta est bien plus dangereuse encore pour les esprits plus conservateurs et traditionnalistes.

C’est comme s’il s’agissait, chez certains, de vouloir s’échapper des réalités théologiques pures et utiles, pour trouver un réconfort trompeur dans toutes sortes « d’apparitions » et de « révélations » privées douteuses ou carrément condamnées, comme celle-ci.

Nous avons déjà évoqué, parmi les grands dévots actuels de Valtorta, la présence d’individus qu’on penserait pourtant a priori sérieux et traditionnels . Par exemple, le Père Kevin Robinson, de la F.S.S.P.X., publia une Apologia Pro Maria Valtorta en 1999.

Notons cependant que l’épaisseur considérable de l’œuvre de Valtorta fait aussi que certains de ses dévots, surtout les simples fidèles, naïfs, n’ont possiblement jamais lu autre chose d’elle que quelques extraits apparemment édifiants, sans avoir conscience de ce que dissimule le reste du texte.

D’un autre côté, il est aisé de comprendre ce qui peut attirer et fasciner chez Valtorta : Les tentations apparitionnistes, un désir mal placé de vouloir connaitre la vie cachée de Notre Seigneur Jésus-Christ, dispositions que l’on pense assouvir dans ces fables pseudo-mystiques. À bien y réfléchir, on est pas loin ici de la vieille tentation gnostique. Après tout, le Poème de l’homme-Dieu, n’est-il pas un contre-Évangile de plus ?

Certains admirateurs actuels des messages de Valtorta m’ont souvent objecté qu’il devait tout de même s’y trouver des choses révélées, tant les détails archéologiques, topographiques et historiques y sont précis.

Certes, j’admets sans difficulté qu’on trouve des choses surprenantes chez Valtorta. Des détails tels, sur le plan archéologique ou géographique, qu’on ne peut effectivement pas raisonnablement penser que Maria Valtorta les ait inventés toute seule. Elle-même avouait volontiers qu’elle recevait ces « révélations » au jour le jour, et qu’elles les écrivait de façon automatique, sans presque jamais se relire. Elle admettait aussi qu’elle n’avait aucune connaissance des choses que l’entité lui dictait.

En cela, je crois Valtorta. Issue d’une famille de la moyenne bourgeoisie italienne, elle reçut une éducation convenable, mais certainement pas d’un niveau qui pourrait nous faire croire qu’elle avait des connaissances assez étendues pour inventer tout ce luxe de détails. C’est la raison pour laquelle je penche personellement pour l’hypothèse d’une fausse révélation privée opérée par un démon, plutôt qu’une pure affabulation.

Certains semblent en effet oublier que le diable, équipé de son intelligence angélique, connait parfaitement l’histoire, bien mieux que nous. Il n’aurait donc aucun mal à nous éblouir par l’exposition de cette infinité de détails topographiques, pour subtilement dissimuler, ici et là, les erreurs théologiques et les blasphèmes épouvantables que nous avons vu plus haut. Telle est sa méthode.

Et la méthode catholique, en ce qui concerne les révélations privées, est de rejeter tout prétendu message ou apparition qui contient la plus petite erreur contre la foi. Les augustes prélats du Saint-Office ne s’y sont pas trompés.

Quoiqu’il en soit, depuis la fin des années 1970, le culte de Valtorta s’est largement diffusé, en particulier dans les milieux conservateurs conciliaires. Sur la toile, on trouve une énorme quantité d’associations, de sites, de forums et de chaines YouTube uniquement consacrées aux « messages » de Valtorta.

Par exemple, le CEDIVAL, l’une des principales organisations canadiennes de défense des écrits de Valtorta, n’a rien d’une association de purs modernistes comme on pourrait se l’imaginer.

Au contraire, selon la communication officielle du CEDIVAL, ce sont les membres du Saint Office, qui condamnèrent le Poème de l’homme-Dieu, qui auraient été des infiltrés modernistes et qui mirent tout en œuvre pour « se saisir des manuscrits et les détruire » ! La belle affaire.

Selon le Pr. Léo Brodeur, président du CEDIVAL (on lira ici un témoignage plus général de l’interessé), les commissaires du Saint Office voulaient détruire les manuscrits, car « le Poème de l’homme-Dieu est un instrument pour aider l’Eglise à combattre la terrible hérésie du modernisme ».

Les affirmations de Brodeur n’ont aucun sens, puisque le très moderniste R.P. Bea, qui était consulteur auprès du Saint Office à l’époque de la condamnation du Poème, était très favorable à Valtorta, comme nous l’avons vu et comme nous le démontrerons encore plus bas.

Cette affirmation montre la confusion absolue qui règne souvent dans ce type de milieux, plus intéressés par des « révélations » pseudo-mystiques que par la saine théologie et le réalisme philosophique (ou tout simplement par les dévotions approuvées par l’Eglise). Car, comme nous l’avons vu, les idées exprimées dans le Poème de l’homme-Dieu semblent plutôt se conformer aux doctrines modernistes de Vatican 2 qu’aux doctrines catholiques. Mais à y regarder de plus près, on peut aussi très bien comprendre pourquoi les passages plus spirituels de Valtorta séduisent également des esprits plus conservateurs.

Comme toujours, le mensonge est une altération de vérités. On trouvera donc certainement chez Valtorta bien des passages qui paraissent orthodoxes, inoffensifs et peut-être même édifiants. En cela, les messages de Valtorta ressemblent beaucoup, dans leur nature, aux doctrines de Vatican 2, où les sentences orthodoxes des autorités modernistes n’ont pas d’autre raison d’être que de mieux dissimuler « les entrelacs de leurs tortueuses manœuvres », pour reprendre la parole du pape Pie VI

L’influence du Poème de l’homme-Dieu dans la hiérarchie moderniste

Comme nous l’avons dit en introduction, Paul VI supprima le Saint Office le 7 décembre 1965 à la veille de la clôture de Vatican 2. Il en fit de même pour l’Index Librorum Prohibitorum le 14 Juin 1966.

Ces actes étaient compréhensibles de la part de l’infâme destructeur. Conformément aux doctrines de Vatican 2, l’Index n’avait pas sa place dans la nouvelle église moderniste. Quant au Saint Office, il fut remplacé par la « Congrégation pour la Doctrine de la Foi ».

Ainsi, après la suppression de ces nobles institutions, et peut-être par l’effet du souffle infernal apporté par le concile, les partisans de Valtorta jugèrent, non sans raison, qu’il leur était possible de diffuser les écrits et la dévotion valtortienne sans craindre la moindre censure ou condamnation.

En effet, puisque Dignitatis Humanae venait de proclamer la liberté de conscience et la liberté religieuse absolue tout en interdisant aux états catholiques de réprimer l’erreur, la hiérarchie moderniste n’avait plus de justification sérieuse pour faire appliquer la censure dans ses propres rangs.

D’ailleurs, le décret notifiant la suppression de l’Index se contenta de déclarer pathétiquement que « l’index garde sa force morale, mais n’a plus force de loi ecclésiastique avec les censures qui y sont attachées. L’Eglise fait confiance à la conscience mûre des fidèles ».

Cependant, quelques timides et très évasives mises en gardes furent encore parfois exprimées à l’endroit de l’œuvre de Valtorta. On trouve ainsi une allusion à cette affaire, par exemple, dans une réponse épistolaire du père Joseph Ratzinger, l’un des artisans du concile, en tant que préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, au Cardinal Siri :

Après la dissolution de l’Index, alors que certaines personnes pensèrent que l’impression et la distribution de l’œuvre [le Poème de l’homme-Dieu, ndlr] était permise, il fut rappelé à nouveau dans l’Osservatore Romano du 15 Juin 1966 que l’index conservait sa force morale en dépit de sa dissolution. Il serait possible de renverser l’interdiction de la distribution et de la recommandation d’un ouvrage qui n’aura pas été condamné avec légèreté, mais seulement après de profondes modifications propres à neutraliser les dommages qu’une telle publication pourrait causer parmi les simples fidèles. – Lettre de Joseph Ratzinger au Cardinal Siri, 31 Janvier 1985

J’ignore ce qui avait poussé le pauvre Cardinal Siri à se renseigner à ce sujet (il parait que c’était à la demande d’un prêtre de son diocèse), sauf à savoir que, d’après ce qu’en disent les supporters de Valtorta, il était lui-même assez favorable au Poème, bien que les propos que nous connaissons de lui à ce sujet tendent à montrer qu’il ne semblait pas en avoir lu grand’chose.

Quoiqu’il en soit, la réponse laconique de Ratzinger n’était qu’une formalité creuse. Une dernière intervention du clergé moderniste se produisit en 1992. La conférence des évêques modernistes d’Italie demanda à l’éditeur italien de Valtorta s’il voulait bien accepter, dans une éventuelle réimpression, d’ajouter une notice en première page :

…Afin qu’il soit clairement indiqué que les « visions » et « instructions » présentées dans l’ouvrage comme étant simplement les formes littéraires utilisées par l’auteur pour raconter la vie de Jésus à sa manière. Elles ne peuvent être considérées comme étant d’origine surnaturelle. 17 Avril 1993, Prot. N. 144/58i

On ignore si cette pathétique requête trouva un accueil favorable, étant donné que le même éditeur n’avait pas hésité à outrepasser les condamnations autrement plus explicites du Saint Office en 1959. D’un point de vue commercial, il aurait été mal avisé pour l’éditeur de se plier à la demande du faible et risible clergé moderniste.

D’ailleurs, la demande de l’épiscopat conciliaire avait tout d’une farce. Ratzinger conseillait de simplement remodeler le contenu pourtant intrinsèquement hérétique du Poème, et le clergé conciliaire italien ne réclamait pas autre chose que de faire mentir l’intention de l’auteur, qui revendique pourtant explicitement le caractère mystique et théologique de ses écrits. De fait, cette demande ridicule revenait dans tous les cas à légitimer la publication et la diffusion de l’oeuvre.

De plus, on trouvait au sein du clergé conciliaire un certain nombre de grands défenseurs du Poème de l’homme-Dieu. Parmi ceux-là, on trouve par exemple le père Gabriele Allegra, qui était un collaborateur de Teilhard de Chardin, avec lequel il publia en 1971 un livre « Mes conversations avec Teilhard de Chardin sur la primauté du Christ ». Le père Allegra ne cachait pas être un grand dévot des messages de Valtorta et fit très fréquemment l’éloge du Poème :

Je crois que même un génie n’aurait été capable de produire un tel récit de l’Evangile : le doigt de Dieu y est présent ! […] …son langage, plein de dignité, est fascinant et lorsqu’il parle de la Madone, on y trouve une tendresse et un enchantement réellement céleste. […] Je vous assure que le Poème de l’homme-Dieu surpasse de loin toutes les descriptions produites par d’autres auteurs. Cet ouvrage permet de nous édifier dans la connaissance et l’amour du Seigneur Jésus et de Sa Sainte Mère. – Cité in Pro e Contro Maria Valtorta, Centro Editoriale Valtoriano, pp. 63-88

Allegra fut déclaré « vénérable » par Jean-Paul II en 1994, puis « béatifié » par Benoit XVI en Septembre 2012. Visiblement, son attachement radical au Poème de l’homme-Dieu ne l’empêcha pas de tels honneurs.

Il existe encore bien d’autres membres du clergé conciliaire bien connus pour leur vénération des « révélations » de Valtorta, et pas des moindres. Le livre « Pro e Contro Maria Valtorta », édité par le Centre éditorial Valtorien, compile ainsi des dizaines de déclarations de membres de l’église conciliaire réputés pour leur dévotion au Poème.

Nous avons déjà évoqué précédemment l’approbation rapide qu’en fit dès 1949 le sinistre cardinal Béa, alors recteur de l’Institut Pontifical Biblique. Voici ce qu’il écrivait au sujet du Poème :

Les descriptions topographiques et archéologiques sont présentées avec une exactitude remarquable…Non seulement la lecture de cet ouvrage est intéressante et plaisante, mais aussi authentiquement édifiante, et instructive pour les personnes peu informées des mystères de la vie de Jésus. – Op. Cit.

Parmi les autres dévots modernistes du Poème, citons encore Mgr. Alphonsus Carinci, Camillus Corsanego, George La Pira (déclaré vénérable par François en 2018), Mgr. Hugo Lattanzi, Mgr. Maurice Raffa, Gianfranco Nolli, le père Roman Danylak (un personnsage particulièrement versé dans l’apparitionisme) ou encore le père Gabriel Roschini.

La plupart de ces individus étaient ou sont des éminences de la secte moderniste : secrétaires de congrégations, évêques, recteurs, professeurs à l’université du Latran, etc. Certains d’entre eux, comme on l’a vu, ont même été béatifiés par les pseudopapes modernistes.

Ajoutons à cette liste la prétendue mystique de Medjugorje, Vicka Ivankovich qui aurait déclaré que « Notre Dame a dit que le Poème de l’homme-Dieu est vrai. Notre Dame a dit que si quelqu’un veut connaitre Jésus, il devrait lire le Poème de Maria Valtorta ».

Certaines associations de partisans de Valtorta ayant la réputation de forger des documents ou de manipuler les faits pour appuyer leur position, il convient de rester prudents sur la qualité de leurs sources, lesquelles varient en fonction de l’honnêteté des groupes.

Maria Valtorta meurt le 12 Octobre 1961 à l’âge de 64 ans. Malgré la condamnation de ses « révélations » et sa désobéissance au moins tacite, sinon active, vis-à-vis des directives du Saint Office, les autorités conciliaires acceptent le transfert de sa sépulture à la basilique de la Santissima Annunziata à Florence le 2 Juillet 1973.

C’est le père Gabriel Roschini, consulteur à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui accompagne la dépouille lui-même, laquelle est déposée dans la chapelle du chapitre du grand-cloitre, où se trouvent d’autres sépultures de membres de l’ordre des Servites de Marie.

Maria Valtorta sera-t-elle béatifiée un jour par l’église conciliaire ? À voir.


[1] Guy Pagès est l’auteur d’un livre intitulé « Chemin de Croix d’après Maria Valtorta », paru en 2016 et distribué chez Chiré. Selon le résumé du livre : « Maria Valtorta décrit avec son si grand talent et selon son exquise sensibilité les scènes dont Jésus l’a rendue témoin, lui demandant de n’en omettre aucun détail ».

[3] Ed. Our Sunday Visitor, 1994

[4] In volume 1, pp. 195-223, éd. Our Sunday Visitor, 1994

Émission d’Adrien Abauzit sur le sujet de la fausse mystique

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